CHAPITRE XVIII
Jésus Christ qu'il a tait en la croiK, la vertu 'l'etornello pur.^ation ot sanctilicatiou a iletailly, iiu bien que Jésus Christ a lait un seul sacrillcc une fois pour toutes. C'est ce (lue dit l'Apostre, (|ue ce ^rand Prestre ou Pontife Christ, par le sacrifice de soy-mesme s'est apparu une fois en la consomniatinn des siècles, pour ellacer, destruire et abolir le péché. Item, que la volonté de Dieu a esté de nous sanctilier par l'ohiation de Jésus Cluùst faite une fois, lieni, que par une seule oblation il a parfait à perpétuité ceux ([ui sont sanctifiez. Et adjouste une sentence notable : que puis que la rémission des péchez nous est une fois acquise il ne reste phis nulle oblation (Hebr. 9, :26: 10, 10. 14. 26). Cela aussi a e.sté sii,'niflé de Jésus Christ par sa dernière paroUe, iaiiuelle il prononça voulant ren(h'e l'Esprit, (|uand il dit : Il est consommé (Jean 19, 30). Nous avons coustuine d'observer comme niandemens divins, les dernières parolles des mourans. Jésus Christ en mourant nous testifie que par ce seul sien sacrifice est parfait etaccomply tout ce qui apjjartenoit à nostre salut. Nous sera-il donc licite d'en adjouster tous les jours d'autres innunierables, connue s'il estoit imparfait, combien (|ue Jésus Christ nous en ait si évidemment recommandé et deciairé la perfection ? Puis que la tressaincte parolle de Dieu ne nous alïerme pas seulement, mais aussi crie et proteste, ce sacrifice avoir esté une fois parlait et sa vertu et efficace estre éternelle, ceux qui en cherchent et demandent d'autres, ne le redar- •,aient-ils pas d'imperfection et d'infirmité? Et la Messe, qui a esté mise sus à ceste condition, ((ue tous les jours se facent cent mille sacrifices, a (|uoy tend-elle, sinon que la passion de Jésus Christ, par laquelle il s'est oITert soy-mesme un seul sacrifice au Père, demeure ensevelie et supprimée ? Y a-il quelcun, s'il n'est trop aveu- .dé. qui ne voye que c'a esté une trop ^a'ande hardiesse de Satan, pour résister et combatre contre la volonté de Dieu si aperte et si manifeste ? 11 ne m'est point caché par quelles illusions ce père de mensonge a coustumc de couvrir ceste sienne astuce, voulant i)ersuader que ce ne sont point plusieurs ne divers sacrifices, mais un seul et mesme sacrifice souventesfois réitéré. Mais telles fumées de ses ténèbres sont sans nulle peine facilement dechassées. Car l'Apostre en toute sa (lis])Utation ne prétend pas seulement qu'il n'y a nuls autres .sacrifices, mais qu'iceluy seul a esté une seule fois offert, et qu'il ne se doit plus réitérer. Ceux qui y vont plus subtilement, ont encore une cachette plus secrète, disant cpie c'est seulement application du .sacrifice, et non point réitération. Mais ceste sophisterie se peut aussi bien réfuter sans difficulté. Car Jésus Christ ne s'est pas une fois offert à telle condition que son sacrifice fust journellement ratifié par oblations nouvelles,
mais afin que le fruict nous en soit communi(iué par la prédication de l'Evangile et l'usage de la Cène. Pourtant sainct Paul, api-es avoir dit que Jésus Christ nostre Agneau Paschal a esté immolé, il nous commande d'en manger (1 Cor. o, 7. 8). Voila donc le moyen par lequel le sacrifice de la croix de nostre Seigneur Jésus nous est appli(iué : c'est quand il se communique à nous, et nous le recevons en vraye foy.
