ÉDIT DE CRÉATION DE L'ÉCOLE MILITAIRE
c Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de < Navarre, à tous présents et à venir, salut. Il 0'* c peut-être jamais été fait de fondation plus digne de b c religion et de l'humanité d'un souverain que l'étSK € blissement de Thôtel des Invalides. Ce monument d^
I b bonté du feu roy, notre trës-honoré seigneur et
t bisaïeul, eût sufB pour immortaliser son règne. Jusqu'à
c lui, les oiBciers et les soldats» forcés par leurs blessures
€ oa par leur âge de se retirer du service, ne subsistaient
« ^'avec peine dans nos provinces des secours que leur
« Moordaient les roys, nos prédécesseurs : Louis XIY a
c ea le premier la gloire de leur assurer un azyle hono-
c raUe dans lequel ils trouvent une subsistance commode,
c sans perdre les glorieuses marques de leur état, et un
c repos occupé de fonctions militaires proportionnées à
€ leurs forces. Quoique nous n'ayons rien négligé pour
€ oaiotenir et même pour augmenter la splendeur d'un
c â noble établissement, notre affection pour des sujets
c qui ont eu tant de part à la gloire de nos armes nous a
€ fait chercher les moyens de leur donner des témoignages
c plus particuliers de notre satisfaction. Pour commencer
c à remplir ces objets, nous avons par notre édit de no-
« terobre dernier (23 novembre 1750) accordé la noblesse
t à ceux que leurs services et leurs grades ont rendus
< dignes d'un honneur que la nature leur avait refusé ;
< et nous avons ouvert à ceux qui voudront marcher sur
< leurs traces la carrière qui peut les y conduire. Il ne
< nous restait plus qu'à donner des preuves aussi sensi- « Mes de notre estime et de notre protection au corps « de la noblesse, à cet ordre de citoyens que le zèle pour « notre service et la soumission à nos ordres ne dislin-
< goent pas moins que la naissance. Après l'expérience « que nos prédécesseurs et nous-mêmes avons faite de
< œ que peuvent sur la noblesse française les seuls prin-
< cipesde l'honneur, que n'en devrions-nous pas attendre.
182 INSTITUTIONS d'ÉDUCATION MIUTAIRE
si tous ceux qui la composent y joignaient les lumièra acquises par une heureuse éducation? Hais nous n'avoi» pu envisager sans attendrissement que plusieurs d'entr'eux, après avoir consommé leurs biens à la défense de l'État, se trouvassent réduits à laisser sans édueition des enfants qui auraient pu un jour servir d'appui à leur famille et qu'ils éprouvassent le sort de périr cm de vieillir dans nos armées avec la douleur de prévoir l'avilissement de leur nom dans une postérité bon d'état d'en soutenir le lustre. Nous avons tâché d'y pourvoir autant que nous l'avons pu par les grftoes que nous avons déjà répandues sur eux ; mais les dépenses indispensables de la guerre mettant des bornes à nos bienfaits, nous avons préféré le bien solide de la paix à tout ce que pouvait nous offrir de plus sédmsant le succès soutenu de nos armes. À présent que nous pouvons soulager plus efficacement cette précieuse portion de la noblesse, sans que les moyens que nous emploierons augmentent les charges de notre peuple, nous avons résolu de fonder une Ëcole militaire, et d*y fidre élever sous nos yeux cinq cents gentilshommes nés sans biens, dans le choix desquels nous préférons ceux qui, en perdant leur père à la guerre^ sont devenus ks enfants de l'État. Nous espérons même que l'utilité de cet établissement, qui semblait n'avoir pour dt^/A qu'une partie de la noblesse, pourra se communiquer au corps tout entier, et que le plan qui sera suivi dans l'éducation des cinq cents gentilshommes, que nous adoptons, servira de modèle aux pères qui sont en état de la procurer à leurs en£uits ; en sorte que l'a
LIHUS SECOND 1^
€ pr^ogé que la valeur seule fait rhomme de guerre
€ eMe inaenfliMemdnt au goût des études militaires, que
c ttooB aurons ÎDtroduît. Enfin, nous avons considéré que
c n le fea roj a fait construire Thâtel des Invalides pour
c être le terme honorable oh viendront finir paisiblement
€ leors jours ceux qui auraient vieilli dans la profession
c des armes, nous ne pouvions mieux seconder ses vueè
« qo'en fondant one école, où la jeune noblesse qui doit
< eoirer dans cette carrière pût apprendre les principes
4 de l'art de la guerre, les exercices et les opérations
€ pratiques qui en dépendent et les sciences sur lesquelles
€ ib sont fondés. Cest par des motifs aussi puissants que
4 nous nous sommes déterminés à faire bâtir incessam-
€ ment, auprès de notre bonne ville de Paris, et sous le
c titre d'École militaire, un hôtel assez grand et assez .
