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sant que leur chef, il n'y avait ni ordre ni discipline possibles.
Glovis et Gharlemagne prirent quelques mesures toujours insuffisantes.
Les croisades ont-elles été d'une influence quelconque sur les progrès de Fart militaire et de Tinstruction des chefs et des soldats ?
Malheureusement plus dévoués qu'habiles, les guerriers qui dirigèrent ces guerres lointaines conservèrent leurs habitudes.
Le colonel Roquancourt, ancien directeur des études de l'école de Saint-Gyr, s'étonne à juste titre de ce que les guerres, où l'Europe prodigua inutilement pendant deux siècles consécutifs l'élite de sa population, n'aient apporté aucune amélioration dans Tétat de Fart militaire, c On a cru voir, dit-il, dans les débris de ces bandes tumultueuses que les seigneurs entraînèrent en Palestine, les éléments et les causes d'une organisation plus régulière de l'infanterie. Nous ne pouvons partager cette opinion, lorsque plus tard^ pendant toute la durée de la lutte de la France contre l'Angleterre, nous retrouvons chez les gens de pied la même nullité, la même confusion que précédemment. > Les crèisés apprirent certainement à mieux fabriquer leurs armes^ à donner à leur fer une meilleure trempe, la civilisation fit quelques pas en avant, mais l'instruction et les moyens d'éducation militaire restèrent encore à peu près nuls.
Saint Louis, pour son voyage du Levant, avait créé une garde de son corps composée de vingt-quatre Écossais, qui ne devaient le quitter ni jour ni nuit. Charles V en porta
le nombre à soixante -seize. Le but de cette création nous permet de la considérer encore comme un moyen de placement et d'éducation militaire pour la jeune noblesse.
Philippe -Auguste monta sur le trône, en 1180, à l'âge de quinze ans. On doit le compter au nombre des rois de France qui ont fait le plus de conquêtes. Conduisant ses armées à des expéditions lointaines, il chercha à les exercer. Il autorisa les tournois. Là surtout^ la jeune noblesse apprenait à bien manier un cheval et à soutenir à armes courtoises ces combats singuliers qui se reooavelaient sans cesse dans les chocs d'armée contre année. Les masses se précipitaient les unes contre les autres, rois, princes, ducs, comtes et chevaliers marchant en tête et chacun se mesurant avec l'adversaire que le hasard mettait en face de lui. Un grand combat était la somme de dix ou vingt mille duels particuliers.
En 1214, à la bataille de Bouvines, on remarqua un peu plus d'ordre. Le roi avait commencé d'ailleurs à avoir des troupes réglées qu'il soudoyait, d'où vint le nom de soldat. Ce n'est pas, au reste, le plus ancien exemple de troupes soldées qu'on connaisse, car Edgar Boutaric dit (d'après Richer, t. Il, page 266), dans son excellent ouvrage sur les institutions militaires de France, que c le comte Foulques d'Anjou envoya contre Conan, duc de Bretagne, 40,000 hommes, tant de ses vassaux que de mercenaires : Fulco copias parabat et eœercitum tam de suis quam conducticiis congregabat (Richer). p Dans cette nombreuse armée, il y avait donc déjà des gens d'armes soldés.
10 INSTITUTIONS d'ÉDOGATION MILITAIRE
Passons rapidement sur le treizième siècle, et arrivons au quatorzième, où nous rencontrons l'invention de la poudre, qui daterait, a~t-on dit, de 1530. On arrivera peut-être à connaître la da^e du premier coup de canon tiré en France. Le savant Ducange, au xvii'' siècle, et naguère le non moins savant M. Lacabane, avaient fixé^ jusqu'à preuves contraires, cette date à 1338. Mais celui-ci, d'après certaines pièces des archives de Florence^ indique qu'en 1326 on parlait déjà de pièces de canon en métal. M. Lorédan Larchey établit, en outre, que dès 1324, les habitants de Metz se sont servis de deux pièces de canon dans une sortie. Un compte de Barthélémy Drach, trésorier des guerres, prouverait l'emploi des armes à feu dès 1338. Plusieurs auteurs prétendent que les Vénitiens usèrent de ce nouveau moyen de destruction, en 1366, au siège de Clodia-Fossa, quelques Allemands leur ayant apporté deux petites pièces d'artillerie en fer avec une certaine quantité de poudre et de plomb. Quoiqu'il en soit, cette invention dût faire une véritable révolution dans l'art de la guerre et changer successivement toutes les règles de la tactique militaire, qu'on dût étudier avec soin, sous peine d'être vaincu. La science put enfin contre-balancer les effets de la force brutale; pour être général, il ne suffit plus de savoir manier ses armes et d'être le premier par l'audace et le courage.
