LIVRE IV
compagnon. Premièrement, disent ils, il a exercé l'office d'Huissier, quand il a chassé du Temple les vendeurs et acheteurs (Jean:2, lo: Mattli. '2i, 12): et monstre qu'il est Huissier, en ce qu'il dit, Je suis l'huis (Jean 10, 7). Il a prins Testât de Lecteur, quand au milieu de la Synagogue il a leu Isaie (Luc 4, 17). Il s'est meslé «l'estat d'Exorciste, quand en touchant de sa salive les aureilles et la langue du sourd et muet, il luy rendit l'ouye et le parler (Marc 7. 33). Il a tesmoigné qu'il estoit Acolythe, par ces parolies, Quiconque me suit, ne chemine point en ténèbres (Jean H, 12). Il a t'ait l'office de Soudiacre, quand estant ceint d'un linceul, il a lavé les pieds de ses Apostres (Jean 1.3, 4). lia fait Testât de Diacre, distribuant son corps et son sang aux Apostres en la Cène (Matth. 26. 20). Il a accomply ce qui est d'un Prestre, (juand il s'est otlert à ia croix sacrifice au Père (Matth. 27, 30). Ces choses tellement ne se peuvent ouyr sans rire, que je m'esmerveille si elles ont esté escrites sans risée, au moins si ceux qui les escrivoyent, estoyent hommes. Mais principalement la subtilité est digne d'estre considérée, en laquelle ils s'arraisonnent au nom d'Acolythe, l'exposant Ceroferaire, d'un mot, comme je pense. Magicien : certes qui n'est cognu de langue ou nation aucune. Comme ainsi soit qu'Acolythe signifie aux Grecs celuyqui suit et accompagne: et par leur Ceroferaire ils entendent dire un porte cierge. Combien que si je m'arreste à réfuter ces foUies à bon escient, je meriteray aussi bien d'estre moqué, tant elles sont vaines et frivoles.
24. Toutesfois afin qu'ils ne puissent plus tromper mesmes les femmes, il faut un peu descomTir leurs mensonges. Ils créent avec grand'pompe et solennité leurs Lecteurs, Psalniistes, Huissiers, Acolythes, pour s'entremes- 1er de faire les offices ausquels ils employent et commettent les petits enfans, ou ceux qu'ils appellent Lais. Car qui allume le plus souvent les cierges, ou qui verse l'eau et le vin, sinon quelque enfant, ou quelque povre homme lay qui gagne sa vie à cela ? Ceux-là mesmes ne chantent-ils pas, n'ouvrent-ils pas et ferment les portes des Eglises ? Car qui est-ce qui a jamais veu en leurs temples un Acolythe ou Huissier faisant son mestier ? Mais plustost celuy qui du temps de son enfance faisoit l'office d'Acolythe, depuis qu'il est ordonné en cest estât, cesse d'e^Ure ce qu'il est appelle : tellement qu'il semble advis que de propos délibéré ils se démettent de ce qui appartient à leur charge, quand ils en reçowent le filtre. Voila pourquoi il leur est nécessaire d'estre ordomiez à tels 8acremens, et recevoir le sainct Esprit : c'est assavoir pour ne rien faire. S'ils allèguent que cela vient de la perversité du temps présent, qu'ils délaissent et mesprisent leur devoir : il faut que
pareillement ils confessent (|u'il n'y a nul fruit, n'usage aujourdhuy en l'Eglise, de leurs sacrées Ordres. Ies(iuelles ils exaltent merveilleusement, et (jne toute leur Eglise est pleine de malédiction, puis qu'elle laisse manier aux lais et aux enfans les cierges et burettes, de Tattouchemcnt desquels nul n'est digne, sinon celuy qui est consacré en Acolythe : quand elle renvoyé les chanteries aux enfans, lesquelles ne se doyvent faire (|ue de bouche consacrée. Des Exorcistes : en quelle fin les consacrent-ils ? J'enten bien que les Juifs ont eu leurs Exorcistes : mais je voy qu'ils avoyent leurs noms des exorcismes lesquels ils exerçoyent (Act. 19, 13). Mais qui est-ce qui jamais a ouy parler que ces Exorcistes contrefaits ayent jamais fait un chef d'œuvre de leur profession ? Ils font semblant qu'ils ont puissance d'imposer les mains sur les enragez, infidèles et démoniaques : mais ils ne peuvent persuader aux diables qu'ils ayent telle puissance: non pas seulementpourlant que les diables n'obéissent point à leurs commandemens, mais aussi qu'ils ont puissance sur eux. Car à grand'peinc en trouveroit-on de dix l'un qui ne soit agité du malin esprit. Parqaoy tout ce qu'ils Ijahillent de leurs petites ordres, soit qu'ils en content cinq ou six, est forgé de mensonge et ignorance. >'ous avons cy dessus parlé des anciens Acolythes, Huissiers et Lecteurs, quand nous traitions de l'ordre de l'Eglise. Maintenant mon intention n'est sinon de reprouver ceste invention nouvelle de forger sept Sacremens aux ordres Ecclésiastiques : de L'Kjuelle on ne trouvera point un seul mot aux Docteurs anciens, mais seulement en ces badaux de théologiens Sorboniques et Canonistes. 23. Voyons maintenant des cérémonies qu'ils y font. Premièrement, tous ceux qu'ils reçoyvent en leur Synagogue, ils les ordonnent premièrement au degré de Clergé. Le signe est, qu'ils les rasent au sommet de la teste, afin que la couronne, comme ils disent, signifie dignité royale -*' : d'autant que les clercs doyvent estre Mois, ayans à gouverner et eux et les autres : selon que dit .sainct Pierre, Vous estes un genre esleu, Prestrise royalle, et nation saincte (1 Pierre 2, 9). Mais c'a esté un sacrilège à eux d'usurper le filtre qui appartenoit et estoit attribué a toute l'Eglise. Car sainct Pierre parle a tous les fidèles : et ils tirent son dire à eux, comme s'il estoit dit seulement à ceux qui sont tondus ou rasez, So\ez saincts (Levit. 11, 44: 19, 2:20, 7) : comme si eux tous seuls avoyent esté acquis du sang de Jésus Christ. Mais passons outre. Ils assignent après d'autres raisons de leur couronne: Que le sommet de leur teste est descouvert, pour monstrer que leur pensée sans empeschement doit contempler la gloire de Dieu face à face : ou pour monstrer que les vices de la bouche et des yeux doyvent estre couppez : ou pour