LIVRE I
lemont sa presonrc au monde, snyent laissées là sans tionneiii'. Mesiiie plusieurs lois ils sont nommez dieux, d'autant que jiar leur ministère ils nous représentent aucunement comme en un miroir l'imaye de Dieu. Car combien (pie ce qu'ont eserit les anciens Docteurs me plaise bien : assavoir rpie (piand l'Escriture fait mention que l'Anj^c de Dieu est aiiparu à Ahi'aliam, ou à Jacob, ou cà (puH(pie autre, ils e\])osent cela de Jésus Christ (Gen. 18, 1; 32, i. 28: Jos. o, ^^■ Jus. 6, i;i; l.'l, 22): totiteslbis si xoit-oii bien que les Anges en conunun S(int appelez souvent dieux, comme j'ay dit, et ne nous devons jias (>sbalur (le cela: car si le mesme honneur est l'ait aux Uois et aux Princes, lesipiels aussi bien l'Escriture appelle dieux (Ps. 82, (3), d'autant qu'ils sont en leur oflice connue lieutenans de Dieu, (lui est le souverain l^oy et supérieur de tous: il y a plus de raison (pi'il soit donné aux Anges, veu (pie la clarté de la gloire de Dieu reluist plus abondamment en eux.
6. ()v l'Escriture s'arreste principalement à enseigner ce (|ui peut servir le plus à nostre consolation et à la confirmation de nostre foy : c'est que les jVnges sont dispensateurs et ministres de la libeialité de Dieu envers n(TOS. Pourtant elle dit (pi'ils sont tousjours au guet pour nostre salut, (pi'ils sont tousjours [irests à nous défendre, (pi'ils dressent noz voyes, et ont le soin de nous eu toutes choses, pour nous garder de mau^'aise rencontre. Car c(>s sentences qui s'ensuyvent sont universelles, appartenantes premièrement a Jésus Christ, comme chef de toute l'Eglise, puis après à tous les fidèles : à savoir. Il a conunandé de toy à ses Anges, qu'ils te gardent en toutes tes voyes. Us te porteront en leurs mains, tellement (|ue tu ne chopperas point. Item, Les Anges du Seigneur sont a l'environ de ceux ((ui le craignent, et les retirent du danger (Ps. 91, M: 34, 8). Par ces sentences Dieu monstre ([u'il commet à ses Anges la tutele de ceux (pi'il veut garder. Suyvant cela l'Ange du Seigneur consoloit Agar en sa fuite, et luy commandoit de se reconcilier a sa maistresse (Gen. 16, 9; 24, 7). Semblablement Abraham promettoit à son serviteur, (jue l'Ange de Dieu luy seroit pour guide au chemin. Jacob en bénissant Ephraim et Manassé, prioit (pie l'Ange de Dieu qui luy avoit tous- Jours assisté, les fist prospérer. Semblablemcut il est dit que l'Ange (le Dieu estoit sur le camp du peuple d'irael : et toutes fois et (piantes (pie Dieu a voulu délivrer ce peuple de la main de ses ennemis, il s'est servi de ses Anges pour ce faire (Gen. 48, 16; Ex. 14, 19; 23, 20; Jug, 2, 1: 6, 11: 13. 10). Et afin que je ne soye plus long, il est dit (pie les Anges servoyent à nostre Seigneur Jésus, après (pi'il fut tenté au désert. Item, qu'ils lui assistoyeiU en son angoisse du temps de sa passion. Semblablemcut ils annon-
cèrent aux femmes sa resurection, et aux disciples son advénement glorieux (Matth. 4,11; Luc 22, 43; Matth. 28, 5. 7; Luc 24, 5; Act. 1, 10). Poui'tant à fin de s'acquiter de l'office (pii leur est donné d'estre noz défenseurs, ils combatent contre le diable et contre tous noz ennemis et font la vengeance de Dieu sur ceux qui nous molestent : comme nous lisons que l'Ange du Seigneur tua pour une nuict cent quatre vingts et cinq mille hommes au camp des Assyriens. iK)Ui' délivrer Jérusalem du siège (2 Rois 19, 3:;; Is. 37. 36).
