CHAPITRE XVIII
loy inviolable. L'institution de nostre Seigneur [ estoit adonc encore eu révérence, et ne doutoit- I on point que ce ne fust un sacrileye, de séparer les choses que Dieu avoil conjointes: comme aussi les pnroUes de Gelasius Eves(|ue de Home le portent, Nous avons entendu, dit-il, quaucuns recevans seulement le corps du Seigneur, s'abstiennent du Calice : lesquels d'autant iju'ils pèchent par superstition, doyvent estre contraints de recevoir le Sacre ment entier, ou qu'on les rejette du tout. Car la division de ce mystère ne peut estre sans un grand sacrilège ^°^ On consideroit lors les raisons qu'amené sainct (^yprien, comme de fait elles sont bien sulTi.santes pour esmouvoir tous cœurs Chrestiens. Conunent, dit-il, exhorterons-nous le peuple d'espandre son sang pour la confession de Christ, si nous luy dénions le sang d'iceluy quand il doit combatre? ou comment le ferons nous capable à boire le calice de martyre, sinon que l'admettions à boire premièrement le Calice du Seigneur ^"^ Touchant ce que les Canonistes glosent, qu'il est parlé des Prestres en la sentence de Gelasius, c'est une chose tant sotte et puérile, qu'il n'est ja mestier d'en parler.
50. Tiercement, Pourquny dit Jésus Christ simplement du pain, (piMls en mangeassent : mais de la coupe, que tous universellement en beussent? ce qu'ils firent. Comme s'il eust voulu expressément prévenir et obvier à ceste malice diabolique. Quartement, Si nostre Seigneur, comme ils prétendent, a réputé dignes de sa (^ene les seuls Sacrificateurs, qui eust jamais
esté l'homme si hardy et audacieux, d'oser appeller en la participation d'icelle les autres, qui en eussent esté exclus par nostre Seigneur : attendu que celle participation est un don, sur lequel nul n'eust seu avoir puissance, sans le mandementde celuy qui seul le pouvoit donner? Mesmes en quelle audace entreprennent-ils aujourdhuy de distribuer au populaire le signe du corps de Jésus Christ, s'ils n'en ont point ou conmiandement, ou exemple de nostre Seigneur? Quintemenl, Assavoir si sainct Paul mentoit, (|uand il disoit aux Corintliiens, (lu'il avoit apprins du Seigneur ce qu'il leur avoit enseigné (1 Cor. 11, 23)? Car après il declaire l'enseignement avoir esté, que tous inditferemment communicassent des deux parties de la Cène. Et si sainct Paul avoit apprins de nostre Seigneur, que tous sans discrétion ou diiïerence y devoyent estre admis : que ceux qui en déboutent et rejettent quasi tout le peuple de Dieu, regardent de qui ils l'ont apprins, puis que desja ils ne peuvent alléguer Dieu pour autheur, auquel il n'y a point d'ouy et nenny (2 Cor. 1, 19) : c'est à dire, qui ne se change ne contredit point. Et encore on couvre telles abominations du nom ettiltre de l'Eglise : et sous telle couverture on les défend : comme si ces Antechrists estoyent l'Eghse, lesquels si facilement mettent sous le pied, dissipent et abolissent la doctrine et les institutions de Jésus Christ : ou comme si l'Eghse Apostolique, en laquelle a esté toute la fleur de Chrestienté, n'eust point esté Eghse.