VII
LA GUERRE EN ASIE
nécessaire pour guider les chevaux pendant que le monarque ajuste ses flèches invincibles.
La figure 259 va nous donner une idée complète de la manière dont le roi se comporte en Asie. L'oiseau sacré plane sur la tête du monarque, qui ajuste ses flèches, tandis que le cocher placé à ses côtés tient les rênes des chevaux ; et ce cocher est de même taille que le roi. D'autres chars et d'autres combattants sont autour de lui, frappant des coups analogues, et l'oiseau emblématique fait seul reconnaître le roi sur la tête duquel il plane. Des morts dont la tête est coupée apparaissent çà et là sur le champ du bas-relief.
Fig, 260. — Forteresse assyrienne.
Un fait qu'il est bon de noter dans cette représentation c'est que le roi combat nu-tête et qu'il n'est pas coifTé de la mitre conique.
Les bas-reliefs assyriens représentant des citadelles nous montrent des créneaux et des tours. Dans celles de la figure 260, des espèces de cornes, dont il est très difficile d'expliquer l'emploi, couronnent la forteresse. Nous ne connaissons pas de description écrite d'une citadelle assyrienne. Mois si les écrivains nous font défaut, les monuments abondent, au moins pour ce qui concerne Ninive. 11 faut bien entendu, faire abstraction de la disproportion des personna^: et de l'absence de perspective (lui frappe tout d'abord dans la figure 2G'i , mais on y voit très bien le système de tours (|ui é'tait alors admis dans toutes les constructions militaires.
Si imparfaite que soit cette représentation au point do vue plas-
LES ARMEES ASSYRIENNES
tique, il est aisé, en la comparant à la précédente, de se figurer à peu près quel aspect pouvait présenter une citadelle en Assyrie. On remarquera que les assaillants, contrairement à l'usage des sculpteurs assyriens, sont de taille très inégale, et il y en a deux qui sont de stature gigantesque. Nous avons déjà vu dans les monuments égyptiens que les Pharaons se distinguent des autres personnages par l'énormité de leur stature. Il est probable que les deux héros qu'on voit ici sont des rois ou tout au moins des personnages
Fig. 261. — Forteresse assyrienne.
puissants, dont le sculpteur a voulu exprimer l'importance en employant le procédé habituel aux artistes égyptiens.
On voit aussi dans cette figure l'emploi des machines de guerre qui vont frapper la muraille. Mais cette machine est beaucoup plus nettement déterminée sur la figia^e 262. C'est un char à six roues, portant en avant une grosse poutre probablement garnie de métal, qui vient se heurter contre la tour dont elle produit l'écroulement.
11 faut distinguer les enceintes fortifiées et les citadelles. Pour ce qui est des enceintes fortifiées, voici la description qu'Hérodote nous a laissée des murailles de Babylone : « La ville de Babylone est située dans une vaste plaine; elle forme un carré parfait dont chaque côté est de cent vingt stades; l'enceinte totale est par conséquent de quatre cent quatre-vingts stades. Telle est la grandeur
LA GUERRE EN ASIE
de Babylone, bâtie d'ailleurs avec une magnificence qui l'emporte de beaucoup sur toutes les autres villes que nous connaissons. Elle est entourée d'abord d'un fossé profond, très large et rempli d'eau, ensuite d'un mur dont l'épaisseur est de cinquante coudées royales et la hauteur de deux cents. La coudée royale est de trois doigts plus longue que la coudée ordinaire. II faut dire ici comment fut employée la terre retirée du fossé et de quelle manière on construisit le mur. A mesure que l'on creusait le fossé, la terre qui en sortait était immédiatement façonnée en briques ; et lorsqu'on en avait disposé un nombre convenable, on les faisait cuire au four.
