L HIPPODROME
aussi la barrière et qui, par sa forme, ressemble à une proue de
Fig. 84. — Vase de Pergame. (Musée du Louvre.)
navire dont l'éperon serait tourné vers la lice. A l'endroit où cette
LES FETES
barrière joint le portique d'Agaptus, elle s'élargit des deux côtés. L'éperon et le bec de la proue sont surmontés d'un dauphin de bronze. Les deux côtés de la barrière ont plus de quatre cents pieds de long, et sur cette longueur on a pratiqué des loges à droite et à gauche, tant pour les chevaux de selle que pour les chevaux d'attelage. Ces loges se tirent au sort entre les combattants. Devant les chevaux et les chars règne d'un bout à l'autre^ un càble^qui sert de barre et qui les contient dans leurs loges. Vers le milieu de la proue est un autel de briques crues, que l'on a soin de blan-
^liè. c
^li.r/"^
Fig. 85. — La course à cheval.
chir à chaque olympiade. Sur cet autel est un aigle en bronze qui a les ailes déployées et qui par le moyen d'un ressort s'élève et se fait voir à tous les spectateurs en même temps que le dauphin qui est à l'éperon s'abaisse et descend jusque sous terre. A ce signal on lâche le câble du côté du portique, et aussitôt les chevaux s'avancent vers l'autre côté où l'on en fait autant. La même chose se pratique de tous les côtés de la barrière jusqu'à ce que les combattants se soient assemblés auprès de l'éperon, et l'on a soin de les appareiller. Incontinent ils entrent dans la lice : alors c'est l'adresse des écuyers et la vitesse des chevaux qui décident de la victoire [fig. 85). Clœotasest celui qui a inventé cette barrière : on dit qu'Aristide l'a perfectionnée après lui. »
L'amphitiikatre. — Les ampliithéâtres, vastes édifices destino> aux combats de gladiateurs, sont d'origine étrusque. Mais ces combats de prisonniers, qui pour les Étrusques étaient des cérémonies funèbres auxquelles donnait lieu la mort d'un héros, ne furent pour les Romains que des fêtes sanglantes. Les amphithéâtres ne
l'amphithéâtre
furent à l'origine qu'un vaste fossé creusé en terre et les spectateurs étaient placés en cercle sur des pentes gazonnées. Lorsqu'on voulut en faire des édifices, leur plan présenta la forme de deux théâtres, rapprochés par la base des demi-cercles; de là le nom d'amphithéâtre donné à ces constructions et qui signifie double théâtre. Cette disposition est parfaitement visible sur la figure 86 qui représente la coupe d'un amphithéâtre et sur la figure 87 qui est une vue d'ensemble de celui de Pompéi. Il est bon de remarquer que la forme d'un amphithéâtre est toujours elliptique et non pas complètement circulaire.
Fig. 86. — Coupe d'un amphithéâtre.
L'amphithéâtre est donc un genre d'édifice absolument romain et celui qui caractérise le mieux l'époque impériale. Sous la république les amphithéâtres n'avaient été que des constructions provisoires peu différentes de celles des Étrusques. Au temps de César même, l'amphithéâtre était en bois et ne pouvait durer que le temps prescrit pour les jeux. Ce fut sous Auguste que fut bâti le premier amphithéâtre en pierre : ce n'est donc pas à la période républicaine qu'il faut rapporter ces jeux féroces, qui ont déshonoré l'antiquité. En Grèce, ils n'avaient jamais eu lieu, la république romaine les supporta et l'empire les établit.