Un grand pas, d'ailleurs, allait se faire. L'institution des compagnies d'ordonnance, sous Charles VU, fut la base des armées permanentes.
c Si on lisait avec attention l'histoire des peuples
LITRE PREMIER il
qui ont recouvré leur indépendance, dit le général Lamarque (4), on verrait qu'en dernière analyse les efforts des populations n'ont eu de résultats favorables que lorsqu'ils se combinaient avec ceux d'armées bien exercées et conduites par des grands capitaines. »
c Si, parfois» dit encore le général Âmbert (2), les années permanentes sont le glaive des nations, plus souvent encore elles en sont le bouclier. Derrière ce bouclier, le magistrat rend la justice, le savant médite^ les lettres et les arts se développent à Tenvi, les champs sont fécondés, la richesse encourage le luxe et le pays marche d'un pas tranquille et sûr vers le progrès et l'avenir. »
Aux xi^ et xiT siècles, le roi et les grands feudataires âitretenaient à leur service des bandes soldées avec lesquelles ils pouvaient continuer leurs entreprises guerrières. Ces bandes contribuaient grandement au succès, malgré ou peut-être même en raison de leur composition ; cavaliers, fantassins, gens de tous pays, de toute race, sans foi ni loi, sans liens de famille, braves, rompus à la fatigue, redoutables et cruels.
Le vassal, soldat aujourd'hui, colon le lendemain, ne pouvait être de la même utilité. Les premiers étaient au plus offrant ; avec eux marchaient le massacre, la destruction et toutes les horreurs de la guerre. Louis Vil les adjoignit à son armée. On retrouve ces cotereaux, brabançons ou routiers en Angleterre, au service de Henri II et de ses fils pendant leurs guerres intestines. Vers la
(1) Géoéral Lamarque. Nécessité d'une armée permanente, 1804. (i) Général Ambert. Armées permanentes et improvisées. (Moniteur (U l'armée, i" juin 1864.)
Iî2 INSTITUTIONS d'ÉDUGATION MILITAIRE
fin (lu xn* siècle, Philippe-Auguste les conduisit contre les Anglais, et parvint à les discipliner. Sous ce roi, dont Tâme était vigoureusement trempée, ils vinrent même à se contenter de leur solde, suffisamment élevée d'ailleurs. A Bouvines, ils combattirent bravement. Plus tard, après la guerre contre les Albigeois, ces bandes se livrèrent à de nouveaux désordres; les populations les poursuivirent impitoyablement. Enfin elles disparurent vers le milieu du xu"* siècle.
« L'adjonction des routiers, dit Edgar Boutaric, fiit le premier élément de réforme introduit dans l'armée féodale, si difficile à réunir. Et qui ne voit, ajoule-t-il, que cette modification dût introduire des changements jusque dans la lactique militaire. »
Des services rendus par ces bandes redoutables, aussi redoutables souvent à ceux qu'elles défendaient qu'aux ennemis eux-mêmes, naquit donc la première idée des armées permanentes,^ qui, dans des conditions plus normales, pouvaient seules soutenir l'honneur de la France et la sauver au besoin.
Le régime féodal ne pouvait suffire à cette obligalion sacrée. L'adjonction des routiers porta à la chevalerie un coup qui devint bientôt mortel. Il est impossible de ne pas reconnaître tout ce qu'il y avait en elle de grand et de magnifique. Elle commença, du reste, à perdre son caractère féodal le jour où Philippe-Auguste entretint à sa solde un grand nombre de chevaliers, d'archers et même d'ingénieurs. Quand ce grand souverain comprit que la prospérité et la tranquillité de la France exigeaient qu'il eut à ses ordres des troupes réglées, il convertit le service
militaire du par les propriétaires du sol et les ecclésiastiques en une contribution réelle, sous peine d'amende. La noblesse ne fut pas plus sujette à cette contribution qu'à l'amende, parce qu'elle continua de servir personnellement et surtout à ses propres dépens ; quand cette contribution devint ordinaire , sous le nom de tailles, les nobles en furent encore exempts, non pour la même raison, mais par privilège et par habitude, puisque Tétat social n'était plus précisément le même.
Beaucoup ont confondu les grandes compagnies avec les routiers; elles finirent, il est vrai, comme ceux-ci avaient commencé, mais le premier élément en était plus fiançais. C'était une espèce d'armée indépendante^ qui se forma vers 1560, sous le règne du roi Jean, et se recruta par fractions commandées par des hommes d'action toujours gentilshommes.
Nobles ruinés, cadets des familles, roturiers turbulents^ bâtards sans patrimoine, chacun y entrait sans qu'on s'inquiétât de son passé ; il fallait seulement être fort et brave. Après la bataille de Poitiers, ces compagnies ne quittèrent pas leurs chefs, elles guerroyèrent sous leurs ordres pour leur propre compte, et, ne recevant plus de paie, commirent de tels dégâts, que Jacques de Bourbon, comte de la Marche, fut envoyé, en 1561, pour les dissiper ; mais il fut battu et tué à Briguais, près de Lyon. En 1566, Du Guesclin parvint à les emmener en Espagne au service de Henri deTranstamare. Une partie, par suite des événements de cette guerre, fipit par passer dans lamiée du prince Noir, puis ensuite rentra en France en la traitant, comme d'ordinaire, en pays conquis.
