‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 687 sur 703 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

et enflamlié de haine contre leur frère. Mais quand f|uelcun verra qu'il pourra défendre son bien sans oITense ne dommage de charité : s'il le fait ainsi, il ne commet rien contre la sentence de sainct Paul : principalement si c'est chose de grande import^mce, et dont le dommage luy soit grief à porter. En somme (comme nous avons dit au commencement) charité donnera tresbon conseil à un chacun : laquelle est tellement nécessaire en tous plaidoyers, que tous ceux par lesquels elle est violée ou blessée, sont iniques et maudits.

^â. Le premier office des sujets envers leurs supérieurs, est d'avoir en grande et haute estime leur estât : le recognoissans comme une commission baillée de Dieu, et pour ceste cause leur porter honneur et révérence, comme à ceux qui sont lieutenans et vicaires de Dieu. Car on en voit aucuns lesquels se rendent assez obeissans à leurs Magistrats, et ne voudroyent point qu'il n'y eust quelque supérieur auquel ils fussent sujets, d'autant qu'ils cognoissent cela estre expédient pour le bien public : neantmoms ils n'ont autre estime d'un Magistrat, sinon que c'est un malheur nécessaire au genre humain. Mais sainct Pierre requiert plus grande chose de nous, quand il veut que nous honnorions le Roy (1 Pierre 2, 17) : et Solomon, quand il commande de craindre Dieu et le Roy (Prov. 24, 21). Car sainct Pierre sous ce mot d'Honnorer. comprend une bonne opinion et estime, laquelle il entend que nous ayons des Rois. Solomon en conjoignant aussi les Rois avec Dieu, leur attribue une grande dignité et révérence. Sainct Paul aussi donne aux supérieurs un filtre treshonnorable quand il dit que nous devons estre sujets à eux non seulement à cause de l'ire, mais pour la conscience (Rom. 13, oj. En quoy il entend que les sujets ne doyvent pas seulement estre induits de se tenir sous la sujection de leurs Princes, par crainte et terreur d'estre punis d'eux (comme celuy qui se sent le plus foible cède à la force de son ennemy, voyant la vengeance appareillée contre luy, s'il y resistoit) : mais qu'ils doyvent garder ceste obéissance pour la crainte de Dieu, comme s'ils servoyent à Dieu mesme, d'autant que c'est de luy qu'est la puissance de leur Prince. Je ne dispute pas des personnes, comme si une masque de dignité devoit couvrir toute folie, sottise, ou cruauté, ou complexions meschantes, ou toutes vilainies, et par ce moyen acquérir aux vices la louange de vertus. Seulement jedy que Testât de supériorité est de sa nature digne d'honneur et révérence, tellement que nous prisions ceux qui président sur nous, et les ayons en estime au regard de la domination qu'ils obtiennent.

23. De cela s'ensuit autre chose : c'est que les avans ainsi en honneur et révérence, ils se doi-

vent rendre sujets à eux en toute obéissance : soit qu'il faille obéir à leurs ordonnances, soit qu'il faille payer imposts, soit qu'il faille porter quelque charge publique qui appartienne à la défense commune, ou soit qu'il faille obéir à quelques mandemens. Toute ame, dit sainct Paul, soit sujette aux puissances qui sont en prééminence. Car quiconque résiste à la puissance, résiste à l'ordre mis de Dieu (Rom. 13, 1. 2). n escrit aussi à Tite en ceste manière : Exhorte-les de se tenir en la sujection de leurs Princes et supérieurs, d'obéir à leurs Magistrats, et d'estre prests à toutes bonnes œu\Tes (Tite 3, 1). Item sainct Pierre dit, Soyez sujets k tout ordre humain pour l'amour du Seigneur : soit au Roy, comme ayant prééminence, soit aux Gouverneurs, qui sont envoyez de par luy pour la vengeance des mauvais, et à la louange de ceux qui font bien (1 Pierre 2, 13. 14). Davantage, afm que les sujets rendent tesmoignage qu'ils obéissent, non par feintise, mais d'un franc vouloir, sainct Paul adjouste qu'ils doivent recommander a Dieu par oraisons la conservation et prospérité de ceux sous lesquels ils vivent. J'admoneste, dit-il, que prières, obsecrations, requestes, actions de grâces soyent faites pour tous les hommes, pour les Rois et ceux qui sont constituez en dignité, afm que nous menions vie paisible et tranquille, avec toute saincteté et honnesteté (1 Tim. 2, 1. 2). Et que nul ne se trompe icy. Car puis qu'on ne peut résister aux Magistrats sans résister à Dieu : combien qu'il semble avis qu'on puisse sans punition contemner un Magistrat foible et impuissant, toutesfois Dieu est fort et assez armé pour venger le contemnement de son ordonnance. Outreplus, sous ceste obéissance je compren la modération que doyvent garder toutes personnes privées, quant é.s affaires publiques : c'est de ne s'entremettre point de leur propre mouvement, de n'entreprendre point témérairement sur l'office du Magistrat : et du tout ne rien attenter en pubhc. S'il y a quelque faute en la police commune qui ait besoin d'estre corrigée, ils ne doyvent pourtant faire escarmouche, et n'entreprendre d'y mettre ordre, ou mettre les mains à l'œuwe, lesquelles leur sont liées quant à cela : mais ils ont à le remonstrer au supérieur, lequel seul a la main desliée pour disposer du pubhc. J'enten qu'ils ne facent rien de ces choses sans commandement. Car où le commandement du supérieur leur est baihé, ils sont garnis de l'authorité publique. Car comme on a de coustume d'appeller les conseillers d'un Prince, Ses yeux et ses oreilles, d'autant qu'il les a destinez à prendre garde pour luy : aussi nous pouvons appeller Ses mains, ceux qu'il a ordonnez pour exécuter ce qui est de faire.

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