CHAPITRE XIX
11. Combien l'autre raison est-elle frivole, inepte et folle, c'est assavoir d'appeller leur Confirmation plus digne ([ue le Baptesme de Dieu, pourtant qu'en iceile le front est souillé (riuiile, et au Baptesme le test de la teste ? Comme si le Baptesme estoit fait d'huile, et non d'eau. J'appelle ici en tesmoins tous ceux qui ont crainte de Dieu, si ces abuseurs ne s'elîorcent point d'infecter la pureté des Sacreniens, par le levain de leur fausse doctrine. J'ay dit eu autre lieu, qu'à grand'peinc peut-on appercevoir aux Sacreniens ce (|ui est de Dieu, entre la multitude des inventions humaines. Si aucun lors ne m'adjoustoit foy, maintenant pour le moins qu'il croye à ses maistres. Voicy, l'eau (qui est le signe de Dieu) mesprisée et rejeltée, ils magnifient tant seulement au Baptesme leur huile. Nous aucontraire, disons qu'au Baptesme le front est mouillé d'eau, au prix de laquelle nous n'estimons pas toute leur huile pour fiente, soit au Baptesme, soit en la Confirmation. Et si quelcun allègue qu'elle est vendue plus cher, il est (iicile de respoudre que leur vendition est tromperie, iniquité et larrecin. Par la troisième raison ils manifestent leur impieté, enseiguans que plus grande augmentation de vertu soit conférée en la Confirmation qu'au Baptesme. Les Apostres ont administré les grâces visibles du sainct llsprit par l'imposition des mains. En quoy se monstre profitable la gresse de ces trompeurs ? Mais laissans tels modérateurs," qui couvrent un blasphème par plusieurs. C'est un nœud insoluble, lequel il vaut mieux rompre du tout, que tant travailler à le deslier.
12. Or quand ils se voyent desnuez de la parolle de Dieu et de toute raison probable, ils prétendent ce qu'ils ont de coustume, que ceste observation est fort ancienne, et confermée par le consentement de plusieurs aages. Quand cela seroit vray, encore ne font-ils rien. Le Sacrement n'est pas de la terre, mais du ciel: non des hommes, mais d'un seul Dieu. Qu'ils prouvent Dieu estre l'autheur de leur Confirmation, s'ils veulent qu'elle soit tenue pour Sacrement. Mais qu'alleguenl-ils l'ancienneté, veu que les Anciens ne mettent en nul lieu plus de deux Sacreniens ? S'il falloit prendre des hommes l'asseurance de nostre foy, nous avons une forteresse inexpugnable : que les Anciens n'ont jamais recogneu pour Sacreniens, ce que faussement eux appellent Sacreniens. Les Anciens parlent de l'imposition des mains : mais l'appellent-ils Sacrement ? Sainct Augustin apertement escrit que ce n'est autre chose qu'oraison 2--. Et qu'ils ne viennent point icy brouiller de leurs folles distinctions, le dire de sainct Augustin ne devoir estre entendu de l'imposition des mains confirmatoire, mais curatoire ou reconciliatoire. Le Uvre est entre les main.s des hommes. Si je destourne les mots en autre sens que sainct Au-
gustin ne les a escrits, qu'ils me crachent au visage. Car il parle des hérétiques qui se reconcilioyent a l'Eglise : il monstre (ju'il ne les faut point rebaplizer, mais qu'il sufflst de leur imposer les mains, afin que par le lien de paix Dieu leur ilonne son Esprit. Or pource qu'il pouvoit sembler advis que ce fust chose contre raison, de réitérer plustost l'imposition des mains que le Baptesme: il adjouste (|u'il y a bien dill'erence, d'autant (lu'icello n'est (ju'une oraison qui se fait sur l'homme. Et que tel soit le sens, il appert encore par un autre passage, où il dit. On impose les mains aux hérétiques qui se réduisent à l'Eglise, pour les conjoindre en charité, laquelle est le principal don de Dieu, et sans la(|uelle nulle sanctification ne peut estre en salut à l'homme --*.
V.l Je souhaiteroye que nous retinssions la manière que j'ay dite avoir esté entre les Anciens, devant (jue ceste fiction abortive de Sacrement vinst en avant. Non pas qu'il y eust une telle Confirmation, laquelle ne se peut mesme nommer sans faire injure au Baptesme: mais une instruction Chrestienne, par laquelle les enfans ou ceux qui auroyent passé aage d'enfance, eussent à exposer la raison de leur foy en présence de l'Eglise. Or ce seroit une tresbonne manière d'instruction, si on avoit un formulaire proprement destiné à ceste alfaire, contenant et declairant familièrement tous les poincts de nostre religion, esquels l'Eglise universelle des fidèles doit sans différence consentir, et que l'enfant de dix ans ou environ, se presentast à l'Eglise pour declairer la confession de sa foy. Qu'il fust interrogué sur chacun poinct, et eust à res[)ondre: s'il ignoroit quelque chose, ou n'entendoit pas bien, qu'on l'enseignast en telle manière, qu'il confessast présente et tesmoin l'Eglise, la vraye foy pure et unique, en laquelle tout le peuple fidèle d'un accord honnore Dieu. Certainement si ceste discipline avoit lieu, la paresse d'aucuns pères et mères seroit corrigée : car ils ne pourroyent lors sans gram l'honte, omettre l'instruction de leurs enfans, de laquelle ils ne se soucient pas maintenant beaucoup. Il y auroit meilleur accord de foy entre le peuple Chrestien,et n'y auroit point si grande ignorance et rudesse en plusieurs. Aucuns ne seroyent pas si aisément transportez par nouvelles doctrines: en somme chacun auroit une adresse de la doctrine Chrestienne.