« Dans toute l'Asie Mineure, dit M. Texier, on ne trouve que deux ruines d'amphithéâtre, l'une à Cyzique et l'autre à Pergame. Il n'en existe pas une seule dans le Péloponèse, et Athènes se refusa toujours à élever un semblable édifice. Si l'on met en parallèle les ruines de théâtres qui se retrouvent dans chaque ville ancienne, on
sera convaincu que les Romains ont trouvé partout une répugnance extrême pour ces sortes de divertissements, »
La façade extérieure des amphithéâtres était partagée en étages ornés d'arcades, de colonnes, de pilastres et de statues. Aiitour de l'arène étaient pratiquées les loges ou voûtes qui renfermaient les animaux destinés au combat. Elles étaient prises dans un mur qui entourait l'arène et sur lequel était pratiquée une avance en forme de quai, qui servait de promenoir et qu'on appelait porfiwm. Entre le
Fig. 87. — Amphithéâtre de Pompéi.
podium et l'arène, il y avait des fossés destinés à séparer les bétes des spectateurs. C'est sur le podium qu'on réservait la place de l'empereur et des consuls
Au-dessus du podium s'élevaient les gradins, en retrait les uns sur les autres. De grands mâts retenus par des anneaux aux murs d'enceinte étaient destinés à fixer le vélarium, immense voile tendu au-dessus des spectateurs pour les défendre contre le soleil ou la pluie. Cet usage fut introduit à Rome par Q. Catulus et devint bientôt général. Le voile, qui dans l'origine était fort simple, devint très riche par la suite et fut teint de diverses couleurs.
Auguste assigna des places différentes aux hommes mariés, aux célibataires, aux jeunes gens et à leurs pédagogues. L'espace du nnlicu ou arène était couvert de sable pour atîermir les pieds des
LES GLADIATEURS DE ROME i03
gladiateurs et pour ùter plus promptement la trace de leur sang. Des canaux pratiqués dans l'intérieur de l'édifice distribuaient de tous côtés les émanations des liqueurs odorantes dont on les remplissait.
Le plus grand et le plus célèbre de tous les amphithéâtres bâtis par les Romains est le Colisée, ou amphithéâtre Flavien, qui fut commencé sous Vespasien et continué sous Titus. En France nous avons plusieurs amphithéâtres très célèbres, entre autres ceux d'Arles et de Nîmes.
Ce dernier, qui pouvait contenir vingt-cinq mille spectateurs, est décoré au rez-de-chaussée de pilastres, et au premier étage de colonnes engagées se rapprochant de l'ordre dorique. C'est l'amphithéâtre le mieux conservé avec celui de Vérone.
Les gladiateurs de Rome. — C'est dans les coutumes religieuses des Étrusques qu'il faut chercher l'origine des combats de gladiateurs, dont l'usage prit une grande extension sous l'empire romain, bien qu'il n'ait jamais pu s'introduire en Grèce. Chez les peuples primitifs on immolait des prisonniers sur la tombe des héros morts en comLattant et le sang des hommes qu'on avait égorgés était comme un holocauste qu'on offrait aux mânes de celui dont on voulait lonorer la mémoire. On imagina bientôt de faire combattre entre eux ces prisonniers au lieu de les immoler simplement, et ces combats, qui se livraient près de la tombe du défunt, au milieu de tous ses amis, étaient considérés comme le plus bel hommage qu'on pût rendre au souvenir d'un guerrier illustre. Ces duels sont fréquemment représentés sur les monuments funéraires des Étrusques (Voir : La Grèce et F Italie, fig. 474 et 472). Quelques savants ont voulu voir dans ces bas-reliefs la représentation d'un fait historique comme la lutte d'Étéocle et Polynice, mais on ne voit pas bien pourquoi un fait particulier se représenterait si souvent et toujours de la même manière, dans les tombeaux d'une certaine époque, et il est bien plus probable que c'est simplement l'image des honneurs rendus au mort, sans aucune signification particulière et déterminée.
Cependant, comme on n'avait pas toujours des prisonniers sous la main pour honorer les morts, on imagina de les remplacer par des hommes faisant profession de combattre et ce fut là l'origine des gladiateurs. Ces gladiateurs au début étaient presque toujours
des étrangers, et ce ne fut qu'assez tard qu'on vit des citoyens descendre eux-mêmes dans l'arène. Mais le caractère funèbre des combats primitifs se perpétua très longtemps. On donnait des représentations de combats aux funérailles illustres, et les personnages opulents ordonnaient parfois sur leur testament les fêtes sanglantes qui devaient honorer leurs funérailles.
