‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 676 sur 703 · DE MARIAGE · texte numérisé non relu

DE MARIAGE

34. Le dernier Sacrement qu'ils content, est Mariage : lequel comme chacun confesse avoir esté institué de Dieu, aussi d'autrepart nul n'avoit apperceu que ce fust un Sacrement, jusqu'au temps du Pape Grégoire. Et qui eust esté l'homme de sens rassis qui s'en fust avisé? C'est certes une ordonnance de Dieu bonne et saincte. Aussi sont bien les mestiers de laboureurs, maçons, cordonniers et barbiers : qui toutesfois ne sont pas Sacromens. Car cela n'est pas seulement requis au Sacrement, que ce soit une œuvre de Dieu : mais il faut que ce soit une cérémonie extérieure ordonnée de Dieu, pour conflrmer quelque promesse. Qu'il n'y ait rien tel au mariage, les enfans mesme en pourront juger. Mais ils disent que c'est un signe de chose sacrée : c'est à dire, de la conjonction spirituelle de Christ avec l'Eglise. Si par ce mot de Signe, ils entendent une marque ou enseigne qui nous ait esté proposée de Dieu pour soustenir nostre foy, ils n'approchent point du but. S'ils entendent simplement un signe, ce qui est produit pour similitude, je monstreray comment ils arguent subtilement. Sainct Paul dit, Comme une Estoille difl'ere de l'autre en clairté : ainsi sera la résurrection des morts (1 Cor. 15, 41). Voila un Sacrement. Christ dit. Le royaume des deux est semblable a un grain de sénevé. En voila un autre. Derechef, Le royaume des cieux est semblable au levain (Matth. 13, 31. 33). Voila un troisième. Isaye dit. Le Seigneur conduira son trouppeau comme un Pasteur (Is. 40, 11). Voila le quart. En un autre passage, Le Seigneur sortira comme un Gean (Is. 42, 13). Voila le cin-

quième. Et quand en seroit la fin? Il n'y auroit rien qui selon ceste raison ne fust Sacrement. Autant qu'il y auroit de similitudes et paraboles en l'Escriture, autant y auroit-il de Sacremens. Et mesme larcin sera ainsi Sacrement : d'autant qu'il est escrit. Le jour du Seigneur sera comme un larron (1 Thess. 5, 2). Qui pourroit endurer ces Sophistes babillans si follement?. le confesse bien que toutes les fois que nous voyons quelque vigne, il est très bon de réduire en mémoire ce que dit nostre Seigneur : Je .suis la vigne, vous estes les ceps, mon Père en est le laboureur (Jean lo, 1 ss.). Quand un berger se présente devant nous : qu'il est bon de nous souvenir de la paroUe de Christ, quand il dit. Je suis le bon Berger : mes brebis escoutent ma paroUe (Jean 10, 11. 27). Mais si quelcun venoit à faire des Sacremens de telles similitudes, il le faudroit envoyer au médecin.

3o. Toutesfois ils allèguent les paroUes de sainct Paul, ausqueiles ils disent que le nom de Sacrement est attribué à Mariage. Les paroUes sont, qui aime sa femme, il s'ayme soy-mesme. Nul jamais n'a eu sa chair en haine : mais il la nourristet entretient comme Christ l'Eglise. Car nous sommes membres de son corps, de sa chair et de ses os : pour ceste cause l'homme laissera son père et sa mère, et sera conjoint avec sa femme, et seront deux en une chair. Ce Sacrement est grand : je dy en Christ et son Eglise (Eplies. o, 28— 32). Mais de traiter en ceste façon les Escritures, c'est confondre le ciel avec la terre. Sainct Paul pour moustrer aux maris queUe amitié singulière ils devoyent porter à leurs femmes, leur propose Christ pour exemple. Car comme iceluy a espandu tous les thresors de douceur envers l'Eglise, à laquelle il s'estoit conjoinct, il faut qu'un chacun se maintienne en telle affection avec sa femme. Il s'ensuit après. Qui aime sa femme, s'aime soymesme, comme Christ a aimé l'Eglise. Or pour declairer comment Christ a aimé l'Eglise comme soy-mesme, voire plustost comment il s'est fait un avec l'Eglise son espouse, il tire à luy ce que Moyse recite avoir esté dit pour Adam, ('ar quand nostre Seigneur eut amené Eve devant Adam, laquelle il savoit bien avoir esté formée de sa coste, il dit, Ceste-cy est os de mes os, et chair de ma chair (Gen. 2, 23). Sainct Paul tesmoigne que tout cela a esté accomply en Christ et en nous, quand il nous appelle Membres de son corps, de sa chair, de ses os, ou plustost une chair avec luy. A la fin il conclud par une exclamation disant, C'est un grand mystère. Et afin que nul ne s'abusast à l'ambiguité, expressément il met qu'il n'entend pas de la compagnie charnelle de l'homme et de la femme, mais du mariage spirituel de Christ et son Eglise. Et vrayement c'est un grand secret et mystère que Christ a souffert qu'une coste luy fust ostée,

CHATITRE XIX

dont nous fussions formez : c'est à dire, (|ue comme ainsi fiist ((u'il fust fort, il a ^{)ulu estre foiijie, atin que de sa vertu nous fussions corroborez : tellement que nous ne vivions pas seulement, mais ([u'il vive en nous.