7. Au reste, si chacun fidèle a un Ange propre (pii luy soit assigné p(mr sa défense, ou non, je n'en osei'oye rien alîermer. (Certes quand Daniel dit que l'Ange des Persiens combatoit, et semblablement l'Ange des Grecs, à rencontre (\Qi^ ennemis (Dan. 10, 13. 20; 12, 1) : par cela il signifie (pie Dieu commet aucunes fois ses Anges, comme pour estre gouverneurs des pais etprovinces. Semblaltlement Jésus Christ, en disant que les Anges des petis enfans voyent tousjours la face du Père (Malth. 18, 10), demonstre bien qu'il y a certains Anges qui ont la charge des ])etis enfans : mais je ne say pas si de cela on ])ourroit inférer (jue chacun eust le sien propre. Il faut bien tenir ce poinct résolu, (lue non seulement un Ange a le soin de chacun de nous, mais (juc d'un commun accord ils veillent pour nostre salut : car il est dit de tous les Anges en commun, qu'ils se resjouissent plus d'un pécheur (]uaiid il se convertist à repentance, que de nouante justes, quand ils auront tousjours persévéré à bien faire (Luc 15,7). Il est dit semblalileinent que l'ame de Lazare a esté portée au sein d'Abraliam par plusieurs Anges (Luc 16, 22). Ce n'est pas aussi en vain qu'Elisée monstre à son seniteur tant de chariots fiamboyans qui luy estoyent ordonnez en particulier pour le garder (2 Rois 6, 17). Il y a un passage ([ui semblerait advis plus exprès pour confermer ceste opinion : c'est que quand sainct Pierre estant sorty miraculeusement de la prison, heurta à la maison où les frères estoyent assemlilez, iceux ne pouvans penser que ce fust il, disoyent que c'estoit son Ange (Act. 12, lo). Or il est à conjecturer que cela leur vint en pensée, d'une commune opinion qu'on avoit lors, que chacun fidèle avoit son Ange particulier. Mais encores à cela on peut respondre, qu'il n'y a point d'inconvénient (ju'ils entendissent indifféremment d'aucun des Anges, au- (|uel hjj's Dieu eust recommandé sainct Pierre, non pas qu'il en fust le gardien perpétuel, selon qu'on imjigine communément, que chacun de nous a deux Anges, l'un bon et l'autre mauvais : la(|uelle opinion a esté anciennement commune entre les Payens. Combien qu'il n'est ja mestier de nous tourmenter beaucoup à une chose qui ne nous est gueres nécessaire à salut. Car
CHAPITRi: XIV
si (luelcun ne se contente pas de cela, ([lie toute la izemlarnierie ilu ciel t'ait le «riiet pour nostre salut, et est [ueste à nostie ayde, je ne say ipi'il luy |)ro(iteia davantage de dite (lu'il ait un Ange |iartifulier pnui' son gardien. Mcsine ceux (jui rL'stiei^neut a un Ange le soin (lue Dieu a dun chacun de nous, se font grande injure et à tous k's ineniltres de l'Eglise : connue si poin- néant Dieu eust |ir(iinis (|ue tou.sjours nous aurons de gntsses liandes jiour nous secourir, atin (jucstans ainsi munis de tous costez nous conibatiitns tant plus courageusement.
S. Tiiucliant de la multitude et des ordres, (|ue ceux (jui en osent rien déterminer regarilent sui" (juel fundemi'nt ils s'appuyent. Je confesse nue Michel est nommé en Daniel graml prince ou capitaine, et Archange en sainct Jude : et saiiu't Paul dit bien (jue ce sera un Archange (|ui adjournera le monde avec une trompe, pour (•(imparoistre au jugement (Dan. 1:2, 1: Jude 9; I ïhess. 4, 16). Mais ([ui esl-ce qui pourra par cela constituer les degrez iriionneur entre les Anges, les distinguer chacun l'un de l'autre par nom et par liltre, assigner à chacun son lieu et sa demeure? Car mesmes les noms de Michel et Gabriel, ([ui sont en TEscriture, et le nom de Raphaël qui est en l'histoire de Tobie (Tob. 12), semblent advis par la signification qu'ils emportent. a\oir esté imposez aux Anges à cause de nostre inlirmité : condjien <pie de cela j'aime mieux n'en rien définir. Quant est du nombre, nous oyons bien de la bouche de Jésus (Christ ([u'il y en a plusieurs légions : Daniel en nomme beaucoup de millions : le serviteur d'Elisée vit plusieurs chariots, et ce qui est dit au Pseaume, qu'ils campent à l'entour des fidèles, demonstre une glande nudtitude (Mattli. :2(j, oii; Dan. 7, 10; :2 Rois «i, 17; Ps. 34, 8). Il est bien vray que les esprits n'ont point de forme comme les coqis : toutesfois lEscriture, pour nostre petite capacité et rudesse, non sans cause nous peind les .\iii,'es avec des ailes sous les filtres de Chérubin et Séraphin : à ce (|ue nous ne doutions jioint ([u'ils seront tousjours [irests à nous «recourir avec une hastivité incroyable, si tosl (|ue la chose le reipierra : connue nous voyons que les esdairs volent parmi le ciel et par dessus toute appréhension. Si on en veut savoir davantage, cela est enquérir sur les secrets dont la iileine révélation est dilTerée au dernier jour. Pourtant (pi'il nous souvienne que nous avons a nous garder en cest endroit tant d'une curiosité supertlue à enquérir des choses (|u'il ne nous appailient point de savoir, que d'une auda;fce a |)arler de ce que nous ne savons point.
