‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 689 sur 703 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

iluire en mémoire l'ordomiaiice céleste, qui nous commande de craindre et honnorer le Roy, et nous ne douterons point de porter à un meschant tyran tel honneur duquel nostre Seigneur l'aura daigné orner. Quand Samuel denonçoit au peuple d'Israël ce qu'il auroit à souiïrir de ses Rois, il disoit, Voicy quelle sera la puissance du Roy qui régnera sur vous : Il prendra voz fils, et les mettra à son chariot pour les faire ses gendarmes, et labourer ses terres, et sier sa moisson, et forger des armes. Il prendra voz filles, pour les faire peinctresses, cuisinières et boulangieres. Il prendra voz terres, voz vignes, et les meilleurs jardins que vous ayez, et les donnera à ses serviteurs. Il prendra dismes de voz semences et de voz vignes, et les donnera à ses serviteurs et chambellans. Il prendra voz serviteurs, chambrières et asnes, pour les appliquer à son ouvrage : mesme il prendra disme de vostre bestail, et vous luy serez asserviz (1 Sam. 8, 11—17). Certes les Rois ne pouvoyent faire cela justement : lesquels par la Loy estoyent instruits à garder toute tempérance et sobriété (Deut. 17, 16 etc.) : mais Samuel appelloit Puissance sur le peuple, pourtant qu'il luy estoit nécessaire d'y obéir, et n'estoit Ûcite d'y résister. Comme s'il eust dit, La cupidité des Rois s'estendra à faire tous ces outrages, lesquels ce ne sera pas à vous de reprimer : mais seulement vous restera d'entendre à leurs commandemens, et d'y obéir.

27. Toutesfois il y a un passage en Jeremie notable sur tous les autres : lequel combien qu'il soit un peu long, il sera bon de reciter icy, veu que tresclairement il détermine de toute ceste question : J'a\, dit le Seigneur, fait la terre, et les hommes et les bestes qui sont sous f estendue de la terre : je les ay faits en ma grande force, et par mon bras estendu : et je baille icelle terre à qui bon me semble. .l'ay donc maintenant mis toutes ces régions en la main de >'aljuchodonozor mon serviteur : et luy serviront toutes nations et puissances et Rois, jusques ci ce que le temps de sa terre vienne. Et adviendra que toute gent et royaume qui ne luy aura servy, et n'auront baissé leur col sous son joug, je visiteray icelle gent en glaive, famine et peste. Parquoy servez au Roy de Rabylone. et vivez (Jer. 27, o— 8). ^'ous cognoissous par ces paroUes avec combien grande obéissance nostre Seigneur a voulu que ce tyran pervers et cruel fust honnoré: non pour autre raison, sinon pourtant qu'il possedoit le royaume. Laquelle possession seule monstroit qu'il estoit colloque sur le throne par fordonnance de Dieu, et que par icelle ordonnance il estoit eslevé en la majesté Royalle, laquelle il n'estoit licite de violer. Si ceste sentence nous est une fois bien résolue et fichée en noz cœurs, c'est assavoh' que par celle mesme ordonnance de Dieu, par laquelle l'au-

thorité de tous Rois est establie, aussi les Rois iniques viennent à occuper la puissance : jamais ces folles et séditieuses cogitations ne nous viendront en l'esprit, qu'un Roy doyve estre traité selon qu'il mérite, et qu'il n'est pas raisonnable que nous nous tenions pour sujets de celuy qui ne se maintient point de sa part envers nous comme Roy.

28. Ce sera en vain qu'on objectera icy, que ce mandement a esté donné en particulier au peuple d'Israël. Car il faut observer sur quelle raison il est fondé. J'ai donné, dit le Seigneur, le règne à Xabuchodonozor : pourtant soyez-luy sujets et vous vivrez (Jer. 27; 17j. A quiconque donc viendra la supériorité, il n'y a point de doute cpi'on ne luy doyve subjection. Or est-il ainsi que quand le Seigneur esleve quehiue personnage en principauté, il nous declaire que son plaisir est qu'il règne. Car de cela il y en a tesmoignage gênerai en l'Escriture. Comme au vingthuitieme des Proverbes, Pom" l'iniquité de la terre il y a plusieurs changemens de Princes (Prov. 28, 2). Item Job, au douzième. Il oste la subjection aux Rois : et derechef les exalte en puissance (Job 12, 18). Cela confessé il ne reste plus sinon que nous leur servions, si nous voulons vivre. Il y a aussi au Prophète Jeremie un autre mandement de Dieu, par lequel il commande à son peuple de désirer la prospérité de Babylon, en laquelle ils estoyent tenuz captifs : et de le prier pour icelle, d'autant qu'en la paix d'icelle seroit leur paix (Jer. 29, 7). Voila comment il est commandé aux Israélites de prier pour la prospérité de celuy duquel ils avoyent esté vaincuz, combien qu'ils eussent esté despouillez par luy de tous leurs biens, poussez hors de leurs maisons, chassez en exil, dejettez en une misérable servitude: et ne leur est pas seulement commandé ainsi qu'il nous est commandé à tous de prier pour noz persécuteurs, mais afin que son royaume lui fust gardé florissant et paisible, afin qu'ils vivent paisiblement sous luy. A ceste raison David, desja esleu Roy par fordonnance de Dieu et oinct de son huile saùicte, combien qu'il fust iniquement poursuivi de Saul, sans quelque sien démérite, toutesfois il tenoit le chef d'iceluy pour sainct et sacré, pourtant que le Seigneur l'avoit sanctifié, en l'honnorant de la majesté royalle : Qu'il ne m'advienne point, disoit-il, que je face lasche tour à mon Seigneur, oinct de Dieu : que je mette ma main sur luy, pour luy mal faire. Car il est le Christ, c'est k dire Oiuctdu Seigneur. Item, Mon ame t'a pardonné, et ay dit, Je ne mettray la main sur mon Seigneur : car il est le Christ du Seigneur. Item, Qui mettra sa main sur le Christ du Seigneur, et sera innocent? Le Seigneur est vivant. Si le Seigneur ne le frappe , ou que son jour vienne qu'il meure, ou qu'il soit occis en guerre : ja ne m'advienne que je mette ma main

Page 1