CHAPITRE XV
d'un tel honneur : il aiipeit par le fil du texte (lue cela se lestraind a la poliee teiiienne. Or (|uant à ce (|ue nous traitons maintenant de limage de Dieu, je pense desja avoir assez prouvé qu'il a son re^rard à la vie si)iritaelle et t't céleste. <>' mesme propos est conlermé en sainct Jean, (luand il dit que la vie, qui dés le (•(immoncement cstoit en la ParDllc ftciiicllc de Dii'U. a este la clarté des lidnimes (Jean 1, 1). Car |iuis que son intention est de priser la grâce singulière de Dieu, huiuelle csleve les lionunes en ilignité par dessus tous animaux, tellement que riioiiune est séparé du nomlnv conuMun. n'ayant point une vie brutale, mais avec intelligence et raison : pareillement il monstre comment riionune a este créé a l'image de Dieu, iii' puis que l'image de Dieu est l'entière excellence de la nature humaine, huiuelle reluisoit en Adam devant sa cheute. et depuis a esté si fort del'ligurée et ([uasi elîacée, que ce ([ui est deniouré de la ruine est confus, dissipé, brisé et infecté : maintenant ceste image apparoit aux esleus en quelque partie et portion, entant (|u'ils sont régénérez par l'Esprit, mais elle n'obtiendra sa lileine clarté ({u'au ciel. Or afin de mieux savoir par le menu (juelles en sont les i)arties, il est expédient de tiaiter des facultez de l'ame. Car la spéculation de sainct Augustin est mal fondée, assavoir que l'ame est un miroir de la Trinité, d'autant (lu'elle comprend en soy intelligence, volonté et mémoire. ** L'opinion aussi de ceux (jui mettent la semblance de Dieu en l'homme, en la princii)auté qui luy a esté donnée au monde, n'a pas grande couleur ne raison : car ils pensent que l'homme est conforme à Dieu en ceste maniue. qu'il a esté estably maistre et possesseur «le toutes choses. Or au contraire il nous faut chercher proprement au dedans de luy, non pas à l'environ, ce bien intérieur de l'ame.
o. Or devant que passer plus outre, il est nécessaire de rembarrer la resverie des Manichéens, laquelle Servet s'est efforcé do remettre sus de nostre temps. Quand il est dit (pie Dieu a inspiré en la face de l'homme esprit de vie (Gen. i, 7), ils ont songé (jue l'ame estoit un sourgeon de la substance de Dieu : connue si (juehiue portion de la divinité fust decoulée en l'hoiiune. (M" il est facile de monstrer au doigt «pielles absurditez et combien lourdes tire cest erreur diaboli(|ue après soy. (^ar si l'ame de l'homme est de l'essence de Dieu comme un sourgeon. il s'ensuyvra que la nature de Dieu non seulement est nniable et sujette a passions, mais aussi à. ignorance, mauvaises cupiditez, infirmité, et toutes espèces de vices. Il n'y a rien plus inconstant que l'homme, pource (lu'il y a tousjours mouvemens contraires (jui demeinenl et distrayent son ame cà et là : il s'abuse et est circonvenu d'erreur chacun coup : il de-
nieuie vaincu en bien petites tentations : bref nous savons que l'ame est une caverne de toutes ordures et puantises, lesquelles il faudra attribuer à la nature île Dieu, si nous accordons (]ue l'ame soit partie de son essence, comnu' un sourgeon est de la substance de l'arbre. Qui est-ce qui n'aura une chose si monstrueuse en horreur ? Ce ([u'allegue sainct Paul d'un poète Payen est bien vra\,Que nous sommes la lignée de Dieu (Act. 17, 28) : mais cela s'entend de la (lualité, non pas de la substance : assavoir, entant (lu'ils nous a orné de facultez et vertus di\ines : cei)endant c'est une rage trop énorme de deschirer l'essence du Créateur à ce que chacun en iiossede \mo portion'. 11 nous faut aussi tenir jiour résolu ([ue les âmes, combien que l'image de Dieu leur soit engravée, ne sont pas moins créées (pie les Anges. Or la création n'est point une transfusion, comme si on tiroit le vin d'un vaisseau en une bouteille, mais c'est donner origine à quehjue essence qui n'estoit point : et combien ([ue Dieu donne l'esprit, et puis le retire à soy, ce n'est jtas a dire pourtant qu'il le coupe de sa substance comme une branche d'arbre. En ([uoy aussi Osiander voltigeant en ces légères spéculations, s'est envelo[)pé en un erreur bien mauvais, c'est qu'il a forgé une justice essentielle de Dieu infuse en l'homme : connue si Dieu par la vertu inestimable de son Esprit ne nous pouvoit rendi'e conformes à soy, que Jésus Chri.sl ne verse sa substance en nous, voire tellement (jue la substance de sa divinité se mette enn(jz âmes. Quel- (|ues couleurs que prétendent aucuns pour farder telles illusions, jamais ils n'esblouiront tellement les yeux à gens rassis, (ju'ils ne voyent que tout cela est sorty de la bouti(iue des Manichéens. Et de fait quand sainct Paul traite de nostre restauration, il est aisé de tirer de ses parolles (ju' Adam en son origine a esté conforme à Dieu : non point par delluction de substance, mais par la grâce et vertu du sainct Esprit. Car il dit (|u'en contenq)lant la gloire de Christ nous sommes transformez en une mesme image, comme par l'Esprit du Seigneur {± Cor. 3, 18) : le(|uel certes besoigne tellement en nous, (pi'il ne nous rend pas conq)agnons et participans de la substance de Dieu.
6. Ce seroit folie de vouloii" apprendre dej^ Philosophes (juehiue certaine définition de l'ame, veu que nul d'entre eux, excepté Platon, n'a jamais droitement affermé l'essence innnortclle dict'Ue. Les autres disciples de Socrates en parlent bien: mais c'est en susi)ens, pource que nul n'a osé prononcer d'une chose dont il n'estoit pas bien i)ersuadé. Or Platon en son opinion a mieux adressé (jue les autres, d'autant qu'il a considéré l'image de Dieu en l'ame : les autres sectes attachent tellement à la vie présente toutes les vertus et tacultez de l'ame, qu'ils ne