‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 666 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

puis apros que c'est qu'ils enseignent. Maintenant il nous faut seulement toucher pour combien leyere raison, ou du tout nulle, ils en ont fait un Sacrement. Toutesfois je diray premièrement en bref, quelle a esté la façon de l'Eglise ancienne, sous couleur de laquelle les Papistes ont introduit leur folle fantasie, et la maintiennent a présent. Les Anciens observoyent cest ordre en la Pénitence publique, que quand le pénitent s'estoit ac(juitté de la satistaction qu'on luy avoit enjoincte, il estoit reconcilié à l'Eglise par l'imposition des mains. Et cela estoit un signe d'absolution, tant pour consoler le pécheur, que pour advertir le peuple, que la mémoire de son offense devoit estre abolie. Ce signe est souvent nommé de sainct Cyprien, Ottroy ou donation de paix --*. Davantage, afm que cest acte eust plus d'authorité, il y avoit ordonnance que cela ne se devoit faire sans leseu et vouloir del'Evesque. A quoy se doit rapporter le décret du ooncilc de Carthage second : où il est dit qu'un Prestrc ne doit point publiquement reconcilier un pénitent. Et en un autre décret du Concile Arosiquain : Ceux qui décèdent de ce monde devant, la fln de leur pénitence, pourront estre admis à la communion sans lïmposition des mains reconciliatoire : mais si quelcun revenoit en santé, qu'il soit reconciUé par l'Evesque. Il y a un autre semblable décret du concile de Carthage troisième -^ Tous ces statuts tendoyentà ce but, que la sévérité qu'ils vouloyent estre observée, ne s'en allast en décadence. Ainsi, d'autant qu'il y pouvoit avoir des Prestres trop faciles, il estoit dit (luei'Evesque auroit cognoissance de cause. Combien que Sainct Cyprien tesmoigne en un autre passage, que l'Evesque n'imposoit pas seul les mains sur les penitens, mais tout le Clergé avec luy '^^'^. Depuis par succession de temps ceste façon a esté pervertie, tellement qu'on a usé de ceste cérémonie en absolutions privées : c'est à dire hors la pénitence publique. Et de là vient ceste distinction que met Gratien, qui a fait le recueil des Décrets "\ entre la reconciliation publique et particulière. Quant à moy, je confesse que ceste observation dont parle sainct Cyprien, est saincie et utile à l'Eglise, et voudroye qu'elle fust aujourdhuy en usage. Quant à l'autre, encore que je ne la reprouve point du tout, neantmoins j'estime qu'elle n'est point fort expediente. Quoy qu'il en soit, nous voyons que l'imposition des mains en la pénitence, est une cérémonie dressée des hommes et non pas instituée de Dieu: et par ainsi, qu'elle doit estre mise entre les choses indifférentes, ou entre les observations dont on ne doit pas tenir tel conte, que des Sacremens fondez en la paroUe de Dieu.

lo. Or les Théologiens Romanisques, qui ont ceste bonne coustume de corrompre et dépraver tout par leurs belles gloses, se tourmentent fort

à y trouver un Sacrement. Et n'est point de merveille s'ils en sont en peine: car ils cherchent ce qui n'y est point. Finalement ne pouvaus mieux, comme gens qui sont au bout de leurs sens, ils laissent tout enveloppé, suspens, incertain et confus par diversité d'opinions. Ils disent donc que la Pénitence extérieure est Sacrement: et s'il est ainsi, qu'il la faut repuier estre signe de la Pénitence intérieure, c'est à dire de la contrition da cœar, qui sera par ceste raison la substance du Sacrement: ou bien que toutes les deux sont Sacrement: non pas deux, mais un accompli. Et que l'extérieure, est Sacrement tant seulement: l'intérieure. Sacrement et substance d'iceluy: et que la remission des péchez est substance du Sacrement, non pas Sacrement '--*. Alin de respondre à toutes ces choses, ceux qui ont souvenance de la définition du Sacrement cy dessus mise, qu'ils rapportent à icelle tout ce que ceux cy disent estre Sacrement: et ils trouveront qu'il n'y a nulle convenance, veu que ce n'est point une cérémonie externe instituée du Seigneur à la confirmation de nostre foy. S'ils répliquent que ma définition n'est pas une loy à laquelle ils soyent nécessairement tenus d'obéir: qu'ils escoutent sainct Augustin, auquel ils font semblant de porter une révérence inviolable. Les Sacremens, ditil, sont instituez visibles pour les charnels : afin que par les degrez des Sacremens ils soyent transferez des choses qui se voyent a l'œil, à celles qui se comprennent en l'entendement '-^. Qu'est-ce qu'ils voyent ou peuvent monstrer aux autres de semblable, en ce qu'ils appellent Sacrement de Pénitence? Sainct Augustin en un autre lieu dit. Sacrement est ainsi appelle, pource qu'en iceluy une autre chose est veue, et une autre entendue. Ce qui s'y voit, a figure corporelle: ce qui y est entendu, a fruict spirituel -^'*. Ceci ne convient non plus au Sacrement de Pénitence, tel qu'ils l'imaginent; où il n'y a nulle figure corporelle qui représente le fruict spirituel.

16. Mais encore, afin que je les siu^monte mesme en leur limite : je demande. S'il y avoit icy Sacrement aucun, n'y avoit-il pas meilleure couleur de dire que l'absolution du Prestre fust Sacrement, que la Pénitence, ou intérieure ou extérieure? Car il estoit facile de dire que c'est une cérémonie ordonnée pour confirmer nostre foy de la remission des péchez, et ayant promesse des clefs, comme ils appellent: c'est assavoir, Ce que lu auras lié ou deslié sur terre, sera lié ou deslié aux cieux. Mais quelcun eust objecté à rencontre que plusieurs sont absous des Prestres, ausquels telle absolution ne profite de rien: comme ainsi soit que par leur doctrine les Sacremens de la nouvelle loy doyvent en efficace faire ce qu'ils figurent. A cela la response est preste : c'est assa-

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