€ spacieux pour recevoir non-seulement les cinq cents
^ gentilshommes, nés sans biens, pour lesquels nous le
c destinons, ma» encore pour loger les officiers de nos
« troupes auxquels nous en confierons le commandement,
c les maîtres en tous genres qui seront préposés aux
< instructions et aux exercices, et tous ceux qui auront cnne part nécessaire à l'administration spirituelle et
< temporelle de cette maison. A ces causes, après avoir
< fiât mettre cette affaire en délibération dans notre con-
< sml, de l'avis d'icelui et de notre grâce spéciale, nous « avons, par notre présent édit perpétuel et irrévocable, «dit, statué et ordonné, disons, statuons et ordonnons, t
Tel était ce préambule, dont toutes les expressions ne peuvent pas être phis dignes de la majesté royale et de la
184 INSTITUTIONS d'ÉDUGATION MlUTAIRE
grandeur de la fondation : il est suivi de vingt-et-un articles constituant rétablissement et statuant sur les conditions d'admission, de sortie dans les ré^ments et le don d'une décoration que les élèves devenus officiers seraieut tenus de porter toute leur vie, décoration accompagnée d'une pension de 200 livres pour les aider pendant les premières années.
En même temps paraissait une instruction pour les parents, leur faisant connaître les dix-sept questions auxquelles ils devaient répondre catégoriquement, et la déclaration du roi portant augmentation du droit rétabli pir celle du 16 février 1745 sur les cartes à jouer, pour le produit en être appliqué à l'hôtel de l'Ëcole royale militaire. Ce droit était d'un denier par chacune des cartes dont étaient composés les différents jeux.
L'édit et cette déclaration signés le 13 janvier 1751, furent enregistrés le 22 au Parlement. Ces deux importantes pièces portent la signature de Louis XV, de M. de Machault, contrôleur général, et celle d'Ysabeau, procureur du roi en son Parlement et qui en requiert Texécution dans sa forme et sa teneur.
L'article xni de l'édit indique que la noblesse aura seule le droit de prétendre aux avantages accordés par Sa Majesté et que les candidats seront divisés en plusieurs classes, la première toujours préférée à la deuxième, la deuxième à la troisième et ainsi de suite.
La première classe était formée des orphelins de pères tués au service ; la deuxième classe , des orphelins de pères morts au service de mort naturelle ou retirés après trente ans de commission de quelqu'espèce que ce fût;
troîsîëfiie daase, des enfants à la charge de leurs mères, pères ayant été tués au service ou étant morts de blessures, soit au service, soit après s'être retirés à de leurs blessures ; la quatrième classe, des enfants b charge de leurs mères^ les pères étant morts au sériée de mort naturelle ou après s'être retirés du service au mue de trente ans de commission de quelqu'espèce que B fût ; la cinquième classe, des enfants de père et de mère Doore au service ; la sixième classe, des enfants dont les ères avaient quitté le service par rapport à leur âge, leurs nfinnités ou quelque autre cause légitime ; la septième iame, des enfants dont les pères n'avaient pas servi, mais knt les ancêtres avaient servi; la huitième classe entin, des Huants de tout le reste de la noblesse, qui, par son indigence, se trouverait dans le cas d'avoir besoin de ce secours. L'article xvi demandait des preuves de quatre générations de noblesse au moins.
On a longtemps blâmé la teneur de cet article xvi, puroe qu'on ne l'a pas compris. Les candidats étaient bien nombreux ; on voit qu'ils avaient été d'abord classés de la manière la plus juste et la plus logique.
Le but était de remettre une épée à chaque jeune gentilhomme après ses études faites. N'était-il pas ratioimel, dans l'intérêt de l'État, de la remettre à celui doDt le cœur était le plus imbu de traditions militaires. Chaque année, d'ailleurs , venait pour chaque famille DoUe exclue par cette condition abaisser la barrière d'un ^loD. C'était en6n le droit d'ancienneté de services et la récompense donnée à trois générations dans la per- Mae de celui qui représentait la quatrième.
