CHAPITRE XX
Dieu baillée par Moyse, quand en l'abolissant on luy en préfère des autres nouvelles, est chose trop frivole. Car les loix que chacuns supérieurs ont en leurs pays, ne sont pas simplement préférées à icelle comme meilleures : mais selon la condition et circonstance du temps, du lieu, et de la nation. Davantage, en ce faisant elle n'est point abroguée ne cassée, veu que jamais elle ne nous a esté commandée entre nous (lentils. Car nostre Seigneur ne Ta pas administrée par la main de Moyse, pour la publier sur toute nation et observer en toute la terre : mais ayant receu le peuple Judaiciue en sa spéciale sauvegarde, protection, conduitte, et gouvernement, il luy a voulu estre aussi particulièrement Législateur: et comme il appartcnoit à un bon Legislateiu" et sage, il a eu en toutes les loix un singulier esgard à l'utilité de ce peuple.
17. Il reste maintenant de voir ce que nous avions proposé au dernier lieu : c'est assavoir en quelle sorte la compagnie des Chrestiens se peut aider des loix, des jugemens et des Magistrats : dont provient aussi une autre question, c'est quel honneur doy vent porter les personnes privées à leurs supérieurs, et jusqu'où elles leur donent obéir. Plusieurs estiment Testât des Magistrats inutile entre les Chrestiens : lequel il ne leur est licite d'implorer, d'autant que toute vengeance, toute crainte et tout plaidoyer leur est défendu. Mais au contraire, puis que sainct Paul clairement tesmoigne qu'ils nous sont ministres de Dieu en bien (Rom. 13, 4) : par cela nous entendons la volonté de Dieu estre telle, que soyons defenduz et gardez par leur puissance et leur confort contre la mauvaistié et injustice des iniques, et que nous vivions paisiblement sous leur sauvegarde. Or s'il est ainsi qu'ils nous seroyent en vain donnez de Dieu pour nostre protection, s'il ne nous estoit licite d'user d'un tel bien et bénéfice : il s'ensuit manifestemeut que sans olïense nous les pouvons implorer et requérir. Mais j'ay icy affaire à deux manières de gens. Car il y en a plusieurs qui bruslent d'une si grande rage de plaidoyer, que jamais ils n'ont repos en eux-mesmes, sinon quand ils combattent contre les autres. Davantage, ils ne commencent jamais leurs plaidoyers (ju'avec haines immortelles, et une convoitise desordonnée de nuire et faire vengeance : et les poursuyvent avec une obstination endurcie, jusques à la ruine de leur adversaire. Cependant afin qu'il ne semble pas ad vis qu'ils facent rien que droitement, ils défendent telle perversité sous ombre de s'aider de justice. Mais il ne s'ensuit pas que s'il est permis a (pielcun de contraindre son prochain par jugement de faire raison, qu'il luy soit pourtant licite de le hair, de luy porter affection de nuisance, de le poursuv\Te obstinément sans miséricorde.