Fig. a62. — Siège d'une ville
On bâtissait ensuite avec ces briques enduites d'une couche d'asphalte chaud, au lieu de simple chaux délayée, en les disposant par assises, et entre chaque troisième assise, on introduisait un lit de tiges de roseaux. On construisit par ce procédé, d'abord les parois du fossé, et ensuite le mur, en continuant d'employer le même genre de construction. Élevés au sommet du mur et sur ses bords, deux rangs de tourelles à un seul étage, contigues ot tournées l'une vers l'autre, laissaient entre elles l'espace nécessaire pour le passage d'un char attelé de quatre chevaux. Dans le pourtour de la muraille on comptait cent portes, toutes en airain, avec les jambages et les linteaux de même métal. L'asphalte qui servit à la construction de ces murailles était tiré de la ville d'Is, située à
LES ARMEES ASSYRIENNES
huit journées de marche de Babylone, sur une rivière du même nom. Cette rivière, peu considérable, qui se jette dans l'Euphrate, roule avec ses eaux une quantité de morceaux d'asphalte. C'est ainsi que Babylone fut entourée de murs. »
La férocité est le trait dominant des Assyriens et il n'y a pas de pays où dans aucun temps la guerre ait eu des conséquences aussi terribles. C'est en vain que les ennemis vaincus implorent le roi victorieux, surtout quand ce sont des rebelles. Quelques inscriptions, dont nous empruntons la traduction à M. Maspero, vont nous montrer les suites inévitables de toute guerre en Assyrie. « J'en tuai, dit un roi d'Assyrie, un sur deux... Je construisis un mur devant
Fig. 263. — Transportement de captifs.
les grandes portes de la ville; je fis écorcher les chefs delà révolte, et je recouvris ce mur avec leur peau. Je fis assembler leurs têtes en forme de couronnes et leurs cadavres transpercés en forme de guirlandes. »
Les grands taureaux de pierre que nous voyons dans les musées ont assisté à de sanglantes boucheries, car c'est en face de ces témoins muets qu'on égorgeait les victimes. C'est ce que nous apprend le petit-fils de Sennachérib : « Ces hommes, dont la bouche avait tramé des complots perfides contre moi et contre Assour, mon seigneur, j'ai arraché leur langue et j'ai accompli leur perte. Le reste du peuple fut exposé vivant devant les grands taureaux de pierre que Sennachérib, le père de mon père, avait élevés, et moi, je les ai jetés dans le fossé, j'ai coupé leurs membres, je les ai fait manger par des chiens, des bêtes fauves, des oiseaux de proie, les animaux du ciel et des eaux. En accomplissant ces choses, j'ai réjoui le cœur des grands dieux, mes seigneurs. »
214 LA GUERRE EN ASIE
L'usage des mains coupées aux prisonniers, que nous avons déjà constaté en Egypte, se retrouve naturellement chez les Assyriens. « Sur la terre mouillée, dit un roi d'Assyrie, les harnais, les armes prises dans mes attaques, nageaient tous dans le sang des ennemis comme dans un fleuve; car les chars de bataille qui enlèvent hommes et bêtes avaient dans leurs courses écrasé les corps sanglants et les membres. J'entassai les cadavres de leurs soldats comme des trophées, et je leur coupai les extrémités. Je mutilai ceux que je pris vivants, comme des brins de paille, et, pour punition, je leur coupai les mains. »
Le transportement d'une population en masse était l'issue inévitable d'une guerre. « J'emmenai captifs les hommes de Bet-Vakin, dit un roi d'Assyrie, et leurs dieux, et les serviteurs du roi d'Élam. Je n'y laissai pas le moindre reste debout, et je les embarquai dans des vaisseaux, et les menai sur les bords opposés; je fis diriger leurs pas vers l'Assyrie, je détruisis les villes de ces districts, je les démolis, je les réduisis en cendres, je les changeai en déserts et en monceaux de ruines. »
Pour comprendre ces grandes émigrations, ces peuples entiers emmenés en captivité et transportés en masse dans des contrées lointaines, il faut se rappeler les scènes de désolation rapportées dans la Bible, ou bien encore les paroles concises des scribes assyriens que nous révèlent les inscriptions. « Aidé par le feu, le massacre, les combats et les tours du siège, j'occupai les villes; j'en fis sortir 200.000 personnes, grandes et petites, mâles et femelles, des chevaux, des ânes, des mulets, des chameaux, des bœufs, des moutons sans nombre, et je les pris comme capture. » C'est une scène de ce genre qui est représentée sur la figure d'après un basrelief assyrien.