;{(). Ils ont esté trompez du mot de Sacrement (jui est en la translation cummune. Mais estoiti-e raison que toute l'Eglise portais t la peine de leur igiioi'ance? Sainct Paul avoit usé du nom de Mystère, qui signifie Secret : le(iuel combien que le translateur peust exposer Secret, ou bien le laisser en son entier, veu qu'il est assez accoustumé entre les Latins, il l'a mieux aimé exposer par Sacrement : non pas toutesfois en im autre sens que sainct Paul avoit dit en (irec, Mystère. Qu'ils voisent maintenant crier contre la cognoissance des langues, par l'ignorance desquelles ils s'abusent en une chose si facile et si manifeste. Mais pourcjuoy en ce lieu s'arrestent-ils tant en ce mot de Sacrement, et quand bon leur semble ils le laissent legierement passer, sans y prendre garde? Car le translateur l'a aussi bien nu"s en l'Epistre première à Timothéc (1 ïim.:^,9),et en ceste mesme Epistre aux Ephesiens plusieurs fois (Ephes. 1, 9 et 3, 9), non en autre signification par tout, <iue pour Mystère. Encore qu'on leur pardonne (•este faute, si falloit-il toutesfois qu'en leur mensonge ils eussent bonne mémoire, pour ne se point contredire. ]\Iaintenant après a.voir orné le Mariage du tiltre de Sacrement, l'appeler Immondicité, pollution, et souilleure charnelle, quelle inconstance et legiereté est-ce? Quelle absurdité est-ce d'interdire aux Prestres un sacrement? S'ils nient qu'ils leur défendent le sacrement, mais la volupté de l'acte charnel, si n'eschappent-ils pis encore ainsi. Car ils enseignent que l'acte charnel est sacrement, et que par iceluy est figurée l'union laquelle nous avons avec Christ en !conformité de nature, d'autant que l'hoMune et la femme ne sont pas faits une chair, sinon en conjonction charnelle. Combien (lu'aucuns d'eux ayent icy trouvé deux Sacremens : l'un de Dieu et de l'ame, au fiancé et en la fiancée : l'autre de Christ et l'E^glise, au mary et en la femme. Quoy qu'il soit, neantmoins selon leur dire l'acte charnel est sacrement: du(|uel il n'cstoit licite forclorre un Chrestien, s'ils ne veulent dire que les sacremens des (^hrestiens conviennent si mal, qu'ils ne puissent consister

ensemble. Il y a encore un autre inconvénient en leur doctrine. Car ils afferment qu'au Sacrement est conférée la grâce du sainct Esprit : et ils confessent l'acte charnel estre Sacrement, auquel toutesfois ils nient (]ue le sainct Esprit assiste-^^

37. El pour ne point tromper l'Eglise en une chose seulement, quelle multitude d'erreurs, de mensonges, de déceptions, de mcschancetez outils conjonts à cest erreur. Tellement (pi'on pourroit dire qu'en faisant du ^lariagc un Sacrement, ils n'ont fait autre chose que chercher une cachette de toutes abominations. (>ar (piand ils ont eu une fois gagné ce (loinct, ils ont tiré [)ar devers eux la cognoissance des causes matrimoniales: d'autant que c'estoit chose sacrée, à laquelle ne dcvoyent toucher les juges lais. Davantage, ils ont ordonné loix pour confirmer leur tyrannie : mais lesquelles sont en partie mesc'nantes conti'e Dieu, en partie injustes contre les hommes : comme sont celles qui s'ensuyvent : Que les Mariages faits entre les jeunes personnes, qui sont sous la puissance de leurs parens, sans le consentement de leurs dits parens, demeurent fermes et inmiuables. Qu'il ne soit licite de contracter mariages entre cousins et cousines, jusques au septième degré : car ce qui leur est le quatrième, selon la vraye intelligence du droit, est le septième : et que ceux qui auront esté contractez, soyent cassés et rompus. Derechef, ils forgent des degrez à leur poste, contre les loix de toutes nations, et l'ordonnance mesme de Moyse (Levit. 18, 6). Qu'il ne soit pas licite à un homme qui aura répudié sa femme adultère, d'en prendre une autre. Que les parens spirituels, comme compères et commères, ne puissent contracter mariage ensemble. Qu'on ne célèbre nulles nopceâ depuis la Septuagesime jusques aux oct^ives de Pasques : ne trois sepniaines devant la nativité de sainct Jean (pour lesquelles maintenant ils prennent celles de la Pentecoste, et les deux preceilentes) ne depuis l'Advent jusques aux Rois : et autres semlilables infinies, lesquelles il seroit long de raconter. En somme, il faut eschapper de leur boue, en laquelle nous avons plus longuement arresté que je ne voudroye. Toutesfois je pense avoir profité quelque chose en descouvrant en partie la bestise de ces asncs.

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