‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 85 sur 703 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

que la voyo de rhoinine n'est pas en sa lilierté, et que ce n'est pas a luy d'adresser ses pas. Item Salomon : Les pas de l'honinie sont adressés de Dieu : et oonunent riioiMnie ordoiuiera il sa voye (Jer. 10, 2:5 •. l'rov. ^0. H't)'! (jue ceux contre lesquels je dispute aillent maintenant dire que l'homme a son mouvement naturel de l'inclination de sa natui'e. mais qu'il le tourne ca et la où lion luy semble. Car si cela estoit vray, l'homme auroit en sa main la disposition de ses voyes. S'ils le nient, d'autant qu'il ne peut rien sans la puissance de Dieu : je repli(pie à l'opposite, puis (pi'il appert (\ne .leremie et Salomon attribuent à Dieu non seulement une telle vertu (pi'ils nous forj^ent. mais aussi conseil, décret, et certaine determijialion de ce (jui se doit faire, jamais ils ne se pourront dcsvelopper (pie l'Escriture ne leur soit contraire. Salomon en un autre lieu redarj,nie tresbieii ceste témérité des honunes, les([uels, sans avoir regard à Dieu, comme s'ils n'estoycnt pas conduis de sa main, se ])r(>posent tel but qu'il leur \ ient en la teste : 1/liomme. dit-il, dispose en son cœm-, et c'est a Dieu de guider la langue (Prov. 1(5, 1) : connue s'il disoit ([ue c'est une follie par trop ridicule, (pr'un povre homme ilelibere ainsi de tout faire sans Dieu, ne pouvant seulement proférer un mot. sinon entant ([u'il luy est donné. Qui plus est, l'Escriture, pour mieux exprimer (pie rien du tout ne se fait sans Dieu, et sa prédestination, luy assujettitles choses (pii sendilent estre les jilus fortuites. Car (|uel cas trouvera-on plus d'aventure, (jue ([uand il tombe une branche d'un arlire sur un passant et le tue ? Or Dieu en parle bien autrement, affermant ([u'il a livré tel hounue à la mort (Ex. ^1, i:}|. (jui est-ce (jui ne dira, (pie le sort soit exposé ci fortune? Or Dieu ne soulfre [)oint qu'on parle ainsi, en disant, (pie l'issue et le jugement uy en appartient. 11 ne dit pas simplement, (jue c'est par sa vertu que les lots ou les ballottes soyent jettées au vaisseau, et en soyent tirées hors : mais il se reserve ce que plustost on pouvoit attriljuer à fortune, c'est qu'il adresse les ballottes a son plaisir : à quoy s'accorde le dire de Salouion : Le po^re et le riche se rencontrent, et Dieu esclaire les yeux des deux (Prov. 22, 2). Car il entend par ces mots, combien que les riches soyent meslez parmi les povres au monde, toutesfois quand Dieu assigne la condition à un chacun, ([u'il n'y va pas à l'estom-die, ou eu aveugle, veu qu'il esclaire les uns et les autres : et ainsi il exhorte les povres à patience, pource que ceux (|ui ne se contentent point de leur estât, taschent entant qu'en eux est d'escourre le joug (pii leur est imposé de Dieu. Pareillement aussi l'autre Prophète reprend les gens profanes, (pii attribuent à l'industrie des hommes, ou à fortune, ce que les uns demeurent au bourbier, les autres sont

eslevez en honneurs et dignitez : Ce n'est pas, dit-il, ne du soleil levant, ne du couchant, ne du midi (|ue viennent les honneurs. (Ps. 75, 7) : car c'est à Dieu d'en disposer comme juge : c'est luy qui humilie, c'est luy qui hausse. En quoy il conclud, d'autant (pie Dieu ne peut estre desl)Ouillé d'office de juge, (jue c'est par ^n conseil secret, (pie les uns sont avancez, et les autres demeurent contemptibles.

