‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 673 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Grcandes, desquelles la Soudiaconie, comme ils disent, a esté translatée en ce nombre et degré, depuis que ceste multitude des petites est venue en avant. Or pource qu'il leur semble advis qu'ils ayent tesmoignage de la paroUe de Dieu pour ces trois, ils les appellent par singulière prérogative, Ordres sacrées. Mais il faut voir combien ils abusent perversement de l'Escriture, à prouver leur intention. Nous commencerons par l'ordre de Prestrise ou de Sacrificature. Car par ces deux mots ils signifient une mcsme chose : et appellent Sacrificateurs ou Prestres, ceux desquels l'office est, comme ils disent, de faire en l'autel sacrifice du corps et du sang de .Jésus Christ, dire les oraisons, et bénir les dons de Dieu. Pourtant en leur promotion ils prennent un calice avec la patine et l'hostie, en signes qu'ils ont puissance d'otfrir à Dieu sacrifices de reconciliation. Et leur oind-on les mains pour donner à cognoistre qu'ils ont puissance de consacrer. De toutes ces choses tant s'en faut qu'ils ayent tesmoignage de la paroUe de Dieu, qu'ils ne pouvoyent plus meschamment corrompre son ordre et ses constitutions. Premièrement ce qae nous avons dit au chapitre précèdent, doit estre pour tout conclud : c'est assavoir que tous ceux font injure à Christ, qui se disenfPrestres, pour oti'rir sacrifice de reconciliation. C'est luy qui a esté ordonné du Père, et consacré avec jurement, pour estre Prestre selon l'ordre de Melchisedec, sans fin et sans succession (Ps. 110, 4; Hebr. 5, 6; 7, 3). C'est luy qui a une fois oiîert hostie de purgation et reconciliation éternelle ; et qui maintenant estant entré au Sanctuaire du ciel, prie pour nous. Nous sommes bien tous Prestres en luy, mais c'est seulement pour offrir louanges et actions de grâces à Dieu, et principalement de nous offrir nous mesmes, et en somme tout ce qui est nostre. Mais c'a esté une prééminence spéciale au Seigneur Jésus, d'appaiser Dieu, purger les péchez par son oblation. Puis que ceux-cy usurpent une telle authorité, que resteil plus sinon que leur prestrise soit un sacrilège damnable? Certes c'est une trop grande impudence a eux, de l'orner du filtre de Sacrement. Quant est de l'imposition des mains, qui se fait pour introduire les vrais Prestres et Ministres de l'Eglise en leur estât, je ne répugne point qu'on ne la reçoyve pour Sacrement. Car c'est une cérémonie prinse de l'Escriture, pour le premier : et puis laquelle n'est point vaine, comme dit sainct Paul, mais est un signe de la grâce spiritueUe de Dieu (1 Tim. 4, 14). Ce que je ne l'ay pas mis en conte avec les deux autres, c'est d'autant qu'il n'est pas ordinaire ne commun entre les fidèles, mais pour un office particulier. Au reste, quand j'attribue cest honneur au ministère ordonné de Jésus Christ, il ne faut pas que les prestres Romanisquos, qui sont

créez selon l'ordre du Pape, s'enorgueilhssent de cela. Car ceux que nous disons, sont ordonnez par la bouche de Jésus Christ, pour estre dispensateurs de l'Evangile et des Sacremens (Matth. 28, 19; Marc 16, lo; Jean 21, lo) : non pas pour estre bouchers, afin de faire immolations quotidiennes. Le commandement leur est donné de prescher l'Evangile, et de paistre le troupeau de Christ, et non pas de sacrifier. Il leur est fait promesse de recevoir les grâces du sainct Esprit, non pas pour faire expiation des péchez, mais pour gouverner deuement l'Eglise (Act. 1, 8).

29. Les cérémonies sont bien correspondantes à la chose. Nostre Seigneur envoyant ses Apostres à la prédication de l'Evangile, souffla sur eux (Jean 20, 22). Par lequel signe il représenta la vertu du sainct Esprit, laquelle il mettoit en eux. Ces bons preudhommes ont retenu ce soufflement, et comme s'ils vomissoyent le sainct Esprit de leur gosier, ils murmurent sur leurs Prestres qu'ils ordonnent, disans, Recevez le sainct Esprit. Tellement ils sont adonnez à ne rien laisser qu'ils ne contrefacent perversement, je ne dy pas comme bastcUeurs et farceurs, qui ont quelque art et manière eu leurs maintiens, mais comme singes, qui sont fretillans à contrefaire toute chose sans propos et sans discrétion. Nous gardons, disent-ils, l'exemple de nostre Seigneur. Mais nostre Seigneur a fait plusieurs choses qu'il n'a pas voulu estre ensuyvies. Il a dit à ses disciples. Recevez le sainct Esprit (Jean 20, 22). Il a dit aussi d'autrepart à Lazare, Lazare sors dehors (Jean 11, 43). Il a dit au Paralytique, Levé toy et chemine (Matth. 9, o; Jean 5, 8). Que ne disent-ils de mesme à tous les morts et paralytiques? Il a monstre une œuvre de sa vertu divine, quand en soufflant sur ses Apostres, il les a remplis de la grâce du sainct Esprit. S'ils s'efforcent d'en faire autant, ils entreprennent sur Dieu, et quasi le provoquent au combat. Mais ils sont bien loin de l'elfect : et ne font autre chose par leur folle singerie, que se moquer de Christ. Bien est vray qu'ils sont si efirontez, qu'ils osent dire que le sainct Esprit est conféré par eux. Mais l'expérience monstre combien cela est vray : par laquelle nous cognoissons évidemment que tous ceux qui sont consacrez pour Prestres, de chevaux deviennent asnes, et de fols, enragez. Toutesfois je ne leur fay point de combat de cela : seulement je reprouve ceste cérémonie laquelle ne sedevoit point firer en conséquence : et qui a esté prinse de Christ pour un signe spécial du miracle qu'il faisoit : tant s'en faut que l'excuse qu'ils prennent d'estre imitateurs de Christ, leur doyve aider.

30. Davantage, de qui ont-ils prins l'OncUon ? Ils respondent qu'ils l'ont prinse des fils d'Aaron, desquels est descendu le commencement de

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