‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 681 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

nonohalans à la conserver, ou souffrent qu'elle s'en aille en décadence, ils sont traistres et desloyaux. Mais si ceux qui par la volonté de Dieu vivent sous des Princes, et sont leurs sujets naturels, transfèrent cela h eux, pour estre tentez de faire quelque révolte ou changement, ce sera non seulement une folle spéculation et inutile, mais aussi meschante et pernicieuse. Outre plus, si nous ne fichons pas seulement noz yeux sur une ville, mais que nous regardions et considérions ensemblement tout le monde, ou bien que nous jettions la veue sur divers pays: certainement nous trouverons que cela ne s'est point fait sans la providence de Dieu, que diverses régions fussent gouvernées par diverses manières de police. Car comme les elemens ne se peuvent pas bien entretenir sinon par une proportion et température inégale : aussi les polices ne se peuvent pas l)ien entretenir sinon par certaine inequalité. Combien qu'il ne soit ja mestier de remonstrer toutes choses h ceux ausquels la volonté de Dieu est suffisante pour toute raison. Car si c'est son plaisir de constituer Rois sur les royaumes, et sur les peuples libres autres supérieurs quelconques: c'est à nous à faire de nous rendre sujets et obeissans à quelconques supérieurs qui domineront au lieu où nous vivrons.

9. Or maintenant, il nous faut brièvement declairer (juel est l'office des Magistrats, selon qu'il est escrit par la parolle de Dieu, et en quelle chose il gist. Or si l'Escriture n'enseignoit qu'il appartient et s'estend à toutes les deux tables de la Loy, nous le pourrions apprendre des escrivains profanes: car il n'y a nul d'entre eux ayant à traiter de l'office des Magistrats, de faire des loix et ordonner la police, qui n'ait commencé par la religion et par le service de Dieu. Et par cela tous ont confessé qu'il ne se peut establir heureusement aucun régime en ce monde, (pi'on ne prouvoye devant tout à ce poinct. que Dieu soit honnoré : et que les loix qui laissent derrière l'honneur de Dieu pour seulement procurer le bien des hommes, mettent la charrue devant les bœufs. Puis donc que la religion a tenu le premier et souverain degré entre les Philosophes, et que cela a esté observé tousjours entre les peuples d'un commun accord, les Princes et Magistrats Chrestiens doyvent bien avoir honte de leur brutalité s'ils ne s'adonnent soigneusement à ceste estude. Et desja nous avons monstre que ceste charge leur est spécialement commise de Dieu. Comme c'est bien raison, puis qu'ils sont ses vicaires et officiers, et qu'ils dominent par sa grâce, qu'aussi ils s'employent a maintenir son honneur. Et les bons Rois que Dieu a choisis entre les autres, sont notamment louez de ceste vertu en l'Escriture, d'avoir remis au dessus le service de Dieu, quand il estoit corrompu ou dis-

sipé : ou bien d'avoir eu le soin que la vraye religion florist et demeurast en son entier. Au contraire f histoire saincte, entre les inconveniens qu'apporte le défaut d'un bon gouverneur, dit que les superstitions avoyent la vogue, pource qu'il n'y avoit point de jRoy en Israël, et que chacun faisoit ce qu'il luy sembloit (Jug. 21, 2o). Dont il est aisé de redarguer la folie de ceux qui voudroyent que les Magistrats, mettans Dieu et la religion sous le pied, ne se meslassent que de faire droit aux hommes. Comme si Dieu avoit ordonné des supérieurs en son nom pour décider les differens et procès des biens terriens, et qu'il eust mis en oubli le principal, assavoir qu'il soit deuement servy selon la reigle de sa Loy. Mais l'appétit et convoitise de tout innover, changer et remuer sans estre reprins, pousse tels esprits meutins et volages, de faire, s'il leur estoit possible, qu'il n'y eust nul Juge au monde pour les tenir en bride. Quant à la seconde Table, Jeremie admonneste les Rois de faire jugement et justice : de délivrer celuy qui est opprimé par force, de la main du colomniateur : de ne contrister point les estrangers, vefves et orphelins : de ne faire injure aucune: de ne point espandre le sang innocent (Jer. 21, 12 ; 22, 3). A quoy s'accorde l'exhortation conforme au Pseaume 82, de faire droict au povre et indigent, d'absoudre les povres et diseteux, et retirer les débiles et les povres de la main de l'oppresseur (Ps. 82, 3. 4). Derechef Moyse commande aux gouverneurs, les(iuels il avoit mis en sa place, d'ouyr la cause de leurs frères, de faire justice à celuy qui la demanderoit (Deut. 1, 16) : tant contre son frère que contre un estranger : de n'avoir point acception de personnes en jugement, mais faire droit tant au petit qu'au grand, et ne décliner point pour crainte des hommes, puis que le jugement est de Dieu. Je laisse ce qui est escrit en un autre lieu : c'est que les Rois ne doyvent multiplier leurs chevaux (Deut. 17, 16), ne mettre leur cœur cà l'avarice, et ne s'eslever orgueilleusement par dessus leurs prochains : mais doyvent estre tout le temps de leur vie assiduellement cà méditer la Loy de Dieu. Item, que les Juges ne doyvent décliner en une partie ny en l'autre, et n'accepter presens aucuns (Deut. 16, 19): et autres sentences semblables, qu'on list communément en l'Escriture. Car ce que j'ay icy entrcprins de declairer l'office des Magistrats, n'est pas tant pour les instruire de ce qu'ils ont à faire, que pour monstrer aux autres que c'est qu'un Magistrat, et cà quelle fin il est ordonné de Dieu. Nous voyons donc que les Mcagistnats sont constituez protecteurs et conservateurs de la tranquillité, honnesteté, innocence et modestie publique (Rom. 13, 3): lesquels se doyvent employer à maintenir le salut et la paix commune de tous. Desquelles vertus

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