La lettre suivante, écrite à Maxime par Pline le Jeune, montre bien le caractère funéraire qu'on attachait encore dans ce temps-là à ce genre de combats :
« Pline à Maxime.
(( Vous avez bien fait de promettre un combat de gladiateurs à nos chers habitants de Vérone qui depuis longtemps vous aiment, vous admirent, vous honorent. Votre épouse, d'ailleurs, était de Vérone. Ne deviez-vous pas à la mémoire d'une femme que vous aimiez et que vous estimiez tant quelque monument public, quelque spectacle, et celui-ci surtout qui convient si bien à des funérailles? J'aurais voulu que les panthères d'Afrique que vous aviez ichetées en si grand nombre fussent arrivées à temps. Mais quoiqu'elles aient manqué à la fête, retenues par les orages, vous méritez pourtant qu'on en ait toute l'obligation, puisqu'il n'a pas tenu à vous de les y faire paraître. Adieu. »
Le caractère funèbre des anciens combats de gladiateurs s€ perdit tout à fait à la fin de l'empire et dès le premier siècle de notre ère ces luttes sanglantes devinrent de simples amusements, pour le peuple romain, qui se prit d'une véritable passion pour ce genre de spectacles. Les particuliers appelaient des gladiateurs pour récréer leurs convives dans les festins et dans toutes les solennités publiques; on servit au peuple le spectacle d'une véritable guerre, puisque mille paires de gladiateurs combattaient quelquefois ensemble dans l'amphithéâtre. Dès lors le nombre des gladiateurs s'accru; démesurément et leurs luttes devinrent une véritable science, se rattachant à des règles fort compliquées et pour lesquelles une éducation spéciale était absolument nécessaire.
D'anciens gladiateurs auxquels on donnait le nom de lanistes. étaient spécialement chargés d'enseigner aux débutants la théorie et les règles de leur métier. Le laniste portait une tunique et n'était
LES GLADIATEURS DE ROME
pas armé, mais il at'ait en main une baguette, comme signe d'autorité. La plupart des lanistes étaient chargés d'exercer les compagnies appartenant à l'État; les gladiateurs de ces compagnies portaient le
Fig. 88. — Combat de gladiateurs.
nom de gladiateurs fiscaux, parce qu'ils étaient nourris et payés par le fisc. D'autres lanistes étaient de véritables entrepreneurs, qui recrutaient pour leur troupe des jeunes hommes robustes, les nour-
Fig. 89. — Gladiateurs en fuite.
rissaient, les prenaient à leur service et les louaient ensuite pour les représentations. Il y avait deux catégories de gladiateurs : les esclaves, qui appartenaient complètement au laniste, et les gladiateurs de condition libre qui lui juraient une obéissance passive pour la durée de leur engagement. Le gladiateur libre qui prenait
un engagement jurait par serment de souffrir le fer, le feu, la chaîne, les coups, etc. Enfin, en dehors des entrepreneurs, il y avait des particuliers opulents qui avaient des gladiateurs à eux. Ceux qu'on appelait césariens, parce qu'ils appartenaient à César, c'est-
Fig. 90. — Hoplomaque et vellto.
à-dire à l'empereur, passaient pour les plus beaux et les plus habiles de tous. Quelques-uns d'entre eux avaient une grande réputation et le peuple les réclamait chaque fois qu'il y avait un spectacle important. Le jour du spectacle les gladiateurs étaient conduits en céré-
Fig, 91. — Gladiateurs secutors et rëtiaires.
monie à l'ampliithéâtre dans lequel ils devaient combattre : alors on les appareillait en choisissant pour chacun d'eux un adversaire d'une force à peu près égale. Avant d'entrer en lice, ils s'exerçaient en se frappant avec des épées de bois, mais dès que la trompette se faisait entendre ils prenaient leurs armes et s'élan(;aiont l'un contre
LES GLADIATEURS DE ROME
l'autre. Quelquefois l'un des deux adversaires était frappé à mort dès le premier coup : c'est probablement ce qui arrive à celui qu'on voit tomber en arrière sur son bouclier après avoir reçu un coup en pleine poitrine (/îp'. 88).