14 INSTITUTIONS d'ÉDUGÀTION MILITAIRE
Charles V cherchait depuis longtemps à employer ces compagnies contre l'étranger, quand la guerre avec les Anglais lui permit de les utiliser.
Elles contribuèrent ainsi à la conquête de la Guienne.
Les règnes de Charles VI et de Charles VII favorisèrent l'existence de ces bandes, bientôt connues sous les noms d'Armagnacs. puisd'Ëcorcheurs. Mais (fuand Charles VII eut, avec leur secours, reconquis son royaume, il voulut en délivrer la France, et les remplacer en les utilisant par une armée en partie permanente. L'entreprise n'était pas facile. En 1444, René d'Anjou, qui était rétabli dans son duché de Lorraine, engagea le roi à faire le siège de Metz, cette ville prétendant être indépendante de son autorité. Le roi y consentit, mais son principal motif était d'occuper ces terribles compagnies pendant le temps de la trêve, qui, d'après le traité fait avec les Anglais, devait durer jusqu'en 1448 : il fut battu et une partie des Ecorcheurs furent anéantis. En même temps il envoyait le Dauphin, depuis Louis XI, au secours de Sigismond,duc d'Autriche, en guerre avec les Suisses; à peu près vaincus, ils firent néanmoins éprouver tant de pertes à leurs ennemis que Louis se le rappela et évita toujours de les attaquer. Au retour, les routiers ayant voulu, suivant leurs habitudes invétérées, ravager les bords du Rhin, furent exterminés, au moins en partie, par les paysans.
Ainsi Charles VU, dans ces deux campagnes, peu glorieuses pour ses armes, avait atteint son but et put, tout en choisissant les plus braves de ceux qui restaient pour organiser une nouvelle armée, écarter les autres en trop
petit nombre, d'ailleurs, pour porter ombrage. Il prit à l'égard des congédiés des mesures d'ordre tout particulières.
Jusqu'à ce moment, les armées se composaient de nobles et de vassaux obligés à un service temporaire, d'autres retenus par Tappât d'une solde, et de routiers allant s'offrir au belligérant qui lui promettait un gain plus élevé ou de plus riches chances de pillage.
Il n'existait pas, à cette époque, de grades militaires inférieurs. Mais on avait dû créer des charges élevées, pour que le roi fût dignement remplacé quand il ne pou- ?ait aller lui-même se mettre à la tête de ses troupes.
ÂQ xi"" et au xu* siècles, le commandant suprême était le grand-sénéchal de France, qui, sous le règne de Philippe-Auguste, fut remplacé par le connétable. Ce même roi créa en même temps deux maréchaux de France, qui, pendant la guerre seulement, étaient sous les ordres du connétable. Saint Louis créa une charge de maître des arbalétriers; ce dignitaire commandait non-seulement les arbalétriers à pied et à cheval, mais aussi les gens de pied. Remarquons ici, qu'à partir de Philippe-de- Valois, toute la France fut partagée militairement entre les maréchaux elles princes avec le titre de lieutenant du roi. Au moment où nous écrivons, cette division a été rétablie : l'empire est divisé en cinq grands gouvernements militaires, et à la tête de chacun se trouve un maréchal de France. Sous les ordres des connétables et des maréchaux, les baillis et les sénéchaux réunissaient entre leurs mains toutes les branches de l'administration. Les trésoriers de France étaient d'abord chargés seuls de la solde des troupes;
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mais, sous Philippe-le-Long, on nomma un trésorier des guerres.
I/organisation militaire faisait toujours, comme on le voit par les détails précédents, quelque progrès sous chaque règne; mais la tactique restait tout simplement à l'état de théorie chez ceux qui lisaient et étudiaient les livres anciens. Foulques d'Anjou, en 9H , faisait de Végèce sa lecture favorite, nous dit le moine Richer. Néanmoins, aucune application sérieuse des règles de la tactique n'était possible avec les habitudes des chevaliers, chargés d'armures pesantes ; ils combattaient en haie, ne voulant être ni couverts, ni dépassés par leurs voisins. Puis la mêlée se faisait, et chacun combattait pour son compte. La voix d'un chef se serait vainement fait entendre (1).
On nous pardonnera de nous être un peu trop laissé entraîner par ces détails ; mais n'est-elle pas, pour ainsi dire, le passage d'une ère à l'autre, cette nouvelle institution, qui allait permettre à la lumière de se répandre, aux génies de se développer et de concourir, de siècle en
(1) La plupart du temps, dans les grandes batailles, ces gens d'armes étaient obligés de combattre à pied, et alors les arcbers anglais, si bien formés à cette sorte de combats, avaient bien promptement raison de ces bommes pesamment armés, qui ne réussissaient pas mieux à pied qu'à cheval contre de pareils ennemis. « Ce ne sont pas, dit Henri « Martin, les armes à feu qui ont tué la chevalerie, c'est la créaUon de « l'infanterie moderne, dont le caractère est la réunion de l'arme de « jet et de l'arme blanche dans la même main. Les arcbers anglais « avaient déjà ce caractère, quoi qu'ils n'eussent pas d'armes à feu. » Nous admettons, mais seulement dans une certaine mesure, l'opinion d'Henri Martin. Dès cette époque, Tinfanterie décidait du gain de la bataille, surtout quand elle était composée d'hommes tels que les archers anglais. Mais les armes à feu venaient faire un art tout nouveau de l'art de la guerre et annihiler la chevalerie, puisque dans les combats la cavalerie ne devait plus être comptée que comme corps de poursoite et non comme corps principal de bataille.