4. Mais il est besoin d'ouyr sur quel fondement les Missotiers appuyent leurs sacrifices. Ils prennent la prophétie de Malachie : en laquelle nostre Seigneur dénonce qu'on otl'rira encensement par tout le monde à son nom, et oblation purefMalach. 1,11). Comme si c'estoit une chose nouvelle et inusitée aux Prophètes, quand ils ont a parier de la vocation des (ientils, de signifier le service de Dieu spirituel par les cérémonies de la Loy : pour plus familièrement dcmonstrer aux hommes de leur aage, comment les Gentils devoyent cstre introduits en la vraye participation de l'alliance de Dieu. Comme de fait universellement ils ont accoustuiné do de- .scrire les choses qui ont esté accomplies en l'Evangile, sous les figures de leur temps. Cecy s'entendra plus facilement par exemples. Au lieu de dire (pie tous peuples se convertiront a Dieu, ils disent qu'ils monteront en Jérusalem ; au lieu de dire que les peuples de Midy et Orient adoreront Dieu, ils disent qu'ils otTriront en présent les richesses de leur pays. Pour monstrer la grande et ample cognoissance qui devoit estre donnée aux fiileles sous le règne de Christ, ils disent que les filles prophetizeront, les jeunes gens verront visions, et les anciens songeront songes (Joël 2, 28). Ce qu'ils amènent est semblable à une autre prophétie d'Isaie, où il dit qu'il y aura des autels dressez au Seigneur en Assyrie et Egypte, comme en Judée (Is. 19, 19. 21. 23. 24). Premièrement, je demande aux Papistes, si cela n'a pas esté accompli en la Chrestienté. Secondement, qu'ils me respondent où sont ces autels, et quand ils ont esté haslis. Apres, je voudroye savoir s'ils pensent que ces deux royaumes qui sont conjoints avec Judée, deussent avoir chacun son temple, comme celuy de Jérusalem. S'ils poisent bien ces articles, ils seront contraints de confesser, comme la vérité est, que le Prophète descrit la vérité spirituelle sous les ombres et figures de son temps. Or c'est la solution que nous leur donnons. Mais pource que les exemples de ceste manière de parler sont assez frequens, je ne veux point estre long à en reciter beaucoup. Combien que ces povres estourdis s'abusent lourdement, en ce qu'ils ne recognoissent autre sacrifice que de leur Messe : veu que les fidèles véritablement sacrifient maintenant à Dieu, et lui offrent oblation pure, de huiuelle il sera tantost parlé.
o. Maintenant je vien au troisième office de
la Messe, où il est à declairer comment elle efface et oste de la mémoire des hommes la vraye et unique mort de Jésus Christ. Car comme entre les hommes la confirmation du testament dépend de la mort du testateur : en ceste manière aussi nostre Seigneur a confirmé par sa mort le Testament, par lequel il nous a asseurez de la remission de noz péchez et d'éternelle justice. Ceux qui en ce Testament osent varier ou innover, ils desavouent sa mort, et la reputent comme de nulle valeur. Et qu'est-ce autre chose la Messe, sinon un testament nouveau et du tout divers? Car chacunes Messes ne promettentelles point nouvelle remission de péchez, et nouvelle acquisition de justice, tant que desja il y a autant de testamens qu'il y a de Messes? Que Jésus Christ donc vienne dereciief, et confirme par une autre mort ce nouveau testament, ou plustost par morts infinies les testamens qui sont infinis aux Messes. Pourtant n'ay-je pas dit sans cause au commencement, que parles Messes est effacée et oubliée la mort unique et vraye de Jésus Christ. Davantage, la Messe ne tendelle pas directement à ce ([ue derechef, s'il estoit possible, Jésus Christ fust tué et occis? Car comme dit l'Apostre, où il y a testament il est nécessaire (lue la mort du testateur entrevienne (llebr. 9, 1(3). La Messe prétend un nouveau testament de Jésus Christ: elle requiert donc sa mort. Davantage, il est nécessaire que le sacrifice qui est offert, soit tué et immolé. Si Jésus Christ à chacune Messe est sacrifié, il faut qu'en chacun moment, en mille lieux il soit cruellement tué et occis. Ce n'est pas mon argument, mais de l'Apostre, disant, Si Jésus Christ eust eu besoin de s'offrir soy mesme souventesfois, il eust fallu qu'il eust souffert souventesfois depuis le commencement du monde. Je say la response qu'ils ont en main, par laquelle mesme ils nous arguent de calomnie : car ils disent que nous leur imposons ce que jamais ils ne pensèrent, comme aussi ils ne le peuvent. Or je leur confesse bien que la vie ne la mort de Jésus Christ n'est pas en leur puissance : je ne regarde point non plus, si leur propos délibéré est de tuer Christ. Seulement, je monstre quelle absurdité il y a en leur meschante doctrine, quand elle seroit receue : et ne le monstre que par la bouche de l'Apostre. Qu'ils répliquent cent fois s'ils veulent, que ce sacrifice est sans sang: je leur nieray que les sacrifices changent de nature a l'appétit des hommes, ou soyent qualifiez à leur poste : car par ce moyen l'institution sacrée et inviolable de Dieu tomberoitbas. Dont il s'ensuit que ce principe de l'Apostre ne peut cstre esbranlé, assavoir qu'il y a effusion de sang requise en tous sacrifices : pour y avoir ablution.