Fig. 92. — Un mirmillon et un samnite.
Quand un gladiateur était blessé, il pouvait mettre bas les armes et se déclarer vaincu. Quelquefois le vaincu fuyait pour échapper
Fig. 93. — Gladiateurs.
aux poursuites de son adversaire, comme on le \oit figure 89, tirée d'un tombeau de Pompéï ; le gladiateur vaincu a laissé tomber son bouclier et lève le bras pour demander sa grâce aux spectateurs. Le geste du gladiateur demandant sa grâce est encore plus caractérisé dans la figure 90 : celui-ci met un genou en terre, en même temps que par son geste il implore le public, tandis que le vain-
queur, posant le pied sur la lance de son adversaire, attend pour
le laisser vivre ou pour le frapper la décision que vont prendre les spectateurs.
Lorsque les spectateurs levaient la main en abaissant le pouce, ils voulaient qu'on fit grâce au vaincu, mais quand ils levaient le pouce en le tournant vers les combattants, le malheureux était impitoyablement égorgé. C'est ce que nous montre la figure 94 : un gladiateur, blessé en plusieurs places et perdant son sang en abondance, implore vainement la pitié d'un autre gladiateur qui lui transperce la gorge avec sa courte épée.
La figure 92 nous montre un gladiateur vaincu, qui a laissé tomber
son bouclier et qui demande grâce en tendant le bras gauche selon
le geste consacré. Le peuple a sans
doute accédé à sa demande, car un
laniste arrête son adversaire qui allait
s'élancer sur lui et l'empêche de continuer la lutte.
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Fig 94. — Gladiateur.
Fig. 95 et 96. — tiladiatcurs.
Les gladiateurs qui assistaient au combat de l'arène, en attendant
LES GLADIATEURS DE ROME 109
que leur tour arrivât d'entrer dans la lutte, ne pouvaient en aucune
Fig. 97. — Casque de gladiateur."
façon prendre parti dans le combat qui avait lieu et le regardaient
Fig. 98. — Casque de gladiateur.
sans s'y mêler comme on le voit sur la figure 93. Quand un gladiateur était mort, les valets du cirque venaient immédiatement enlever
iio
son corps, en le traînant sur le sable de l'arène à l'aide de crochets qu'ils tiraient au moyen d'une corde.
Le costume des gladiateurs présente une assez grande variété. La figure 9â nous montre le portrait d'un gladiateur fameux qui vivait sous Caligula; il est tiré d'un monument sépulcral. Il nous fait voir en quelque sorte un gladiateur typique n'appartenant à aucune catégorie spéciale. Il porte une épée courte et un grand bouclier. Sa
Fig. 99. — Casque de gladiateur.
tête est découverte, mais son casque, d'une forme assez bizarre et disposé de façon à protéger entièrement la tète et le cou, est placé sur une espèce de pieu dressé à côté de lui.
Le gladiateur que représente la figure 9H, tirée d'une lampe antique, est armé à peu près de la même manière, mais son casque est d'une forme différente et les jambières do métal sont remplacées par des bottines molles, lîne statuette antique, que montre la figure 96, représente un gladiateur portant un casque d'une forme tout à fait extraordinaire. M;iis il faut signaler aussi une particularité dans les jambes dont l'une paraît entièrement nue, tandis que
LES GLADIATEURS DE ROME
l'autre, celle qui se porte en avant, est très fortement protégée sur sa face antérieure.
On a retrouvé des armes de gladiateurs qui sont de la plus grande richesse décorative. Les casques représentés sur les figures 97, 98, 99 et 400 sont ornés de bas-reliefs d'une grande valeur artistique. La même forme ou à peu près se retrouve sur le casque de la figure i04 , mais ici le cimier, au lieu de former un angle par devant comme
Fig. loo. — Casque de gladiateur.
dans les types précédents, se contourne pour aboutir à une sorte de tête d'animal fantastique qui se projette en avant.