Les MfciDEs et les Perses. — Un discours que Xonoplion place dans la bouche de Cyrus montre comment ce prince entendait les approvisionnements d'une armée en marche, et prouve en même temps qu'il y avait chez les Perses un corps spécial chargé à peu près (les mêmes offices que le génie dans nos armées modernes. Ce discours fournit en outre plusieurs renseignements précieux sur l'organisation des armées dans l'ancien Orient. « Depuis longtemps, braves alliés, dit Cyrus, nos âmes, nos corps, nos armes, sont, grâce aux dieux, dans le meilleur état; ne songeons mainte-
nant qu'à nous pourvoir de vivres à peu près pour vingt jours, tant pour nous que pour les bêtes de charge qui nous suivront; car, à mon compte, nous mettrons plus de quinze journées à traverser un pays où nous ne trouverons point de subsistances, parce que nous en avons enlevé, nous, une partie et les ennemis autant qu'il leur a été possible. Munissons-nous donc de provisions de bouche . elles sont nécessaires pour combattre et pour vivre. A l'égard du vin, que chacun n'en prenne qu'autant qu'il lui en faut pour s'accoutumer à ne boire que de l'eau pendant nos repas : ce changement nous sera peu sensible; car ceux d'entre nous qui vivent de farine la délayent dans l'eau, pour en faire une pâte; le pain dont les autres se nourrissent est de même pétri avec de l'eau : c'est avec de l'eau qu'on fait cuire tout ce qu'on mange. Pourvu qlie nous buvions un peu de vin à la fin du repas, nous ne nous trouverons pas mal de ce régime. On retranchera ensuite une portion de ce vin, jusqu'à ce que nous ayons l'habitude de ne boire que de l'eau. Tout changement qui s'opère peu à peu devient supportable par tous les tempéraments.
« Emportez, au lieu des lits, un poids égal en choses nécessaires à la vie; il n'y a jamais de superflu en ce genre. Ne craignez pas de dormir moins tranquillement parce que vous n'aurez ni lits ni couvertures; si cela vous arrive, c'est à moi que vous vous en prendrez; en santé comme en maladie, il suffit d'être bien vêtu. Il faut s'approvisionner de viandes salées et de haut goût; ce sont celles qui excitent l'appétit et se conservent longtemps. Lorsque nous arriverons dans des lieux non pillés, d'où nous pourrons tirer du blé, ilfaudra nous pourvoir de moulins à bras pour le broyer : de tous les instruments à faire du pain c'est le moins pesant.
« N'oublions pas non plus les médicaments pour les maladies; ils ne chargent pas beaucoup, ecdans l'occasion ils serviront infiniment. Munissons-nous aussi de courroies pour attacher une infinité de choses que portent les hommes et les chevaux : qu'elles se rompent ou s'usent sans qu'on puisse les remplacer, on reste les bras croisés. Ceux qui ont appris à faire des javelots feront bien d'emporter leur doloire; il est bon aussi de se munir d'une lime; en aiguisant sa pique, on aiguise son courage ; on rougirait d'être lâche lorsqu'on a des armes affilées. Il faut encore avoir beaucoup de bois de charronnage, pour raccommoder les chars et les chariots. Aux matériaux on joindra les outils indispensables; car
èl6 LA GUERRE EN ASIE
on n'a pas des ouvriers partout : et cependant il en faut beaucoup pour le travail de chaque jour. On mettra sur chaque chariot une faucille et un hoyau ; sur chaque bête de charge, une hache et une faux; ces instruments sont toujours utiles aux particuliers, et souvent à l'armée entière.
« Vous, commandants des hoplites, informez-vous si vos soldats ont une provision suffisante de vivres; ne négligeons rien de ce qui leur est nécessaire; ce serait nous négliger nous-mêmes. Vous, chefs des bagages, examinez si l'on a chargé sur les bêtes de somme toutce quej'ai ordonné; et contraignez ceux qui n'ont point obéi. Vous, intendants des pionniers, vous avez la liste des acontistes, des archers, des frondeurs, que j'ai réformés : à ceux qui servent dans les acontistes, donnez une hache propre à couper du bois, aux archers un hoyau, aux frondeurs une serpe; faitesles marcher, avec ces instruments, par petites troupes, à la tête des équipages, afin qu'au besoin vous aplanissiez les chemins difficiles, et que je sache où vous prendre lorsque vous me serez nécessaires.
