‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 77 sur 703 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

nom (le Scmblance, est adjousté pour déclaration de Tiniage. Or nous savons que c'est la coustumc des Hebrieux d'user de re[)etiti()n pour expliquer une chose deux fois. Quant à la chose, il n'y a doute ({ue l'homme ne soit nommé image de Dieu pource (ju'il luy ressemlile. Parquoy ceux qui lantastiquent plus subtilement se font ridicules: soit (lu'ils attribuent le nom d'Imaf,a> à la substance de l'anie et le nom de Scmblance aux (jualitez: soit (ju'ils mettent en avant quelque autre opinion. Car Dieu ayant nommé l'image pour mieux declairer ce qui estoit un peu obscur, adjousté (comme nous avons dit) le mot de Scmblance: comme s'il disoit qu'il veut faire l'homme, auquel il se representeia comme en son image, par les marques de similitude qu'il engravera en luy. Parquoy Moyse un peu après recitant ce mesme fait, met par deux fois le nom d'Image, ne faisant nulle mention de scmblance. L'objection ([u'ameine Osiander est frivole : assavoir qu'une partie de l'homme, ou l'ame avec ses fiicultez n'est pas nommée image de Dieu, mais Adam tout entier, auquel le nom a esté imposé de la terre dont il a esté prins: et tout homme de sens rassis s'en moquera. Car quand tout honnne est nommé mortel, ce n'est pas à dire que l'ame soit assujettie à la mort: ny à l' opposite quand il est dit ((u'il est animal raisonn;d)le, ce n'est pas que la raison ou intelligence conq)ete au corps. Parquoy combien (juc l'ame ne soit pas l'homme total, si ne doit-on i)as trouver absurdité en ce (lu'au regard d'icelle l'honune soit appelé image de Dieu: toutesfois je retien ce principe que j'ay amené nagueres : c'est que l'image de Dieu s'estend à toute la dignité par laquelle l'homme est eminent par dessus toutes espèces d'animaux. Parquoy sous ce mot est comprinse toute l'intégrité de laquelle Adam estoit doué pendant qu'il jouissoit d'mie droicture d'esprit, avoit ses alTections bien reiglées, ses sens bien attrempez,et tout bien ordonné en soypour représenter par tels ornemens la gloire de son créateur. Et combien que le siège souverain de ceste image de Dieu ait esté posé en l'esprit et au cœur, ou en l'ame et ses facultez, si est-ce qu'il n'y a eu nulle partie, jusques au corps mesme, en laquelle il n'y eust quelque estincelle luisante. Il est tout notoire qu'en toutes les parties du monde quelques traces de la gloire de Dieu apparoissent : dont on i)eut recueillir ([u'en mettant l'image de Dieu en l'homme, on l'oppose tacitement pour l'eslever par dessus toutes autres créatures, et connue le séparer du vulgaire. Cependant il ne faut point estimer que les Auges n'ayent esté aussi bien créez à la scmblance de Dieu : veu que nostre souveraine perfection, tesmoin Christ, sera de leur ressembler (Matt. 2:2, '^0). Mais ce n'est pas en vain que Moyse, attribuant spécialement aux hommes ce

tiltre tant honorable, magnifie la grâce de Dieu envers eux : et sur tout, veu qu'il les compare seulement aux créatures visibles.

4. Toutesfois il ne semble point (ju'il y ait encores pleine définition de ceste image, s'il n'appert plus clairement pourquoy l'homme doit estre prisé, et pour quelles prérogatives il doit estre réputé miroir de la gloire de Dieu. Or cela ne se peut mieux cognoistre que par la réparation de sa nature corrompue. Il n'y a doute qu'Adam estant decheu de son degré, par telle apostasie ne se soit aliéné de Dieu. Parquoy combien que nous confessions l'image de Dieu n'avoir |ioint esté du tout anéantie et effacée en luy, si est-ce (ju'elle a esté si fort corrompue, (pie tout ce qui en est de reste est une horrible deformité: et ainsi le commencement de recouvrer salut est en ceste restauration que nous obtenons par Jésus Christ : lequel pour ceste cause est nommé le second Adam, pource qu'il nous remet en vraye intégrité. Car combien que sainct Paul opposant l'esprit vivifiant que Jésus (Christ nous a apporté, à l'ame vivante en la- (luelle Adam a esté créé (1 Cor. 15, 45), estal)lisse une plus grande mesure de grâce en la régénération des fidèles qu'en Testât premier de l'homme, toutesfois .il n'abat point ce que nous avons dit, c'est (jue la fin de nous régénérer est. que Jésus Christ nous reforme a l'image de Dieu. Suyvant cela il enseigne ailleurs, que l'homme nouveau est reparé à l'image de celuy (jui l'a créé : à quoy respond son autre dire. Soyez vestus de l'homme nouveau qui est créé selon Dieu (Col. 3, 10: Ephes. 4, 24). Il reste de voir ce que sainct Paul comprend sous ceste régénération. En premier lieu il met la cognoissance : secondement une justice sainclc et véritable. Dont je conclu qu'au commencement l'image de Dieu a esté comme luysante en clarté d'esprit, et en droiture de cœur, et en intégrité de toutes les parties de l'homme. Car combien que je confesse que les façons de parler que j'ay amenées de sainct Paul signifient le tout sous une partie, toutesfois on ne peut renverser ce principe, que ce qui est le principal au renouvellement de l'image de Dieu, n'ait tenu le plus haut degré en la création. A quoy se rapporte ce (ju'il escrit en l'autre passage, qu'à face descouverte nous contemplons la gloire de Christ, pour estre transformez en son image (2. Cor. 3, 18). >'ous voyons que Christ est l'image tresparfaite de Dieu, à laquelle estans faits conformes, nous sommes tellement restaurez, que nous ressemblons à Dieu en vraye pieté, justice, pureté et intelligence : cela estant accordé, ceste imagination de la conformité du corps humain avec celuy de Jésus Christ s'esvanouit de soy mesme. Quant à ce que le masle seul est nommé par sainct Paul l'image et la gloire de Dieu (1 Cor. II, 7), et que la femme est exclue

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