7. Mesme je di que les evenemens particuliers sont tesmoignages en gênerai de la [)rovidence singulière de Dieu. Moyse recite que Dieu a esuuHi un vent de Midy au désert, qui a apporté ((uantité infinie de cailles (Nomb. 11, 31). Il est dit aussi (pie, voulant faire jetter Jouas en la mer, il a envoyé un grand tourbillon et tempeste (Jon. 1, 4). Ceux qui ne pensent pas que Dieu tienne le gouvernail du monde, diront que cela a esté fait outre l'usage commun : or moy, je deduy de l.à, (|ue nul vent ne s'esleve jamais sans commandement spécial de Dieu. Et aussi la doctrine du Projihete ne seroit pas autrement vraye. c'est qu'il fait les vens ses messagiers, et l(>s feus bruslans ses serviteurs (Ps. 104, 4) : qu'il fait des nuées ses chariots, et (pi'il chevauche sur les aisles des vens, sinon qu'il promenast tant les nuées que les vens à son plaisir et qu'il y ilemonstrast une singulière présence de sa vertu : comme aussi nous sommes enseignés ailleurs, toutes fois et ([liantes que la mer se trouble par l'impétuosité des vens, que tel changement signifie une présence spéciale de Dieu : Il commande, dit le Prophète, et esnieut vens tourbillonneux, et fait escumer les flots de la mer en haut : après il arreste la tempeste et la fait tenir (pioye, et fait cesser les vagues à ceux (jui navigent (Ps. 107, 2o. 29). Comme aussi Dieu mesme dénonce ailleurs qu'il a chastié le peuple par vens bruslans (Amos 4, 9; Agg. 1, 11). Suyvant cela, comme ainsi soit j qu'il y ait naturellement vigueur d'engendrer aux hommes, toutesfois en ce que les mis sont privez de lignée, et les autres en ont à foison, Dieu veut tpi'on recognoisse cela provenir de sa grâce spéciale : comme aussi il est dit au Pseaume, que le fi'uict du ventre est don de Dieu (Ps. 127, 3). Pourtant Jacob disoit k Rachel sa femme, Suis-je au lieu de Dieu, pour te donner des enfans (Gen. 30, 2)? Pour mettre fin à ce propos, il n'y a rien plus ordinaire en nature, (jue ce (pie nous sommes nourris de pain : or l'Esprit (ieclaire que, non seulement le revenu de la terre est un don spécial de Dieu, mais aussi adjouste, (jue l'homme ne vit pas du seul pain (Deut. 8, 3), pource qu'il n'est pas substenté par se soûler, mais par la bénédiction secrète de Dieu : comme à l'opposite il menace qu'il romiira le baston ou soustenement du pain (Is. 3, 1) : et de fait autrement nous ne pourrions à bon escient user de ceste requeste. Que

CHAPlTRi: XVI

nostre pain (luotiilien nous soit donné, sinon (luo Diou nous apicistclastiio sa main |iatornelle. Par(|U(»y le Propliote, voulant liini luTsuader auv tiili'lcs ijut' Dii'u on les paissant oxerci' l'olliof (l'un i)(jn (lere de laniilie, a^ivcrtist nu'ildonne viande à toute chair (Ps. 136, io). En somme, (piand nous oyons d'un eosté tpi'il est dit ; Les yeux de Dieu sont sur les justes, et ses oreilles a leuis prières : et de l'autre eosté, L'o'il lie Dieu est sur les niesclians pour raeler ■ l"ur mémoire de la terr»^ (Ps. 3'i. Iti. 17) : saelions i|ue toutes créatures haut et bas sont proinptement appareillées à son senice, à ce (ju'il les appli(pie a tel usajic (ju'il veut : dont nous avons a recueillir ([u'il n'y a pas seulement une providence j,'eneralle de Dieu jiour continuer l'oplre naturel en ses créatures, mais (ju'elles sont toutes dressées i)ar son conseil admirable, et a|)itropriées a leurs lins.