siède, à la grandeur de la France. II fallait donc Texpliquer. D'ailleurs, l'organisation d'une armée permanente nedùt-elle pas être nécessairement suivie de celle des institutions d'éducation militaire? L'une est le corollaire obligé de l'autre.
La nécessité d'une réforme complète dans l'armée et de l'institution d'une force armée permanente était passée à l'état de vérité vers le milieu du xv^ siècle. Rien, en effet, ne pouvait être stable, aucune propriété n'était garantie, nul ne pouvait sauvegarder l'existence de sa iamille, l'honneur de sa femme et de ses filles, tant qu'au premier danger il fallait s'adresser, pour défendre l'État, à des troupes ne vivant que par le pillage et passant souvent à l'ennemi, quand à son service elles rencontraient plus d'avantages. Pendant un trop court moment, la Pucelle d'Orléans avait reformé l'armée. Du premier jour, elle avait su la conduire, former ses lignes comme le chef le plus habile, et se battre ensuite en tète des plus valeureux. Aussi l'homme d armes n'osait plus se livrer au pillage, le gentilhomme s'inclinait devant Jeanne ; La Hire , Xaintrailles et tant d'autres vieux capitaines d'Écorcheurs avaient renoncé à leurs habitudes de cruauté et de vol. Mais, après la mort de l'héroïne, la plupart y étaient revenus, ainsi que l'attestent les plaintes énergiques des Ëtats de 1459.
Cependant, dès 1436, le connétable de Richemont avait résolu de doter la France d'une armée permanente. 11 avait commencé par faire pendre sans rémission tout homme d'armes pris en flagrant délit de vol et de pillage. Mais on était bien loin encore de comprendre cette absolue
nécessité. Malgré ces premiers efforts, le peuple des campagnes gémissait sous le poids de la plus intolérable tyrannie. « Les détails rapportés par les contemporains, dit Henri Martin, font frémir en révélant les abîmes de férocité et de dépravation où peut se précipiter la nature humaine. » Les États généraux, désirant guérir une plaie dont, dans un temps donné, la gravité pouvait causer la perte de la patrie, décrétèrent qu'une taille d'un million 200,000 fr. par an serait spécialement consacrée à solder des troupes permanentes, qui tiendraient garnison dans des places frontières (1).
Ces États généraux, rassemblés à Orléans en 1439, arrêtèrent donc en principe ces salutaires réformes. Nous avons vu comment, en 1444, Charles YII avait agi pour se conformer à un vœu si national. « L'ordonnance constitutive de la cavalerie, dit Edgar Bou tarie, est restée inédite jusqu'à nos jours. Elle ne fait pas partie du grand recueil des ordonnances du Louvre, mais les détails en étaient connus par les récits des historiens contemporains. Ce document, récemment découvert au musée Britannique, donne des renseignements entièrement nouveaux sur la solde. »
Le 26 mai 1445, Charles YII, étant au château de Louppy, rendit un édit dans lequel il se plaignait « de c la grant destruction qui se faisait à cause du grant et
(I) Une ordonnance du 6 octobre 1447 attribua au Prévôt de Paris la juridiction, dans tout le royaume, sur tous « les larrons, mendiants, épieurs, ravisseurs, etc. » Elle venait compléter ainsi les mesures d*ordre qu'il fallait prendre au moment où on dissémina en divers lieux les restes des grandes compagnies. Alors une juridiction militaire eût été de nul effet.
c excessif nombre de chevaux et de gens de néant qui
€ estaient ës-compagnies, et de rien ne servaient fors à
€ mangier et piller le povre peuple, d II ordonna que tout
€ le dit bagage serait mis et gecté hors desdites compa-
c gnies, et envoyé chacun en leur hostel et domicile» faire
c leur mestier, et vivre ainsi qu'ils avaient accoustumé de
c &ire auparavant, et ne demourast seulement que certain
c nombre de gens d'armes et de traict, qui auront, c'est à
€ savoir, chascun homme d'armes, un coustillier, un paige
c et trois chevaulx, et deux archers ou paiges, ou ung valet
c de guerre et trois chevaulx. » Pour la conduite de ces
bommes d'armes, il commettait < certains notables chiefs,
c DOS sujets bien récéants, et qui ont que perdre, en nostre
c royaume, experts et cognaissans en telz matières, les-
< quels seront tenus de répondre et rendre compte des
c gens qu'ils auront en leur charge. >
Nous renvoyons à l'utile et si remarquable ouvrage de M. Edgar Boutaric pour tous les détails concernant cette iostitution. Il ressort de cette ordonnance qu'il nous fait connaître, et de ce que nous en dit le père Daniel, que Charles VII établit quinze compagnies formées d'un certain nombre de lances ou hommes d'armes. Chaque lance avait avec elle cinq personnes : elle était alors < fournie, > suivant l'expression du temps; ces cinq personnes étaient trois archers, un couteiller, espèce d'écuyer portant un couteau ou baïonnette, et enfm un page ou varlet. Ce titre de varlet ou valet avait une toute autre signification que la qualification de notre époque. Il était si honorable jadis que Philippe et Charles, fils de Philippe-le-Bel, sont qualifiés valets dans un compte du jour delà Pentecôte, de 1313.