Ces casques de grand luxe appartenaient sans doute à quelques gladiateurs célèbres et riches comme il y en avait sous l'empire romain. Ces armes sont toutes de fantaisie et n'ont jamais été employées dans les armées. On y voit surtout la préoccupation de préserver le visage des coups qui auraient pu le défigurer. Ce masque métallique en forme de grillage avait en outre l'avantage de laisser passer facilement l'air. La respiration devait être plus pénible avec les casques représentés sur les figures 102 et 403. Ih sont entière-
ment fermés sauf l'ouverture indispensable pour voir son adver-
Fig. loi. — Casque de gladiateur/
saire. Encore les deux ouvertures ne sont pas pareilles des deux
Fig. 103 et io3. — Casques de gladiateurs.
côtés et les raisons de cette différence sont difficiles à expliquer.
LES GLADIATEURS DE ROxME
Quelquefois le casque du gladiateur était surmonté d'une aigrette : s'il tombait ou s'il demandait grâce, le vainqueur enlevait cette aigrette et la montrait au peuple en signe de victoire.
Les deux jambières que montrent les figures 404 et 40b ainsi que
Fig. io4.
Fig.
Jambières de bronze.
le brassard de la figure 406 ont appartenu à des gladiateurs. Jamais les soldats romains n'ont porté des armures du genre de celles-ci. Ils étaient généralement vêtus d'après un uniforme réglementaire, tandis que les gladiateurs, étant moins astreints à la régularité, pouvaient apporter plus de luxe et de variété dans leurs armes. Les armes que l'on vient de voir ont d'ailleurs un caractère exception-
vu. —
nel, et les figures 407 et 408 se rapprochent davantage des types les plus répandus.
On a donné le nom à' École des gladiateurs à un édifice situé à
Fig. loG. — Brassard de gladiateur.
Pompéi près des théâtres et dans lequel d'autres archéologues ont vu simplement une caserne. Des armes, des casques, des cnémides ou bottines de bronze, qui ont appartenu à des gladiateurs et
Fig. 108.
Jambières de gladiateurs.
non à des soldats, ont été découverts en ce lieu, et c'e^l ce cjui a fait voir là un établissement destiné à des gladiateurs. .Mais, suivant M. Breton, une ville aussi peu considérable que Pompéi n'aurait pu entretenir une troupe de gladiateurs assez nombreuse pour exiger de si vastes logements, tandis que des gladiateurs de passage
LES GLADIATEURS DE ROME
dis
ont parfaitement pu loger à la caserne, ce qui expliquerait la présence des armes qu'on a retrouvées.
La plupart des gladiateurs appartenaient à des catégories combat-
Fig. 109 et iio. — Gladiateurs thraces.
tant dans des modes différents ; mais en général deux gladiateurs de la même espèce ne combattaient pas l'un contre l'autre, mais
Fig. III. — Secutoi- pris dans le filet du rétiaire.
on donnait pour adversaire au gladiateur d'une espèce un autre gladiateur appartenante une autre série et portant des armes toutes différentes. Chaque série avait un nom particulier qui provenait
soit du pays dont il était natif, soit de la nature spéciale de son équipement.
Parmi les nombreuses espèces de gladiateurs on distinguait : 1° Les Thraces, dont l'arme habituelle était une sorte de coutelas recourbé. Ils avaient comme arme défensive un petit bouclier à contours carrés et à surface convexe, derrière lequel ils s'agenouillaient pour soutenir l'attaque de l'adversaire qu'ils combattaient
Fig. lia. — Un rétiaire.
(D'après un bronze antique de la Bibliothèque ûationale.)
ainsi en frappant de bas en haut. Les figures 409 et 4 tO, tirées d'une lampe en terre cuite, montrent deux gladiateurs thraces.
2° Les samnites étaient des gladiateurs armés comme les anciens soldats samnites : ils portaient un casque fermé avec dos ailes, et un brassard au bras droit qui n'était pas protégé par le bouclier. Le gladiateur vaincu que nous avons vu à la figure 9'2 parait être un samnite. Son adversaire, dont un laniste arrête le bras, est un mirmillon.