9. Toutesfois ce ijoincl ([u'aucuns escervelez mettent en doute nous doit estre tout résolu, (jue les Anges sont esprits servans a Dieu, lesquels il employé à la protection des siens, et
par les(|uels il dépense ses bénéfices envers les iiouuues, et fait ses autres œuvres (llebr. 1, 14; Act. :23, 8). Les Sadtlucéens ont bien eu autresfois ceste opinion, que par ce mot d'Anges il n'estoit signifié autre chose que le mouvement que Dieu inspire aux honunes, ou les \erlus qu'il demonstre en ses œuvres : mais il y a autant de tesmoignages de l'Escriture qui contredisent a ceste resveric. (jue c'est merveille (ju'il y ait peu avoir une telle ignorance au peuple d'Israël. Car sans aller plus loin, les passages que j'ay allégué cy ilessus, sont bien sulïisans pour en oster toute difliculté, à savoir quand il est dit ([u'il y a des légions et des millions d'Anges, ([uanil il est dit qu'ils se re.sjouissent, quand il est recité qu'ils .soustiennent les fidèles entre leurs mains, qu'ils portent leurs âmes en repos, qu'ils voyent la face de Dieu : car par cela il est bien demonstre (ju'ils ont une nature ou une essence. Mais encore outre cela, ce que disent sainct Paul et sainct Estienne que la Loy a esté donnée par la main des Anges, et ce (pic dit nostre Seigneur Jésus, que les eleus seront semblables aux Anges après la résurrection : item, que le dernier jour est incognu mesnie aux Auges : item, qu'il viendra avec les .saincls Anges, ne se peut destourner en autre sens (Act. 7, 53; Gai. 3, 19: Matth. n, 30; 24, 36; 2o, 31: Luc 9. 26). Semblablement ([uand sainct Paul adjure Tiniotliée devant Jésus Christ et ses Anges eleus, il ne dénote point quel(|ues qualitez ou inspirations : et ne peuvent autrement consister les sentences (lui sont en l'Epistre aux Hebrieux, que Jésus Christ, a esté exalté par dessus les Anges: Item, (fu'à iceux n'a point esté assubjetty le monde : Item que Christ n'a point prins leur nature, mais celle des hommes : sinon que ce soyeut vrays esprits, qui avent leur substance propre (1 Tim. o, 21 ;Hel)r. l", 4: 2, 16). Et l'Aposlre se declaire puis après, en comprenant les Anges avec les âmes des fidèles, et les mettant en un mesme reng. Outreplus nous avons desja allégué que les .\nges des petits enfans voyent tousjours la face de Dieu, que nous sommes défendus par leur secours, ([u'ils s'esjouissent de nostre salut, (pi'ils s'esmerveiUent de la grâce infinie de Dieu (jui ne se voit en l'Eglise, qu'ils sont sous un mesme chef que nous, assavoir Chiist. qu'ils sont si souvent apparus aux saincts Prophètes en forme d'hommes, ont parlé à eux, et ont logé en lem-s maisons : monstre bien (ju'ils ne sont pas vous et fumée. Mesme Jésus Christ a cause de la inimaulé ([u'il a en la personne de Médiateur est nommé Ange. Il m'a semblé bon d'attoucher en brief ce poinct, pour armer et prémunir les simples a rencontre des sottes opinions et fantastiques, que le diable a esmeu dés le commencement en l'Eglise, et que maintenant il resveille.
10. L reste d'obvier à la superstition laquelle entre volontiers en la fantasie des Iiomnies, (juand on dit que les Ang:es sont ministres et dispensateurs de tous biens. Car incontinent nostre raison décline là, qu'il n'y a honneur qu'il ne leur faille attribuer: de là il advient (lue nous leur transferons ce qui appartient seulement à Dieu et Jésus Christ. Voilà eonunent la gloire de Christ a esté long temps obscurcie par cy devant, d'autant qu'on magnilioit les Anges outre mesure, en leur attribuant ce que la Parolle de Dieu ne porte point. Et entre les vices que nous reprenons aujourdhuy. à grand'peine y en a-il un plus ancien. Car nous voyons que sainct Paul mesme a eu à combattre contre d'aucuns qui exaltoyent tellement les Anges, que Jésus Christ estoit abaissé quasi à estre d'une mesme condition. C'est la cause pourquoy il maintient tant fort en l'Epistre aux Colossiens, que Jésus (Jhrist non seulement doit estre préféré aux Anges, mais que c'est de luy aussi qu'ils reçoivent tous biens (Col. 1, 16. 20): afin que nous ne soyons point si mal advisez de nous liestonrner de luy pour nous adresser à eux, d'autant qu'ils n'ont point suffisance en eux-mesmes, mais qu'ils puisent d'une mesme fontaine que nous. (Àn'tes entant (jue la gloire de Dieu reluit si clairement en eux, il n'y a rien plus aisé que de nous faire transporter en une stupidité pour les adorer, et de leur attribuer les choses qui ne sont deues qu'à un seul Dieu. Ce que sainct Jean confesse en l'Apocalypse luy estre advenu : mais il dit quant et quant que l'Ange luy respondit : Garde toy de faire cela, je suis serviteur comme tov : adore Dieu (Apoc. 19, 10:!22. 8. 9).