Avec les troupes permanentes disparurent de plus en plus les obligations des feudataires, qui n'amenaient plus leurs vassaux qu'aux cas extraordinaires de convocation d'arriëre-ban. Ce fut le plus rude coup porté à la féodalité, qui, sous le règne suivant, devait en recevoir de plus mortels encore.
Les lances furent choisies principalement parmi les meilleurs soldats des grandes compagnies, et les nouveaux capitaines, sous les ordres desquels venait s'enrôler la noblesse française, furent fiers de leur titre.
Chaque lance devait être accompagnée d'un page, il y avait donc dans chaque compagnie même nombre de ces jeunes aspirants. Quand ils avaient employé leurs premières années sous le toit de leurs seigneurs ou patrons à se former autant que possible au métier des armes, ces jeunes pages suivaient une lance dans les compagnies d'ordonnance. Comme l'archer et le coutelier, ils escarmouchaient tantôt à pied tantôt à cheval, et, après la victoire, ils servaient surtout à poursuivre l'ennemi, étant armés plus légèrement que les hommes d'armes. Ils portaient le hoqueton ou casaque brodée aux armes du capitaine. Le page, dont les fonctions auprès de Thomme d'armes n'avaient rien de servile, était toujours un jeune homme de condition ou vivant noblement, qui, suivant l'ordonnance de Louis XII, devait avoir au moins 15 ans, et au moins 17 selon celle de François I*^, rendue en 1526. Il pouvait devenir archer ou gendarme. « Sous Henri II et les rois suivants, dit Lanoue, c'était la coutume de mettre les jeunes gentilshommes parmi les archers des compagnies d'ordonnance. » Cette institution des pages a
été le premier germe de celle que nous retrouverons plus tard des cadets-gentilshommes; les pages des compagnies d'ordonnance devenaient archers, puis finissaient par prendre leur place parmi les hommes d'armes, qui, sous Louis XII, étaient gentilshommes. € Sous François P% dit Montluc, qui lui-même avait servi comme archer, des seigneurs ne dédaignèrent pas de remplir les mêmes fonctions. 9 Par son ordonnance de 1575, Henri III décréta que tout archer serait de noble race.
Nous pouvons donc dire que les pages faisaient leur noviciat militaire dans ces compagnies d'ordonnance, qui devinrent ainsi les premières écoles militaires établies d'une manière stable, et que l'institution des cadets-gen- (ilsbommes dans les régiments ne fut qu'une réminiscence de celle de ces pages.
Les compagnies d'ordonnance formaient la cavalerie. Elles se composaient, sous Charles Vil, d un nombre indéterminé de lances; sous Louis XI, ce nombre paraît avoir été fixé à cent. Mais l'invention de la poudre, l'emploi de nouveaux engins de guerre obligeaient de donner satisfaction à une tactique qui, tout en se rapprochant sur certains points principaux et considérés comme axiomes de celle des Grecs et des Romains, devait s'en éloigner sur plusieurs autres. Les chevaliers et les gentilshommes ne voulaient combattre qu'à cheval, on ne pouvait donc pas créer de compagnies d'ordonnance d'infanterie suivant les mêmes errements et avec les mêmes éléments qui constituaient la cavalerie. Charles VII dut alors s'adresser directement à la nation par l'ordonnance que nous transcrivons ici :
c Ordonnons qu'en chacune paroisse de nostre royaume
< y aura un archer qyi sera et se tiendra continuellement
< en habillement suffisant et convenable de salade, dague, c espée, jacque ou hacque de brigandine, et seront appelez c les francs-archers ; lesquels seront esleus et choisis par c nos esleus en chacune élection, les plus droits et aisez « pour le faict et Texercice de Tare, qui se pourront trouc ver en chacune paroisse, sans avoir égard ni faveur à
< la richesse et aux requestes que Ton pourrait sur ce c faire; et seront tenus d'eux entretenir en l'habillement € susdit et de tirer de l'arc et aller en leur habillement € toutes les festes et jours non-ouvrables, afin qu'ils soient
< plus habiles et usitez audit faict et exercice, pour nous
< servir toutes les fois qu'ils seront par nous mandez
« Et leur feront payer quatre francs pour homme par cha-
< cun mois, pour le temps qu'ils nous serviront.
c Ordonnons qu'ilz, et chacun d'eux, soient francs et c quites, et iceux exemptons de toutes tailles et autres
< charges quelconques, qui seront mis sus, par de nous, € en nostre royaume, tant de fait et entretenement de nos c gens d'armes, du guet, garde et port, que de toutes autres c subventions quelconques, excepté du fait des aydes c ordonnez pour la guerre et gabelle du sel.
