‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 656 sur 703 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

13. Or afin que quelque quereleux ne prenne matière de Cdinliatrc encore contre nous pour les noms de Sacrifice et de Preslre, j'expedieray en bref que c'est que j'ay entendu en toute ceste disputation par le mot de Sacrifice et-par le nom de Prestre. Je ne voy point quelle raison peuvent avoir ceux, qui estfudeut le nom de Sacrifice à toutes cérémonies et observations appartenantes au service de Dieu. Car nous voyons iiue par la coustume perpétuelle do l'Escriture, le nom de Sacrifice est ])rins j)Our ce que les Grecs appellent maintenant Thysia, maintenant Prosphora. maintenant Teleté, qui signifie ^généralement tout ce (pii est olTert à Dieu. Tellement neantmoins (pi'il nous faut icy user de distinction : mais d'une telle distinction, qui se déduise dei> sacrifices de la Loy Mosaique, sous l'ombre desquels le Sci- 1,'neur a voulu représenter à son peuple toute la vciité des sacrifices spirituels. Or combien qu'il y ait eu plusieurs espèces d'iceux, toutesfois elles se peuvent toutes rapporter h deux membres. Car ou l'oblation estoit faite pour le péché par une manière de satisfaction, dont la faute estoit rachetée devant Dieu : ou elle se faisoit pour un signe du service divin, et comme un tesmoignage de l'honneur qu'on luy rendoit. Et sous ce second membre estoyent comprins trois genres de sacrifice. Car fust qu'on demandast sa faveur et grâce par forme de su])plication, fust qu'on luy rendist louange pour ses bénéfices, fust qu'on s'exercitast simplement à renouvel- 1er la mémoire de son alliance, cela appartenoit tousjours à testifier la révérence qu'on avoit à son >'om. Parquoy il faut rapporter à ce second membre ce qui est nommé en la Loy, Holocauste, Libation, Oblation, Premiers fruits, et les Hosties pacifiques. A ceste cause nous aussi diviserons les Sacrifices en deux parties : et en appellerons un genre, Destiné à l'honneur et révérence de Dieu, par lequel les fidèles le recognoissent estre celuy dont leur provient et procède tout bien : et à ceste cause luy rendent grâce comme elle luy est dcue. Et l'autre, Sacrifice propitiatoire, ou d'expiation. Sacrifice d'expiation est celuy lequel est fait pour appaiser l'ire de Dieu, satisfjiire à sa justice : et en ce faisant, purger les péchez et nettoyer, afin que le pécheur estant purifié des macules d'iceux, et estant restitué eu pureté de justice, soit remis en grâce avec Dieu. Les hosties (jui estoyent offertes en la Loy pour ellacer les péchez (Ex. 29, 36), estoyent ainsi appcllées : non pas qu'elles fussent suffisantes pour abolir l'iniquité, ou reconcilier les hommes à Dieu, mais d'autant qu'elles figuroyent le vray sacrifice qui a finalement esté parfait à la vérité par Jésus Christ : et par luy seul pource que nul autre ne le pouvoit faire. Et a esté fait une seule fois, pource que de celuy seul fait par Jésus Christ,

la vertu et efficace est étemelle. Comme luy mesme par sa voix l'a tesmoigné, quand il dit tout avoir esté parfait et acconqily (Jean 19, 'M)), c'est à dire, que tout ce qui estoit nécessaire pour nous reconcilier en la grâce du Père, pour iinpctror remission des péchez, justice et salut, tout cela estoit par la sienne seule oblation parachevé, consommé et accomply : et tellement rien ne defailloit, que nul autre sacrifice ne pouvoit après avoir lieu.

14. Pourtant nous avons à conclurre, que c'est opprobre et blasphème intolérable contre Jésus (christ et son sacrifice qu'il a fait i)Our nous par sa mort en la croix, si aucun réitère (juchpie oblation, pensant en acquérir' remission de pecliez, réconcilier Dieu, et obtenir justice. Toutesfois quest-il fait autre chose en la Messe, sinon que nous soyons par le mérite d'une nouvelle oijlation faits participans de la passion de Jésus Christ? Et afin de ne mettre nulle fin à leur rage, ils ont pensé que ce seroit peu, s'ils disoyent que leur sacrifiée estoit également en commun pom' toute l'Eglise, sinon qu'ils adjoustassent ([u'U est en leur puis.sance de l'appliquer peculierement à l'un ou à l'autre, conmie ils voudroyent : ou plustost, à quiconque voudroit. en bien payant, acheter leur marchandise. Et pourtant qu'ils ne pouvoyeut la mettre à si haut prix que la taxe de Judas : toutesfois afin qu'en quehjue marque ils représentassent l'exemple de leur aulheur, ils ont retenu et gardé la similitude du nombre. Luy, il vendit Jésus Christ trente pièces d'argent : ceux-cy, d'autant qu'en eux est, le vendent trente deniers de cuyvre. Mais luy, il le vendit une fois seulement : ceuxcy, toutes fois et quantes qu'ils rencontrent acheteur. En ce sens je nie que les Prestres du Pape soyeut sacrificateurs de droit: c'est, qu'ils intercèdent envers Dieu par telle oblation, et (m'ils appaisent son ire en purgeant les péchez, i^ar Jésus Christ est le seul Sacrificateur du nouveau Testament, auquel tous les sacrifices anciens ont esté devoluz, comme c'est en luy qu'ils ont prins fin. Et encore que l'Escriture ne list nulle mention de la sacrificature éternelle de Jésus Christ, toutesfois puis que Dieu en abolissant celle qu'il avoit ordonnée du temps de la Loy, n'en a point estably de nouvelle, l'argument de l'Apostreestpcremptoire, que nul ne s'attribue l'honneur sinon qu'il soit appelle (Heb. o, 4). De quelle hardiesse donc ces sacrilèges icy se nommen'-ils Sacrificateurs du Dieu vivant, duquel ils n'ont nul adveu? Et comment osent-ils usurper tel tiltre pour estre bourreaux de Christ ?

15. Il y un beau passage en Platon, au second livre De la republique, où il monstre qu'entre les Payens ceste perverse opinion regnoit. Car il dit que les usuriers, les paillards, les perjures et trompeurs, après avoir exercé beaucoup de

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