186 INSTITUTIONS d'ÉDUGATION MILiTAlRE
I^e roi ne pouvant donc adopter à la fois tous ki enfants du pays, choisissait dans les familles dm loquelles l'obligation de servir militairement le pays dMi de plus loin.
On avait donné à TËcole militaire la jouissance rét^oa^ tive du droit sur les cartes à partir du 4* avril 17B0, ainsi que Tavait demandé Pâris-Duvemey, et un arrêt di conseil d'Etat, du 30 avril 1751, avait commis le âeor Léonard Maratray pour en faire la régie.
Par un arrêt du 20 mars 1751, le roi avait autorisé l'emprunt de 2 millions de livres remboursables en quinze années et pour le remboursement desquelles le droit sur les cartes devait être affecté de préférence. Pkr un autre arrêt du 7 février 1756, il autorisa un second emprunt de 500,000 livres.
Le terrain sur lequel fut bâti l'hàtel de l'Ëcole militaire se trouvait dans l'enclave d'un fief nommé Grenen6, appartenant au sieur Brion, marchand de drap : le roi en fit l'acquisition et réunit cet objet aux autres propriAéi de l'École, afin d'avoir la seigneurie en raison de laqudie la dotation fit annuellement aux pauvres de ce canton une aumône de 24^000 livres. M. le comte de Mailly, marquis de Nesie, avait pris en location ce terrain et la maisoD seigneuriale. M. de Toumehem était alors directeur des bâtiments du roi. Au moment de la fondation de rËook militaire, il se mit en possession de la direction des bâtiments de l'hôtel et il établit pour cet objet une administntion indépendante et totalement distincte de celie de l'École militaire et du ministère de la guerre. M. le ^la^ quis de Marigny, son successeur jusqu'en 1764, fit de
même, mais le roi déclara alors que le directeur général B'aTÛt aucun dnnt d'ordonnancer et que le sieur Gabrid, le célèbre architecte, dirigerait seul les bâtiments sous les ordres du ministre de la guerre.
De 1751 à 1753, l'École militaire, sur les ordonnances do dnrecteurgénéral,avait payé un million 280,211 livres. De 1753 à 1764, le roi paya le reste. Pour la construction de la diapelle. Sa Ihjesté avait, en outre, abandonné pendant vingt ans une pension de 20,000 livres sur l'abbaye de liessîes, en Hainaut, ce qui produisit 400,000 livres.
Le compte des dépenses du bâtiment de Tbôtel de l'École militaire peut donc s'établir ainsi :
Payé sur ordonnance de la direction générale des bâtiments du rei par le trésorier de l'École militaire 1,280,211' 18* 5^
Pur le trésor royal sur l'ordre du roi 2,870,000
Sur l'abandon par le roi de la pené» de 20,000 livres sur l'abbaye âeliessies 316,835 8 11
Total . . . 4,467,048' T 4*
On voit d'après ce compte que les prévisions de Pftris- Dovomey furent loin d'être dépassées.
Pur une lettre du 26 janvier 1776, adressée par M. d'Angevillîers , surintendant des bâtiments du roi Louis XYI, nous lisons que ce personnage demande aux administrateurs de la dotation de l'École militaire la sonune de 316,835 livres, 8 sols, 11 deniers pour le cou- ^ des dépenses que son département a faites autrefois
188 INSTITUTIONS d'ÉDUGATION MILITAIRE
pour la construction de l'hôtel. Il fut répondu à cette répétition par M. Joly de Fleury que pendant vingt ans le roi avait concédé la pension de 20,000 livres citée plushauL
On avait jugé nécessaire que TËcole militaire eût m entrepôt dans Paris. Pour remplir ce but, on acheta l'ancien hôtel de la Force, et quand l'office de trésorier fat créé par le roi, en août 1760, Sa Majesté voulut bien abandonner le prix taxé à la somme de 250,000 livres, pour couvrir la dotation du prix de cet hôtel et des intérêts échus. Sous le r^ne de Louis XYI, ce même hôtel fat revendu par l'administration de la dotation 300,000 livres, ainsi qu'il résulte des comptes de 1780.
Ce ne fut qu'en 1753 que les premières nominations furent faites. 80 jeunes gentilshommes furent installés i Vincennes, et divisés en quatre compagnies. Deos Davout y figurent, y précédant de quelques années le rejeton de leur race qui devait, au commencement du siècle suivant, timbrer son vieil écusson dès couronnes de prince et de duc et l'appuyer sur un bâton de maréchal de France. Les bâtiments de l'Ëcole militaire de Paris ne furent prêts à les recevoir qu'en 1756. Mais Duvemey avait voulu que le premier essai se fit, et que par les débuts on pût bien assurer les résultats â venir.