« Ordonnons qu'ils feront le serment par devant les
< esleus de bien etloyaument nous servir envers et contre c tous.... Et ne serviront en fait de guerre, ne audit 41 habillement sans notre ordonnance. Voulons que lesdits c francs -archers soient par nos dits esleus enregistrez
< par noms et surnoms, et les paroisses où ils seront
< demourans, et que de ce sera fait registre en la cour.
c Donné aux Montilz-les-Tours, Tan 1448, et de nostre c règne le vingt-sixième, v
Les forces de la France s'élevèrent alors à 65,000 hommes, dont 18,000 de cavalerie. La dépense annuelle montait à 44 millions.
Cette réforme produisit en peu de temps les plus heureux fruits. L'agriculture, cette richesse inépuisable du sol français, devint florissante. Le commerce s'accrut prodigieusement; la civilisation, enfin, s'éleva rapidement du sein de l'ordre et de la prospérité.
€ On doit regarder, dit Mazas, ce mode adopté comme le changement le plus notable qui se soit opéré dans notre système militaire. Il fut pour les armées françaises 08 que les institutions de Marius avaient été pour les légions romaines, et de même que la République n'eut plus à déplorer de désastres semblables à ceux de la Trébie, de Trasimène et de Cannes, de même on ne connut plus de revers aussi cruelsque ceux de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt. Bientôt même la France reprit une supériorité si marquée sur rAngleterre, que celle-ci fut obligée de demander comme une faveur le renouvellement de la trêve. »
La création de cette infanterie laissait, cependant, encore beaucoup à désirer ; elle devait faillir bien des fois à sa destination avant de devenir aussi parfaite que nous la voyons aujourd'hui. Mais, enfin, on venait de faire un grand pas. De ce jour, remarquons-le bien, l'élément populaire était appelé directement par la couronne à la défense du pays, sans l'intervention des seigneurs.
Le franc-archer appartenait donc au roi ; il pouvait être convoqué à toute heure et pour un 'temps indéter-
miné. La noblesse ne représentait plus l'armée à elle seule; elle allait, à son tour, être soumise à des règlements impérieux. Bientôt on devait voir les jeunes gentilshommes s'empresser d'entrer comme surnuméraires dans des corps disciplinés, et y combattre en attendant que des places de commandement se fissent pour eux.
Outre la salade (casque), et la jacque (casaque en buffle), les francs-archers portaient la brigandine, espèce de corselet fait en lames de fer, attachées les unes aux autres dans leur longueur par des clous rivés ou par des crochets, et la rondelle, espèce de bouclier de figure ronde ou ovale qu'on retrouve encore sous Henri IV.
Les francs-archers étaient divisés en quatre habillements, différant par leurs armes offensives ou défensives.
Les francs-archers se distinguèrent, sous les ordres du maréchal de Richement, à la bataille de Formigny, près de Bayeux, et contribuèrent à cette victoire qui réunit définitivement la Normandie à la France, en 1450. Nous les retrouvons, en 1453, à Castillon, près de Libourne, sous les comtes Dunois, de Penthièvre, de Foix et d'Armagnac. Talbot, surnommé l'Achille de l'Angleterre, fut tué à la bataille de Castillon, après laquelle les Anglais furent chassés de la Guienne.
Charles VII et Louis XI s'occupèrent avec soin de cette organisation. Mais ils ne purent pas compter d'une manière absolue sur cette nouvelle force, imparfaite, nous le répétons, comme toute création à son début.
Charles VII institua pour sa garde particulière une compagnie de gardes-du-corps écossaise. Déjà Philippe- Auguste avait créé pour le même motif une compagnie de
sergents-d'armes , tous gentilshommes. On craignait à cette époque, disent quelques auteurs, les entreprises des Assissins ou Assassins, sectaires Ismaïliens, dont le chef se nommait le Vieux-de-la-Montagne.
Ces compagnies devinrent de véritables écoles pour les jeunes nobles qui, servant sous les yeux du roi , se formaient avec avantage au métier des armes.
La compagnie écossaise fournissait vingt-cinq archers, dits de la Manche, qui prirent successivement le titre d'archers du corps et de gardes de la Manche.
