LIVRE IV
qu'il demande: qu'on oste l'homme pervers de devant la face du Uoy, et son tlirone sera estably en justice (Prov. 25, 4. o). Item, Tant celuy qui justifie l'inique, (luc celuy qui condamne le juste, est abominable à Dieu (Prov. 17, Jo). Item, Celuy qui est rebelle attire la calamité sur soy : et le message de mort luy est envoyé (i'rov. 17, M). Item, Les peuples et nations maudissent celuy qui dit à l'inique. Tu es juste (Prov. 24, 24). Or si leur vraye justice est de persécuter les meschans à glaive desgainé, s'ils se veulent abstenir de toute sévérité, et conserver leurs mains nettes de sang, cependant que les glaives des meschans sont desgainez à faire meurtre et violences, ils se rendront coulpables de grande injustice : tant s'en faut qu'en ce faisant ils soyent louez de justice ou de bonté. Toutcsfois j'enten avec cela, que trop grande et trop aspre rudesse n'y soit meslée, et que le siège d'un .luge ne soit pas un gibet desja dressé. Car je ne suis pas celuy qui veuille favoriser à quelque cruauté desordonnée, ou qui veuille dire qu'une bonne et juste sentence se puisse prononcer sans clémence : laquelle tousjours doit avoir lieu au conseildesRois, et laquelle, comme dit Solomon, est la vraye conservation du Ihrone royal (Prov. 20, 28). Et pourtant il n'a pas esté mal dit anciennement de quelcun -"", que c'estoit la princijiale vertu des Princes. Mais il faut (|u'un Magistrat se donne garde de tous les deux : c'est assavoir que par sévérité desordoimée il ne navre plus qu'il ne médecine: ou que par folle et superstitieuse alïectation de clémence, il ne soit cruel en son humanité, en abandonnant toutes choses par sa facilité, avec le grand détriment de plusieurs. Car ce qui s'ensuit n'a pas esté autre fois dit sans cause: c'est qu'il fait mauvais vivre sous un Prince, sous lequel rien ne soit permis: mais qu'il fait beaucoup pire sous celuy qui laisse toutes choses en abandon 2^'.
11. Or pourtant qu'il est quelque fois nécessaire aux Rois et aux peuples d'entreprendre guerre pour exercer icelle vengeance, nous pouvons de ceste raison pareillement estimer que les guerres tendantes à ceste fin, sont légitimes. Car si la puissance leur est baillée pour conserver la tranquillité de leur pays et territoire, pour reprimer les séditions des hommes noiseux et ennemis de paix, pour secourir ceux qui soutirent violence, pour chastier les maléfices, la pourroyent-ils employer à meilleure occasion, qu'à rompre et abbattre les etforts de ceux par lesquels tant le repos d'un chacun particulièrement, cjue la commune tramiuillité de tous est troublée, et les(iuels seditieusementfontesmeules, violences, oppressions, et autres maléfices ? S'ils doyvent estre gardes et défenseurs des loix, il appartient qu'ils rompent les elforts de tous ceux par l'injustice desquels la discipline
des loix est corrompue. Et mesme s'ils punissent à bon (h'oict les brigans lesquels n'auront fait tort qu'a peu de personnes, doyvent-ils laisser la religion estre vexée par briganderies, sans y mettre la main ? Car il ne peut chaloir si celuy qui se jette sur le territoire d'autruy, au- (luel il n'a nul droit pour y faire pillages et meurtres, soit Roy ou homme de bas estât. Toutes telles manières de gens doyvent estre reputez comme brigans, et punis pour tels. La nature mesme nous enseigne cela, que le devoir des Princes est d'user du glaive, non seulement pour corriger les fautes des personnes privées, mais aussi pour la défense des pays à eux commis, si on y fait quehjue aggression. Pareillement le sainct Esprit nous declaire en l'Escriture, que telles guerres sont légitimes.
12. Si quelcun objecte qu'il n'y a nul tesmoignage ny exemple au nouveau Testament, pom" prouver qu'il soit licite aux Chrestiens de faire guerre: premièrement, je respon que la mesme raison qui cstoit anciennement, dure encore aujourdhuy : et qu'il n'y a aucontraire nulle cause qui empesche les Princes de maintenir leurs sujets. Secondement, je dy qu'il ne faut point chercher déclaration de cela en la doctrine des Apostres, veu que leur intention a esté d'enseigner quel est le règne spirituel de Christ, non point d'ordonner les polices terriennes. Finalement, je respon que nous pouvons bien recueillir du nouveau Testament, que Jésus Christ par sa venue n'a rien changé en cest endroit. Car si la discipline Chrestienne, comme dit sainct Augustin, condamnoit toutes guerres, sainct Jean Baptiste eust donné conseil aux gendarmes qui vindrent a luy pour s'en(iuerir de leur salut, de jetter les armes bas et renoncer du tout à telle vacation. Or il leur a seulement défendu de ne faire violence, ne tort h personne, et leur a commandé de se contenter de leurs gages, il ne leur a point défendu de guerroyer ^°^ (Luc 3, 14). Mais les Magistrats ont icy à se donner garde de n'obéir tant soit peu à leurs cupiditez. Plustost aucontraire, soit (ju'ils ayent à faire quelque punition, ils se doyvent abstenir d'ire, de iiaine, de sévérité trop rigoureuse. El mesme, comme dit sainct Augustin, pour l'humanité commune ils doyvent avoir compassion de celuy lequel ils punissent pour ses propres maléfices. Soit (lu'il faille prendre les armes contre quelques ennemis, c'est k dire contre les brigans armez, ils ne doyvent point chercher occasion légère, et mesme ([uand l'occasion s'offriroit, ils la doyvent fuir, s'ils ne sont contraints par grande nécessité. Car s'il nous faut encore beaucoup mieux faire que les Payens n'enseignent, desquels quelcun dit, que la guerre ne doit tendre à autre fin qu'à chercher paix : il faut certes essayer tous moyens devant que venir aux armes -^*. Bref, : en toute etïusion de san? les Magistrats ne se