Il avait fallu s'occuper du personnel^ se donner le temps de choisir avec le plus grand soin ceux qui devraient être préposés à l'éducation et à l'instruction de cette noble jeunesse.
Par la correspondance de Pâris-Duverney avec M. le comte de Saint-Germain, on voit qu'il avait pensé à cet officier général, dont la réputation militaire était fort bril-
kate» pour le oommandement de la maison qu'il cherchait à fiwider... c J'aurai l'honneur de vous dire que j'ai quelque didse en vue, qui vous conviendrait très-fort,
doot je n'ai fait encore d'ouverture à personne »
(21 octobre 1750). H. le comte de Saint-Oermain, élève àm maréchal de Saxe, préférait la guerre et la vie active & des occupations sédentaires. Néanmoins, Pâris-Duverney le proposa pour lé gouvernement en mars 1760, à M. le marédial duc de Belle-Isle, ministre de la guerre, par une lettre qui prouve qu'aucun choix ne fut fait sans sa sanction. « Lorsque M. de Sallières donna la démission de ce gouvernement, le roi voulut bien me faire mander, par IL le comte d'Argenson, qu'il ne nommerait plus de gouverneur à l'Ëcole militaire tant que je vivrais. J'ai ea jusqu'à présent toutes sortes de raisons pour désirer que les intentions du roi fussent exécutées. Mais comme M. le chevalier de Croismare n'est pas lieutenant-général, je me laisse aller à la nécessité, dont il est que Sa Majesté donne à M. de Saint-Germain une marque de satisfaction et de confiance, et comme je n'en vois pas de plus éclatante que celle de lui confier le gouvemem^t de l'Ëcole militaire, je m'en rapporte à vous. Monsrigoeur, sur l'usage que vous croirez faire de cette idée auprès du roi. > (1) On sait que, mécontent d'un compte-
(1)Aq reste, cette grande influence dePAris-Duverney n'était pasrestreiste seulement aax détails concernant l'École militaire. On sait que le Bttrécbal de Richelieu dut sa nomination de général en chef de l'armée fnocnise pendant la guerre de Sept-Ans à ce financier, qui était aussi manitionnaire générai, a Son esprit fertile en ressources et en idées le ridait, dit H. Martin^ le conseiller de tous les gouvernements... Vrai nùoistre de la guerre sans titre, il avait séduit la favorite et le roi par on pUa magnifique pour accabler le roi de Prusse en deux campagnes. •
i90 INSTITUTIONS d'ÉDUGATIOII HILITAiRE
rendu de la bataille de Gorbadc, où il sauva rarmée fnncaise fort compromise, M. de Saint-Germain passa lo s^vice du Danemarcken qualité de feld-maréchal.
Ces détails ne sont pas sans intérêt, puisque se» années plus tard il fut maître des destinées de cette création, dont il changea toutes les conditions, ainsi qos nous aurons à l'expliquer.
Pour tout ce qui concerne Tétat-major, le personnel administratif, le personnel enseignant, les grands et petits commensaux de l'hôtel, nous renvoyons ft Télat de TÊcole militaire de Paris, de 1751 à 1792» que nous avons reconstitué avec le plus grand soin, et que now plaçons à la fin du volume pour ne pas interrompre le récit. Nous dirons seulement que le premier gouverneur, qui ne fit pour ainsi dire que paraître, fut M. le marquis de Salliëres, lieutenant-général, et qu'il fiit rempheé dans son commandement seulemmt, et non dans son titre, par M. le chevalier deCroismare, qui, depuis la fondation,, était lieutenant du roi de l'Ëcole militaire, et ne reçut le titre de gouverneur, avec le grade de lieutenant-général, qu'en 1767.
