LIVRE IV
entre les dons de Dieu, lesquels estans diversement distribuez aux hommes, se doyvent employer à l'édification de l'Eglise (Rom. 12, 8). Car combien qu'en ce lieu-là il parle de l'assemblée des Anciens, qui estoyent ordonnez en l'Eglise primitive pour présider sur la discipline publique, lequel office il appelle en l'Epistre aux ('orintliiens, Gouvernement (1 (^or. 1"2. 28): touteslûis puis que nous voyons la puissance civile revenir à une mesme fin, il n'y a nulle doute qu'il ne nous recommande toute espèce de juste prééminence. Et encore plus clairement il le demonstre où il entre en propre disputation de ceste matière. Car il enseigne que toute telle puissance est ordonnance de Dieu, et qu'il n'y en a nulles qui ne soyent establies de luy. Derechef, que les Princes sont ministres de Dieu pour lionnorer ceux qui font bien, et prendre la vengeance de son ire contre ceux qui font mal (Rom. 13, 1. 4). Icy pareillement se doyvent rapporter les exemples des saincts personnages, des(iuels les uns ont obtenu royaumes, comme l)avid,Josias, Ezecbias: les autres gouvernemens et grans estats sous les Rois, comme Joseph et Daniel: les autres la conduite d'un peuple libre, comme Moyse, Josué et les Juges: desquels nous cognoissons l'estat avoir esté acceptable h Dieu, comme il l'a declairé. Parquoy on ne doit aucunement douter que supériorité civile ne soit une vocation non seulement saincte et légitime devant Dieu, mais aussi tressacrée et honnorable entre toutes les autres.
o. Ceux qui voudroyent que les hommes vesquissent pesle mesle comme rats en paille répliquent, encore que jadis il y eust eu des Rois et gouverneurs sur le peuple des Juifs qui estoit rude, toutesfois que ce n'est pas chose aujourdliuy convenable à la perfection que!Jesus Christ nous a ajjportée en son Evangile, d'estre ainsi tenus en servitude. En quoy non seulement ils descouvrent leur bestise, mais aussi leur orgueil diabolique, en se vantant de perfection, de laquelle ils ne sauroyent monstrer la centième partie. Mais quand ils seroyent les plus parfaits qu'on sauroit dire, la réfutation en est bien aisée. Car David après avoir exhoité les Rois et Princes à baiser le Fils de Dieu en signe d'hommage (Ps. 2, 12), ne leur commande pas de quitter leur estât pour se faire personnes privées: mais d'assujettir leur authorité, et le pouvoir qu'ils obtiennent, à nostre Seigneur Jésus, afin qu'il ait luy seul prééminence sur tous. Pareillement Isaie en promettant que les Rois seront nourriciers de l'Eglise, et les Royues nourrices (Is. 49, 23), ne les dégrade pas de leur honneur, mai^ plustost il les establit avec filtre honnorable, patrons et protecteurs des fidèles serviteurs de Dieu. Car ceste prophetie-là appartient à la venue de nostre Seigneur Jésus. Je laisse de propos délibéré beaucoup d'autres tesmoignages
(|ui se présenteront cà et là aux lecteurs, et sur tout aux Pseaumes. Mais il y a un lieu notable par dessus tous en sainct Paul, où admonnestant Timothée de faire prières publiques pour le Rois, il adjouste quant et quant ceste raison: afin que nous vivions paisiblement sous eux, eu toute crainte de Dieu et honnesteté (1 Tim. 2, 2). Par lesquels mots il appert qu'il les fait tuteurs ou gardiens de Testât de l'Eglise.
6. A (|uoy les Magistrats doyvent bien penser continuellement: veu que ceste considération leur peut estre un bon esguillon pour les picquer a ftiire leur devoir, et leur peut apporter une merveilleuse consolation, pour leur faire prendre en patience les difficultez et fascheries qu'ils ont à porter en leur office. (]ar à combien grande intégrité, prudence, clémence, modération et innocence se doyvent-ils renger et reigler, quand ils se cognoissent estre ordonnez ministres de la justice divine? En quelle confiance oserontils donner entrée à quelque iniquité en leur siège, lequel ils entendront estre le Throne de Dieu vivant? En quelle hardiesse prononceront-ils sentence injuste de leur bouche, laquelle ils cognoistront estre destinée pour estre organe de la vérité de Dieu ? En quelle conscience signeront-ils quelque mauvaise ordonnance de leur main, la(iuelle ils sauront estre ordonnée pour escrire les arrests de Dieu? En sommC; s'ils se souviennent qu'ils sont vicaires de Dieu, ils ont à s'employer de toute leur estude, et mettre tout leur soin de représenter aux hommes en tout leur fait, comme une image de la providence, sauvegarde, bouté, douceur et justice de Dieu. Davantage, ils ont à se mettre tousjours devant les yeux, que si tous ceux qui besoignent laschement en l'œuvre de Dieu sont maudits (Jer. 4d, 10), quand il est question de faire sa vengeance, par plus forte raison ceux-là sont maudits, qui en si juste vocation versent desloyaument. Pourtant Moyse et Josaphat, voulans exhorter leurs Juges à faire leur devoir, n'ont rien peu trouver pour mieux esmouvoir leur cœur, que ce que nous avons recité cy dessus: c'est assavoir. Voyez que vous terez : car vous n'exercez point justice au nom des hommes, mais au nom de Dieu, lequel vous assiste aux jugemens. Maintenant donc la crainte de Dieu soit sur vous, et regardez de faire comme il appartient: car il n'y a point de perversité envers le Seigneur nostre Dieu (Deut. 1, IG; 2 Chron. 19, 6J. Et en un autre lieu il est dit, que Dieu s'est assis en la compagnie des dieux : et qu'au milieu des dieux il fait jugement (Ps. 82, 1 ; Is. 3, 14). Ce qui doit bien toucher les cœurs des supérieurs. Car par ce ils sont enseignez qu'ils sont comme Lieutenans de Dieu, auquel ils auront à rendre conte de leur charge. Et à bon droit les doit bien piquer cest advertissement. Car s'ils font quelque faute, ils ne font pas seulement injure aux