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VII

LA GUERRE

par un ceinturon et bordées en bas par une frange de glands allongés. Ils portent de longues lances, auxquelles est fixé un appendice qu'il est difiicile de distinguer nettement.

Le bas du bouclier est échancré en croissant: la partie inférieure du casque fait saillie par devant et par derrière, et un panache décore la partie supérieure.

Un assez grand nombre de scènes guerrières représentées sur les

Fig. 270. — Exercice de l'arc.

vases se rapportent aux Amazones, et aux luttes qu'elles soutinrent contre les héros grecs. Nous avons expliqué, dans notre travail sur VÉgypie et VAsie, l'armement que la tradition attribuait aux Amazones. Les guerriers qu'on voit dans les représentations qui concernent ces récits fabuleux nous donnent l'image assez exacte des héros grecs dans la période qui a précédé les Pisistratides, car cette période a été celle de la fabrication des vases dont nous parlons. Le casque surmonté d'une grosse aigrette qui pend par derrière en queue de cheval, les bottines souvent agrémentées d'ornements, l'armure formée quelquefois de cottes de mailles, quelque-

l'âge héroïque

fois de plaques de métal ou de cuir, la lance, l'épée courte et le bouclier rond constituent l'armement habituel de ces guerriers. Le bouclier est quelquefois orné de la représentation d'un animal, comme on le voit sur la figure 272. Deux miroirs étrusques, représentant Achille combattant Pe7ithésilée {fig. 273} et Ajax emportant sur ses épaules le corps d'Achille {fig. 27i) montrent avec une grande précision les détails de l'armure d'un héros. Ces miroirs, comme un

Fig. 271, — Soldat grec de l'âge héroïque.

très grand nombre d'ouvrages de fabrication étrusque, appartiennent au style grec et les costumes qu'ils reproduisent sont très probablement ceux que portaient les guerriers dans les colonies grecques établies en Italie, ce qui n'a rien d'ailleurs de bien surprenant puisque les scènes représentées se rattachent aux traditions héroïques de la Grèce.

Une forme de casque toute différente apparaît sur la figure 275 qui représente une patrouille en marche. Ce casque porte une visière pour protéger le visage et le grand panache qui le surmonte ne s'y attache pas directement, mais s'élève au-dessus d'une pointe de métal. Cette forme est analogue à celle que nous avons vue dans

les casques grecs de l'âge héroïque. On la retrouve encore dans la figure 276, où deux cavaliers font une ronde en compagnie de leurs chiens. Ces deux monuments nous fournissent des renseignements extrêmement précieux, non seulement sur le costume des guerriers, mais encore sur leurs allures et la nature des manœuvresqui s'exécutaient dans les guerres de l'âge héroïque. Il est bon de remarquer que la présence des cavaliers montés sur leurs chevaux indique une période relativement assez avancée, car dans les temps

Fig. 27a, — Combat des Grecs et des Amazones. (D'après une peinture de vase.)

homériques le cheval sert bien plus pour traîner un char que pour porter un cavalier.

La figure 277 représente un char de guerre dans l'époqu' héroïque ; c'était une petite voiture à deux roues dans laquelle on entrait par derrière et qui était fermée par devant. Le char de guerre ne pouvait contenir que deux hommes, le combattant et le cocher qui conduisait les chevaux. Ils étaient toujours debout et aucune représentation ne les représente dans une autre position. Lesrouten étaient extrêmement minces; les chars, qui (Haiont très légers et qui étaient généralement attelés de deux chevaux, devaient aller avec une très grande rapidité. Dans Vlliade, le char d'Achille avait

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Fig. s'jS, — Achille combattant contre Penthësilée. (D'après un miroir antique.)

Fig. 254. — Ajax emportant le corps d'Achille. (D'après un miroir antique.)

quatre chevaux, et c'est ainsi que nous le voyons figuré sur la figure 278 qui représente les adieux d'Achille et de Patrocle.

