‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 654 sur 703 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

tous les jours sacrifié, afln qu'il nous profite quelque chose. La Cène devoit estre proposée et distribuée en conyrcgation pul)li(iue de l'Eglise, pour nous instruire de la communion, par L'Kiuelîe nous sommes tous conjoints ensoinble à Jésus Clirist. Le sacritice de la Messe rompt et destruit ceste communilé. Car après que cesl erreur a eu lieu, ([u'il lalloit qu'il y eust des Prestres qui sacrifiassent jiour le peuple : comme si la Cène eust esté réservée à eux, elle n'a plus esté communiquée à l'Eglise des fidèles, comme le commandement de nostre Seigneur le portoit. Et la voye a esté ouverte aux. Messes privées, lesquelles représentassent plustost quelque excommunication que celle communité qui a esté instituée de nostre Seigneur: puis (|ue le prestre et sacrificateur, voulant ilevorer son sacrifice, se sépare de tout le peuple des fidèles. Afin qu'aucun ne soit trompé, j'appelle Messes privées, toutes fois et quantes ([u'il n'y a nulle participation de la Cène de nostre Seigneur entre les fidèles, quelque multitude qui y assiste pour regarder.

8. Quant au nom de Messe, jamais je ne me suis peu résoudre dont il estoit venu, sinon qu'il est vray semblable, à mon advis, qu'il a esté prins des oblations qu'on laisoit à la Cène (Deut. 16, 10 ; Luc 22, 17). Pour laquelle raison les anciens Docteurs n'en usent communément qu'au nombre pluriel. Mais laissons là le mot. Je dy que les Messes privées répugnent à l'institution de Christ : et pourtant que c'est autant de profanation de la saincte Cène. Car qu'est-ce que nous a commandé le Seigneur? assavoir de prendre le pain, et le distribuer entre nous. Et quelle observation de cela nous enseigne sainct Paul? c'est que la fraction du pain nous soit poiu- coLimunion du corps de Christ (1 Cor. 10, 16). Quand donc un homme mange tout luy seul, sans en faire part aux autres, qu'est-ce qu"il y a de semblable avec ceste ordonnance? Mais ils allèguent qu'il le fait au nom de toute l'Eglise. Je demande en quelle authorité. N'estce point se moquer ouvertement de Dieu, qu'un homme face à part ce qui devoit estre fait en commun en la compagnie des fidèles? Mais d'autant que les parolles de Jésus Christ et de sainct Paul sont assez claires, nous pouvons brièvement conclurre, que par tout où le pain ne se rompt point pour estre distribué entre les Chrestiens, il n'y a nulle (xne, mais une fausse fiction et perverse, pour la contrefaire. Or une telle fausse fiction, est corrupfion : et corruption d'un si grand mystère n'est pas sans impieté. Il y a donc un abus meschant et damnable aux Messes privées. Davantage, comme quand on est une fois décliné du droit chemin, un vice engendre tousjours l'autre : depuis que la coustume a esté introduite d'offrir sans communiquer, on a commencé petit à petit de chan-

ter des Messes infinies par tous les anglets des temples. Ainsi on a distrait le peuple par cy par là, lequel devoit estre assemblé en un lieu pour recognoistre le Sacrement de son union. Que les Papistes nient maintenant, s'ils peuvent, que ce ne soit idolâtrie à eux de monstrer en leurs Messes le pain, pour le faire adorer. Car c'est en vain qu'ils prétendent ceste promesse, que le i)ain est tesmoignage du corps de Christ. En (juchpie sens (|ue nous prenions ces parolles, Voicy mon corps : elles n'ont point esté dites à ce qu'un meschant sacrilège, sans Dieu, sans Loy, sans foy et sans conscience, toutes fois et quantes que bon luy semblera, change et transmue le pain au corps de Jésus Christ, pour en abuser à sa poste : mais à ce que les fidèles observans le commainlement de leur Maistre Jésus Christ, ayent vraye participation d'iceluy en la Cène.

9. Et de fait ceste perversité a esté incognue à toute l'Eglise ancienne. Car combien que ceux qui sont les plus efTrontez entre les Papistes facent un bouclier des anciens Docteurs, abusans faussement de leurs tesmoignages, toutesfois c'est une chose claire comme le Soleil en plein midy que ce qu'ils font est tout contraire a l'usage ancien : et que c'est un abus qui est venu en avant du temps que tout estoit dépravé et corrompu en l'Eglise. Mais devant que faire fin, j'interrogue noz docteurs de Messes : Puis qu'ils savent qu'obéissance a Dieu est meilleure que tous sacrifices, et qu'il demande plus qu'on obtempère à sa voix, qu'il ne fait qu'on luy olTro sacrifices (1 Sam. lo, 22) : comment j)ensent-ils que ceste manière de sacrifice soit agréable à Dieu, de laquelle ils n'ont aucun commandement, et qu'ils voyent n'estrc prouvée par une seule syllabe de l'Escriture ? Davantage, puisqu'ils oyent l'Apostre disant que nul ne se doit attribuer et usurper le nom et honneur de Prestrise, sinon celuy qui est appelé de Dieu, comme Aaron : et que mesme Jésus Christ ne s'y est point ingéré soy-mesme, mais a obey à la vocation de son Père (Hebr. o, 4. o) : ou il faut qu'ils monstrent que Dieu est autheur et instituteur de leur prestrise, ou qu'ils confessent leur ordre et estât n'estre point de Dieu : veu que sans y estre appelez, ils s'y sont de leur propre témérité introduits. Mais ils ne pourroyent monstrer un seul poinct de lettre qui favorise à leur prestrise. Que deviendront donc les sacrifices, qui ne peuvent estre otTers sans Prestre ?

10. Si quelcun vouloit débattre par l'authorité des Anciens, qu'il faut autrement entendre le sacrifice qui est fait en la Cène, que nous ne l'exposons : et pour ce faire ameine des sentences rompues et mutilées, je donneray à cela brieve response: c'est s'il est question d'approuver telle fantasie qu'ont forgée les Papistes du sacrifice de la Messe, que les Anciens ne se

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