« J'emmènerai des armuriers, des charrons, des cordonniers, tous de l'âge où l'on porte des armes et munis de leurs outils; ainsi l'armée ne manquera d'aucune des choses qui dépendent de leur métier. Ils feront un corps séparé des soldats, et auront un lieu fixe où ils travailleront pour qui voudra les employer en payant. Si quelque marchand veut faire le commerce à la suite de l'armée, qu'il garde ses provisions durant le nombre de jours que je viens de fixer; s'il vend avant l'expiration de ce terme, ses marchandises seront saisies; mais il pourra, le terme passé, les débiter comme il le jugera à propos. Au reste, les marchands les mieux approvisionnés seront honorés et récompensés des alliés et de moi. Si quelqu'un d'entre eux n'a pas de fonds suffisants pour faire ses achats, qu'il amène avec lui des gens qui le connaissent et me garantissent qu'il nous suivra, je l'aiderai de ce que je possède. Voilà ce que j'avais à dire : que ceux qui trouvent que je n'ai pas tout prévu m'avertissent. Allez rassembler les bagages; pour moi, je vais offrir un sacrifice pour mon départ : dès que j'aurai rempli ce devoir religieux, je donnerai le signal. Que les soldats pourvus de tout ce que j'ai ordonné se rendent auprès de leurs officiers dans le lieu indiqué; et vous, commandants, lorsque vos rangs seront formés, venez me trouver, pour apprendre quels postes vous occuperez. »
Les Perses, de même que les Assyriens, et tous les peuples orientaux, se servaient de chars de guerre, mais dont la forme était différente de celle des chars assyriens. Xénophon attribue cette transformation à Cyrus : « Il se procura, dit-il, des chariots, tant parmi ceux pris sur l'ennemi que par d'autres voies; mais il abolit l'usage des chars tels qu'étaient jadis ceux des Troyens, et tels que sont encore ceux des Cyrénéens. Jusque-là les Mèdes, les Syriens, les Arabes et tous les peuples asiatiques n'en avaient point d'autres. Comme ils étaient montés par les plus braves, Cyrus avait remarqué que des gens qui étaient l'élite de l'armée ne servaient qu'à escarmoucher, et contribuaient peu au gain de la bataille; d'ailleurs trois cents chars pour trois cents combattants exigeaient douze cents chevaux et trois cents cochers, choisis entre ceux qui méritaient le plus de confiance; encore ces trois cents hommes ne causaient aucun dommage à l'ennemi. Cyrus, en abolissant l'usage de ces chars, en fit construire d'une forme nouvelle plus convenable pour la guerre. Les roues en étaient fortes, par là moins sujettes à se briser; l'essieu long, car ce qui a de l'étendue est moins sujet à renverser : le siège, d'un bois épais, s'élevait en forme de tour, mais ne couvrait le cocher que jusqu'à la hauteur du coude, afin qu'il eût la facilité de conduire ses chevaux ; chaque cocher, armé de toutes pièces, n'avait que les yeux découverts; aux deux bouts de l'essieu étaient placées deux faux de fer, longues d'environ deux coudées, et deux autres par-dessous dont la pointe tournée contre terre devait percer à travers les bataillons ennemis. Cette nouvelle construction, dont Cyrus fut l'inventeur, est encore en usage dans les pays soumis au roi de Perse. »
Nous avons parlé ailleurs de la maison royale de Perse, des doryphores qui étaient les gardes du palais et des dix mille immortels qui formaient l'élite de l'armée (tome I, page 185). Mais Hérodote nous a laissé une description détaillée des soldats de toutes sortes et de toutes nations qui vinrent envahir la Grèce à la suite du roi Xerxès : « Le total de l'armée de terre, dit Hérodote, monta à dix-sept cent mille hommes; on le supputa comme il suit : on rassembla sur un point dix mille hommes, en les serrant le plus que l'on put; autour d'eux, on traça un cercle; ce cercle tracé, les dix mille hommes en sortirent, et sur ce cercle même on bâtit un mur à hauteur d'appui. Lorsqu'on l'eut terminé, on fit entrer dans
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l'enceinte une autre troupe, et Ton continua jusqu'à ce que, de cette manière, tous les liommes fussent comptés; leur dénombrement fini, on les organisa par nations.
(( Voici ceux qui firent partie de cette expédition. Les Perses étaient ainsi équipés : ils portaient autour de leurs têtes des tiares, comme ils les appellent, feutres sans apprêt; sur le corps des cuirasses à manches, composées de plusieurs pièces de fer, semblables par leur aspect à des écailles; autour des jambes, des hauts-dechausses ; enfin, au lieu de boucliers, des écus d'osier, au-dessous desquels étaient suspendus leurs carquois. Ils avaient de courts javelots, de grands arcs, des flèches de roseau, des glaives attachés à la ceinture, s'appuyantsur la cuisse droite. Otanès, père d'Amestris, femme de Xerxès, les commandait ; les Grecs autrefois leur donnaient le nom de Céphènes, eux-mêmes se nommaient Artéens et leurs voisins les appelaient ainsi. Lorsque Persée, fils de Jupiter et de Danaé, arriva chez Géphée, fils de Bélus,il épousa sa fille Andromède et il en eut un fils auquel il donna le nom de Perse et qu'il laissa dans ce pays, car il se trouva que Géphée n'avait point d'enfant mâle ; c'est de ce Perse que le peuple a pris le nom qu'il a porté depuis.