Un char de guerre figuré sur un bas-relief en terre cuite, dans

Fig. 275. — Patrouille en marche.

la collection du duc de Luynes, rappelle par sa construction certains chars assyriens [fig. 279). Celui-ci paraît fait avec des cannes entrelacées et devait être de la plus extrême légèreté. Au reste

Fig. 25G. — Cavaliers avec leurs chiens.

c'était là une condition essentielle pour les chars de guerre. Nous -^ voyons que le cocher, uniquement occupé de la direction de ses chevaux, ne porte pas d'armes offensives, tandis que le guerrier placé à ses côtés est armé de pied en cap. L'oiseau qui semble descendre du ciel au moment où le char passe est un présage d'heu-

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reux augure; un oiseau analogue est figuré sur le bouclier du héros. La division décimale paraît avoir été adoptée par les Grecs dès la plus haute antiquité. C'est ce qui paraît résulter d'un

FIg. 277. — Char de guerre.

passage d'Homère qui dit en parlant d'Achille : « Il était venu avec cinquante vaisseaux dont chacun portait cinquante hommes. Il les avait partagés en cinq corps, que commandaient cinq capitaines d'un courage éprouvé. » Ainsi les 2.500 Mirmydons amenés

Fig. 278. — Adieux d'Achille et de Patrocle.

par Achille formaient cinq bataillons de 500 hommes chacun et il est probable que les corps de troupes commandés par les autres chefs grecs avaient une organisation analogue. Le pouvoir des chefs par rapport à leurs subordonnés ne paraît pas avoir été bien

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nettement déterminé. Ces chefs sont tous des rois, et c'est à titre de souverains plutôt que de commandants militaires qu'ils se font obéir de leurs soldats, qui, presque toujours, sont en même temps leurs sujets. Deux personnages extrêmement importants sont le devin, qui prédit le succès de la bataille ou la fait retarder si les dieux ne paraissent pas favorables, et le héraut qui fait les fonctions d'ambassadeur et interpose quelquefois son autorité pour faire cesser un combat ou pour en régler les conditions. Le héraut a pour insigne un bâton de commandement et il porte une longue

ig. 279. — Char antique. (Collection de Luynes.)

robe, comme on le voit sur la figure 280, qui représente un combat entre Achille et Télèphe, d'après un vase du Louvre. Achille est suivi de la Victoire qui s'apprête à le couronner.

Les combats homériques sont toujours des luttes corps à corps qui ressemblent à une succession de duels bien plus qu'à une véritable bataille. Fidèle observateur des mœurs de son temps, le poète nous montre toujours des épisodes où la tactique d'ensemble n'existe pas, parce que tout repose sur la force et le courage individuel des combattants. Le combat qui s'engage autour du corps de Patrocle résume très bien le genre de guerre qui caractérise les temps héroïques. « Les défenseurs d'Ilion, dit Homère, repoussent d'abord les Grecs aux terribles regards : ceux-ci, remplis d'effroi, abandonnent le corps de Patrocle. Les Troyens, malgrt* leur désir, n'immolent aucun guerrier ; ils se hâtaient trop d'entraîner le corps de Patrocle. Les Grecs, qui ne devaient pas être éloignés du cadavre

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de leur brave compagnon, reviennent aussitôt, conduits par Ajax, qui, par sa taille et par sa force, l'emportait sur les Danaens, après l'irréprochable fils de Pelée. Ajax s'élance aux premiers rangs des combattants, semblable au sanglier furieux qui, sur une montagne, dissipe aisément une troupe de chiens et de jeunes chasseurs en se précipitant à travers les vallons. Tel Ajax, fils illustre de Télamon, attaque, dissipe facilement les Troyens, qui, entourant le corps de Patrocle, espéraient l'emporter dans leur ville et se couvrir de gloire. Déjà Hippothoùs entraînait Patrocle par les pieds loin de cette mêlée terrible, après lui avoir lié les jambes près des

Fig. 280. — Combat d'Achille et Télèphe. (D'après un vase peint.)

