LA JUSTICE EN ASIE
Cette coutume, qui semble singulière à Diodore de Sicile, subsiste encore de nos jours dans plusieurs contrées de l'Orient où les voyageurs seraient exposés à être attaqués par des tributs d'Arabes voleurs. Moyennant une somme remise au chef de la tribu, on est protégé par la tribu, qui trouve ainsi son avantage à empêcher les autres voleurs de vous attaquer, car dans ce cas la somme ne serait pas versée. C'est très probablement un arrangement analogue qu'avaient pris les Égyptiens, pour se débarrasser du brigandage continuel des tribus nomades, qui habitaient le désert dans le voisi-
Fig. 27. — Coupables punis.
nage du Nil. Le chef des voleurs était rendu responsable des objets volés et devenait aussi une espèce d'agent de police. Seulement, comme son traitement était proportionné à la quantité d'objets volés, il est probable que ceux qui demeuraient à proximité du désert devaient avoir à souffrir de cet incommode voisinage.
La justice en Asie. — Les juges formaient chez les Hébreux une classe extrêmement respectée. On rendait la justice devant les portes des villes, car chez les Juifs ce lieu était celui qui attirait le plus grand concours de peuple. Les débats étaient publics et assez sommaires ; la torture n'était pas en usage, mais la peine était appliquée aussitôt après la décision des juges. La peine capitale la plus ordinaire était la lapidation, et les témoins, à moins qu'ils ne fussent parents de l'accusé, étaient obligés de commencer l'exécution du coupable en lui lançant eux-mêmes les premières pierres.
On ne sait rien de l'organisation judiciaire des Assyriens, mais
4â INSTITUTIONS CIVILES — LA JUSTICE
les pénalités sont d'une extrême férocité. Pour les châtiments qui n'entraînent pas la mort, il s'agit toujours d'yeux crevés ou de membres coupés. Lorsque c'est la peine capitale qui est ordonnée, elle est toujours précédée ou accompagnée d'horribles supplices. Les cadavres des suppliciés étaient privés de sépulture et livrés en pâture aux bêtes féroces.
Les tribunaux grecs. — L'Aréopage d'Athènes était le plus vénéré de tous les tribunaux dont les historiens grecs fassent mention. On ignore la date de son origine, que les anciens faisaient remonter aux temps mythologiques, puisqu'il avait été appelé à juger la querelle survenue entre Neptune et Minerve. L'aréopage primitif était une assemblée aristocratique, mais il a subi de grandes modifications sous Solon et plus encore sous Périciès, lorsque la faction démocratique l'emporta définitivement à Athènes. Ce tribunal était chargé de maintenir les bonnes mœurs et de juger les causes criminelles. On avait de la sagesse de ses décisions une si haute opinion, que non seulement on en appelait à son arbitrage de plusieurs points de la Grèce, mais encore les Romains eux-mêmes renvoyaient à ses décisions beaucoup de causes ambiguës.
La manière dont les causes se plaidaient devant l'aréopage serait inadmissible aujourd'hui. C'est la nuit que le tribunal s'assemblait, et même lorsqu'on y admit des avocats, ce qui n'avait pas lieu à l'origine, on leur interdisait les exordes et les moyens pathétiques, afin que les juges ne pussent pas être influencés par les talents de l'orateur.
Pour les autres tribunaux, la fonction de juge n'était pas une profession, mais une situation passagère, à laquelle tout citoyen pouvait être appelé, et pour laquelle il recevait une somme de trois oboles par jour, comme indemnité du temps qu'il avait passé. Tout citoyen ayant atteint sa trentième année, n'ayant subi aucune condamnation et ne devant rien au trésor, était inscrit sur un registre; on tirait au sort chaque année pour savoir dans quel tribunal il devait être placé. Ces tribunaux siégeaient tous à Athènes. Mais tous les ans un certain nombre de magistrats parcouraient les bourgs de l'Attique et y tenaient leurs assises; toutefois ils ne s'occupaient que des causes ayant peu d'importance, et pour les autres renvoyaient les plaignants aux tribunaux ordinaires. Les iiabitants des villes soumises à la république étaient obligés de porter leurs