‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 91 sur 703 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

meurent impunis, et soyent libres à ceux qui les font, pourcc qu'ils ne se conuuettent point sans la disposition de Dieu. Je dy davantage, (jue les larrons et meurtriers et autres malfaiteurs sont instrumensde la providence de Dieu, desquels le Seigneur use à exécuter les jugemens qn'il a décrétez : mais je nie que pour cela ils puissent prendre excuse aucune. Car quoy? envelopperont-ils Dieu en une mesme iniquité avec eux ? ou bien, couvriront-ils leur perversité par sa justice ? Ils ne peuvent ne l'un ne l'autre : et leur conscience les redargue tellement qu'ils ne se peuvent purger. De taxer Dieu, ils ne peuvent, vcu qu'ils trouvent en eux tout le mal : en luy, rien sinon un usage bon et légitime de leur malice. Xeantmoins il besoigne par eux, dira quelcun. Et dont vient la puanteur en une charogne, après qu'elle est ouverte et pourrie ? Chacun void bien que cela vient des rais du Soleil : et toutesfois personne ne dira qu'ils puent jjourtant. Ainsi, puis que la matière et faute du mal consiste en un mauvais homme, pourquoy Dieu en tirera-il (pielque macule et ordure, s'il en use selon sa volonté? Pourtant chassons ceste pétulance de chien, laquelle peut bien abbayer de loin la justice de Dieu, mais ne la peut attoucher.

6. Toutesfois si nous savons que c'est de bien et sainctement méditer la providence de Dieu selon la reigle de pieté, cela nous suffira jjour abolir telles fantasies extravagantes, et recevrons trosbon fruict et savoureux de ce que les frénétiques tirent à leur perdition. Pourtant le cœur de l'homme Chrestien, veu qu'il a cela tout résolu, qu'il n'advient rien cà l'adventure, mais que toutes choses se font par la providence de Dieu, regardera tousjours a luy, comme à la principale cause de tout ce qui se fait : mais cependant il ne laissera point de contempler les causes inférieures en leur degré. Davantage il ne doutera pas que la providence de Dieu ne veille pour sa conservation : et qu'elle ne permetti-a rien advenir, qui ne soit pour son bien et salut. Or pource qu'il a affaire premièrement aux hommes, secondement aux autres créatures, il s'asseurera que la providence de Dieu règne par tout. Quant est des hommes, soit qu'ils soyent bons ou mauvais, il recognoistra que leurs conseils, volontez et forces, puissances et entreprinses sont sous la main de Dieu, tellement qu'il est en luy de les fleschir où bon luy semble, et les reprimer toutes fois et quantes que bon luy semble. Il y a plusieurs promesses évidentes, lesquelles lestilient que la providence de Dieu d'un soin spécial veille et fait quasi le guet pour maintenir le salut des fidèles. Comme quand il est dit, Jette ta solicitude sur le Seigneur, et il te nourrira : car il a soin de nous. Item, Qui habite en la garde du haut Dieu, sera mainteim par sa protection. Item, Quiconque

vous touche, touche la prunelle de mon œil. Item, Je te seray pour bouclier et mur d'airain, et batailleray contre tes ennemis. Item, Quand la mère oublieroit ses enfans, encore ne t'oubliera v-je jamais (Ps. So, 23; 1 Pierre 5, 7; Ps. 9^, I; Zach. 2, 8; Is. 26, 1; 49, lo). Mesme c'est le principal but des histoires de la Bible, de monstrer que Dieu gartie si soigneusement ses serviteurs qu'il ne les laissera pas achopper à une pierre. Comme à bon droit j'ay cy dessus reprouvé l'opinion de ceux cjui imaginent une providence de Dieu universelle, laquelle ne descende point jusques à avoir spécialement soin d'une chacune créature : aussi il nous faut sur t(fute chose recognoistre ceste solicitude spéciale envers nous. Pour laquelle cause Christ, ai)res avoir dit que le plus vil passereau de l'air jie tombe pas en terre sans la volonté de Dieu (Matth. lU, 29), il applique là incontinent ceste sentence, à ce que nous soyons certains, que d'autant que nous luy sommes plus précieux que petits oyseaux, il veille plus soigneusement sur nous que sur eux, jusques à en avoir telle solicitude, qu'un cheveu de nostre teste ne tombera point sans qu'il le permette. Que demandons nous davantage, si un seul cheveu ne nous peut tomber sans la volonté de Dieu? Je ne parle pas seulement du genre humain, mais pource que Dieu a esleu son Eglise pour son domicile, il n'y a doute qu'il ne vueille monstrer par exemples singuliers le soin paternel qu'il en a.

7. Pourtant le serviteur de Dieu estant confermé par toutes ces promesses et les exemples correspondans, conjoindra aussi les tesmoignages, où il est dit, que tous les hommes sont sous la puissance de Dieu, soit qu'il faille incliner leurs cœurs à nous aymer, ou reprimer leur malice à ce qu'elle ne nous nuise. Car c'est le Seigneur qui a donné grâce à son peuple, non seulement envers ceux qui autrement luy estoyent amis, mais envers les Egyptiens. (Ex. 3, 21). Quant est de la fureur de nos ennemis, il la sait bien rompre en diverses manières. Aucune fois il leur oste l'entendement à ce qu'ils ne puissent prendre bon conseil : ainsi qu'il fit à Achab, luy envoyant le diable pour luy prophetizer mensonge par la bouche de tous les prophètes (1 Rois 22, 22), à fin de le décevoir : comme il fit aussi à Roboam, l'aveuglant par le fol conseil des jeunes, pour le despouiller de son royaume par sa folie (1 Rois 12, 10. 15). Aucune fois en leur donnant entendement pour voir et entendre ce qui est expédient, il leur abbat teUement le cœur, et les estonne, qu'ils n'osent nullement entreprendre ce qu'ils ont conceu. Aucune fois en leur permettant de s'efforcer à exécuter ce que porte leur rage, il vient au devant cà leur impétuosité, et ne souffre point qu'ils viennent à bout de leur intention. En telle

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