Quant à Pâris-Duverney, conseiller de Sa Majesté en ses conseils d'État et privés, ci-devant secrétaire des commandements de la reine, il reçut en récompense des services rendus dans la dernière guerre, en qualité d'administrateur général des armées, le brevet d'intendant de l'hôtel de l'École royale militaire, avec 6,000 livres d'appointements et le même rang que le directeur des Invalides ; à la même date, son neveu, Pâris-Meyzieux, ancien conseiller du Parlement de Paris, obtint le brevet
UnUB SKOIID 191
», et le sieur Lambert du Pont, avocat» fut ^àmîer de Thôtel, avec les mêmes appointemmls
Httstntion financière, ainsi que l'intendance, tire immédiatement organisée. C'était le point
■établir et se soutœir, FËcde militaire était entrée iDoe, ainsi que nous Tavons expliqué, depuis le vril 1750, du droit sur les cartes porté à un ir carte. Le roi chercha les moyens de doter la rt consentit, avec l'approbation du Saint-Père, à t titre de Tabbaye de Saint-Jean de Laon, ordre ^Benoit, vacant par le décès de Monseigneur de hréque d'Âuxerre, fût éteint et supprimé, et que abbatiale (1) , séparée de la mense conventuelle I les droits, domaines, fruits, réserves et dépenikt unie et incorporée à la chapelle de l'École La lettre du roi au pape est datée du 1^ novem- », et les lettres-patentes sur la bulle de Sa Sainteté Uet 1760, le sont de novembre 1761. Ces letntes furent enregistrées au Parlement le 15 juil- . n fut indiqué à ce sujet, sur état certifié par Ht de l'École militaire, que la chapelle n'avait pas «venus que ceux de ladite abbaye, que les révélaient à la somme de 19,946 livres brutes et de ivres 2 sols tous frais et charges défalqués, lifficile de s'accorder avec les religieux pour faire
enta abbatiale était le reveno de l'abbé ; la mense conyeni des religieux; la mense commune était le revenu dont les rt l'abbé jouissaient en commun.
192 INSTITUTIONS D*ÉDUGATION MILITAIRE
rentrer ce revenu. Pour éviter toutes oontestarions, kni décida, par lettres-patentes du 24 juillet 1766. qœtM les biens dépendant de cette mense abbathle seniatf remis entre les mains de ces religieux, à chai^ par em de payer annuellement à la dotation de TÉcole militaire de Paris une prime fixe de 12,000 livres.
Déjà Louis XV pouvait juger des résultats de la noUe institution qui devait honorer son règne et survivre à toutes celles que Tërede 1789 a pour toujours abdies. Voulant donc porter autant que possible à sa perfeclioB ce monument de sa bienveillance, le roi décida en m Conseil qu'une loterie serait établie en faveur de Thôtel de TËcole militaire pour l'espace de trente ans,- d'apriske mêmes principes que celles établies dans les pays étrangers. Elle commença le 1'*^ novembre 1757, pour finir le l''' novembre 1787. Plus tard, un arrêt du 30 juin 1789 renvoya devant les commissaires du Conseil, les intendants et commissaires répartis dans toutes les provinces, tontes les contestations nées et à naître à roocasion de cette loterie.
En 1760, M. le maréchal duc de Belle-Isie était minietre de la guerre ; il avait été précédé par le marquis d'Ârgenson, qui avait, en 1757, succédé à son onde. Ls maréchal, non-content de donner tous ses soins à l'Ëooie militaire, comme ministre, voulut laisser en moarant on souvenir aux enfants de ses compagnons d'armes. Le roi» abrogeant pour cette occasion, par lettres-patentes» h défense contenue dans l'article xi de Tédit de fondation» confirma la dotation de six offices d'affineurs de Paris et de Lyon , et la translation de propriété à TËcole mili"
taure de Paris, par M. le maréchal duc de Belle-Isle, qui t*éteit réservé ea 300,000 livres et 26,450 livres
pour en disposer a sa voioi té.
Trois, espèces de consc Is étaient tenus à Tbôtel de rfioole royale militaire.
Le premier, désigné sous le nom de conseil d'admiiMtration, était composé du secrétaire d'État ayant le département de la guerre^ du surintendant, du gouverner .00, en son absence, du lieutenant du roi et de l'intendant. D devait être tenu tous les mois, et on y traitait de toutes les affaires relatives à l'administration générale.
Par lettre du 10 juin 1754, le ministre de la guerre prévient le gouverneur que, désormais, le lieutenant du roi aura droit de séance et voix délibérative au conseil d'administration.
Le second conseil, désigné sous le nom de conseil d'économie, se trouvait composé des mêmes membres qoe le premier, qui s'y occupaient généralement de toutes les dépenses ordinaires, dont les états devaient être mrétés et ordonnés par l'intendant. Il devait être tenu r^ièrement toutes les semaines.
