‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 680 sur 703 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

hommes, lesquels ils tourmentent injustement, mais aussi à Dieu, duquel ils polluent les sacrez ju^emens. Derechef, ils ont à se consoler tresamplement, en considérant (|ue leur vocation n'est pas chose profane n'estrange d'un serviteur de Dieu: mais une charité tressaincte veu (ju'ils font mesme et exécutent l'ofUce de Dieu.

7. Au contraire, ceux qui ne se tiennent pas contens de tant de tesmoignages de TEscrilurc, (|u'ils ne hlasment encores ceste saincte vocation comme chose du tout contraire à la religion et pieté ("Jireslieiine. (pie font-ils autre chose que l)rocarder Dieu mesme, sur le(|uel chéeut tous les reproches qu'on fait à son ministère ? Et certes telle manière de gens ne reprouvent point les supérieurs, à ce qu'ils ne régnent sur eux, mais du tout ils rejettent Dieu. Car si ce qui fut dit par nostre Seigneur du peuple d'Israël, est veritahle: c'est qu'ils ne pouvoyent soutTrir qu'il regnast sus eux, pourtant qu'ils avoyent rejette la domination de Samuel (1 Sam. 8, 7): pourquoy ne sera-il aujourdhuy aussi bien dit de ceux qui prennent licence de mesdire contre toutes les prééminences ordonnées de Dieu? .Mais ils objectent que nostre Seigneur défend à tous Chrestiens de ne s'entremettre de royaume ou superioritez, en ce qu'il dit à ses disciples, que les Rois des gens dominent sur icelles : mais qu'il n'est pas ainsi entre eux, où il faut que celuy qui est le premier, soit fait le plus petit (Luc :22, 25. 26). 0 les bons expositeurs ! Une contention s'estoit eslevée entre les Apostres, lequel seroit entre eux estimé de plus grande dignité. Nostre Seigneur pour reprimer ceste vaine ambition, declaire que leur ministère n'est pas semblaljle aux royaumes, ausf|uels un précède comme clief sur tous les autres. Qu'est-ce, je vous prie, que ceste comparaison diminue de la dignité des Rois: et mesmes que prouve-elle du tout, sinon que Testât royal n'est pas ministère Apostolique? Davantage, combien qu'il y ait diverses formes et espèces de supérieurs : toutesfois ils ne dilTerent rien en ce poinct, que nous ne les devions recevoir tous pour ministres ordonnez de Dieu. Car Paul a conqjrins toutes lesdictes espèces quand il a dit qu'il n'y a nulle puissance que de Dieu (Rom. 13, 1). Et celle (|ui est la moins plaisante aux hommes, est recommandée singulièrement par dessus toutes les autres : c'est assavoir la seigneurie et domination d'un seul homme, laquelle pourtant qu'elle emporte avec soy une servitude commune de tous, excepté celuy seul au plaisir duciuel elle assujettist tous les autres, elle n'a jamais esté agréable à toutes gens d'excellent et haut e.sprit. 3Iais l'Escriture d'autrepart, pour obvier à ceste malignité des jugemens humains, afferme nommément que cela se fait par la providence de la sapience divine, que les Rois régnent (Prov. 8,

lo): et en spécial commande d'honnorer les Rois (1 Pierre 2, 17).

8. Et certes c'est vaine occu|)ation aux hommes privez, lesiiuels n'ont nulle aulhorité d'ordonner les choses publiques, de disputer quel est le meilleur estât de i)olice. Et outre, c'est une témérité d'en déterminer sinq)lement, veu que le principal gist en circonstances Et encore quand on compareroit les polices ensemble sans leurs circonstances, il ne seroit pas facile ta discerner laquelle seroit la plus utile : tellement elles sont quasi égales chacune en son prix. On conte jtrois espèces du régime civil: c'est assavoir Monarchie, ([ui est la domination d'un seul, soit qu'on le nomme Roy, ou Duc, ou autrement Aristocratie, qui est une domination gouvernée par les principaux et gens d'apparence: et Démocratie, qui est une domination populaire, en laquelle chacun du peuple a puissance. 11 est bien vray qu'un Roy ou autre à qui appartient la domination, aisément décline à estre tyran. Mais il est autant facile quand les gens d'apparence ont la supériorité. lu'ils conspirent à eslever une domination inique: et encore il est beaucoup plus facile, où le populaire a authorité, qu'il esmeuve sédition. Vray est que si on fait comparaison des trois espèces de gouvernemens que j'ay recitées, que la prééminence de ceux qui gouverneront tenans le peuple en liberté, sera plus à priser : non point de soy, mais pource qu'il n'advient pas souvent, et est quasi miracle, que les Rois se modèrent si bien, que leur volonté ne se fourvoyé jamais d'équité et droiture. D'autrepart, c'est chose fort rare (ju'ils soyent munis de telle prudence et vivacité d'esprit, que chacun voye ce qui est bon et utile. Parquoy le vice, au défaut des hommes, est cause que l'espèce de supériorité la plus passable et la plus seure, est que plusieurs gouvernent, aidans les uns aux autres, et s'ailvertissans de leur office : et si quclcun s'esleve trop haut, que les autres luy soyent comme censeurs et maistres. Car cela a tousjours esté approuvé par expérience : et Dieu aussi l'a confermé par son authorité, quand il a ordonné qu'elle eust lieu au peuple d'Israël, du temps qu'il l'a voulu tenir en la meilleure condition qu'il estoit possible, jusqu'à ce qu'il produit l'image de nostre Seigneur Jésus en David. Et de fait, comme le meilleur estât de gouvernement est cestuy-la, où il y a une liberté bien tempérée et pour durer longuement: aussi je confesse que ceux qui peuvent estre en telle condition sont bien heureux, et dy qu'ils ne font que leur devoir, s'ils s'employent constamment à s'y maintenir. Mesmes les gouverneurs d'un peuple libre doyvent appliquer toute leur estude à cela, que la franchise du peuple, de de laquelle ils sont protecteurs, ne s'amoindrisse aucunement entre leurs mains. Que s'ils sont

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