« Les Mèdes avaient le même équipement : car c'est là l'équipement des Mèdes, et non celui des Perses. Leur chef était Tigranc, de la famille des Achéménides. Tout le monde jadis les appelait Ariens; mais Médée étant venue d'Athènes en leur contrée, ils changèrent eux-mêmes leur nom : c'est du moins ce que les Mèdes rapportent. Les Cissiens étaient équipés autrement que les Perses ; au li^u de feutres, ils portaient des mitres. Leur chef était Anaphe, fils d'Otanès. Les Hyrcaniens, armés comme les Perses, étaient commandés par Mégapane, qui, après ces événements, fut gouverneur de Babylone.
« Les Assyriens portaient des casques d'airain entrelacés d'une façon barbare et qu'il est impossible de décrire ; leurs boucliers, leurs javelines, leurs glaives étaient assez semblables à ceux des Égyptiens ; ils avaient en outre des massues de bois garnies de fer en des cuirasses de lin. Los Grecs les nommaient Syriens, et les barbares Assyriens; dans leurs rangs marchaient les Chaldéens; ils avaient pour chef Otaspe, fils d'Artachée.
« Les Bactriens étaient ceux dont la coiffure se rapprochait le plus de celle des Mèdes; ils avaient des arcs faits de roseaux de leur pays et de courtes javelines. Les Saces, de race scythique,
portaient sur leurs têtes des tiares raides et droites terminées en pointes; ils avaient des hauts-de-chausses, des arcs indigènes, des glaives, et en outre des haches que l'on appelle sagaris. Ce sont des Scythes-Armyrgiens et on les appelait Saces, car les Perses donnent le nom de Saces à tous les Scythes. Hystaspe, fils de Darius et d'Atossa, fille de Gyrus, était à la tête des Bactriens et des Saces.
« Les Indiens portaient des vêtements de coton; ils avaient des arcs de bambou et des flèches de roseau, avec des pointes de fer. Pharnazatlire, fils d'Artabathe, les commandait.
« Les Ariens étaient armés d'arcs médiques, et du reste, comme les Bactriens. Leur chef était Sisamne, fils d'Hydarne. Les Parthes, les Corasmiens, les Sogdes, les Gandoriens et les Dadices, avaient le même équipement que les Bactriens. Ils étaient commandés, les Parthes et les Gorasmiens, par Artabaze, fils de Pharnace; les Sogdes, par Azane, fils d'Artée ; les Gandoriens et les Dadices, par un fils d'Artabane, nommé Artyphie.
(( Les Gaspiens marchaient vêtus de poils de chèvre, armés d'arcs de roseaux de leur pays, et de cimeterres; tel était leur équipement. Ariomarde, frère d'Artyphie, les commandait. Les Saranges se faisaient remarquer à cause de la teinture de leurs vêtements ; ils portaient des brodequins montant jusqu'au genou; leurs arcs et leurs javelines étaient médiques. Phérendate, fils de Mégabaze, les commandait. Les Pactyices, vêtus de même, portaient des arcs indigènes et des glaives; leur chef était Artynte, fils d'Itamatre.
« Les Uties, les Myces, les Paricaniens, étaient équipés comme les Pactyices et commandés, les Uties, les Myces, par Artamène, fils de Darius, les Paricaniens, par Siromitre, fils d'OEobaze.
