‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 92 sur 703 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

manière il dissipa devant le temps le conseil d'Achilophel, lequel eust esté pernicieux a Daviil ci. Sam. 17. 7. 14). En reste manière il a le soin de ninderer et conduire toutes créature? pour le salut des siens, voire mesme le diable, let|uel nous voyons n'avoir osé rien attenter contre Job sans son ottroy et conunandenient <Job. 1, li). Quand nous aurons cette coî^nioissance, il s'ensuyvn nécessairement tant une action de prace envers la bonté de Dieu en toute prospérité, «pie patience en adversité : et davantajre une sin^niliere asseurance pour l'advenir. Panpioy (pielt|ue chose (|u'il advienne selon nostre vouloir, nous lattriliuerons a Dieu : soit que nous sentions .sa beneficence par le moyen des hommes, ou (ju'il nous aide par ses autres créatures. Car nous reputeions ainsi en nostre coHir, Certes c'est Dieu (jui a tourné le cœur de ■ceux-cy à m'aimer, et a fait qu'ils me fussent instrumens de sa beniirnité. En fertilité, nous estimerons que c'est le Sei;,rneur qui a commandé au ciel de plouvoir sur la terre, afm iju'elle fruciifiast. En tout autre jjenre de prospérité, nous ne douterons pas que c'est la seule bénédiction de Dieu, qui en est cause. Ces admonitions ne nous souffriront point d'estre ingrats.

8. Au contraire, s'il nous advient quelque adversité, nous esleverons incontinent nostre cœur à Dieu, lequel seul le pourra former a patience et tranquillité. Si Joseph se fust arresté a méditer la desloyauté de ses frères, et le lasche tour qu'ils luy avoyent fait, jamais il n'eust eu courage fraternel envers eux. Mais pource qu'il convcrtist sa pensée a Dieu, oubliant leur injure, il fut fleschyà mansuétude et douceur, jusques a les consoler luy-mesme, en disant, (^e n'estes vous point (jui m'avez vendu pour estre amené en Egypte : mais par la volonté du Seigneur j'ay osté envoyé devant vous, pour vostre profit. Vous aviez fait une mauvaise machination contre moy : mais le Seigneur l'a convertie en bien (Gen. 4o, 8; 50 20). Si Job eust regardé les Chaldét'ns qui l'avoyent outragé, il eust esté enllambé de cupidité de vengeance : mais pource qu'il recognoist pareillement l'œuvre de Dieu, il se console de ceste belle sentence. Le Seigneur l'avoit donné, le Seigneur l'a osté : (pie le nom du Seigneur soit bénit (Job. 1. 21). David aussi bien, s'il se fust amusé du tout à considérer la malice île Semei, lequel le persecutoit d'injures et a coups de pierres, il t-ust incité les siens a se venger : mais pource qu'il entend qu'il ne fait pas cela sans le mouvement de Dieu, il les appaise au lieu de les irriter : Laissez-le, dit-il, car Dieu possible luy a commandé de mesdire de moy Ci Sam. 16, 10). Et il reprime aussi bien ailleurs par ceste mesme bride l'intempérance de sa douleur : Je me suis teu, dit-il, et suis devenu comme un muet : car c'est toy, o Dieu,

q ni mafniges(Ps. 39, 10). S'il n'y a nul meilleur remède contre ire et impatience, ce ne sera pas mal profité a nous, quand nous aurons tellement ap|)rins >\o méditer la iirovidcnce deDit'U en cest endroit, que nous puissions tou.sjours réduire nostre co;;itation à ce jioint : Le Seigneur l'a \ oulu. il faut donc prendre en patience : non pas seulement j)ource qu'il n'est pas loisible de résister, mais pource qu'il ne veut rien (jui ne .soit juste et expédient. La somme revient la. (pi'e.stans injustement grevez par les honnnes. nous laissions là leur malice, laijuelle ne feroit qu'aigrir nostre couiroux, et aiguiser nos affections à vengeance : et qu'il nous souvienne de nous eslever à Dieu, et nous tenir certains que c'est par son juste décret et prouvoyance, que tout ce que nos ennemis attentent contre nous est permis, voire ordonné. Sainct Paul nous voulant retirer d'affection de nous venger, nous admonneste prudiMumont que nous n'avons pas à combattre contre la chair et le .sang, mais contre le diable nostre ennemy spirituel, afm de nous munir contre luy (Ephes. 6, ii). Mais ceste admonition va encores par dessus, pour appaiser toutes impetuositez et passions de colère : c'e.st que Dieu arme au combat tant le diable que tous ini(]ues, et préside au milieu comme im maistre de lices pour exercer nostre patience. Mais si les fascheries que nous endurons nous adviennent d'autre costé que des hommes, pensons a ce qui est dit en la Loy : c'est que toutes prosperitez nous découlent de la source de la bénédiction de Dieu, et que toutes calamitez sont autant de malédictions venantes aussi de luy (Deut. 28, :2 s.). Mesmes que ceste horrible menace nous face peur : Si vous cheminez contre moy à l'estourdie, je chenuneray aussi à l'estourdie contre vous (Lev. -26, i'.i. 24). Car par ces mots il pique nostre stupidité, entant que selon nostre sens charnel nous estimons fortuit tout ce qui advient soit bien ou mal. et ne sonnnes point incitez par les benehces de Dieu à le servir, ny aiguillonnez par ses verges à venir à repentance. C'est la raison aussi jKiurquoy Jeremie se complaind tant asprement, et aussi Auk^s, de ce «lue les Juifs ne pensoyent point que le bien et le mal vinsent du commandement de Dieu (Lam. 3. 38; Arnos 3, 6). A quoy se rapjioite le propos d'isaie, Je suis le Dieu créant la clarté et formant les ténèbres, fai.sant paix et créant le mal : ce suis je moy qui fay toutes ces choses (Is. 45, 7).

9. Cependant toutesfois, si ne fermerons nous point les yeux que nous ne considérions les causes inférieures. Car combien que nous estimions ceux desquels nous recevons quelque bien, estre ministres de la libéralité de Dieu, si ne les mespriserons-nous pas, comme s'ils n'avoyent mérité nulle grâce envers nous par leur humanité : mais plustost nous recognoistrons estre obligez à eux, et le confesserons volontiers,

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