Le troisième était désigné sous le titre de conseil de police. On y traitait de tous les objets relatifs à l'exécutioQ des règlements, au bon ordre, à la discipline et à la conduite des élèves. On y appelait les officiers de l'état- "ûajor, suivant les circonstances, pour donner des rensei- Soements et leur avis au besoin. Il devait être tenu tous ^ jours et au moins trois fois la semaine. C'est ce que i^ appelons maintenant le rapport.
U roi voulut donner à M. de Bongars, major de l'hôtel ,
un témoignage particulier de satisfaction en rautorisant à assister à tous les conseils, sans qu'il pût en être tiré de conséquence pour ceux qui lui succéderaient dans son grade. La lettre du ministre est du 13 juillet 47S9.
Après la démission de M. le marquis de Salliëres, gouverneur (octobre 1754), et par suite de la création da charges de directeur-général des études, le 30 juin 1789, et de trésorier, en août 1760, les conseils furent définitivement composés du secrétaire d'État de la guerre» du surintendant, du lieutenant du roi, faisant fonctioDi de gouverneur; du major, de l'intendant, du directeur général des études, du trésorier ; le secrétaire du conseil, garde des archives, y tenait la plume.
Par arrêt du Conseil du roi, du 26 septembre 1780, le sieur d'Outremont, avocat au Parlement de Paris, fol étabU procureur général dans la commission des oblats; il dut s'occuper des affaires concernant les droits, privilèges et immunités accordés à l'École militaire, tout en restant étranger à l'administration économique.
De 1753, époque de l'admission des premiers élèves, ï 1759, on avait eu le temps de faire bien des expérienoee, et de noter bien des observations. L'année suivante, oo devait s'occuper de placer dans l'armée les jeunes geo* tilshommes dont l'éducation serait terminée. On sentit le besoin d'avoir une règle fixe, devenant le guide journalier de ceux qui avaient à commander, et de ceux qv devaient obéir.
Le règlement pour l'École militaire, émanant de M. le maréchal deBelle-Isle sur les indications habiles et pate^ nelles de Pàris-Duv^rney, parut le 13 décembre 1750.11
âaboré avec un soin tel qu'il semble que même pour ve époque il n'y aurait rien à y changer. G» règlement général est divisé en deux spéciaux : n eoDcernant l'organisation militaire, et l'autre les tnB ; ils sont suivis d'instructions pour les professeurs, \ mtitres et les inspecteurs des études. Le 3 février i761. Monseigneur de Beaumont, archeiqpe de Paris, régla le service religieux de l'hôtel. LHËcole royale était organisée militairement; tout se ipportait à ce imt final, de donner à Tarmée française » officiers distingués non-seulement par leur instruction nmanitaire et scientifique, mais aussi par leur tenue ^Derrière et leurs formes polies.
L'étatHOfiajor se composait alors d'un lieutenant du roi, f un major, de 5 aides-majors, de 3 sous-aides-majors ei de 4 capitaines des portes. Jusqu'à cette époque, chaque eooipagnie d'élèves avait été commandée par un capitaine et un lieutenant sortant de l'armée. On les remplaça par des élèves choisis parmi les plus méritants.
D'après les prescriptions de ce nouveau règlement, les compagnies, portées au nombre de sept depuis 1758« se cooposèrent d'un capitaine, d'un lieutenant, de 2 sergnts, de 5 caporaux et de 3 anspessades, tous choisis P^nni les élèves, de 40 fusiliers, et d'un certain nombre de surnuméraires ou élèves trop jeunes encore pour larmes.
L'élève qui s'était fait remarquer par un mérite incon- ^tttable et paraissait connaître le mieux tous les détails 4» service intérieur de l'hôtel, était élevé au grade de serpot-major par le conseil, qui, pour cette nomination.
i96 INSTITUTIONS d'ÉDUGATIOII MILITAIRB
prenait Tavis de Tétat-major/des inspecteurs et de t» les professeurs.
Ce grade de sergent-major, qui donnait la prééaînence sur tous les autres gradés, devait correspondra k celui d'adjudant-major ou de major.
Tous les autres grades n'étaient donnés qu'au mjrik et qu'aux seuls élèves placés dans la catégorie de cas auxquels on accordait comme distinction Tépaulette d'argent sur l'épaule droite. L'épaulette ponceau et argent était pour la deuxième catégorie, l'épaulette rouge pourte élèves médiocres, et enfin l'épaulette de bure deveoril le partage humiliant des paresseux et des mauvais Tous les deux mois avait lieu un examen pour le gement d'épaulettes.