8. Ceux qui veulent rendre ccste doctrine odieuse, calonmient (pie c'est la fantasie des Stoiques, que toutes choses ad viennent par nécessité. Ce qui a esté reproché aussi bien k .sainct Auîjustin.''" Quant à nous, combien que nous ne débattions pas volontiers pour les |)arohes touteslois nous ne recevons pas ce vocable dont usoyent les Stoiques, assa\ oir. Fatum : tant pource (pi'il est du nondjre des vocables des(iuels sainct Paul ensei^^ne de fuir la vanité profane (1 Tim. 6. 20), (pi'aussi que noz ennemis taschent par la haine du nom jirever la vérité de Dieu. Quant est de l'opinion, c'est faussement et malicieusement qu'on nous la met sus. Car nous ne songeons pas une nécessité laquelle soit contenue en nature i)ar une conjonction perpétuelle de toutes choses, comme laisoyent les Stoiques. Mais nous constituons Dieu maistre et modérateur de toutes choses, lequel nous disons dés le commencement avoir selon sa .sagesse déterminé ce iju'il devoit laire, et maintenant exécute par sa puissance tout ce qu'il a délibéré. Dont nous concluons (juc non seulement le ciel et la terre, et toutes créatures insensibles sont gouvernées par sa providence, mais aussi les conseils et vouloir des hommes : tellement tju'il les ilres.se au but «luil a jirojiosé. Quoy donc ? dira ([uelcun : ne se fait il rien par cas foi tuit ou d'aventure? Je respond que cela a esté tresbien dit de Hasilius le grand, quand il a escrit que Fortune et Adventure sont mots de Payens : desquels la signification ne doit point entrer en un co'ur fidèle. Car si toute prospérité est bénédiction de Dieu, adversité sa malédiction : il ne reste plus nul lieu à fortune en tout ce ([ui advient aux hommes. Davantage les parolles de sainct Augustin nous doy^venl esmouvoir. Il me desplaist, dit-il, ([u'au livre que j'ay fait contre les Académiques,^' j'ay si souvent nommé Fortune: condiien que par ce nom je n'ay point signifie ([uelque déesse, connue

les Payens: mais revenement fortuit des choses, comme en conumm langage nous ilisons, Possible, Paraventure : combien (lu'il faut rapporter tout à la jtrovidence de Dieu. En cecy mesme je ne l'ay point dissinuilé, disant, La fortune, (]u'on appelle conununement, est [lossible conduite par un gouvernement caché : et appelons seulement Fortune, ce qui se f;iit sans (|ue la cause et la raison nous en apparoisse. (hcombien que j'aye dit cela, toutesfois je me repcn d'avoir usé en ce livre là du mot de Fortune: d'autant (jue je voy (|ue les honunes ont une très-mauvaise coustume, (pi'au lieu de dire, Dieu l'a ainsi voulu : ils disent, La fortune l'a ainsi voulu. Bref ce sainct' docteur enseigne par tout, (lue si on laisse rien a la fortune, le monde sera tourné, et viré à la volée. Et combi(>n qu'il enseigne quel{|ue fois (|ue toutes choses se font partie par le franc arbitre de l'homme, partie par l'ordonnance de Dieu, toutesfois il monstre bien ([ue les hommes sont sujets à icelle et sont par icellc adressés. (>ar il prend ce principe, (|u'il n'y a rien plus hors de raison, que d'estimer que rien se face sinon comme Dieu l'a décrété : pource (lu'autrement il adviendroit à la volée. Pai' la(pielle raison il exclud tout ce (|ui pourroit estre changé du costé des hommes : et tantost après encores plus clairement, en disant ([u'il n'est licite di^ chercher la cause de la volonté de Dieu. Or (juand il use de ce mot de Permission, il nous sera bien liquide par un passage comment il l'entend, disant que la volonté de Dieu est la première cause et souveraine de toutes choses, pour ce que rien n'advient sans sa volonté ou permission.^* 11 ne forge pas un Dieu (jui se repose en quehjue haute tour pour spéculer, en voulant permettre cecy ou cela, veu (lu'il luy attribue une volonté actuelle, laquelle ne pourroit estre réputée cause, sinon (ju'il decrelast ce (ju'il veut.

9. Toutesfois pource (jue la lardiveté de nostre esprit est bien loin de i)ouv(jir monter jusques à la hautesse de la providence de Dieu, il nous ftmt pour la soulager mettre icy une distinction. Je di (lon(iues, combien (|ue toutes choses soyent conduites parle conseil de Dieu, toutesfois qu'elles nous sont fortuites. Non pas que nous reputirms fortune dominer sur les hommes, pour tourner haut et bas toutes choses témérairement (car ceste resverie doit estre loin d'un cœur Chrestien) : mais pource que des choses qui adviennent, l'onire, la raison, la fin et nécessité est le plus souvent cachée au conseil de Dieu, et ne peut estre comprinse par l'oiiinion humaine, les choses que nous savons certainement i)iovenir de la volonté de Dieu, nous sont quasi fortuites : car elles ne monstrent point autre apparence, (|uand on les considère en leur nature, ou (piand elles sont e.s-

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