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VII

Fig. 368. — Télesphore.

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plus d'adresse que ceux qui voient clair, puis beaucoup d'autres ayant toutes sortes de maladies. Après avoir éteint les lampes, le ministre du dieu nous dit de dormir, etnous enjoint, si l'on entend du bruit, de faire silence; nous nous couchons tous tranquillement. Moi, je ne pouvais dormir ; certain plat de bouillie placé au chevet d'une vieille excitait ma convoitise, et je désirais ardemment me glisser jusque-là. Je lève la tête; je vois le prêtre enlever les gâteaux et les figues sèches de la table sacrée. Puis il fait \r tour des autels l'un après l'autre; et tous les gâteaux qui restaient, il les mettait saintement dans un sac. Moi, convaincu de la grande sainteté de l'action, je saute sur le plat de bouillie.

(( La femme. — Misérable ! n'avais-tu aucune crainte du dieu?

« Canon. — Oui, sans doute; je craignais qu'avec sa couronne il ne fût avant moi un plat de bouillie: le fait de son prêtre m'en disait assez; la vieille, entendant du bruit, étendit la main pour retirer le plat; alors je siffle comme un serpent et je la mords. Aussitôt elle retire la main, et s'enveloppe en silence dans ses couvertures, en lâchant de frayeur un vent plus puant que celui d'un chat. Alors enfin, je me bourre de bouillie, et puis je me recouche, le ventre plein.

« La femme. — Et le dieu ne venait donc pas?

« Carion. — Pas encore. Mais après cela, je fis une bonne farce; lorsqu'il approcha, je fis résonner une décharge des plus bruyantes car j'avais le ventre tout gonflé.

<( La femme. — Sans doute, il s'emporta en imprécations conti toi?

« Carion. — Il n'y prit seulement pas garde.

« La femme. — Tu veux dire que ce dieu est grossier?

« Carion. — Non, mais il aime l'ordure. (Allusion aux médecii qui constatent l'état du malade par l'inspection des excréments.)

« La femme. — Ah! misérable!

« Carion. — Cependant je m'enfonçai dans mon lit, de frayeui Le dieu fit le tour et visita gravement ciiaque malade. Ensuite, ni esclave lui apporta un petit mortier en pierre, un pilon et un| petite boîte.

(( La femme. — Mais comment voyais-tu tout cela, pendant puisque tu te cachais, dis-tu?

(( Carion. — Je voyais tout à travers mon manteau, car il y assez de trous. Il se mit d'abord à préparer un cataplasme pour

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les yeux de Néoclide; il prit trois tètes d'ail de Ténos, qu'il pila dans le mortier, avec un mélange de gomme et de sucs de lentisque ; il arrosa le tout de vinaigre spliettien, puis il l'appliqua dans l'intérieur des paupières, pour rendre la douleur plus cuisante. Néoclide criait de toutes ses forces et voulait s'enfuir. Mais le

Fig. 369. — Maison pour soigner les malades. (D'après une peinture de Pompéi.)

dieu lui dit en riant : Demeure ici avec ton cataplasme; je veux t'empêcher de prodiguer des parjures dans l'assemblée.

« La femme. — Quel dieu sage et patriote!

« Carion. — Il vint ensuite auprès de Plutus ; et d'abord il lui tâta la tête, puis il lui essuya les yeux avec un linge bien propre. Panacée lui couvrit la tête et le visage d'un voile de pourpre; le dieu siffla, et aussitôt deux énormes serpents s'élancèrent du fond du temple.

« La femme. — Bons dieux!

LES SCIENCES

« Carion. — Ceux-ci, s'étant glissés doucement sous le voile de pourpre, léchèrent, je crois, les paupières du malade; et en moins de temps, ma chère maîtresse, que tu n'en mettrais à boire dix cotyles de vin, Plutus recouvre la vue. Moi, dans ma joie, je battis des mains et je réveillai mon maître. Aussitôt le dieu disparut et les serpents se cachèrent au fond du temple. Mais ceux qui couchaient auprès de Plutus, avec quel empressement ils le serrèrent dans leurs bras I Ils restèrent éveillés toute la nuit, jusqu'à ce que le jour parût. Pour moi, je ne cessais de remercier le dieu d'avoir si vite rendu la vue à Plutus et augmenté la cécité de Néoclide.

<( La femme. — Divine puissance d'Esculape ! »

Fîg. 870. — Chirurgien scythe. (D'après une peinture de vase.)

Cette scène montre qu'à l'époque de la guerre du Péloponèse^ le crédit du dieu de la médecine avait singulièrement diminué, ef Aristophane ne se serait pas moqué ainsi d'Esculape et de ses prétresj s'il ne s'était pas senti appuyé par une portion du public disposée à l'applaudir. A cette époque, en effet, les asclépiades ou prêtres d'Esculape, qui se prétendaient descendants du dieu et dépositaires de ses procédés de guérison, étaient en opposition avec des médecins formés dans les écoles d'Asie Mineure. Ceux-ci, à la tête desquels il faut citer Hippocrate, habitaient les villes, et, vivant loin} du temple, ils avaient la prétention d'exercer la médecine, ei dehors du culte et de toute pratique religieuse. La science, quf commençait à affirmer ses droits, était pourtant redevable aui asclépiades de la plupart des observations sur lesquelles e\U s'appuyait, puisque dans les temples d'Esculape on enregistrai! avec soin tous les symptômes observés chez le malade qu'on voui

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lait soigner, et on lui appliquait les remèdes qui avaient précédemment guéri un autre malade atteint des mêmes symptômes. Cette

Fig. S^i. — Dentiste scythe. (D'après une peinture de vase.)

manière de pratiquer la médecine, qui ressemble beaucoup à celle qu'Hérodote attribue aux Égyptiens, excluait forcément toute

Fig. 3^2. — Tenaille de dentiste.

Fig. 3^3. — Étui de chirurgien.

manière de voir personnelle, et elle explique tout naturellement pourquoi, malgré Taffluence des malades qu'on apportait au temple, des écoles dissidentes pouvaient encore se produire avec succès.

Il semble assez probable qu'il a dû exister des maisons de santé pour soigner les malades et dont l'organisation était sans doute assez semblable à celle des établissements du même genre qui

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accompagnaient toujours les temples d'Esculape. Une fresque de la maison des vestales, à Pompéi, représente un édifice que l'on croit avoir eu cette destination {fig. 369). Mais il est difficile de comprendre la disposition de l'établissement dans une représentation où la fantaisie a certainement une très grande part.

Il paraît certain qu'IIippocrate a étudié dans les temples, à Cos notamment, où il aurait copié les tablettes votives des malades,

Fig. 3^4- — Instrument de chirurgie.

mais il n'a emprunté à personne la clarté avec laquelle il décrit les maladies, la méthode avec laquelle il les classe, et l'expérience pratique qu'il mettait au service de ceux qu'il soignait. Hippocrate, le plus célèbre des médecins de l'antiquité, vivait au temps de \l guerre du Péloponèse. Galien, qui était comme Hippocrate natil de l'Asie Mineure, était du second siècle de notre ère. Mais pendanj les cinq siècles qui les séparent, de nombreuses écoles se foi nièrent, et la médecine, complètement dégagée des formules reli^ gieuscs qu'elle avait eues à l'origine, prit durant cette période un<

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