chevilles au moyen d'une courroie. Hippothoùs voulait plaire à Hector ainsi qu'aux Troyens ; mais le malheur fond aussitôt sur lui et nul, malgré son désir, ne peut l'en préserver. Le fils de Télamon sort de la foule, marche contre Hippothoùs et lui brise son casque d'airain à l'épaisse crinière; la pointe de la lance le traverse entièrement, car ce casque venait d'être percé par un énorme javelot lancé par un bras vigoureux : la cervelle sanglante jaillit le long de la lance. Les forces abandonnent ce guerrier, ses mains laissent échapper les jambes de Patrocle, et le malheureux Hippothoùs tombe le front sur le cadavre, loin des plaines fertiles de Larisse. Hélas! il ne put rendre à ses parents chéris tous les soins qu'ils lui avaient prodigués ; sa vie fut de courte durée ; il mourut jeune, dompté par la lance du magnanime Ajax ! — Hector dirige aussitôt contre le fils de Télamon un brillant javelot; mais Ajax, qui l'aperçoit, se détourne un peu, et le trait va frapper le fils du

valeureux Iphite, Schédius, le plus brave des Pliocéens. Schédius habitait un palais superbe dans la célèbre Panopée, et il régnait sur des peuples nombreux. Hector l'atteint à la clavicule ; le trait s'enfonce dans la gorge, et la pointe d'airain ressort au bas de l'épaule. Schédius tombe sur la terre, et autour de lui ses armes retentissent, Ajax se précipite sur le vaillant fils de Phénops, Phorcys, qui défendait Hippothoùs; il le frappe au milieu du ventre, et l'arme, en brisant la cavité de la cuirasse, pénètre jusque dans les entrailles. Phorcys roule sur le sol et presse la terre de ses mains. Hector et les premiers d'entre les Troyens reculent en voyant cet exploit. Alors les Argiens, en poussant de vives clameurs, entraînent le cadavre de Phorcys et d'Hippothoiis et ils les dépouillent. »

Mycènes nous offre après trois mille ans d'existence le type le plus curieux d'une place forte aux temps héroïques. Située sur une hauteur escarpée, elle commandait la plaine d'Argos et les contrées environnantes. La ville s'étageait sur un mamelon de rocher au pied duquel coulait un torrent. L'acropole était de forme triangulaire; les remparts qui subsistent presque en entier montrent des murailles cyclopéennes. C'est à l'époque où ont vécu les héros dont la poésie a conservé le souvenir qu'on rattache ces grandes constructions.

Les murs de Tirynthe, que l'on fait remonter à l'an 1380 environ avant notre ère, sont les plus anciennes constructions que l'on connaisse sur le sol de la Grèce. A cette époque, on choisissait . pour y résider les lieux qui semblaient le plus propices pour la défense, et les acropoles s'élèvent au sommet des montagnes ou sur la cime des rochers les plus escarpés. On arrachait des blocs énormes du sein des carrières et on en formait d'épaisses murailles.

Pausanias trouvait les murailles de Tirynthe aussi étonnantes que les pyramides d'Egypte. C'est dans l'épaisseur de ces murailles que sont pratiquées ces célèbres galeries qui menaient sans doute à d'autres constructions aujourd'hui disparues. Leur voûte ogivale est formée d'assises horizontales disposées en encorbellement. Dans la grande époque de la Grèce, un grand nombre de cités avaient conservé les murailles cyclopéennes élevées dans les temps héroïques. Mais celles que l'on construisait pour fortifier les villes avaient naturellement un tout autre caractère.

Messènc, qui fut rebâtie par l]j)aniinondas, peut nous fournir un exemple du système employé à cette époque. La muraille se ter-

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minait supérieurement par des créneaux, et des tours carrées ou demi-circulaires étaient échelonnées de distance en distance. Deux tours étaient placées de chaque côté de la porte sur laquelle était représentée une figure de Minerve, d'après un usage commun à beaucoup de villes grecques. Les murs des tours étaient percés de meurtrières allongées par lesquelles on lançait des flèches.

Les villes grecques avaient quelquefois une double muraille environnée de fossés, et la terre qu'on retirait du fossé était accumulée contre le rempart à l'intérieur, de manière à former un talus qui en rendît l'accès facile aux assiégés.

Les murailles étaient quelquefois très larges pour les nécessités de la défense. Les richesses considérables qui affluèrent àAthènes après les guerres médiques furent employées d'abord aux fortifications de la ville. Les murs du Pirée, aussi colossaux que les murs cyclopéens, présentaient une grande régularité dans la construction.

