CHAPITRE XIX
leur ordre "". Ils uinicntdonc mieux se défendre d'e\eini)les mal appli(iiiez, que confesser ([ue ce qu'ils font témérairement, soit leur invention. Aucontraire, ils ne considèrent point (lu'eii se maintenant estre successeurs des fils d'Aaron, ils font injure à la Prestrise de Jésus Christ, la- ([uelle seule a esté figurée par les Prcstrises Levitiques : et pourtant elles ont esté toutes accomplies et finies en icelle, et par ce moyen ont cessé, comme nous avons desja quel(iues fois ilit, et FEpistre aux llehrieux sans nulle glose le tesmoigne (Hebr. iO, 2). Et s'ils se délectent si fort des cérémonies Mosaïques, que ne font-ils encore des sacrifices de bœufs, de veaux et d'agneaux ? Ils retiennent bien encore une grande partie du Tabernacle et de toute la religion Judaïque : mais cela leur défaut, qu'ils ne sacrifient point de veaux et bœufs. Qui est-ce qui ne voit ceste observance d'Onction estre beaucoup plus dangereuse et pernicieuse que la Circoncision, principalement quand elle est conjointe avec une superstition et opinion Pharisaique, de la dignité de l'œuvre? Les Juifs mettoyent une confiance de leur justice en la Circoncision : ceux-cy mettent en l'Onction les grâces spirituelles. Pourtant ils ne se peuvent faire imitateurs des Lévites, qu'ils ne soyent apostats de Jésus Christ, et renoncent à l'office de Pasteurs.
31. Voyla leur belle huile sacrée, qui imprime un caractère qui ne se peut effacer, et qu'ils appellent Indélébile. Comme si l'huile ne se pouvoit oster et nettoyer de poudre et de sel : ou, si elle est trop fort entachée, de savon. Mais ce caractère est spirituel. Quelle société a l'huile avec l'ame? Ont-ils oublié ce qu'ils allèguent de sainct Augustin? que si on sépare la Parolle de l'eau il ne restera ))lus que l'eau: car c'est par la Parolle qu'elte est ;faite Sacrement'"*. Quelle Parolle monstreront-ils en leur gresse ? Sera-ce le commamlement (|ui fut fait à Moise, d'oindre les fils d'Aaron (Ex. :)0, 3Uj ? Mais il luy fut pareillement commandé de toutes les robbes sacerdotales et autres paremens desquels devoit estre vestu Aaron, des accoustremens dont ses enfans devoyent estre ornez. Davantage, de tuer un veau, et d'en brusler le sang, de trencher des moutons et les brusler, et de consacrer les aureilles et vestemens d'Aaron et de ses enfans du sang de l'un des moutons, et autres cérémonies innumerables, lesquelles je m'esbahy comment ils ont toutes omises, s'arrestant à la seule Onction. Et s'ils ayment d'estre arrousez, pourquoy plustost d'huile que de sang ? Certes ils machinent une chose ingénieuse, de faire une religion a i)art, composée de Chrestiente, Juifverie, Paganité, comme cousue de plusieurs pièces. Leur Onction donc est puante, puis qu'elle a faute de sel, c'est à dire de la parolle de Dieu. Reste l'Imposition des mains, laquelle
je confesse bien pouvoir estre nommée Sacrement, quand on en useroit comme il faut, en faisant une vraye promotion de Ministres légitimes: mais je nie ([u'elle ait lieu en ceste farce qu'ils jouent, en ordonnant leurs Prestres. Car ils n'ont nul commandement, et ne regardent point a la lin où tend la promesse. Si donc ils veulent qu'on leur permette le signe, il faut (ju'ils l'accommodent à la vérité, pour laquelle il a esté institué ou introduit.
32. Quant à l'ordre des Diacres, nous serions bien d'accord si cest office estoit restitué en sa pureté entière, telle qu'il l'a eue sous les Apostres et en l'Eglise ancienne. Mais les Diacres que nous forgent ces gens icy, qu'ont-ils de semblable? Je ne parle point des personnes, afin cpi'ils ne se complaignent qu'on leur face injure, d'estimer leur doctrine par les vices des hommes: mais je maintien qu'ils font desraisonnablement, de prendre pour leurs Diacres, tels que parleur doctrine ils nous les peignent, tesmoignage de ceux qui furent ordonnez par l'Eglise Apostoli(iue. Us disent qu'il appartient à leurs Diacres d'assister aux Prestres, et de minlstrer en tout ce qui est requis aux Sacremens, comme au Baptesme et au Chresme : de mettre le vin dedans le calice, et le pain en la patène : d'ordonner bien l'autel, porter la croix, lire l'Evangile et l'Epistre au peuple. Y a-il en tout cela un seul mot du vray office des Diacres? Maintenant oyons comme ils font leur institution ? L'Evesque seul pose la main sur le Diacre qu'il ordonne, il luy colloque sur l'espaule gauche l'estoUe, afin qu'il entende qu'il a prins le joug legier de Dieu, pour assujettir a la crainte de Dieu tout ce qui appartient au costé gauche: il luy baille un texte d'Evangile, afin qu'il s'en cognoisse estre proclamateur. Qu'est-ce qu'appartiennent toutes ces choses aux Diacres? Car ils ne font autre chose que comme si quelcun voulant ordonner des Apostres, les commettoit a encenser, parer les images, allumer des cierges, baUier les temples, tendre aux soriz, et chasser les chiens. Qui est-ce qui souffriroit ipie telles manières de gens fussent nommez Apostres, et fussent accomparez aux Apostres de Christ? Cy après donc qu'ils ne nous introduisent point pour Diacres ceux qu'ils n'ordonnent sinon à leurs farces et baslelleries. Ils les appellent aussi Lévites, déduisant leur origine des fils de Levi. Ce que je leur concederay, s'ils confessent aussi ce qui est vray, qu'en renonçant Jésus Christ ils retournent aux cérémonies Levitiques, et aux ombres de la Loy Mosaïque.
33. Touchant des Soudiacres, qu'est-il mestier d'en parler? Car comme ainsi soit que jadis ils eussent le soin des povres, on leur a attribué je ne say quel estât frivolle, d'apporter les burettes et le mantil près de l'autel, donner à laver aux Prestres, coUoquer sur l'autel le calice et la