LIVRE IV
descrit un Magistrat tel qu'il doit estre, respondant vrayemcnt à son tiltre : c'est assavoir un père du pays lequel il gouverne, pasteur du peuple, gardien de paix, protecteur de justice, conservateur d'innocence : celuy seroit à bon droit jugé estrc hors de son sens, qui voudroit reprouver telle domination. Mais pourtant qu'il avient le plus souvent que la plusi)art des Princes s'esloignent de la droite voye,et que les uns n'ayans nul soucy de faire leur devoir, s'endorment en leurs plaisirs et voluptez : les autres, ayans le cœur cà l'avarice, mettent en vente toutes les loix, privilèges, droits et jugemens : les autres pillent le povre populaire, pour fournir à leurs prodigalitez desordonnées : les autres exercent droites briganderies, en saccageant les maisons, violans les vierges et les femmes mariées, meurtrissans les innocens : il n'est pas facile de persuader à plusieurs, que tels doyvent estre recogneuz pour Princes, et qu'il leur faille obéir tant que possible est. Car quand entre des \ices si énormes, et si estranges non seulement de l'office d'un Magistrat, mais aussi de toute humanité, ils ne voyent en leur supérieur nulle forme de l'image de Dieu, laquelle devoit reluire en un Magistrat, et ne voyent nulle apparence d'un ministre de Dieu, qui est donné pour la louange des bons, et vengeance des mauvais : pareillement, ils ne recognoisseut point en luy ce supérieur, duquel la dignité et aulhorité nous est recommandée par l'Escriture. Et certainement ceste affection a tousjours esté enracinée aux cœurs des hommes de ne point moins hayr et avoir en exécration les tyrans, que d'aimer et avoir en révérence les Rois justes et s'acquittans deuement de leur charge.
25. Toustesfois si nous dressons nostre veue à la parolle de Dieu, elle nous conduira plus loin. Car elle nous rendra obeissans non seulement à la domination des Princes qui justement font leur office, et s'acquittent loyallement de leur devoir, mais k tous ceux qui sont aucunement en prééminence, combien qu'ils ne facent rien moins que ce qui appartient à leur estât. Car combien que nostre Seigneur testifie que le Magistrat soit un don singulier de sa libéralité, donné pour la conservation du salut des hommes, et qu'il ordonne aux Magistrats ce qu'ils ont à faire : neantmoins semblablement il declaire, quels qu'ils soyent, ne comment qu'ils se gouvernent, qu'ils n'ont la domination que de luy. Tellement que ceux qui n'ont esgard en leur domination qu'au bien publique, sont vrais miroirs et comme exemplaires de sa bonté : d'autrepart, ceux qui s'y portent injustement et violentement, sont eslevez de luy pour punir l'iniquité du peuple. Mais les uns et les autres semblablement tiennent la dignité et majesté laquelle il a donnée aux supérieurs légitimes. Je ne passeray pas outre, jusques à ce
que j'aye récité aucuns tesmoignages, pour prouver certainement mon dire. Or il ne faut point mettre peine de declairer qu'un mauvais Roy est une ire de Dieu sur la terre (Job 34, 30; Osée 13, 11: Is. 3, 4: 10, o): ce que j'estime estre résolu entre tout le monde, sans contredit. Et en ce faisant, nous ne dirons rien plus d'un Roy que d'un larron qui desrobe noz biens, ou d'un adultère qui rompt nostre mariage, ou d'un homicide qui cherche à nous meurtrir : veu que toutes telles calamitez sont annombrées en la Loy entre les malédictions de Dieu (Deut. 28, 29). Mais il nous faut plustost insister à prouver et monstrer ce qui ne peut pas si aisément entrer en l'Esprit des hommes : c'est qu'en un homme pervers et indigne de tout honneur, lequel obtient la supériorité publique, réside neantmoins la mesme dignité et puissance, laquelle nostre Seigneur par sa parolle a donnée aux ministres de sa justice : et que les sujets, quant à ce qui appartient à l'obéissance deue à sa supériorité, luy doyvent porter aussi grande révérence qu'ils feroyent à un bon Roy. s'ils en avoyent un.
26. Premièrement j'admonneste les Lecteurs de diligemment considérer et observer la providence de Dieu, et l'opération spéciale de laquelle il use à distribuer les royaumes, et establir tels Rois que bon luy semble : dont l'Escriture nous fait souvent mention. Comme en Daniel il est escrit. Le Seigneur change les temps, et la diversité des temps : il constitue les Rois et les abbaisse (Dan. 2, 21. 37). Item, Afm que les vivans cognoissent que le Treshaut est puissant sur les rovaumes des hommes, il les donnera à qui il voudra. Lesquelles sentences, combien qu'elles soyent fréquentes en toute l'Escriture, toutesfois elles sont par especial souvent répétées en icelle prophétie de Daniel. On cognoit assez quel Roy a esté Nabuchodonozor celuy qui priut Jérusalem, c'est assavoir un grand larron et pilleur : toutesfois nostre Seigneur afferme par le Prophète Ezechiel, qu'il luy a donné la terrre d'EgvTJte, pour le loyer de son œuvre, dont il luy avoit servy en la dissipant et saccageant (Ezech. 29, 19. 20). Et Daniel luy di- .soit, Toy Roy. tu es Roy des Rois : auquel Dieu du ciel a donné royaume puissant, fort et glorieux. A toy, dy-je, il l'a donné : et toutes les terres où habitent les fils des hommes, les bestes sauvages et oiseaux du ciel. Il les a mis en ta main et t'a fait dominer sur icelles (Dan. 2, 37). Derechef, il fut dit cà son fils Belsazar par Daniel mesme : Le Dieu treshaut a donné à Nabuchodonozor ton père royaume, magnificence, honneur et gloire : et par la magnificence qu'il luy a donnée, tous les peuples, lignées et langues ont craint et tremblé devant sa face (Dan. 5, 18. 19). Quand nous oyons qu'il a esté constitué Roy, de Dieu : pareillement il nous faut re-