(( Les Arabes portaient des manteaux assujettis par des ceintures, et à leur droite de longs arcs recourbés. Les Ethiopiens, revêtus de peaux de panthères et de lions, avaient des arcs faits avec des rameaux de palmier, longs de quatre coudées, sur lesquels ils posaient de courtes flèches de roseau dont la pointe, au lieu de fer, était un caillou aiguisé. Ils avaient en outre des javelines, armées de cornes de gazelles aiguisées, et des massues garnies. Ils marchaient au combat le corps frotté moitié de plâtre, moitié de vermillon. Arsame, fils de Darius et d'Artystone, fille de Gyrus, commandait les Arabes et les Éthiopiens qui demeurent au-dessus de l'Egypte. Les Éthiopiens de l'Orient (car les uns et les autres fai-
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saient partie de l'armée) étaient incorporés avec les Indiens ; ils ne diffèrent en rien des autres par l'apparence et les habitudes, seulement ils n'ont ni le même langage ni la même chevelure; car les Ethiopiens du levant ont les cheveux droits, et ceux de la Libye sont les plus crépus de tous les mortels. Les Éthiopiens d'Asie étaient donc, pour la plupart, équipés comme les Indiens, mais ils se coiffaient de peaux de fronts de chevaux, écorchés avec oreilles et crinières; ces crinières pendantes leur tenaient lieu d'aigrettes, et les oreilles des chevaux étaient dressées au-dessus; ils étendaient devant eux des peaux de grues en guise de boucliers.
« Les Libyens marchaient vêtus de cuir, armés de javelots durcis au feu; leur chef était Massage, fils d'Oaris.
« Les Paphlagoniens portaient des casques de mailles, de petits boucliers, de longues lances, et en outre des épieux et des glaives; ils étaient chaussés de brodequins montant jusqu'à mi-jambe. Les Ligyes, les Matianes, les Mariandyniens, les Syriens, étaient équipés comme les Paphlagoniens. Les Syriens sont ceux que les Perses appellent Capdociens. Les Paphlagoniens et les Matianes avaient pour chef Dotus, fils de Mégasidre ; Gobryas, fils de Darius et d'Artystone, commandait les Mariandyniens, les Ligyes et les Syriens.
« Les Phrygiens avaient à peu près le même équipement que les Paphlagoniens; la différence était légère. Les Macédoniens rapportent qu'on les appela Eriges, aussi longtemps qu'ils furent Européens, et habitèrent avec eux la Macédoine. Ils émigrèrent en Asie, et, changeant de contrée, ils changèrent leur nom en celui de Phrygiens. Les Arméniens, colons de ces derniers, étaient équipés comme eux. Artochme, gendre de Darius, commandait les uns et les autres.
« L'armement des Lydiens était celui qui se rapprochait le plus de l'armement des Grecs ; les Lydiens autrefois s'appelaient Méoniens; ils changèrent de nom et prirent celui de Lydus, fils d'Atys. Le Mysiens portaient des casques d'une espèce particulière et de petits boucliers; ils se servaient d'épieux durcis au feu; ce sont des colons de la Lydie.
« Les Thraces étaient coiffés de peaux de renard ; ils portaient des tuniques et, par-dessus, des manteaux bariolés ; autour des pieds et des jambes, ils avaient des brodequins de peau de cerf; ils se servaient de javelines, de petits boucliers et d'épées courtes.
Fig. 264. — Guerrier perse. (Tiré de la mosaïque de Pompéï.)
LA GUERRE EN ASIS
(( Les Chalybiens avaient de petits boucliers de peaux de bœuf non préparées; chacun d'eux tenait à la main deux dards de fabrique
Fig. 265. — Officier de la maison du roi. (Tiré do la mosaïque de Pompéï.)
lycienne. Ils étaient coiffés de casques d'airain, sur le devant desquels s'élevaient des cornes, et des oreilles de bœuf en airain, surmontées d'une aigrette. Leur chaussure était un rouleau d'étoffe teinte en pourpre. (( Les Milyens portaient de courtes javelines et des vêtements agrafés. Quelques-
Fig. 2f.6. Fig. îG;.
(iuerriers perses. — (Tirés de la mosaïque de Pompéï.)
uns des leurs avaient l'nro lycien et sur leurs têtes dos casques de cuir. Les Moschiens p(»rtaient des casques de bois, de petits boucliers, de courtes javelines à longue pointe. Les Tibarènes, les Ma-
crons, les Mosynèces, étaient équipés de même que les Moschiens.
(( Les Mares portaient des casques entrelacés à la manière de leur pays; de petits boucliers de cuir et des épieux. Les Colchiens, des casques de bois, de petits boucliers de peaux non préparées, et de courtes javelines ; ils avaient en outre des glaives.
