‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 90 sur 703 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

futuros. ('(iniiiie repnan.into à la providcnro de Dieu : laquelle sans nous apiiellei' au eonseil a une fois déterminé ce (lu'elle vouloit estre fait. Davaiita^T, tout ce ijui advient, ils riuiputent lelleiueiil a la pro\idenee de Dieu, (lu'ils n'ont point d'esi^ard à llKinniie qui aura fait ce dont il est (juestion. Si quehjue ruffien a tué un lionune de bien, ils disent ipi'il a exécuté le conseil de Dieu. Si ([ueleun a desrohhé ou paillarde, pource qu'il a fait ce que Dieu avait preveu, ils disent (pi'il est le nuiustre de sa jirovidence. Si Tenlant a laissé mourir son père sans le secourir : Il ne pouvoit, disent-ils, résister à Dieu, (|ui l'avoit ainsi ordonné. Ainsi ils font de tous vices vertu, pource (pi'ils servent a l'nrdnnnance de Dieu.

4. Quant est des choses à advenir, Salomon accorde facilement avec la imtvidence de Dieu les consultations (lu'on en prend. Car comme il se moque de l'outrecuidance de ceux qui entreprennent lianiiment sans Dieu tout ce qui leur vient en fantaisie, comme s'ils n'estoyent point régis lie sa main, aussi en un autre lieu il parle ainsi. Le cœur de l'homme doit penser à sa voye : et le Sei^i-neur gouvernera ses pas (Prov. 16. 9). Kn (luoyil signilie ({ue le décret éternel de Dieu ne nous empesche point que nous ne prouvdvons à nous sous sa l)onne volonté, et mettions ordre a nos alîaires. La raison est manifeste : car celuyqui a limité nostre vie, nous a aussi commis la solicitude d'icelle et nous a donné les moyens pour la conserver : et nous a fait prévoir les périls, à ce qu'ils ne nous peussent surprendre, nous donnant les remèdes au contraire, pour y obvier. Maintenant il appert quel est nostre devoir. Si le Seigneur nous a baillé nosfe vie en garde, que nous la conservions : s'il nous donne les moyens de ce faire, que nous en usions : s'il nous monstre les dangers, (pie nous ne nous y jettions point follement et sans propos : s'ils nous offre les remèdes, que nous ne les nies[ii'isions point. Mais nul [M-ril ne peut nuire, dira ([uelcun, s'il nest ordonné qu'il nous nuise. Et si ainsi est, on ne fieut venir à rencontre par aucun remède. Mais au contraire, (jue sera-ce si les dangers ne sont pas invincibles, d'autant ([ue le Seigneur nous a assigné les remèdes pour les surmonter ? Regarde quelle convenance il y a entre ton argument et rdrdiv de la pi-ovidence divine. Tu infeies qu'il ne nous faut donner de garde des dangers, pource (jue nous en pomrons eschapper sans nous en garder, moyennant (juils ne soyent pas invincibles : le Seigneur au contraire te commande de t'en garder, pom'ce ([u'il veut ([ue tu en eschappes. Ces enragez ne consider*ent point ce qu'on voit à l'œil, que l'industrie de consulter et se garder a esté inspirée de Dieu aux hommes, par laquelle ils servissent à sa providence, en conservant leur vie : comme au contraire

par nonchalance et mespris ils acquieivnt les misi'ii's (pi'il leur \eut imposer'. Car dont est-ce qu'il advient qu'un homme pi-udent. en mettant ordre à ses all'aires destourne le mal qui luy estoit prodiain, et un loi par sa témérité per'it ? Qu'est-ce autrv chose, sinon qw folie et prudence sont instrumens de la dispensation de Dieu, en une pai-tie et en l'auti-e? Pourtant le Seigneur' a voulu toutes choses futui'es nous estre cachées, afin (|ue nous venions au devant, ne sacharis point ce ipii en doit estre, et (lue rrous ne cessions point d'user des remeiJes (ju'ils nous donne conti'e les danger's, jusques à ce que nous en soyons venus à bout, ou qu'ils nous ayent surmontez. Par(|U()y j'ay dit que nous ne devons pas contempler' la i)r'ovidence de Dieu nue, mais avec les moyens que Dieu luy a conjoints, comme s'il la r-evestoit pour irons ajjparoir en son estât.

o. Quant est des choses advenues et passées, ces i)liantasti(iues considei'ent mal et perversement la providence de Dieu. JN'ous disons que toutes choses dépendent d'icelle, comme de leur fondement : et pourtant qu'il ne se fait ne larrecin. ne iiaillardise. rry homicide, cpic la vo lonté de Dieu n'enU'cvienne. Sur cela ils demandent, Pourquoy donc sera puni un larron ([ui a puni celuy ([ue Dieu vouloit estre chastié par povreté? Pouripioy sera puni un meurtrrer qui a tué celuy auquel Dieu avoil Uni la vie ? Bref, si toutes telles manières de gens servent à la volonté de Dieu, pourquoy les punira-on? Mais je nie (pi'ils y servent. Car nous ne dirons pas que celuy qui est mené d'un mauvais cœur s'adonne à servir à Dieu, veu (pi'il veut seulement complaire à sa meschante cupidité. Cestuylà obtempei'e à Dieu, qui estarrt enseigné de sa volonté, va où elle l'appelle. Or où est-ce que Dieu nous enseigne de sa volonté, sinon en sa paroUe ? Pourtant en tout ce (|ire nous a\ons à fair'c il nous fairt conterrrpler la vftlonté de Dieu, telif (|u'il nous l'a declairée en icellc paroUe. Dieu r'equiert de nous seulement ce qu'il commande. Si nous faisons rien contre son precejtte, ce n'est pas obéissance, mais plustost contumace et transgr'ession. Ils relili(iuent, (lue nous ne le ferions pas s'il ne le vouloit. .le le confesse : mais le faisonsnous afin de luy conijilair'e ? Or il ne nous le commande pas : mais nous entreprenons le mal, ne pensans point à ce que Dieu demande, ains estans tellement transpoilez de la r\ige de nostre intempérance, que de propos délibéré nous taschons de luy contrevenir. En ceste manière nous servons bien à sa juste ordonnance en mal faisant : pource que par la grandeur inlinie de sa sapience, il se fait droitement aider de mauvais instrumens à bien faire. Mais regardons combien leur argument est inepte et sot. Ils veulent que les crimes de-

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