LES IMPOTS A ROME
Le recensement, qui avait lieu tous les cinq ans, se faisait par les soins des censeurs, magistrature qui eut une très grande importance sous la république, mais qui cessa d'exister sous les empereurs. Les censeurs s'occupaient également de la surveillance des mœurs, et avaient encore diverses attributions qui ont été plusieurs fois modifiées. Le recensement a eu lieu dès le début de la société romaine, parce que chaque citoyen était tenu de s'équiper à ses frais pour aller à la guerre, et son équipement militaire était différent suivant la classe à laquelle il appartenait. Les premiers Romains n'avaient ni industrie ni commerce, et comme, à l'origine, les soldats ne recevaient pas de paye, le butin pris sur l'ennemi était la manière la plus nette d'augmenter son patrimoine. A l'époque des grandes guerres, il fallut bien donner une paye aux soldats, qu'on retenait longtemps loin de leurs foyers et qui ne pouvaient plus cultiver leurs champs. Le trésor des rois vaincus, le pillage des villes conquises, les taxes imposées aux peuples soumis et le revenu des provinces annexées furent suffisants pour que le peuple romain se trouvât pendant un temps assez long peu chargé d'impôts. Mais pendant les guerres civiles il fut nécessaire de pourvoir à de très grandes dépenses, et comme à partir d'Auguste les Romains cessèrent d'être conquérants, il fut nécessaire de se créer des ressources.
Après les guerres civiles, Auguste établit un impôt sur les consommations. Cet impôt, assez modéré en apparence, puisqu'il ne montait qu'à un pour cent, rapportait énormément parce qu'il portait sur tout ce que l'on achetait sur les marchés ou dans les ventes publiques; mais comme il s'étendait sur le corps entier de la nation, il fut toujours très impopulaire. En outre, ce genre d'impôt entraîna toujours de grandes difficultés pour établir un mode de perception équitable.
(( Comme une nombreuse et opulente classe de citoyens, dit Gibbon dans son Histoire de VEmpire romain, se trouvait exempte d'une taxe ou capitation qui ne frappait que sur les propriétaires des terres, les empereurs, qui voulaient aussi partager les richesses dont l'art et le travail sont la source, et qui ne consistent qu'en argent comptant, imposèrent personnellement tous ceux de leurs sujets qui s'occupaient de commerce. Ils accordèrent, à la vérité, quelques exemptions à ceux qui vendaient le produit de leurs propres domaines et quelques faveurs à la profession des
arts libéraux; mais toute autre espèce de commerce ou d'industrie fut traitée rigoureusement par les lois. L'honorable marchand d'Alexandrie, qui rapportait dans l'empire les diamants et les épices de l'Inde, le vil usurier qui tirait de son argent un revenu ignominieux, l'ingénieux manufacturier, l'adroit mécanicien, et jusqu'au plus obscur détaillant d'un village écarté, tous étaient obligés de donner aux préposés du fisc connaissance de leur recette et de leur profit; et le souverain d'un grand empire consentait à partager le gain honteux des infâmes professions qu'il tolérait. Gomme on ne levait que tous les quatre ans la taxe assise sur l'industrie, on la nommait la contribution lustrale. »
Parmi les impôts établis par Auguste, pour subvenir à l'énorme entretien des armées cantonnées sur les frontières, un des plus lucratifs pour le trésor fut celui qui prélevait un vingtième de tous les legs et héritages. Cette taxe toutefois n'eut jamais un caractère absolu, en ce sens que les legs minimes n'y étaient pas soumis. Mais la taxe qui eut les conséquences les plus graves était celle qui se désignait sous le nom de capitation. C'était un impôt personnel qui se prélevait par tête. Au temps de l'empereur Constance le taux de la capitation était de vingt-c'nq pièces d'or par tête (environ 336 francs) ; Julien la réduisit à sept pièces d'or (environ 02 francs). Comme il n'était pas possible que cette somme fût payée régulièrement, à cause de l'irrégularité des fortunes privées, une seule cote se divisait souvent entre plusieurs pauvres, tandis que les riches étaient chargés de plusieurs cotes. Cet impôt toutefois ne portait que sur les personnes libres; sous l'empire, la Gaule possédait, suivant Gibbon, environ 500.000 contribuables. Chaque ville, chaque district était assujetti à un tribut proportionné au nombre de ses contribuables.
Dans certaines occasions, les magistrats romains faisaient au peuple des distributions de blé, de pain, de vin ou d'huile, comme le font aujourd'hui nos institutions charitables. Ces distributions se faisaient au moyen de bons, sur lesquels était marqué le nombre de mesures que le possesseur du bon avait droit d'aller toucher. ^Quelquefois ces bons consistaient en petites tablettes de bois, et d'autres fois c'étaient des boules creuses et portant écrit au dedans la quantité à recevoir [fig. 24). Les empereurs et les grands personnages qui voulaient se rendre populaires jetaient dos bons de ce genre à la multitude, qui se disputait ensuite pour les avoir. La