11. Or. nous éviterons tresbien ce danger, si nous considérons pourquoy c'est que Dieu se sert d'eux, en déclarant sa puissance pour procurer le salut des firleles. et leur communiquer ses bénéfices, plustost (jue de faire le tout par soy-mesme. Certes il ne fait point cela par nécessité, comme s'il ne s'en pouvoit passer: car toutes fois et quantes qu'il luy plaist, il fait bien son œuvre sans les appeler en aide, usant de son seul commandement: tant s'enftiut qu'il ait mestier de les appeler à son secours. Il fait donc cela pour le soulagement de nostre imbécillité, afin que rien ne nous défaille de tout ce qui nous peut donner bonne espérance et asseurer noz cœurs, (jcla nous dcvroit bien estre plus qu'assez, quand Dieu nous promet d 'estre nostre protecteur. Mais quand nous voyons que nous sommes assiégez de tant de dangers, de tant de nuisances, de tant de diverses espèces d'ennemis, selon que nous sommes fresles et débiles, il nous peut advenir quebpie fois cpie nous soyons préoccupez (ie frayeur, ou que nous perdions courage, sinon que Dieu nous face sentir la présence de sa grâce selon nostre petite me-
sure et rudesse. Pour ceste raison, il nous promet non seulement qu'il aura le soin de nous, mais (pi'il a des serviteurs infinis, ausquels il a enjoint de procurer nostre salut, nous disant (pie cependant que serons en sa sauve-garde, en quelque danger que nous venions, nous serons tousjours en sem*eté. Je confesse bien que c'est une perversité à nous, qu'ayans receu la simple promesse de la protection de Dieu, nous regardons encore comment et de quel costé il nous aidera; mais puis que Dieu, selon sa bonté et humanité infinie veut encore subvenir à une telle foiblesse qui est en nous, il ne nous faut pas mespriser la grâce qu'il nous fait. Nous avons un bel exemple de cela au serviteur d'Elisée, lequel voyant la montagne en laquelle il estoit avec son maistre, estre assiégée par les SyTiens pensoit estre perdu. Adonc Elisée pria Dieu qu'il luy ouvrist les yeux, et ainsi il vit que la montagne estoit pleine de la gendarmerie céleste, assavoir des Anges que Dieu avoit là envoyé pour garder le Prophète avec sa compagnie (2 Rois 6, 17). Le serviteur donc estant confermé par cette vision, reprint courage, et ne tint plus conte des ennemis : lesquels de première face l'avoyent tant effrayé.
12. Pourtant il nous faut réduire à ceste fin tout ce qui est dit du ministère des Anges, que nostre foy en soit plus establie en Dieu. Car c'est la cause pourquoy Dieu envoyé ses Anges comme en garnison pour nous défendre afin que nous ne soyons point estonnez de la multitude des ennemis, comme s'il n'estoit point le plus fort : mais que nous recourions tousjours à ceste sentence d'Elisée, qu'il y en a plus (jui sont pour nous que contre nous. Quelle pen^ersité est-ce donc si les Anges nous retirent de Dieu, veu qu'ils sont ordonnez à cela, que nous sentions son aide nous estre d'autant plus prochaine qu'il la nous déclare selon nostre infirmité ? Or ils nous retirent de Dieu, sinon qu'ils nous meinent droit à luy comme par la main, afin que nous le regardions et l'invoquions luy seul à nostre aide, recognoissant que tout bien vient de luy : sinon aussi que nous les considérions estre comme ses mains, lesquelles ne semeuventpointàrien faire, que par son vouloir et disposition : sinon finalement qu'ils nous conduisent à Jésus Christ, et nous entretiennent en luy, afin que nous le tenions pour seul Médiateur, dependans du tout de luy, et ayans nostre repos en luy seul. Car nous devons avoir ce qui est escrit en la vision de Jacob imprimé en nostre mémoire, c'est que les Anges descendent en terre aux hommes, et des hommes remontent au ciel par l'eschelle sur laquelle est appuyé le Seigneur des armées (Gen. 28, 12). En quoy il est signifié, que c'est par la seule intercession de Jésus Christ, que les Anges communiquent avec nous : comme aussi il testifie en