6. Il faut traiter le quatrième office de la Messe : c'est assavoir qu'elle nous oste le fruict
qui nous provenoit de la mort de Jésus Christ : eiUant qu'elle fait que nous ne le cognoissons et considérons point. Car qui se pensera estre racheté par la mort de Jésus Christ, quand il verra en la Messe une nouvelle rédemption? Qui se confiera que ses péchez luy ayent esté remis, (juand il verra une autre remission? Et n'eschappera point celuy qui dira, que nous n'obtenons point pour autre cause la remission des péchez en la Messe, sinon pource qu'elle est desja acquise par la mort du Jésus. Car il n'allègue autre chose, que s'il disoit que nous avons esté rachetez par Jésus (Christ à Jceste condition, que nous-mesmes nous nous rachetions. Car telle doctrine a esté semée par les ministres de Satan, et telle aujourdhuy la defendent-ils par cry, par glaive et par feu, que quand nous offrons Jésus Christ au Père en la Messe, par l'œuvre de ceste oblation nous acquérons remission des péchez, et sommes faits participans de la passion de Jésus Christ. Que resteil plus à la passion de Jésus Christ, sinon qu'elle soit un exemple de rédemption, par lequel nous apprenons d'estre nous-mesmes nos rédempteurs ? Luy-mesme en nous voulant certifier en la Cène que nos fautes nous sont pardonnées, ne nous arreste point au Sacrement, mais nous renvoyé au sacrifice de sa mort, signifiant que la Cène est un mémorial estably pour nous apprendre que l'hostie satisfactoire, par laquelle Dieu devoit estre appaisé, ne seroit offerte qu'une seule fois. Car ce n'est pas assez de savoir que Jésus Christ soit la seule hostie pour nous appointer avec Dieu, sinon que nous adjoustions quant et quant, qu'il y a eu une oblation seule, teffement que nostre foy soit attachée à sa croix.
7. Or je vien au dernier bien de la Messe: qui est que la sacrée Cène, en laquelle nostre Seigneur avoit laissé la mémoire de sa passion engravée et imprimée, est ostée par la Messe, voire perdue et abolie. Car la Cène est un don de Dieu, lequel devoit estre prins et receu avec action de grâces: et auconlraire, on feind que le sacrifice de la Messe est un payement qu'on fait à Dieu, lequel il reçoyve de nous en satisfaction. Autant qu'il y a à dire entre Prendre et Donner, autant il y a de différence entre le Sacrement de la Cène et Sacrifice. Et certes ceste est une tresmalheureuse ingratitude de l'homme, qu'où il devoit recognoistre la largesse et liberaUté delà bonté divine avec action de grâces, il veut faire accroire à Dieu qu'il l'oblige à soy. Le Sacrement nous promettoit que nous estions par la mort de Jésus Christ restituez envie: non pas pour une fois seulement, mais qu'en estions assiduellement vivifiez: pource que lors tout ce qui appartenoit à nostre salut, a esté accomply. Le sacrifice de la Messe chante bien une autre chanson : c'est qu'il faut que Jésus Christ soit