La largeur était telle que deux voitures chargées de pierres pouvaient y marcher de front. Les pierres étaient jointes sans mortier au moyen de crampons en fer.

La guerre avait, dans les temps héroïques, un caractère atroce qui presque nulle part ne laissait de place à la pitié. La mort ou le plus rude esclavage était le sort inévitable du vaincu. Aussi le départ d'un guerrier avait-il quelque chose de solennel, et de nombreuses représentations se rattachant à des scènes funèbres montrent des scènes d'adieux [fig. 281). Virgile a décrit d'une manière saisissante le sac du palais de Priam. « Périphas à la haute stature, Automédon l'écuyer, qui fut conducteur des coursiers d'Achille, et tous les jeunes Grecs venus de Scyros, lancent au faîte du palais la flamme dévorante. Pyrrhus, qui les excite, saisit lui-inéme une hache à deux tranchants, et frappe les portes qu'il arrache de leurs gonds d'airain. Déjà le fer a traversé le chêne robuste, et fait, dans son épaisseur, une large ouverture; alors apparaît aux regards l'inté-

Fig. 281. — Les adieux d'un guerrier.

rieur du palais, dont les longs portiques se déploient; on aperçoit l'auguste demeure de Priam et de nos anciens rois. Debout, sur le seuil même, des guerriers veulent en défendre l'entrée. Cependant des gémissements et un tumulte lamentable s'élèvent confusément dans l'intérieur du palais, et les femmes font retentir de leurs cris de désespoir la profondeur des voûtes : ce bruit affreux monte jusqu'aux astres. Les mères éplorées errent sous les longs portiques, tiennent les portes embrassées et les couvrent de baisers.

Fig. 282. — Hécube emmenée en esclavage.

Alors, plein de cette fureur qui animait son père, Pyrrhus presse l'attaque, et ni les barrières ni les gardes ne peuvent l'arrêter. Le bélier, à coups redoublés, enfonce les portes : elles tombent avec fracas, arrachées de leurs gonds. La violence ouvre un passage : les Grecs s'élancent, forcent l'entrée, massacrent les guerriers qui la défendent, et le palais est rempli de soldats. Tel un (louve en fureur, qui a rompu ses digues, se précipite écumant à travers leurs débris, roule dans la campagne ses flots amoncelés, et entraîne au loin les troupeaux avec leurs étables. J'ai vu moi-même, sur le seuil du palais, Pyrrhus avec les deux Atrides, s'enivrant de

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carnage ; j'ai vu Hécube et ses brus, et, devant les autels de nos dieux, Priam souillant de son sang les feux sacrés qu'il avait allumés lui-même. Les cinquante couches nuptiales, espoir d'une nombreuse postérité, et ces superbes portiques, enrichis de l'or des barbares et des dépouilles des vaincus, tout est tombé ! Ce qu'épargne la tlamme est la proie des Grecs. »