Nul ne pouvait ignorer son devoir : chaque élëve éitil tenu d'avoir une copie du règlement, dont la lecture était faite tous les dimanches par le capitaine, auquel chacun devait représenter son exemplaire.
Il était recommandé aux professeurs de tout dMenv chez leurs élèves, de combattre le défaut particulier de chacun, toujours sans violence et avec politesse; il devaient diviser leurs élèves en quatre catégories: diflpH sitions et volonté ; volonté sans dispositions ; disposîlioBi sans volonté ; ni volonté ni dispositions.
Les inspecteurs des études soumis au directeur fâisaiflU leur service à tour de rôle ; on leur recommandait d'être toujours fermes et polis: < La fermeté impolie, leur diflit le règlement, ressemble à l'humeur, et l'humeur n'est pu faite pour imposer. > Ils devaient causer avec les âèvee» rester avec eux toujours dans le vrai, leur donner le ton
B la politesse, veiller et guider leur correspondance, dont m âèves ne pouvaient s'occuper que le dimanche seulelenft, leur former un style noble et précis, convenable ées militaires. En tous cas, ils ne pouvaient les quitter lù^prës les avoir remis aux mains de leurs officiers.
« Messieurs les directeurs, disait Monseigneur de Beau- Mmt à la fin de son règlement de 1761, rappelleront ninreot aux élèves qu'ils sont particulièrement obligés :
€ 1* D'avoir beaucoup de respect pour ceux qui sont hwgés de leur instruction; qu'ils doivent le& regarder ooune leurs pères et comme tenant auprès d'eux la place le Dieu même.
c 2^ De respecter la religion et tout ce qui appartient m eulle divin.
c 3® De s'accoutumer à une vie appliquée et laborieuse, c 4* D'avoir un grand zèle pour le service du roi, non prédsément pour faire leur fortune, mais pour remplir une obligation que la loi naturelle et divine leur impose ; qu'il faut qu'ils évitent avec une grande attention les jorements, les mensonges, les paroles obscènes et contraires à la pudeur, les querelles, les médisances, les leetOKS dangereuses, les immodesties et tout ce qui pourrait W (aire perdre le précieux trésor de leur innocence. > Ces détails donnent suffisamment une idée de l'éducatkm que recevaient les jeunes gentilshommes qui avaient n le bonheur d'être choisis par Sa Majesté^ des soins [Miculiers dont ils étaient entourés avec ce luxe peut- ^ royal que favorisait Texcellente et habile administatioû de Pâris-Duvemey et du trésorier Lambert du Pdot.
i98 INSTITUTIONS d'ÉDUGATION MILITAIRE
Gomme nous Tavons dit, on avait fait d'abord oomminder les compagnies par des officiers de Tarmée. Le riglBment de 1760 les' supprima et les remplaça dans tous ki grades des compagnies par des élèves faisant fonctions de capitaines, lieutenants, sergents, caporaux et anspeasado, et ayant autorité sur leurs camarades. Tous devûed obéir au sergent-major, élève chargé de veiller auxdéinb du service. Sur les observations du chevalier de KénGo» aide-major de Thôtel, le commandement fut rendu m officiers de troupe en 1761. A chaque compagnie on attacha un capitaine en premier, un sous-aide major, m capitaine en deuxième, deux capitaines en deuxième soraoméraires. Le commandement des élèves paraissait à M. de Kéralio inutile et insuffisant ; il représenta que les exerdoes militaires s'en ressentaient, que des tiraillements se produisaient en raison de l'égalité de rang comme élève et de la différence produite en même temps par le grade* Non aurons à revenir sur ce sujet expérimenté dans les éoolei militaires du xix"" siècle; mais nous posons dès à préseol» comme principe à suivre, que dans les écoles militaini préparatoires et semi-spéciales comme l'était alors Tdooie de Paris, le grade pouvait être donné, mais sans autorité; que dans les écoles spéciales, au contraire, où tout élbve est déjà soldat, le gradé peut sans inconvénient et aiee avantage commander suivant l'ordre hiérarchique dbservé dans les régiments.
En 1761 , dix années s'étaient écoulées depuis la fonde* tion de l'Ëcole militaire. Un certain nombre d'élèves, arrivés à l'âge voulu pour entrer dans les armées, avaient été placés dans les régiments. Il fallut en r^ler la répi^
tition d'une manière uniforme : ce but fut atteint par rerdoonanoe du roi du 30 janvier 1761.