« Les nations insulaires qui étaient venues de la mer Rouge et
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Fig. 268. — Guerriei- grec d'Asie.
des îles où le roi envoie les bannis, avaient des vêtements et des armes à peu près comme les Mèdes. Ils étaient commandés par Mardonte, fils de Bagée, qui, dans la seconde année, périt à la bataille de Mycale, où il était l'un des généraux. »
Les monuments graphiques font malheureusement défaut pour appuyer ce récit d'Hérodote. Cependant la figure 26â, tirée de la grande mosaïque de Pompéi, inontre un guerrier persan que le roi de Macédoine vient de transpercer avec sa lance, et qui a son cheval tué sous lui. Son costume est très riche : on y retrouve la
LA GUERRE EN ASIE
mentonnière que nous avons déjà signalée dans le volume Constitution de la famille [fig. 303 à 305). Son bonnet est jaune et son manteau rouge; le vêtement de dessous est brodé de différentes couleurs. Le pantalon collant est enrichi de galons d'or, et couvert de griffons blancs aux ailes d'or. Les chaussures sont blanches avec des cordons rouges. Ce guerrier est en train de saisir la lance qui vient de le frapper et qu'il cherche à arracher; son épée, qui est restée dans le fourreau, a une poignée d'ivoire en forme d'oiseau et elle est soutenue par un baudrier rouge et vert. Son cheval noir est couvert d'une housse rouge avec des tètes de griffons aux angles et des ornements blancs.
Fig. 269. — Fragment d'Harpagus, à Xanthe.
L'écuyer du roi a comme les autres la tête enveloppée de jaune, et porte un manteau rouge bordé de blanc. Sa lèvre est ombragée d'une petite moustache, mais la barbe est complètement rasée, disposition qui paraît contraire à tous les usages de l'Orient, mais qui n'est pas isolée ici, car on la retrouve encore mieux caractérisée sur la figure 265, qui représente un officier de la maison du roi. Celui-ci porte, comme le souverain, le collier à serpents, dont les deux têtes se rejoignent sur sa poitrine. Son bonnet est jaune avec bandeau vert, et sa tunique rougeâtre avec des dessins blancs.
Les figures 266 et 267 représentent également des gens de la suite du roi, toujours caractérisés par le menton enveloppé.
Les Grecs d'Asie au service du roi de Perse conservaient leur costume national, suivant un usage qu'on retrouve chez tous les peuples de l'antiquité qui ont employé des soldats auxiliaires.
Un bas-relief découvert en Asie Mineure nous montre un guerrier qui porte le casque et l'équipement des soldats grecs ; mais sa lance est à deux pointes, et, au lieu de l'épée droite, il tient un
l'âge héroïque 225
petit sabre dont la courbure très prononcée rappelle les armes employées en Orient [fig. 268).
Nous avons peu de renseignements sur les forteresses des Perses. On sait pourtant que les angles des murailles étaient toujours garnis de tours. La figure 269 montre des restes de fortifications; il paraît résulter de ce document que les créneaux employés en Asie Mineure n'avaient pas la même forme que ceux des Assyriens.
LES ARMÉES GRECQUES L'âge héroïque. — L'âge historique. — Les Macédoniens.
L'âge héroïque. — Les Grecs de l'âge héroïque se servaient d'armes en bronze qui pouvaient être rehaussées d'or ou d'argent, mais dans lesquelles il est probable que le fer n'entrait pour rien. Lorsque Homère montre Vulcain forgeant les armes d'Achille, le dieu prépare le cuivre, l'étain, l'argent et l'or nécessaires à ses travaux, mais il ne nomme pas le fer en cette occasion. Cependant il connaissait ce métal, auquel il donne l'épithète de difficile à travailler, mais son silence quand il parle de la fabrication des armes montre qu'on ne l'appliquait pas à cet usage.
Toute la jeunesse s'exerçait à tirer de l'arc, comme le montre la figure 270. Néanmoins l'arc n'était pas l'arme préférée des Grecs, et les armes qu'Homère met le plus souvent aux mains des héros sont le javelot, la lance et l'épée.
Des fragments de vases découverts à Mycènes par M. Schliemann {fig. 271) peuvent fournir quelques renseignements sur le costume des guerriers d'Agamemnon. Les guerriers qui sont ici représentés sont d'un travail extrêmement grossier, et il est difficile de dire si la longueur démesurée de leur nez est un caractère de race ou une marque de l'inexpérience de l'artiste. Ces guerriers, peints en rouge foncé, sur fond jaune clair, portent des cottes de mailles qui descendaient au-dessous des hanches : elles sont assujetties à la taille