3° Le mirmillon Qsi un gladiateur gaulois caractérisé par un casque dont le panache est remplacé par l'image d'un poisson. Il a souvent
LES GLADIATEURS DE ROME 117
pour arme une faux et son adversaire habituel est le rétiaire, qui cherche à l'envelopper dans son filet et l'attaque ensuite avec son trident, comme nous le verrons tout à l'heure. Quand ils luttent ensemble, leur combat doit être l'image d'une pêche, et le rétiaire en l'abordant lui crie : « Ce n'est pas à toi que j'en veux, Gaulois, mais à ton poisson », plaisanterie qui faisait beaucoup rire les Romains. Le secutor, bien que portant un costume différent du mirmillon, est aussi un adversaire habituel du rétiaire. Les gladiateurs que nous avons vus dans la figure sont des secutors et des
Fig. II 3. — Gladiateurs équestres.
rétiaires : ces derniers sont reconnaissables au trident qui leur sert d'arme. La figure 4i4 montre un secutor qui vient d'être pris dans les filets du rétiaire.
4° Le rétiaire est caractérisé par l'absence totale d'armes défensives; son casque est dépourvu de visière, il n'a pas de bouclier et son corps est presque entièrement nu. Il n'a d'autres armes que son harpon ou fourche et le filet dans lequel il cherche à envelopper son adversaire; mais quand il a manqué son coup en jetant le filet, il est exposé aux coups de l'ennemi qui est armé de pied en cap, et presque toujours il est obligé de prendre la fuite. Ce genre de gladiateurs était assez méprisé : Juvénal, dans sa VIII^ satire, montre un sénateur dans le cirque où il joue maladroitement le rôle de retiarius. « Un noble peut se faire histrion, dit-il, quand un empereur se fit joueur de harpe. Il y aurait encore quelque chose de plus honteux, ce serait qu'un noble se fît gladiateur. Eh bien! Rome a subi cette infamie. Gracchus se montre sur l'arène,
LES FETES
non pas, comme le mirmillon, armé d'une faux et le visage couvert d'un casque; il déteste et méprise ces déguisements. Il balance le trident, il lance le filet. A-t-il manqué son coup, il prend la fuite et s'offre la tête haute aux regards des spectateurs ! »
Une curieuse statuette en bronze [fig. '/'/^j, donnée par le duc de Luynes à la Bibliothèque nationale, nous montre le costume d'un rétiaire. Il porte une large ceinture de métal qui cache en partie son caleçon. Il n'a pas de bouclier; son bras gauche est seulement protégé par un brassard qui couvre l'épaule et se prolonge au delà de la main qu'il garantit. Le bras droit est orné de
Fig. ii4. — Gladiateurs.
trois bracelets au-dessous de l'épaule et de trois autres au poignet; des anneaux semblables entourent les jambes, qui sont nues ainsi que les pieds. Les cheveux et les favoris sont disposés avec une grande symétrie, les yeux de la statuette sont incrustés d'argent.
5° L'hoplomaque est un gladiateur pesamment armé, c'est-à-dire portant, outre son casque, des brassards et des jambards. Le gladiadeur victorieux qui est représenté sur notre figure 90 est un hoplomaque ; l'adversaire qui vient de vaincre est un vclite ou soldat armé à la légère : il porte, comme l'homoplaque, un petit tablier autour des reins, mais il a les cuisses nues, et d'un côté seulement il est protégé par une bottine de bronze.
6" Le dimachère combattait avec deux épées et n'avait pas de
LES GLADIATEURS DE ROME 119
bouclier : je ne connais aucun monument qui représente cette catégorie de gladiateurs.
7° Les essédaires combattaient montés sur des chars gaulois conduits par un cocher : ils commençaient par se lancer des traits, puis ils sautaient à terre et combattaient à l'épée.
