‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 72 sur 703 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

rection : conimo sont celles ((ui s'ensiiyvent, Fils de David, pourquoy es tu venu pour nous tormcnter devant le temps (Matth. 8, 29) ? item, Allez, maudits, au feu éternel, (jui est appresté au diable et à ses Anges (Matth. !2o, 41); item. S'il n'a point cspargné ses Auges propres, mais les a mis en prison obscure, et les a attachez de chaînes, pour les reserver à leur danuiation éternelle (2 Pierre 2, 4), etc. (k* seroyent des formes de parler trop mal propres, de dire que le jugement de Dieu doit venir sur les diables, que le feu éternel leur est appareillé, (lu'ils sont desjaen prison, attendans leur sentence dernière, et que Jésus Christ les a tormentez à sa venue, s'il n'y avoit du tout nuls diables. Mais pource que ceste matière n'a jioint mestier de longue dispute entre ceux qui adjoustent foy à la paroUe de Dieu: au contraire, ([u'envers ces fantastiques, auscjuels rienneplaistque nouvelleté, les tesmoignages de l'Escriture ne profitent point beaucoup ; il m'est advis que j'ay fait ce que je pretendoye, assavoir d'armer les consciences fidèles à rencontre de ces resveries, desquelles ces esprits voilages troublent et eux et les autres. Toutesfois il estoit mestier d'en toucher quelque chose, afin d'advertir les simples qu'ils ont des ennemis, contre les(iuels il leur est mestier de batailler, afin (juc par leur nonchalance ils ne soyent surprins.

20. Cependant ne soyons pas si desdaigneux, de nous fascher de prendre plaisir aux œuvres de Dieu qui se présentent devant noz yeux en ce beau et excellent théâtre du monde. Car, connue nous avons dit au commencement de ce livre, cesle est la première instruction de nostre foy, selon l'ordre de nature, combien que ce ne soit point la principale, de recognoistrc que toutes les choses que nous voyons sont œuvres de Dieu, et de reputer avec révérence et crainte à quelle fin il les a créées. Pourtant afin que nous appréhendions par vraye foy ce qui est expédient de cognoistre de Dieu, il nous est besoin de savair l'histoire de la création du monde, selon qu'elle a esté brièvement exposée par Moyse (Gen. 1. 2): et puis plus amplement traitée par les saincts docteurs de l'Eglise, principalement par Basile et Ambroise : de là nous apprendrons que Dieu par la vertu de sa Parole et de son Esprit a créé de rien le ciel et la terre, et (lue d'iceux il a produit tout genre tant il'auiinaux que de créatures sans amt : et qu'il a distingué par un ordre admirable ceste variété infinie des choses que nous voyons : qu'il a assigné à chacune espèce sa nature, qu'il leur a ordonné leurs offices, qu'il leur a déterminé leurs places et demeures. Et comme ainsi soit qu'elle soyent toutes sujettes à corruption, neantmoins qu'il a mis ordre par sa providence qu'elles s'entretiennent jus([ues au dernier jour: pour ce taire qu'il en conserve d'aucunes par façons secrettes

et à nous cachées, leur donnant d'heure en heure nouvelle vigueur : aux autres il a donné la vertu de se multiplier par génération, afin que quand les unes meurent, les autres reviennent au lieu. Et ainsi, (ju'il a orné ciel et la terre d'une parfaite abomlance, variété et beauté de toutes choses, tout ainsi qu'un grand palais et magnili- (jue, bien et richement meublé de tout ce ([ui luy faudroit. Finalement, (lu'en créant l'homme il a fait un chef d'œuvre d'une plus exceUente l)erfection que tout le reste, à cause des grâces (|u'il luy a données. Mais d'autant que mon intention n'est pas de raconter icy au long la création du monde, et que desja j'en ay entamé (luelque propos, il suffira d'en avoir touché cela comme en passant, (^ar il vaut mieux, comme j'ay desja dit, que celuy qui en voudra estre instruit lise Moyse et les autres qui ont déduit ccst argument comme il falloit. Je renvoyé donc là les lectem's.

21. Or il n'est ja besoin de déduire icy plus au long, à (luelle fin doit tendre la considération (les teuvres de Dieu, et à quel but il la faut dresser, veu que ceste question desja pour la plus i)art a esté décidée, et qu'elle se peut en peu deparolles despescher, entant (ju'il est de besoin pour le passage que nous traitons à présent. Il est bien vray que si quelcun vouloit expliquer comliien est inestimable la sagesse, puissance, justice et lionté de Dieu, laquelle reluit en la création du monde, il n'y auroit langue humaine ([ui fust suffisante à exprimer une telle excellence, voire seulement pour la centième partie. Et n'y a nulle doute que Dieu ne nous vueille (xn^iper continuellement en ceste saincte méditation: assavoir ([ue quand nous contemplons les richesses infinies de sa justice, sagesse, bonté etpuissance en toutes ses créatures, comme en des miroirs, non seulement nous les regardions légèrement, pour en perdre incontinent la mémoire, mais plustost nous arrestions longuement à y penser et ruminer à bon escient, et en ayons continuelle souvenance. Mais d'autant que ce livre est fait jtour enseigner en bref, je n'entreray point en propos qui requière longue deiluction. Pourtant afin d'avoir un bref sommaire, sachons que lors nous aurons entendu que signifie ce filtre de Dieu, quand il est nommé Créateur du ciel et de la terre, si premièrement nous suyvons ceste reigle universelle, de ne point passer à la legiere par oubly ou nonchalance, les vertus de Dieu qui nous apparoissent en ses créatures : secondement, si nous appli- (juous à nous la considération de ses œuvres, afin d'en estre touchez et esmeus au vif en noz cœurs. Je declaireray le premier poinct par exemples. Nous recognoissons les vertus de Dieu en ses créatures, quand nous reputons combien il a esté grand ouvrier et excellent quand il a situé et disposé au ciel une telle multitude d'es-

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