‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 84 sur 703 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

rne aveugle : et cepemlanl luy ravit le principal, «•'ost (|ae par sa sagesse inctunprohensiljlo il adresse et disjiose toutes choses a telle Un (pie bon luy semble. Car ceste opinion ne mérite nullement ifestre receue. veu (pi'elle l'ait Dieu gouverneur du monde en tiltre seulement, et non p;i^ d'elTect, en luy c»stiint le soin et l'oflice d'ordonner ce qui se doit faire. Car, je vous prie, (pi'est-ce d'avoir empire pour régir, sinon de présider en telle sorte tpie les choses sur lesquelles on préside soyent gouvernées d'un itrdre esUibli par certain conseil ^ Je ne reprouve pas du tout ce qui se dit de la providence vmiverselle de Dieu : moyennant que cecy d'autre part me soit aussi accordé, c'est (lue le monde est gouverné de Dieu, non seulement pource qu'il maintient eu estre le cours de nature tel qu'il la establi pour un coup, mais pource q\i"û a soin particulier d'une chacune créature. Vray est (|ue toutes espèces ont (piekpie conduite secrète, selon que leiu* naturel le requiert, comme .si elles obeissoyent à un statut perpétuel, au- (luel Dieu les a astreintes : et par ainsi ce que Dieu a une fois décrété, coule et va son train conune d'une inclination volontiiire. Et à cela se peut rapporter la sentence de nostre Seigneur Jésus, (pie luy et le Père sont tousjours en œuvre dés le commencement : et aussi le dire de sainct Paul, Nous vivons en Dieu, et y avons nostre mouvement et estre. Item ce qu'escrit l'Apostre en l'Epislre aux Hebrieux, c'est qu'en Voulant prouver la divinité de Jésus Christ, il dit ([ue toutes choses sont souslenues par son conmiandement tout puissant (Jean o, 17: Act. 17, 28 ; Hebr. l, 3). Mais c'est perversement fait de vouloir sous telles couleurs cacher et obscurcir la pn.vidence spéciale de Dieu, laquelle nous est tellement Uionstrée par tesmoignages de l'Escriture clairs et certain.s, que c'est merveille comment quelcun en puisse douter. Et de fait ceux (|ui tendent un tel voile pour la cacher, sont contraints en la fin d'adjouster par forme de correction, (pie beaucoup de choses se font par un soin particulier de Dieu : mais ils faillent en restreignant cela à quebjues actes jtariiculiers. Panjuoy nous avons a prouver que Dieu a une telle superintendence à disposer tous evenemens, que tout ce qui se fait procède tellement de ce qu'il a déterminé en son conseil, (jue rien n'advient par cas d'aventure.

o. Si nous accordons (jue le principe de tout mouvement est en Dieu, et cependant que toutes choses se démènent ou de leur bon gré, ou a l'advenlure. selon que leur inclination les pousse : les révolutions du jour et de la nuict, de l'hyver et de l'esté seront ouvrages de Dieu, enU'int qu'il a assigné à chacune saison son cours, et leur a imposé certaines lois. Or cela seroit vray si les jours succedans aux nuits, et les mois venans l'un après l'autre, et si pareille-

ment les années gardoyent lou.sjours une mesme mesure en teneur égale : mais (piand une lois les chaleurs véhémentes avec seicheresse bruslent tous les fruits de la terre, l'autre fois les pluyes venantes outre leur saison corrompent et gastent les semences, que les gresles et tempestes raclent tout ce (lu'elles rencontrent, cela ne seroit pas réputé œuvre de Dieu, sinon que par constellations ou autres causes naturelles tant les nuées que le beau temps, le froid et le chaud advinsent. Or par ce moyen on ne laisseroit point lieu ny à la bonté et faveur paternelle de Dieu, ny à ses jugements. Si ceux contre lesquels je deba, disent (jue Dieu se monstre assez libéral envers le genre humain en distillant une vigueur ordinaire au ciel et en terre, p(jur nous pourvoir d'alimens, c'est une resverie trop fade et profane : car c'est auUmt comme s'ils nioyent (|ue la fertilité d'un an ne soit une singulière bénédiction de Dieu, et la stérilité et famine ne soyent sa malédiction et vengeance. Mais pom'ce qu'il seroit trop long d'amasser toutes les raisons pour rebouter cest erreur, que l'authorité de Dieu nous suffise. Il prononce souvent en la Loy et par les Prophètes, qu'en humectant la terre de rousées et pluye, il testitie la sa grâce : a l'opposite, que c'est par son commandement que le ciel s'endurcit, que les fruits sont mangez et consumez par bruynes et autres conuj)tions : et toutes fois et quantes que vignes, champs et prés sont batus de gresles et tempestes, que cela aussi est tesmoigiiage de (juelque punition .spéciale qu'il exerce. Si cela nous est bien persuadé, il est aussi certain qu'il ne tombe pas une seule goutte de pluye sans (lu'il l'ait ordonné en particulier. David magnifie bien la providence générale de Dieu, en ce qu'il nomTit les petits corbeaux qui l'invoquent (Ps. 147,9) : mais quand Dieu menace de famine toutes bestes, ne declaire il point assez (jue pour un temps il nourrit plus libéralement tous animaux, et puis après plus maigrement, selon que bon luy semble ? C'est une sotise puérile (comme j'ay desja dit» de restraindre cecy à quelques actes particuliers, veu que Jésus Christ prononce sans exception aucune, (|u*il n'y a oiselet de si petit pris qu'il soit qui tombe en terre sans la volonté de Dieu son père (Matth. 10, 29). Certes si le vol des oiseaux est adressé par le conseil infaillible de Dieu, il faut bien confesser avec le Prophète qu'il habile tellement en haut, qu'il daigne bien s'abbaisser pour voir tout ce qui se fait au ciel et en la terre (Ps. 113, 0. 6).

6. Mais pource que nous savons que le monde a principalement esté créé à cause du genre humain, aussi il nous faut tousjours tendre à ce but, en parlant de la providence de Dieu : c'est de savoh" quel soin il a de nous. Le Prophète Jeremie crie haut et clair : Je say, Seigneur,

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