80 Les gladiateurs équestres partent au même signal des deux
Fig. ii5. — Les bestiaires dans le cirque.
extrémités de l'arène et chargent l'un sur l'autre au galop. Ils sont armés de la lance et du bouclier rond; leur tête est couverte d'un casque d'airain à visière et une petite chlamyde flotte sur leurs épaules. La figure 443 montre deux gladiateurs équestres au moment du combat : elle est tirée d'un bas-relief qui décorait le tombeau de Scaurus à Pompéi, aux funérailles duquel ces deux personnages ont en effet combattu.
Une inscription donne leur nom avec le nombre des victoires que chacun d'eux a déjà remportées : l'un est appelé Bébrix, nom qui vient probablement de son pays natal; il a été quinze fois vainqueur. L'autre, appelé Nobilior, ne compte que onze victoires.
LES FETES
9° Les mendiam constituaient un genre de gladiateurs qui combattaient en manière d'intermède, les jours où il y avait des spectacles d'un autre genre.
On a peu de renseignements sur leur armement; cependant la figure 4ii^ tirée d'une mosaïque antique, passe pour être la représentation de cette catégorie de gladiateurs.
10" Les bestiaires formaient une classe de gladiateurs tout à fait distincte des autres; leur métier consistait à combattre les bêtes
Fig. ii6. — Le cirque Maxime restauré.
féroces dans le cirque. La figure 445 nous montre ce genre de combat, qui présentait de sérieux dangers; néanmoins les bestiaires étaient assez méprisés et les gladiateurs qui combattaient entre eux se considéraient comme ayant une profession beaucoup plus relevée. Une petite statue du musée de Venise montre un gladiateur posant un genou en terre et s'appuyantsur la main gauche, tandis qu'avec la droite il se prépare à recevoir son ennemi à la pointe de son épée. La pose du personnage aussi bien que la tunitjuo courte serrée par une ceinture dont il est revêtu ont fait penser que nous avions ici un bestiaire s'apprétant à combattre un animal qui se dresse devant lui.
Lk cjroue romain. — Le cirque primitif des Romains otait un espace découvert, dans lequel on faisait des courses de chars, et
LES GLADIATEURS DE ROME
autour duquel les spectateurs se tenaient sur des échafauds de bois. Mais comme les Romains étaient passionnés pour ce genre de spectacles, on construisit de très bonne heure un édifice permanent pour cet usage. Le cirque Maxime, le plus important des cirques
ac
Fig. 117. — Plan du cirque de Caracalla
romains, est antérieur à l'expulsion des rois. « Ce fut Ancus Martius, dit Tite-Live, qui traça l'enceinte de ce qu'on nomme aujourd'hui le grand cirque; il y marqua une place pour des loges que
Fig. 118. — Les écuries du cirque. (D'après un bas-relief antique.)
chacun des sénateurs et des chevaliers devait faire construire à ses frais. Ces loges, a^sez élevées, étaient soutenues sur des poteaux à douze pieds de terre. Le spectacle consistait en courses de chevaux, et en combats du ceste, dont la plupart des acteurs avaient été tirés de l'Étrurie Par la suite, ces jeux devinrent annuels; on les appelle indifféremment les grands jeux ou les jeux romains. »
Le grand cirque ou cirque Maxime reçut d'importantes modifications sous César, Auguste, Claude, Domitien et Trajan.
A l'extérieur, les cirques étaient composés d'un ou plusieurs étages d'arcades formant des galeries où circulaient les personnages. A l'intérieur l'espace de terrain que devaient parcourir les concurrents était séparé en deux parties égales par une sorte de piédestal étroit et long appelé l'épine, parce qu'elle est en effet comme l'épine dorsale de l'arène (/?^. -/^O').
L'épine occupait à peu près les deux tiers de la longueur de l'arène, dont le plan d'ailleurs n'était pas toujours absolument
Fig. 119, — Courses du cirque. (Mosaïque de Lyon.)
régulier. Cette disposition est très visible sur le plan représenté figure 447 où la ligne ponctuée a pour base les carcères, c'est-àdire le point de départ des concurrents.
