‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 672 sur 703 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

siji'nifier ledelaisseinent et résignation des biens temporels ; et que le circuit des cheveux qui demeure, ligure le reste des biens (juils retiennent pour la substentation de leur vie -*-. Le tout en figure : pourtant que le voile du tenqile n'a pas encore esté ronqnr-^^: j'enlen (juant a eux. Et pourtant se faisans à croire qu'ils se sont tresbiens ac(iuitez de leur office, ([uand ils ont tiguré telles choses par leur couronne, ils n'en accomplissent rien à la vérité. Jus(iues à quand nous abuseront-ils par tels mensonges et illusions? Les clercs en tondant un touppet de cheveux, monstrent qu'ils se sont desiuiz de l'abondance des biens terriens : qu'estans délivrez de tout enq)escliement. ils contemplent la gloire de Dieu : qu'ils ont niortitié les concupiscences de leurs yeux et aureilles : et il n'y a nul estât entre les hommes plus plein de rapacité, ignorance et paillardise. Que ne monstrent-ils plustost leur saincteté véritablement, que d'en rel)resenter la figure par signes faux et mensongers •?

^6. Finalement, (juand ils disent que leur couronne a prins son origine et raison des Nazariens (Nomb. 6, 5), qu'est-ce qu'ils apportent autre chose, sinon que leurs mystères sont descendus des cérémonies Judaïques, ou plustost sont une pure Juifverie? En ce qu'ils adjoustent que Priscilla, Acylas et sainct Paul, ayans fait vœu se tondirent pour estre purifiez, ils monstrent une grande bestise (Act. 18, 18). Car cela n'est nullement dit de Priscilla, et n'est dit (lue de l'un des autres : et est incertain duquel des deux, veu que la tonsure de laquelle parle sainct Luc se peut aussi bien rapporter à sainct Paul qu'à Acylas. Et mesme, afin (jue nous ne leur laissions ce qu'ils demandent, c'est qu'ils ayent prins leur exemple de sainct Paul, les simples ont à noter que jamais sainct Paul ne s'est tondu la tes^e pour sanctification aucune, mais pour s'accommoder à l'infirmité de ses prochains. J'ai coustume d'appeller telles manières de vœuz, Vceuz de charité, et non de pieté : c'est à dire prins non pour religion aucune, ou service de Dieu, mais pour supporter la rudesse des infirmes : comme il dit qu'il a esté fait Juif aux Juifs etc. (1 Cor. 9, :2()>. Ainsi il a fait cela, voire pour un coup et pour peu de temps, pour s'accommoder aux Juifs. Mais ceux-cy voulans imiter les purifications des Nazariens (Nomh. (>, l«j sans quelque fruict, que font-ils autre chose que dresser un nouveau Judaïsme ^".? C'est d'une mesme conscience qu'est composée l'Epistre decretale, qui défend aux clercs, selon l'Apostre, de ne nourrir leurs cheveux, mais de les raser en rond en manière de sphère : comme si l'Apostre, enseignant ce qui est honneste à tous hommes (1 Cor. 11, 4), s'estoit beaucoup soucié de la ronde tonsure de leurs clercs. Que les lecteurs esfiment de ces

commandemens, quelles sont les autres ordres, ausquelles il y a telle entrée pour \onir a la vérité.

27. Il a|ipert par le tesmoignage de sainct Augustin ([uelle est l'origine de la tonsure des clercs -'^. Car comme ainsi soit que jadis nul homme ne nourrist cheveleure, sinon ceux (|ui estoyent efïeminez, et appetoyent d'estre veuz braves et mignons, il fut ad visé que ce seroil mauvais exemple de permettre cela aux clercs. Il y eut donc ordormance faite que tous clercs se tondissent, afin de ne donner nul souspe(;()n ny apparence (|u'ils sevousissent parer et orner délicatement. Or la façon de se tondre estoit si commune de ce tenq)s-là, (]uc d'aucuns Moynes, pour se monstrer plus saincts que lt\s autres, et avoir quelque monstre pour se distinguer, nourrissoyent cheveleure. Voila comment la tonsure n'estoit point une chose spéciale aux clercs, mais estoit a usance (luasi a tous. Depuis, comme ainsi soit (jue le monde recommençast à porter chevelure comme au paravant, et que plusieurs nations se convertissentcà Jésus Christ, lesquelles avoyent tousjours accoustumé de porter chevelure, comme la France, l'Alemagne, l'Angleterre : il est vray semblable que les clercs, pour la raison que nous avons dite, se faisoyent tondre par tout. Or puis après que l'Eglise a esté corrompue, et que toutes les ordonnances anciennes ont esté ou perverties, ou destournées à supersfition, d'autant qu'on ne voyoit nulle raison en cesie tonsure cléricale, (comme de fait il n'y avoit qu'une folle imitation des prédécesseurs, sans savoir pourquoyj ils ont forgé ce beau mystère que maintenant avec une si grande audace ils nous afieguent pour approbation de leur Sacrement. Les Huissiers en leur consécration reçoyvent les clefs du temple, en signe qu'ils en doyvent estre gardiens : aux Lecteurs, on baille la Bible : aux Exorcistes, le formulaire ou registre desconjurafions : aux Acolythes, les burettes et les cierges 2". Voyia les notables cérémonies, lesquelles confiennnent si grande vertu, si on les veut croire, qu'elles sont non seulement signes et mereaux, mais aussi causes delà grâce invisible de Dieu. Car selon leur définition, ils prétendent cela quand ils veulent qu'on les ait pour Sacremens. Pour en conclurre en bref, je dy que cela est contre toute raison, que les théologiens Sophistes et Canonistes ont fait des Sacremens de toutes ces ordres, qu'ils appeUent Moindres : veu que par leur confession mesme elles ont esté incogneues à l'Eglise primifive, et inventées long temps après. Or puis que les Sacremens contiennent promesses de Dieu, ils ne se peuvent instituer des Anges ne des hommes, mais de celuy seul auquel il appartient de donner promesse.

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