CHAPITRE XIX
voir que comnio il y a double maïKiucation en la Cône de nostre Seigneur, Fune sacranientale, qui est pareillement commune aux bons et aux mauvais, l'autre qui est spécialement propre aux bons: aussi ils peuvent feindre que l'absolution se reçoit doublement. Combien (jue jusipies icy je n'ay peu comprendre comment ils entendent que les Sacremens de la nouvelle loy ayent une opération si vertueuse. Ce que j'ay monstre n'accorder nullement à la vérité de Dieu, quand je traitoye ceste matière en son lieu. Seulement j';iy voulu icy dcclairer, que ce scrupule n'empescbe de rien, à ce qu'ils ne puissent nommer l'absolution du Prestre, Sacrement. Car ils respondront par la boucbe de sainct Auj^ustin, que la sanctilicalion est aucunefois sans Sacrement visible, et que ce Sacrement visible est aucunefois sans intérieure sanctification -^K Item, que les Sacremens font ce qu'ils figurent es esleus seulement -^-'. Item, que les uns vestent Clirist jusques à la perception du Sacrement, les autres jusques à la sanctification -^^. Le premier advient semblablement aux bons et aux mauvais: le second n'advient sinon aux bons. Certes ils se sont trop puérilement abusez: et ont esté aveuglez au soleil, quand estans en telle perplexité et difficulté, ils n'ont pas cogneu une chose si facile et vulgaire.
17. Toutesfois afin qu'ils ne s'enorgueillissent pas, en quebiue part (pi'ils mettent leur Sacrement, je nie qu'il doyve estre réputé Sacrement. Premièrement, veu qu'il n'y a nulle promesse de Dieu, qui est le fondement uni(jue de Sacrement. Car comme nous avons assez declairé cy dessus, la promesse des clefs n'appartient nullement à faire quelque estât particulier d'absolution, mais seulement à la prédication de l'Evangile, soit qu'elle soit faite ou à plusieurs, ou à un seul, sans y mettre difl'erence: c'est à dire, que par icelle promesse nostre Seigneur ne fonde point une absolution spéciale, qui soit faite distinctement à un chacun: mais celle qui se fait indifféremment à tous pécheurs, sans adresse particulière. Secondement, veu que toute cérémonie qui se pourra icy produire, est pure invention des hommes, comme ainsi soit ([u'il ait Ja esté déterminé que les cérémonies des Sacremens ne se peuvent ordonner sinon de Dieu. C'est donc mensonge et tromperie, tout ce qu'ils ont forgé et fait accroire du sacrement de Pénitence. Davantage, ils ont orné ce Sacrement contrefait, d'un tel titre qu'il appartenoit, disans que c'estûit une seconde planche après le naufrage. Car si quelcun a maculé par péché la robbe d'innocence qu'il avoit receue au Baptesme, par Pénitence il la peut laver -^*. Mais c'est le dire de sainct Hierome, disent-ils. De qui qu'il soit, il ne se peut excuser qu'il ne soit pleinement meschant, si on l'expose selon leur sens : comme si le Baptesme estoit elîacé par le péché.
et non pas plustost que les pécheurs le deussent révoquer en mémoire, toutes les fois (ju'ils cherchent remission de péché, pour en icelle mémoire se conforter, prendre courage et confirmer leur fiance (|u'ils impetreronl rémission do l)Ocho, laquelle leur a esté promise au Haptesmo. Ce que sainct Hierome a enseigné un peu trop rudement, assavoir (pic le Baptesme duquel ceux qui méritent estre excommuniez sont dochcux est reparé par pénitence : ces faussaires le destournent à leur inqiieté. Par(|uoy on parlera tresproprement, en appellant le Baptesme Sacrement de pénitence : puis (lu'il a esté donné en consolation à ceux qui s'esludiont à faire pimilenco. Et afin qu'on ne pense que ce soit un songe de ma teste, il appert (lue c'a esté une sentence commune et résolue en l'Eglise a?icienne. Car au livre intitulé De la Foy, qu'on attribue à sainct Augustin, il est nommé Sacrement de foy et do pénitence -='\ Et qu'est-ce que nous recourons à tesnioignages incertains, comme si on pouvoit rciiuorir quelque chose plus claire que ce que récite l'Evangeliste, assavoir que Jean a presché le Baptesme de pénitence en remission des péchez (Marc 1, 4: Luc 3, -.)) ?
DE L'EXTREME O.XCTION.
18. Le troisième Sacrement contrefait, est l'Extrême Onction, laquelle ne se donne que par un prestre, et ce en extrémité de vie: et de l'huile consacrée par l'Evesque, et par telle forme de paroUes : Dieu par ceste saincte Onction et par sa miséricorde te pardonne tout ce que tu as offensé par l'ouye, la voue, le ffairer, l'attouchement et le goust. Et feignent qu'il y a deux vertus de ce sacrement: c'est assavoir la remission dos péchez, et l'allégement de la maladie corporelle, s'il est expédient, ou la santé de l'ame. Or ils disent que l'institution on est mise par sainct Jaques, duquel les mots sont tels : Y a-il quelcun malade entre vous ? Qu'il appelle les Anciens de l'Eglise, et qu'ils prient sur luy, l'oignans d'huile au nom du Seigneur: et il recouvrera sa santé, et s'il est en pochez. ils luy seront remis (Jaq. o, 14. lo). Ceste onction est d'une mesme raison que nous avons cy dessus demonstré l'imposition des mains: c'est assavoir une bastoUerie et singerie, par laquelle sans propos et sans utilité ils veulent contrefaire les Apostres. Sainct Marc recite que les Apostres en leur premier voyage, selon le mandement qu'ils avoyont eu du Seigneur, resusciteront les morts, chasseront les diables, nettoyèrent les ladres, guérirent les malades: et adjouste qu'en la guerison des malades ils useront d'Imile. Ils oignirent, dit-il, plusieurs malades d'huile, et ils estoyent gueriz (Marc 6, 13). Ce (ju'a regardé sainct Jaques, quand il a