Sous le règne de Charles VII, l'artillerie avait déjà acquis une véritable importance ; dans les sièges et en pleine campagne, il fallait compter avec elle. Au siège d'Orléans, en 1428, les bombardes anglaises lançaient des boulets de grès de 200 livres. Les Orléanais leur opposaient aussi des pièces formidables. Les châteaux et les villes avaient leur artillerie comme l'armée. En 1440, quand le Dauphin, aigri contre son père par les ducs de Bourbon et d'Alençon, se révolta en formant le parti appelé la Praguerie, le roi écrivit pour défendre « qu'aucuns n'obéis- € sent ou ne souffrent qu'il soit obéi au Dauphin, qu'on « ne lui baille aucuns vivres, harnois, artillerie ou autres c biens quelconques. > Les deux frères Bureau siégeaient dans le conseil de Charles VII. L'un d'eux, Jean, c cessa, dit Augustin Thierry, d'être homme de robe pour devenir, sans préparation, grand-maître de l'artillerie, et faire le premier, de cette arme encore nouvelle un emploi habile et méthodique. >
Charles VII , dont le règne fut si agité, qui fut attaqué par des ennemis puissants et entouré par de vaillants
26 INSTITUTIONS D'ÉDUCATION MILITMRE
défenseurs, mourut à Meur, dans le Beiry, le 22 juillet 1461» après trente-huit ans d'un règne qui fait époque pour l'organisation et l'instruction future deTarmée française. Louis Xï, son successeur, était âgé de trente-neuf ans à la mort de son père. Preux chevalier avant de monter sur le trône, il reparut peu, comme roi, sur les champs de bataille; néanmoins, il se montra aussi sévère pour maintenir Tordre et la discipline dans ses troupes qu'implacable pour les grands seigneurs qui déviaient de la ligne du devoir, quoiqu'antérieurement il leur en eût donné l'exemple.
Ses ordonnances, à ce sujet, furent si sages qu'elles ont été à peine modifiées. Il n'estimait la noblesse que lorsqu'elle remplissait ses obligations : servir était, selon lui, la principale. Les États du Languedoc lui ayant accordé la somme de 198,000 fr. à la condition que cette imposition fût supportée par tous, quels que fussent le rang et la position de chacun, il en exempta cependant les clercs vivant cléricalement et les nobles vivant noblement, c'està-dire ceux qui étaient sous les armes ou qui, par leur âge, leurs blessures et leur mauvaise santé, ne pouvaient pas servir. Il ne regardait pas comme nobles, ni même comme citoyens, dit Duclos dans l'histoire de ce prince, ceux qui étaient inutiles à la société. Dans l'introduction de son Rosier des guerres, qu'il fit composer pour l'instruction du Dauphin, on lit ces deux vers :
« Et ceux qui sont en Tétat de noblesse,
c( Sont pour garder chacun qu'on ne le biQsse. »
« J'aime mieux, disait le roi dans cet ouvrage, ces gentilshommes qui attendent toute leur fortune de leur
épée, qui endossent le harnais de bonne heure, qui cherdient les occasions de se distinguer, qui s'exposent et affrontent les dangers, que ces seigneurs fainéants qui croient que tout est dû à leur naissance. Les grâces et les récompenses ne sont pas pour des paresseux, pour des hommes qui sont hiutiles et, pour ainsi dire, à charge à l^tat. 9 Cette maxime est de tous les temps : devonsnous dire qu'on ne saurait trop la répéter et la faire comprendre à toute la jeunesse de France ? L'oisiveté n'a jamais pu être un devoir.
Louis XI voulait que le soldat fût toujours prêt. Trouvant un jour les gentilshommes de sa garde mal tenus, il leur envoya des écritoires pour toute remontrance, disant quils se serviraient probablement mieux de leurs plumes que de leurs épées.
La bataille de Guinegate fut à peu près perdue, en 1 479, prce que la cavalerie française, composée de 1 ,800 lances appuyées de 4,000 francs-archers, se précipita à la poursuite des cavaliers flamands pour faire des prisonniers et les mettre à rançon. Les francs-archers, croyant au gain de la bataille, se mirent à piller au lieu de combattre et furent taillés en pièces par les troupes de Maximilien d'Autriche. Le roi comprit combien pouvait être funeste au succès de ses armes ce reste des habitudes du moyenâge. La rançon du prisonnier appartenant de droit à son vainqueur , il s'ensuivait que le désir d'en faire le plus grand nombre possible pouvait l'emporter sur celui de combattre, et que tout plan de bataille devenait ainsi inexécutable.
Louis XI écrivit donc à M. de Saint-Pierre, grand-
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sénéchal de Normandie, en ces termes : c Monsieur le grand-sénéchal, je vous prie que vous renK)ntriez à M. de Saint-André que je veux être servi à mon profit et non pas à l'avarice. Tant que la guerre dure, mettez les prisonniers au butin, et de ceux que vous verrez, qui me pourront nuire, je vous prie qu'ils ne soient point déHvrés... Je fais que tout soit au butin ; car, par ce moyen, les capitaines auront tous ces prisonniers pour un rien qui vaille; c'est ce que je demande, afin qu'ils tuent une autre fois tout, et qu'ils ne prennent plus de prisonniers, ne chevaux, ne pillage, et jamais nous ne perdrons bataille. Je vous prie. Monsieur le grand-sénéchal, mon ami, parlez à tous les capitaines à part, et faites que la chose vienne ainsi que je la demande... Dites à M. de Saint-André qu'il ne fasse pas du floquet, ni du rétif, car c'est la première désobéissance que j'aie jamais eue de capitaine... Je lui ôterai bientôt la tète de dessus les épaules ; mais je crois qu'il ne me contredira pas. >
Louis XI s'en prenait toujours aux chefs et était convaincu qu'il fallait répandre le plus noble sang, quand il était criminel, de préférence au plus vil.
