L ARMEE NAVALE
d'un bâton de commandement; ils étaient protégés par un plat-bord. Parmi les peintures de Médinet-Abou, une des plus curieuses assurément est celle où Ton voit une escadre égyptienne aux prises avec une flotte ennemie, et vigoureusement secondée d'ailleurs par une armée de terre; ce qui semblerait indiquer que la scène se passe sur la côte d'Egypte, et que les soldats de terre et de mer commandés par le Pharaon sont occupés à repousser une invasion. Les Egyptiens se reconnaissent de suite à leurs airs de tête, à leurs cos-
Fig. 254. — Vaisseau de guerre.
tûmes, à leurs longs boucliers cintrés par le haut, à leurs petits coutelas. Trois de leurs navires sont placés l'un au-dessus de l'autre sur les monuments, disposition qui tient à l'ignorance où étaient les artistes des lois de la perspective. Une quatrième barque a déjà doublé et coupé la flotte ennemie : elle la prend en arrière et s'avance pour agir de concert avec les trois autres.
Les bâtiments égyptiens ont peu souffert dans le combat : ils ont conservé leurs mâts, leurs voiles, leurs pilotes et leurs rameurs. Les soldats, dans leurs attitudes les plus animées : les archers décochent leurs flèches de toutes parts, tandis que d'autres guerriers brandissent leurs massues en attaquant l'ennemi, ou bien parent les coups der-
rière leurs grands boucliers. On remarque dans ce combat un abordage : un soldat égyptien, portant son bouclier attaché derrière l'épaule, est monté sur la partie la plus avancée de la proue du navire, et saisit par le bras un Indien qu'il s'apprête à frapper.
Au reste, la bonne tenue des vaisseaux égyptiens fait déjà présager la victoire, et deux de leurs barques sont déjà remplies de prisonniers ennemis dont les mains sont liées et qu'on a placés parmi les rameurs. La flotte ennemie, au contraire, est dans un état qui annonce sa défaite : elle est toute désemparée. Les bâtiments, privés de rameurs et de pilotes, semblent errer au hasard. Le vaisseau indien, qui le premier a débarqué ses troupes, va être pris par les Égyptiens : ceux qui le défendent n'opposent plus aux flèches du Pharaon qui les attaque en personne que les petits boucliers ronds dont ils sont armés ; d'autres, tout à fait sans défense, paraissent implorer la clémence du vainqueur. Partout règne le plus grand désordre : plusieurs navires ont perdu leurs agrès ; l'un d'eux a sombré sous voiles. La configuration de ces navires est d'ailleurs peu différente de celle des vaisseaux égyptiens : le Pharaon, placé sur le rivage, est comme toujours de taille gigantesque, et c'est autour de lui que l'action est le plus animée. On y voit les Indiens pêle-mêle, percés de flèches et morts ou mourants. Quelques-uns tombent de leurs barques et sont précipités dans l'eau, tandis que d'autres font de vains efforts pour les en retirer. On sent enfin que toute résistance est inutile pour cet ennemi envahisseur, qui a tenté une descente sur le rivage égyptien sans compter sur le Pliaraon, fils du soleil.
Le bulletin de l'Institut égyptien nous donne la description suivante des bas-reliefs peints qui consacrent les victoires de la reine Hatasou dans le pays de Pount : « La scène de débarquement nous montre les poissons de la mer Rouge, et la scène finale, car le tableau de la bataille est perdu, nous fait voir les types des habitants et les productions du pays. Le chef de Pount est représenté avec un bâton recourbé, comme en portent encore les Nubiens d'aujourd'hui. Ha la peau foncée; il est armé d'un poignard et vêtu d'un caleçon jaune ; sa femme et sa fille l'accompagnent; elles sont toutes doux atteintes d'une espèce d'éléphantiasis. On voit également le butin enlevé par l'armée ; il consiste en girafes, dents d'éléphants, énormes lingots peints en rouge et qui sont probablement de cuivre (car le mot est resté illisible;, des arbres emmaillotés dans des couffes, etc.