‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 658 sur 703 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

accès. Il est nostrc Autel, siir le.juel nous mettons noz oblations : en luy nous osons tout ce (|ue nous osons. En somme, il est celuy qui nous a laits Rois et Prestres au Père (Ai)oc. l, 6).

18. Que reste-il sinon que lesaveuiiles voyent, que les sourds oyent, (juc les petits enfans mesmes entendent ceste abomination de la Messe ? laquelle estant présentée en vaisseau d'or (c'est à dire sous le nom de la parolle de Dieu) a tellement enyvi'é, a tellemeiU estourdy et abesty tous les Rois et peuples de la terre, depuis le plus grand jusques au i)lus petit, iiu'estans plus bestes que les brutes, ils constituent le commencement et la fin de leur salut en ce seulgoulTre mortel. Certes Satan ne dressa jamais une plus forte machine pour coinbatrcet abbatre le règne de Jésus Christ. Ceste est comme une Heleine, pour laquelle les ennemiz de la vérité aujourdhuy bat;iillent en si grande crudelité, en si grande fureur, en si grande rage. Et vrayement c'est une Heleine, avec laquelle ils paillardent ainsi par spirituelle fornication, qui est sur toutes la plus exécrable. .Je ne touche point icy seulement du petit doigt les lourds et gros abuz, par lesquels ils pourroyent alléguer la pureté de leur sacrée Messe avoir esté profanée et corrompue: c'est assavoir, combien ils exercent de vilaines foires et marchez : quels et combien illicites et deslionnestes sont les gains (jue font tels Sacrificateurs par leurs Missations: par combien grande pillerie ils remplissent leur avarice. Seulement je monstre, et ce en simples et peu de parolles, quelle est mesme la sanetissime saincteté de la Messe, pour laquelle elle a mérité si long temps d'estre tant admirable, et d'estre tenue en si grande vénération. Car il faudroit plus grand livre pour bien esclaircir et annoblirsi grans mystères selon leur dignité. Et je ne veux point icy mesler ces vilaines ordures, lesquelles se monstrent devant les yeux de tous : afin que chacun entende que la Messe, prinse en son integiité la plus exquise, et par laquelle elle peut le mieux estre estimée, est depuis la racine jusques au sommet pleine de toutes espèces d'inipieté, de blasphème, d'idolâtrie, de sacrilège, sans considérer ses appendences et conséquences.

19. Les lecteurs peuvent voir icy en bref sommaire, tout ce que j'ay estimé qu'il faut sa- \oir de ces deux Sacremens, desquels l'usage a esté donné à l'Eglise Chrestienne dés le commencement du nouveau Test<ament, pour jus- (|ues ci la consommation du siècle : c'est assavoir, afin que le Baptesme soit quasi comme une entrée en icelle Eglise, et une première profession de foy : et la Cène, comme une nourriture assiduelle, par laquelle Jésus Christ repaist spirituellement ses fidèles. Parquoy comme il n'y a qu'un Dieu, une foy, un Christ, et une Eglise

qui est son corps : ainsi le Baptesme n'est qu'un, et n'est jamais réitéré. Mais la Gène est souvent distribuée, afin que ceux ([ui sont une fois receuz et inserez en rEglise, entendent qu'ils sont continuellement nourriz et repeuz de Jésus Christ. Outre ces deux Sacremens, comme il n'y en a nul autre institué de Dieu, aussi l'Eglise des fidèles n'en doit recevoir nul autre. Car (juc ce ne soit chose qui appartienac k la puissance ou anthorité des hommes, que de mettre sus n'instituer nouveaux Sacremens, il est facile k entendre, si nous avons souvenance de ce qui a esté assez pleinement dessus declairé : c'est assavoir, que les Sacremens sont instituez de Dieu, à ce qu'ils nous enseignent de quelque sienne promesse, et nous tesmoignent sa bonne volonté envers nous. Si nous considérons aussi que nul n'a esté conseiller de Dieu (Is. 40, i:5 ; Rom. 11, 34), qui nous puisse rien promettre certain de sa bonne volonté, ne qui nous puisse rendre certains et asseurez de quelle afl'ection il est envers nous, ne dire que c'est qu'il veut donner, ne que c'est qu'il veut denier. Car de ce il s'ensuit que nul ne peut ordonner ou instituer signe, qui soit tesmoignage d'aucune volonté et promesse de Dieu. C'est luy seul qui en baillant signe, peut tesmoigner de soy envers nous. Je diray plus brièvement, el paraventure plus rudement, mais aussi ce sera plus apertement : Sacrement ne peut jamais estre sans promesse de salut. Tous les hommes assemblez en un, ne nous sauroyent d'euxmesmes rien promettre de nostre salut. Pourtant aussi ne peuvent-ils d'euxmesmes ordonner ne dresser aucun Sacrement.

20. Par ainsi, que l'Eglise Chrestienne soit contente de ces deux : et non seulement n'en admette, approuve, ou recognoisse pour le présent, mais n'en désire, n'attende jamais jusques à la consommation du siècle, nul autre troisième. Car ce qu'aucuns divers furent ordonnez aux Juifs, selon la succession des temps, outre ceux-là qu'ils avoyent ordinaires (comme la Manne, l'eau sortant de la pierre, le serpent d'airain et autres semblables) (Ex. 16, 14: 17, 6: 1 Cor. 10, 3 : Nomb. 21,8; Jean 3, 14) c'estoit afin que par celle variété ils fussent admonnestez de ne se point arrester à telles figures desquelles Testât n'estoit point de durée, mais qu'ils attendissent de Dieu quelque meilleure chose, qui demeureroit sans mutation et sans fin. Nous avons bien autre raison, nous ausqucls Jésus Christ est révélé et manifesté, qui a en soy tous les thresors de science et sapience cachez et coUoquez en si grande abondance et affluence (Col. 2, 3). (^ar d'espérer ou requérir quelque nouveUe augmentation à ces thresors, ce seroit vrayement tenter Dieu, l'irriter et provoquer encontre nous. Il nous faut seulement avoir faim de Jésus Christ, le chercher, le regarder.

Page 1