VI PRÉFACE
s'il sait qu'en pareil cas ses enfants sont de droit ceux de la France (1). Nous souffrons, quand nous entendons leur appliquer Tépithète de privilégiés par ceux qui doivent la tranquillité de leur existence ou le succès de leurs opérations industrielles à cette armée qui représente la nation sur le champ de bataille et lui permet de continuer à progresser dans tous les arts et les sciences nécessaires à sa grandeur et à sa prospérité.
Afin d'atteindre le but posé par notre programme, nous avons à remonter aux premiers ans de la monarchie française pour arriver successivement de la création des armées permanentes, base de tout État bien constitué, à celle des écoles militaires de terre et de mer, qui, dans le sens le plus absolu^ ne datent que du siècle dernier.
Nous nous sommes arrêtés à 1789; mais dans un travail ultérieur, dont nous avons déjà rassemblé les matériaux les plus importants, nous ferons connaître les écoles militaires qui datent de la
(1) On Ht dans la note adressée an ministre de Tintéiieur Chaptal par le premier consul et contenant ses observations sur le règlement général pour les collèges dépendant du Prytanée : « La République « s'étant chargée pendant plusieurs années de l'entretien et de Tédu- « cation de ces élèves ne peut pas les aban'^onner au moment le pluf « ctitique. Elle leur assurera des emplois dans la carrière à laquelle ils « auront été destinés, » Dans tous les temps et chez tous les peuples les enfants et les veuves de soldats morts sur le champ de bataille ou des suites de leurs blessures ont ainsi acquis des droits imprescriptibles qui ne leur ont été jamais contestés.
PRÉFACE Tn
Réyolution^ et nous les suivrons dans leurs transformations jusqu'à l'époque actuelle.
Le but de l'éducation militaire préparatoire est d'initier l'enfant à toutes les études élémentaires en lui rappelant sans cesse quels seront ses devoirs futurs et surtout en s'assurant de sa vocation pour un état dont la première loi est l'oubli et l'abnégation de soi-même.
L'éducation spéciale tend plus tard à le former pour le commandement et à le faire arriver aussitôt que possible à ce premier grade si ambitionné qui lui donne^ sans transition^ autorité sur des honmies toujours plus âgés que lui et quelquefois déjà formés par la pratique des camps et de la guerre.
Le bien de l'État veut que ces jeunes gens comptent de bon ne heure dans les cadres de l'armée, afin qu'ils arrivent avant l'heure de la vieillesse aux emplois supérieurs et de choix auxquels les rend particulièrement propres l'éducation spéciale qu'ils ont reçue, et qui se complète soit dans les régiments soit aux écoles d'application.
Tous ces motifs ont leur raison d'être encore plus à notre époque que sous l'ancien régime. Les écoles spéciales viennent, dit-on, leur donner pleine et entière satisfaction.
Pourquoi des écoles préparatoires pour ces
YIII prAfage
mêmes écoles spéciales? Sont-elles nécessaires du moment qu'elles ne servent qu'à un bien petit nombre sur lesquels bien peu encore arrivent à Saint-Cyr? L'éducation universitaire ou libre ne suffit-elle pas pour donner à toutes les écoles spéciales leur contingent ordinaire? N'y a-t-il pas tous les ans plus d'appelés que d'élus?
Nous travaillons aujourd'hui pour répondre...
Et, d'ailleurs, quel que soit le résultat de nos efforts, qui donc oserait nous blâmer de chercher à raffermir sur ses bases souvent ébranlées cette maison militaire de la Flèche à laquelle notre nom est déjà honorablement attaché, et qui a reçu sous son toit hospitalier tant d'officiers distingués, dont les sentiments sympathisent avec les nôtres?
Ils ne nous feraient pas faute non plus dans cette occasion tous ceux d'entre nous, déjà trop nombreux, qui ont donné leur vie pour le bien du pays et acquitté leur dette bien mieux que nous ne pourrons payer la nôtre!
Château de Parnay (Maine-et-Loire), 17 septembre 1865.