La figui^e 282 montre une captive emmenée en esclavage. Le sort de ceux que la furie du vainqueur avait épargnés n'avait rien d'enviable. Les femmes étaient les plus malheureuses. Euripide nous peint la vieille Hécube se lamentant au milieu des autres captives. « J'étais reine, dit-elle, je devins l'épouse d'un roi, et je donnai le jour à de nobles enfants, non pas seulement d'un mérite vulgaire, mais les premiers des Phrygiens, et tels qu'aucune femme, troyenne, grecque ou barbare, ne peut se glorifier d'en posséder de pareils. Je les ai vus périr sous la lance des Grecs, et j'ai coupé ma chevelure sur leur tombeau. Et Priam, leur père, ce n'est pas sur le récit d'autrui que je l'ai pleuré; je l'ai vu de mes yeux égorgé au pied de l'autel de Jupiter Hercéen, et avec lui, j'ai vu tomber son empire; et mes filles, que j'élevai pour d'illustres hyménées, c'est à d'autres qu'elles sont échues ; on les arrache de mes bras; il ne me reste plus l'espoir d'être jamais revue par elles, et moi-même je ne les reverrai plus jamais. Enfin pour mettre le comble à mon malheur, je deviens, dans ma vieillesse, esclave des Grecs! Ils m'imposeront les services les plus humiliants pour mon âge; moi, lanière d'Hector, on me chargera de veiller aux portes et de garder les clefs, ou de faire le pain; je serai réduite à coucher sur la terre mon corps épuisé, qui fut habitué à la couche royale, et à revêtir mes membres des lambeaux déchirés de la misère ! Ah ! malheureuse ! que de revers l'amour d'une seule femme a-t-il attirés sur moi, et quels maux il me réserve encore ! 0 ma fille Cassandre, qui partages les transports des dieux, quelle calamité a flétri ton innocence!... Et toi, infortunée Polyxène, où es-tu? De toute ma postérité si nombreuse, ni un fils ni une fille ne peut soulager mon infortune. Pourquoi me relever? Dans quelle espérance? Conduisez mes pieds, jadis si délicats au temps de Troie et esclaves aujourd'hui, conduisez-les sur la terre qui doit me servir de couche, et sur le bord d'un rocher, pour y tomber et mourir épuisée par les larmes. Apprenez aussi à ne donner à aucun des plus fortunés le nom d'heureux avant sa mort. »

L'âge historique. — A l'époque des guerres médiques, l,i composition des armées aussi bien que les manœuvres militaires ne sont plus du tout ce qu'elles étaient dans la période héroïque. La tactique prend de l'importance et un combat n'est plus comme au temps d'Homère une série de duels d'homme à homme. Les chars

Fig. 9.S3 — Hoplilo grec. (D'après une pcinlure de vase.)

de guerre ont complètement disparu et la cavalerie se montre partout à côté de l'infanterie. L'ensemble d'une armée présente une organisation régulière. Dans l'infanterie, on distingue les hoplites, les psilites et les peltastes. Les hoplites, ou soldats pesamment armés, ont pour armes défensives un casque, une cuirasse, un bouclier rond et des bottines garnies de fer, pour armes offensives une longue pique et une épée {fig. 283). Les psilites sont des fantassins légers se servant du javelot, de

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l'arc et de la fronde. Les peltastes forment une sorte d'infanterie mixte qui tient le milieu entre les deux corps qui précèdent.

Hérodote, Thucydide, Xénophon, Arrien et Polybe nous ont laissé de précieux renseignements sur l'organisation et les manœuvres des armées de la Grèce. « Ces armées, disait le général Lamarque, étaient peu nombreuses, mais elles ont fait de grandes choses; et si, comme l'a dit avec dédain un auteur moderne, à qui il n'a manqué que de vivre quelques années plus tard pour parvenir à une haute renommée militaire, un bon major conduirait aujourd'hui la manœuvre de Leuctres et de Mantinée aussi bien qu'Épaminondas lui-même, il est à présumer qu'Epaminondas eût conduit la bataille de Lissa, donnée sur les mêmes principes, aussi bien que le grand Frédéric, qui imita sa manœuvre {Encyclopédie moderne). »

Sparte et Athènes ayant tour à tour eu la prépondérance en Grèce, l'organisation de leurs armées a nécessairement servi de modèle à celle des autres républiques grecques. A Sparte, tous les citoyens devaient le service depuis vingt jusqu'à soixante ans; mais ils étaient classés d'après leur âge, et on ne les appelait que successivement, suivant la nécessité du jour. Ainsi les hommes de vingt à trente-cinq ans avaient seuls servi à Leuctres, mais après la bataille on appela ceux de trente-cinq à quarante ans. Cette armée était divisée en plusieurs corps, qui se subdivisaient eux-mêmes en plusieurs compagnies : ces cadres ne représentaient pas toutefois un nombre fixe de soldats, et les corps aussi bien que leurs subdivisions pouvaient être plus ou moins nombreux suivant les circonstances.

Dans l'origine, les deux rois de Sparte marchaient à la tête des armées, mais on sentit bientôt les inconvénients de ce partage du pouvoir militaire et on le concentra sur une seule tête. Dans les batailles le roi devait combattre au premier rang : cent guerriers qui ne le quittaient jamais avaient pour mission de le défendre ou de mourir avec lui. Les Spartiates avaient du rouge dans leur vêtement, afin qu'on ne vît pas le sang couler : chacun d'eux avait un emblème particulier sur son bouclier, qu'il devait rapporter sous peine d'infamie.