Les élèves qui avaient montré le plus d'aptitude pour In tcûaices étaient placés soit dans le génie en qualité dPiogénieurs et comme élèves de l'école de Mézières^ soit èÊKÈS TartUlerie en qualité de sous-lieutenants.
Les autres étaient répartis dans l'infanterie, la cavalerie et les dragons, suivant leurs dispositions. Le roi tenait à ce qu'à tour de rôle chaque régiment reçût des élèves de l'École militaire. Les élèves touchaient à leur régiment une pension de 200 livres, qu'ils perdaient en quittant le service, à moins que ce ne fut pour cause de blessures ou raisons équivalentes; on les. décorait en oième temps de la croix des ordres réunis de Saint-Lazare et de Notre-Dame du Mont-Carmel, donnée aux mêmes conditions que la pension de 200 livres (ordonnance du 4 mars 1761).
Ainsi, en plaçant les élèves dans les régiments, le roi ne les perdait pas de vue ; il les affiliait à un ordre respecté dans l'armée et les dotait d'une pension qu'ils ne pouvaient toucher sans un certificat de bonne conduite agné par le major de leur régiment et visé par le colonel. (Délibération du conseil, 18 mai 1761 .)
Jusqu'à l'année 1764, aucun incident particulier ne ▼i€Qt (ixer l'attention. On doit cependant faire mention de la visite que Louis XV, entouré de ses principaux officiers, fit à l'École militaire le 12 août 1760. Les élèves de l'École, rangés en bataille, exécutèrent devant lui le maniement des armes et les différentes manœuvres d'in- {mterie.
200 INSTITUTIONS d'ÉDUGATION MILITAIRK
Pâris-Duverney, toujours intendant de VhàtiA, mMi non-seulement aux affaires financières^ mais ausn à toâ \ ce qui pouvait intéresser la fondation à laquelle il avul pris une si grande part. Dans un de ces mémoini de 1750, il avait signalé le cas où des élèves se trouveraient sans vocation pour Tétat militaire. Pendant kl onze années qui avaient été pour lui une époque d'expérimentation, ce même cas avait dû se présenter bien dei fois. On avait pu aussi apercevoir que les études militaires nuisaient au succès des études humanitaires. On en venait donc à penser qu'une division deviendrait néoa»saire et qu'il faudrait bientôt créer une école préparatoin comme premier échelon pour entrer dans une autre éook plus spéciale. L'enseignement allait être absorbé pir l'Université, peu propre à diriger des hommes de guerro. M. le duc de Ghoiseul avait dû tenir à honneur de releier la maison de la Flèche, qui, sous la direction des jésuites» avait donné de si beaux résultats, de 1604 à 17G2, et h municipalité de la ville avait été chargée de pourvoir am chaires vacantes, ce qu'elle fit avec zèle et intelligence; l'abbé Donjon, professeur de philosophie sous les jésuites, remplit les fonctions de principal. Mais la fondation d'Henri IV ne se trouvait plus sous le patronage direct du roi, et celte situation précaire pouvait dans un tempB donné causer la ruine de cette maison. Nous allons dir^ au chapitre suivant comment ce danger fut écarté.
Par une ordonnance du 3 juillet 1753, le roi avait établi une garde Ultérieure dans l'hôtel composée d'offiders ^ de soldats choisis à l'hôtel des Invalides et formant vxm^ compagnie sous les ordres du gouverneur de l'Écde milE-^
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tare. Par ordonnance du 30 décembre 1757, cette comfÊfiàe fut augmentée de 17 hommes et fut portée à 68» nvoîr un capitaine, un capitaine en second, 3 sergents, 5 caporaux, 3 anspessades, 57 fusiliers et 2 tambours. Uépendamment de cette compagnie qui fonctionna d^ibord à Vincennes, rhôtel des Invalides avait formé pour h garde extérieure de TËcole militaire un détachement de 98 hommes fournissant journellement un poste de S2 fbnUers, dont un sergent et un caporal.
La fondation de TËcole militaire donnait aux uns et inx autres un supplément de solde. Une lettre de M. de MoDteynard à M. le baron d'Espagnac, gouverneur des kfilides, lui annonce, en date du 21 août 1772, que tout bas -officier ou maréchal-de-logis invalide ayant exercé à TËcole militaire pendant quatorze ans les foncàoDs de capitaine des portes (place correspondante à celle de portier-consigne), pourra être admis à l'hôtel des Invalides.
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