LIVRE IV
commandé d'appellcr les Anciens pour oindre le malade. Mais ceux qui auront considéré en quelle liberté nostre Seiirneur et ses Apostres se sont gouvernez en ces choses extérieures, jugeront facilement que sous telles cérémonies il n'y a pas fort haut mystère caché. Nostre Seigneur voulant restituer la veue à l'aveugle, fist de la lioue de poudre et de salive (Jean 9, 6). Il guerissoit les uns par attouchement, les autres par paroUe. En ccste manière les Apostres ont guery aucunes maladies par seule paroUe : les autres avec attouchement, les autres avec onction. (Mattii. 9, 29: Luc 18, 42: Act. 3, 6; 5, 16; 19, 12). Mais ils pourront dire que ceste onction n'a pas esté prise des Apostres témérairement, non plus que les autres choses. Ce que je confesse: non pas toutesfois qu'ils l'ayentprinse k ce qu'elle fust instrument de la santé, mais seulement un signe par lequel fust enseigné la rudesse des simples, dont provenoit telle vertu, de peur qu'ils n'attribuassent la louange aux Apostres. Or cela est vulgaire et accoustumé, qu'eu l'Escriture le sainct Esprit et ses dons sont signifiez par l'huile (Ps. 43, 8). Au reste, icelle grâce de guérir les malades n'a plus de lieu, comme aussi bien les autres miracles : lesquels le Seigneur a voulu estre faits pour un temps, afln de rendre la prédication de l'Evangile, qui estoit pour lors nouvelle, éternellement admirable. Encores donc que nous accordissions que l'Onction eust esté un Sacrement des vertuz qui estoyeut lors administrées par les mains des Apostres, toutesfois elle ne nous appartient maintenant en rien, veu que l'administration des vertus ne nous est commise.
19. Et pour quelle plus grande raison font-ils de ceste Onction un Sacrement, que de tous autres signes ou symboles desquels il est fait mention en l'Escriture ? Que ne destinent-ils quelque estang de Siloah, auquel en certaines saisons les malades se baignassent (Jean, 9, 7)"? Cela, disent-ils, se feroit en vain. Certes non pas plus en vain ([ue l'Onction. Que ne se couchentils sur les morts, veu que sainct Paul ressuscita un jeune homme mort, en s'estendant sur luy (Act. 20, 10) ? Pour(|uoy ne font-ils un Sacrement de boue composée de salive et de poudre? Tous autres exemples, disent-ils, ont esté spéciaux, mais cestuy-cy de l'Onction est commandé par sainct Jaques. Voire, mais sainct Jaques parloit pour le temps auquel l'Eglise jouyssoit de ceste bénédiction que nous avons touchée. Bien est vray qu'ils veulent faire accroire qu'il y a encore une mesme force à leur Onction: mais nous expérimentons du contraire. Que nul maintenant ne s'esmerveille comment ils ont si hardiment trompé les âmes, lesquelles ils voyoyent estre hébétées et aveuglées, d'autant qu'ils les avoyent desnuées de la paroUe de Dieu, c'est a dire de leur vie et lumière : puis
qu'ils n'ont point de honte de vouloir abuser les sens du corps sentans et vivans. Ils se rendent donc dignes d'estre moquez, quand ils se vantent d'avoir la grâce de guerison. Nostre Seigneur certes assiste aux siens en tous temps, et subvient quand mestier est, à leurs maladies, non moins que le temps passé. Mais il ne demonstre point icelles vertus manifestes, ne les miracles qu'il dispensoit par les mains des Apostres : pource que ce don a esté temporel, et est aussi pcry en partie par l'ingratitude des hommes.
20. Parquoy, comme les Apostres ne representoyent pas sans cause par l'huile la grâce qui leur avoit esté baillée en charge, pour donner à cognoistre que c'estoit la vertu du sainct Esprit, non pas la leur : aussi du contraire, ceux-cy sont grandement injurieux au sainct Esprit, qui disent qu'une huile puante et de nulle efficace est sa vertu. Et est un mesme propos, comme si quelcun disoit que toute huile fust vertu du sainct Esprit, pourtant qu'elle est appellée de ce nom en l'Escriture : ou que tout coulomb fust le sainct Esprit, pourtant qu'il est apparu en telle espèce (Matth. 3,16: Jean 1, 32). Mais qu'ils y regardent. Quanta nous il nous suffira à présent de cognoistre trescertainement leur Onction n'estre pas Sacrement, laquelle n'est point cérémonie instituée de Dieu, et n'a promesse aucune de luy. Car quand nous requérons ces deux choses au Sacrement, que ce soit une cérémonie ordonnée de Dieu , et qu'il y ait promesse adjointe, nous demandons pareiUement que ceste cérémonie soit ordonnée pour nous, et que la promesse nous appartienne. Pourtant nul ne combat maintenant que la Circoncision soit un Sacrement de l'Eglise Chrestienne, combien que ce fust une ordonnance de Dieu, et qu'il y eust promesse adjointe : veu qu'elle ne nous a point esté commandée, et que la promesse qui y estoit, ne nous a pas esté donnée. Que la promesse laquelle ils prétendent en leur Onction ne nous concerne en rien, nous l'avons paravant clairement enseigné, et eux ils le donnent à cognoistre par expérience. La cérémonie ne se devoit prendre sinon de ceux qui avoyent la grâce de donner guerison : non pas de ces bourreaux qui sont plus puissans h. tuer et meurdrir qu'à guérir.
21. Combien qu'encore ils eussent obtenu que ce qui est dit en sainct Jaques de l'onction, convinst à nostre temps (de quoy ils sont bien loin) si n'auront-ils pas beaucoup fait pour approuver leur onction de laquelle ils nous ont barbouillez jusques icy. Sainct Jaques veut que tous malades soyent oingts : ceux-cy souillent de leur gresse non pas les malades, mais des corps à demy morts, quand l'ame est desja preste à sortir: ou (comme ils parlent) en extrémité. S'ils ont une présente médecine en leur sacre-