Les marches se faisaient au son des flûtes : les armes des Spartiates ne différaient pas essentiellement de celles des autres Grecs,, mais ils se servaient principalement de la lance. Les limites de la Laconie sont au bout de nos piques ! disait fièrement Agésilas.

LA GUERRE

Outre les citoyens, l'armée de Sparte comprenait des auxiliaires qui formaient presque toujours la partie la plus nombreuse, les véritables Spartiates étant considérés comme un corps d'élite. Ainsi, sur 45.000 hommes qui combattaient à Platées sous les ordres du général Spartiate, il n'y avait que o. 000 citoyens. Ces auxiliaires se recrutaient parmi les pays soumis, comme les Messéniens ou les Ilotes, mais on employait aussi des soldats alliés, par exemple

Fig. -284. — Un archer.

(D'après une statue du fronton du temple d'Egine.)

les archers crétois, qui recevaient comme paye une darique par mois (environ CO centimes par jour). Nous n'avons pas de renseignements particuliers sur le costume des archers, mais nousj croyons qu'on peut s'en faire une idée assez exacte d'après la! figure 284, tirée du fronton du temple d'Égine.

Le personnage représenté est le héros Teucer, mais l'armure! que le sculpteur lui a donnée est celle qu'on portait à l'époque où| fut élevé le temple d'Égine, qui est précisément celle dont nous! nous occupons.

Un renseignement assez curieux nous est fourni par Âulu-Gellej

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sur la manière employée pour expédier les dépêches. « Jadis à Lacédémone, dit Aulu-Gelle, quand l'État adressait à ses généraux des dépêches secrètes qui devaient rester inintelligibles à l'ennemi au cas où elles seraient interceptées, on recourait à ce stratagème : on avait deux bâtons ronds, allongés, de même grosseur et de même longueur, polis et préparés de la même manière; l'un était remis au général à son départ pour l'armée, l'autre restait confié aux magistrats avec les tables de la loi et le sceau public. Quand on avait à écrire au général quelque chose de secret, on roulait sur ce cylindre une bande de médiocre largeur et de longueur suffisante, en manière de spirale; les anneaux de la bande ainsi roulés devaient être exactement appliqués et unis l'un à l'autre. Puis on traçait des caractères transversalement, les lignes allant de haut en bas. La bande ainsi chargée d'écriture était relevée du cylindre et envoyée au général au fait du stratagème; après la séparation, elle n'offrait plus que des lettres tronquées et mutilées, des corps et des têtes de lettres, divisés et épars : aussi la dépêche pouvait tomber au pouvoir de l'ennemi sans qu'il lui fût possible d'en deviner le contenu. Quand elle était arrivée à sa destination, le général, qui connaissait le procédé, roulait la bande sur le cylindre pareil qu'il avait, depuis le commencement jusqu'à la fin. Les caractères, que ramenait au même point l'égalité de volume du cylindre, correspondaient de nouveau et présentaient l'ensemble d'une lettre complète et facile à lire.

A Athènes, le service militaire n'était obligatoire que pour les citoyens jouissant d'une certaine aisance. Les pauvres, les étrangers domiciliés et les esclaves étaient rarement admis dans les. armées. Les dix tribus d'Athènes fournissaient chacune un général ou stratège, qui commandait l'armée à tour de rôle : système vicieux qui fit dire ironiquement à Philippe que les Athéniens étaient bien heureux de trouver chaque année dix hommes en état de commander, tandis que lui n'avait encore pu trouver que Parménion. Ces fréquents changements de direction militaire, si bien d'accord avec la démocratie inquiète et jalouse des Athéniens, faillirent plusieurs fois perdre la république, par l'absence de cqptinuité dans le commandement et la direction de l'armée. Chacun des dix stratèges avait sous ses ordres dix taxiarques, chargés des détails du service. Des hérauts, dont la personne était sacrée, portaient aux généraux les ordres du commandement en

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