Les carcères, marquées comme de petites cellules, sur le plan à gauche, étaient des écuries, ayant leur entrée dans l'intérieur du cirque et dans lesquelles les chars étaient remisés avant la représentation. Un bas-relief antique représente le moment où on ouvre les carcères du cirque pour faire partir les chars [fig. 448). Ces écuries servaient aussi à loger les bêtes féroces qui devaient combattre dans le cirque.
Les chars en sortant des carcères se rendaient d'abord à l'endroit où commence l'épine, où ils devaient se trouver tous de front. Les lignes ponctuées du plan {fig. 447) indiquent le point où devait commencer la course et (jui se trouvait à égale distance de toutes
LES GLADIATEURS DE ROME
les écuries. Là, une corde tendue au point où commence l'épine les arrêtait un moment; à un signal donné, la corde tombait et les chars se mettaient en mouvement. Le cirque avait plusieurs entrées : le cortège arrivait par le côté où sont les écuries, et la porte ouverte au milieu de la partie courbe du monument était appelée porte triomphale, parce que c'est de ce côté que le char victorieux sortait au milieu des acclamations de la foule.
La tribune impériale, formant saillie sur la façade externe, est marquée aussi au bas du plan.
L'épine qui partageait l'arène dans sa longueur était une élévation en maçonnerie au centre de laquelle s'élevait un obélisque. Aux extrémités étaient des bornes, autour desquelles les concurrents dans les courses devaient passer un certain / nombre de fois. Dans l'intervalle il y avait des statues, des vases ou d'autres objets qui contribuaient à la décoration de l'ensemble. Les spectateurs étaient placés sur des gradins élevés autour de l'arène. Le cirque servait primitivement pour les courses de chars et de chevaux, comme
l'hippodrome des Grecs, mais on y donna aussi des combats de bêtes féroces et même de gladiateurs. A partir de César, l'arène fut circonscrite par un canal destiné à préserver les spectateurs pendant les combats d'animaux.
Une mosaïque antique découverte à Lyon en 1806 et maintenant au musée de cette ville {fig. 449), fournit un document très complet sur les courses. On distingue par leur couleur les factions qui se disputent la victoire, la loge où siégeaient les juges du concours, l'épine avec la rangée de dauphins et la rangée d'œufs, les bornes, etc. Il existe un assez grand nombre de représentations de ce genre qui sont plus ou moins complètes et qui varient un peu par le décor, mais les courses de chars qui s'exécutent autour de l'épine ou la spina offrent toutes un caractère analogue. La figure 420 montre une course de chars d'après une monnaie byzantine. L'obélisque central est beaucoup plus élevé que celui que nous avons vu dans les représentations précédentes. Cette figure est destinée à rappeler
Fig. 120. — Courses de chars.
le souvenir du fameux hippodrome de Constantinople, qui a eu sous le bas empire autant d'importance que le grand cirque des Romains et dans lequel on donnait des fêtes du même genre. Nous avons montré déjà dans le volume La Grèce et lltalie, fig. 435, la tribune impériale qui s'ouvrait sur l'arène de cet hippodrome. Quand l'empereur apparaissait ainsi, il était salué par les acclamations de la multitude. Sur le piédestal de l'obélisque de Théodose à Constantinople, on voit l'empereur assis et entouré de sa suite,
Fiar. 121. — Cocher conduisant un char.
au moment où les jeux vont commencer. Suivant les habitudes antiques, continuées par les Byzantins, l'empereur est représenté beaucoup plus grand que les personnages qui l'entourent, et ceuxci, qui forment sa cour, sont même plus grands que les gens de condition inférieure.
L'hippodrome de Constantinople, qui était une dépendance du palais impérial, est certainement le plus somptueux édifice qu'on ait jamais élevé pour des courses de chevaux. La Grèce, l'Asie, l'Egypte, la Sicile, l'Italie et Rome elle-même s'étaient vues dépouillées de leurs richesses artistiques, pour embellir ce monument, et si l'on veut restituer par la pensée les tentures éclatantes, le luxe