‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 682 sur 703 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

David promet d'estre comme patron (Ps. 101), <|uan(l il sera eslevé au siège royal : assavoir de ne point dissinmler les refaits et ini(|aitez,mais détester les meschans oppresseurs et orgueilleux, et de chercher de tous costez des bons conseilliers et fidèles. Or pourtant qu'ils ne se peuvent acquiler de cela, sinon (]u"ils tlefendent les bons contre les injures des mauvais, et qu'ils subviennent et donnent aide à ceux (jui sont o|)pressez : à ceste cause ils sont armez de puisance, pour reprimer et rigoureusement punir les malfaicteurs par la mesclianceté desquels la paix publique est troublée. Car à dire \ray, nous voyons par expérience ce que disoitSolon, ([ue toutes les Repuijliques consistent en deux choses : c'est assavoir en la rémunération des bons, et en la punition des mauvais : lesquelles deux choses ostées, toute la discipline des societez humaines est dissipée et mise k néant. Car il y en a plusieurs qui n'ont pas grand'cure de bien faire, s'ils ne voyent les vertus estre recompensées par quelque honneur. Et d'autrepart, la concupiscence des mauvais ne se peut refréner, s'ils ne voyent la vengeance et punition preste. Et aussi ces deux parties sont comprinses au Prophète, en ce qu'il commande aux Rois et autres supérieurs, de faire jugement et justice (Jer. 21, 12: 22, 3). Justice est, de recevoir les innocens en leur sauve-garde, les maintenir, défendre, soustenir et délivrer. Jugement est, de résister à la hardiesse des meschans, reprimer leurs violences, et punir leurs débets.

10. Mais ici s'esmeut une question haute et difficile : assavoir s'il est point défendu à tous Chrestiens d'occir. Car si Dieu par sa Loy le défend (Ex. ?0, 13: Deut. o, 17: Matth. o, 21), et si le Prophète prédit de l'Eglise de Dieu, qu'en icelle on n'affligera point, et ne fera-on mal à aucun (Is. 11, 9; 6o, 2o), comme peuvent les Magistrats sans offense de pieté, espandre sang humain? Mais d'autrepart, si nous entendons que le Magistrat en punissant ne fait rien de soy ains que seulement il exécute les jugemens mesmes de Dieu, ce scrupule ne nous empeschera pas fort. Vray est que la Loy de Dieu défend d'occir: aucontraire aussi, afin que les homicides ne demeurent impunis, le souverain Législateur met le glaive en la main de ses ministres, pour en user contre les homicides. Et il n'appartient pas aux fidèles d'affliger ne faire nuisance. Mais aussi ce n'est pas faire nuisance, ny affliger, de venger par le mandement de Dieu les afflictions des bons. Pourtant il est facile de conclurre qu'en ceste partie ils ne sont sujets à la loy commune : par laquelle combien (jue le Seigneur lie les mains de tous les hommes, toutesfois il ne lie pas sa justice, laquelle il exerce par les mains des Magistrats Tout ainsi que quand un Prince défend à tous ses sujets de

porter baston, ou blesser aucun, il n'empesche jtasneantnioins ses officiers d'exécuter la justice, iaiiuelle il leur a spécialement commise. Je voudroye que nous eussions tousjours ceste considération devant les yeux, qu'en cela il ne se fait rien par la témérité des hommes, mais de l'autiiorilé de Dieu (jui le conuiiande ainsi faire, en la conduite de laquelle on ne décline jamais de la droite voye. (^ar en consideiant cela, nous ne trouverons rien à reprendie en la vengeance publique, sinon que nous veuillons cmpescher la justice de Dieu, de punir les maléfices. Or s'il ne nous est licite de luy imposer loy, pourquoy c'aiomnions-iious les ministres d'icelle ? Ils ne portent point le glaive sans cause, dit sainct Paul: car ils sont ministres de Dieu pour servir à sou ire, et prendre vengeance de ceux qui font mal (Rom. 13, 4). Parquoy si les Princes et autres supérieurs cognoissent qu'il n'y a rien plus agréable à Dieu que leur obéissance, s'ils veulent plaire à Dieu en pieté, justice et intégrité, qu'ils s'employent à la correction et punition des pervers. Certainement Moyse estoit esmeu de ceste affection, quand se voyant estre ordonné par la vertu du Seigneur à faire la délivrance de son peuple, il mit à mort l'Egyptien (Ex. 2, 12 ; Act. 7, 28). Derechef, quand il punit l'idolâtrie du peuple par la mort de trois mille hommes (Ex. 32, 27). David aussi estoit mené de tel zèle, quand sur la fin de ses jours il commanda a son fils Solomon de tuer Joab et Semei (1 Rois 2, 5). Dont aussi en parlant des vertus Royales, il met ceste-cy au nombre, de raser les meschans de la terre, afin que tous les iniijues soyent exterminez de la ville de Dieu (Ps. 101, 8). A cela aussi se rapporte la louange qui est donnée à Solomon, Tu as aymé justice, et as hay Tiniquité (Ps. 45, 8). Comment l'esprit de Moyse, doux et bening, se vient-il à entlamber d'une telle cruauté, qu'ayant les mains sanglantes du sang de ses frères, il ne face fin de tuer, jusques a en avoir occy trois mille (Ex. 32, 27). Comment David, homme de si grande mansuétude en sa vie, fait-il entre ses derniers souj)irs un testament si inhumain, en ordonnant ([ue son fils ne conduise point jusques au sepulchre la vieillesse de Joab et Semei en paix (1 Rois 2, 5. 6. 8)? Mais certes l'un et l'autre, en exécutant la vengeance à eux commise de Dieu, ont par icelle cruauté (si ainsi elle doit estre nommée) sanctifié leurs mains, lesquelles ils eussent souillées en pardonnant. C'est abomination devant les Rois, dit Solomon, de faire iniquité: car un siège royal est confermé par justice (Prov. l(j, 12j. Derechef, Le Roy qui sied au throne de jugement, jette l'œil sur tous les mauvais (Prov. 20, 8) : c'est as.savoir, pour les punir. Item, Le Roy sage dissipe les meschans, et les tourne sur la roue (Prov. 20, 2G). Item, Qu'on sépare l'escume de l'argent, et l'orfèvre fera le vaisseau

Page 1