‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 678 sur 703 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

vie mortelle et transitoire quel(iue goust de la béatitude iminortolle et iueorrnptiljlc: mais le but de ce reyime temporel, est de nourrir et entretenir le service extérieur de Dieu, la jmre doctrine et relij,non, garder Testât de l'Eglise en son entier, nous t'oi'mer à toute eiiuité re(|uise à la compagnie des houunes |)our le temps ([u'avonsà vivre entre eux, d'instituer noz mœurs à une justice civile, de nous accorder les uns avec les autres, d'entretenir et conserver une paix et tran(iuillité conmmnc. Toutes les(]uelles choses je confesse estre superflues, si le règne de Dieu, ainsi qu'il est maintenant en nous, esteind ceste présente vie. Mais si la volonté du Seigneur est telle, que nous cheminions sur terre cependant (jue nous aspirons à nostre vray pays: davantage, si telles aides sont nécessaires à nostre voyage : ceux qui les veulent séparer de l'homme, luy ostent sa nature humaine. Car touchant ce qu'ils allèguent, qu'il y doit avoir en l'Eglise de Dieu une telle perleclion, laquelle soit assez suffisante pour toutes loix: ils imaginent follement ceste perfection, laquelle ne se pourroit jamais trouver en la communauté des hommes. Car puis que l'insolence des meschans est si grande, et la mauvaistié tant rebelle, qu'à grand'peine y peut-on mettre ordre par la rigueur des loix : que pouvons-nous attendre d'eux, s'ils se voyent avoir une licence desbridée de mal faire, veu qu'à grand'peine mesme par force ils s'en peuvent tenir ?

3. Mais il y aura cy après lieu plus opportun de parler de l'utilité de la :police. Pour le présent nous voulons seulement donner à entendre, que de la vouloir rejetter, c'est une barbarie inhumaine : puis que la nécessité n'en est moinilre entre les honnnes, que du pain, de l'eau, du soleil et de l'air: et la dignité en est encore beaucoup plus grande. Car elle n'appartient pas seulement à ce que les hommes mangent, boyvent, et soycnt sustentez en leur vie, combien qu'elle comprenne toutes ces choses, quand elle fait qu'ils puissent vivre ensemble : toutesfois elle n'appartient point à ce seulement, mais à ce qu'idolâtrie, blasphèmes contre le nom de Dieu et contre sa vérité, et autres scandales de la religion ne soyent publiquement mis en avant, et semez entre le peuple : a ce (pie la tranquillité publique ne soit troublée : qu'a chacun soit gardé ce qui est sien: que les hommes communiquent ensemble sans fraude et nuisance : qu'il y ait honnesteté et modestie entre eux: en sonune qu'il apparoisse forme publique de religion entre les Chrestiens, et que l'humanité consiste entre les humains. Et ne doit sembler estrange que je remets maintenant à la police la charge de bien ordonner la religion, laquelle charge il semble que j'ayc ostée cy dessus hors de la puissance des hommes. Car je ne permets icy aux hommes de forger loix à

leur plaisir touchant la religion et la manière d'honnorer Dieu, non plus que je i'aisoye par cy devant: combien (pie j'approuve une ordonnance civile, laquelle prend garde (pie la vraye religion qui est contenue en la Loy de Dieu, ne soit publi(pienient violée et [)ollue par un(? licence impunie. Mais si nous traitons particulièrement chacune partie du gouvernement civil, cest ordre aidera aux lecteurs pour entendi'e (piel jugement il en faut avoir en gênerai. Or il y a trois parties. La première est le Magistrat, (pii est le gardien et conservateur des loix. La seconde est la loy, selon laquelle domine le Magistrat, l^a troisième est le peuple, (lui doit estre gouverné par les loix, et obéir au Magistrat. Voyons donc premièrement de Testât du Magistrat : assavoir si c'est une vocation légitime et approuvée de Dieu, quel est le devoir de son office, et jusqu'où s'estend sa puissance. Secondement, de quelles loix doit estre gouvernée une police Chrestienne. Finalement, en quelle sorte se peut le peuple aider des loix, et quelle obéissance il doit à son supérieur.

'i. Touchant Testât des Magistrats, nostre Seigneur n'a pas seulement testitié qu'il est acceptable (ievant soy, mais qui plus est, en l'ornant de tiltres honnorables, il nous en a singulièrement recommandé la dignité. Et pour le demonstrer en bref, ce que tous ceux qui sont constituez en prééminence sont appelez Dieux (Ex. 22, 8; Ps. 82, 1 et 6), est un tiltre (pTil ne faut pas estimer de légère importance : par !e- (luel il est demonstré qu'ils ont commandement de Dieu, (|u'ils sont autliorizez île luy, et que du tout ils représentent sa personne, estaus aucunement ses vicaires. Et cela n'est pas une glose de ma teste, mais Tintrepretation mesme de Christ: Si TEscriture, dit-il, a appelé Dieux, ceux ausquels la paroUe de Dieu s'adressoit (Jean 10, 3o). Et qu'est-ce cela autre chose sinon (lu'ils ont charge et commission de Dieu, pour luy servir en leur office: et (comme disoyent Moyse et .îosaphat à leurs juges qu'ils ordonnoyent sur chacune cité de .luda) (Deut. 1. It): 2 Cliron. 19, 6) pour exercer justice, non au nom des hommes, mais au nom de Dieu ? A ce mesme propos appartient ce que dit la Sapience de Dieu par la bouche de Sjlomon: cpie c'est de son œuvre que les Rois régnent et (pie les Conseilliers font justice: que les Princes s'entretiennent en leur domination, et que les .luges de la terre sont équitables (Prov. 8, iri. 10). Cela vaut autant comme qui diroit qu'il n'advient point par la perversité des hommes, que les Rois et jjiutres supérieurs obtiennent leur puissance sur la terre: mais (jue cela vient de la providence et saincte ordonnance de Dieu, auquel il plaist de conduire en ceste sorte le gouvernement des honmies. Ce que sainct Paul évidemment demonstre, quand il nombre les prééminences

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