Le non -succès de la bataille de Guinegate dégoûta probablement le roi du service des francs-archers, qui ne marchaient ordinairement qu'à contre-cœur. Duclos dit que cette même année « il fit avancer 6,000 Suisses à la place des francs-archers, qu'il avait cassés. > Plusieurs auteurs affirment ce dernier fait, d'autres le nient et disent qu'à la mort de Louis XI il se trouvait encore beaucoup de francs-archers dans son armée. Il est probable que sans les supprimer, il ne s'en servit que le moins
pos^ble, et que la taxe de 4 fr. 10 sols par mois fut imposée ain paroisses qui n'avaient plus d'hommes assujettis à ce service, Henri Martin dit à ce sujet, t. VII, page 139 : c La noblesse fut autorisée à se racheter du service féodal à prix d'argent, et les francs-archers furent supprimés ; oa ne demanda plus aux paroisses qu'une taxe au lieu d'hommes. Le roi remplaça cette infanterie légère par des soudoyers armés de piques et d'arquebuses et plus propres à combattre en ligne; le noyau de la nouvelle milice poinaDenle fîit formé de Suisses ; les cantons prêtèrent au roi 6,000 de leurs redoutables fantassins. L'abolition des francs-archers fut un grand mal ; il eût fallu améliorer et non supprimer cette milice nationale. »
Louis XI avait compris toute l'importance que l'infanterie allait prendre désormais dans la composition des années, et en cette même année 1479, il cassa dix cornpagnies d'ordonnance, commandées par Dammartin, de Briquebec, de Craon, de Moui, d'Oriole, de Ruffec de Balzac^ de Guérin, de Robinet du Quesnoi, du Buffet et d'Éiienne de Poysieu. Il soupçonnait, en outre, plusieurs d'entre eux de l'avoir trahi. Orioleet son lieutenant, convaincus d'avoir entretenu des intelligences avec Maximilien, eurent la tête tranchée. De cette suppression résultèrent des économies; ne pouvant utiliser, ainsi qu'il l'aurait voulu, les francs-archers, Louis XI leva des bandes de volontaires qu'on nomma aventuriers et soudoya 6,000 Suisses pour instruire ces nouvelles troupes, qu'il porta de suite au nombre de 10,000 hommes.
Si les officiers qui observent et cherchent à s'instruire, peuvent profiter des différentes circonstances de guerre
pour devenir plus expérimentés, il n'en est pas de même du soldat, qui doit être dressé, autant que possible, avant d'entrer en campagne. Aussi le roi s'empressa de profiter du temps de paix pour établir, à Pont-de-l'Arche^ un camp d'instruction sous le commandement du maréchal des Guerdes. On dit qu'antérieurement il y en avait déjà eu un en Picardie.
Gommines en parle dans ses c Groniques du Roy
< Loys XI (page 507, édition de 1572). Quand ce mal <K luy print (au roi) , ceux qui pour lors estoyent à luy le « tindrent pour mort, et ordonnerët plusieurs mandec mens pour rôpre une très excessive taille et cruelle, « que nouuellement il auait mise sus, par le conseil de € Monseigneur des Gordes, son lieutenant en Picardie, « pour entretenir dix mille hommes de pied tousiours « prests, et deux mille cinq cens pionniers, et s'appel-^ '
< loyent ces gens icy les gens du camp, et ordonna auec
< eux quinze cens homes d'armes de son ordonnance, « pour descendre à pied, quand il en serait besoing, et « si feit faire grand nombre de chariots pour les clorre, « et des tentes et des pauillons, et prenait cecy sur l'ost « du duc de Bourgongne, et coustait le cap quinze mille « fracs l'an. Quand il fust prest, il l'alla voir mettre au- « près du Pont-de-l' Arche, en Normandie, en vne vallée « qui y est, et y estoyent les six mille Suisses dont j'ay
< parlé ; et ce nobre jamais que ceste fois ne le veid et « s'en retourna à Tours , auquel lieu lui reprint sa <t maladie. t>
Le 15 juin 1480, Louis XI vint, en effet, visiter le dernier camp» et les chroniques du temps disent que « il
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éuît dessiné en belles rues et en belles places carrées, bordées de tentes, d'hôtelleries et de boutiques. »
Gommines, historien et diplomate, n'était pas homme de guerre ; aussi met-il à la charge des consciences de Charles VU et de son successeur toutes les dépenses qu'avaient nécessitées leurs institutions militaires et leurs uÂDS pour faire progresser la science de la guerre. < Mais ce qui est aduenu à ceste heure depuis et aduiendra, ditr-il, il chargea fort son âme et celle de ses successeurs ; et meit vue cruelle et dangereuse playe sur son royaume qui longuement seïgnera et vue terrible bande de gens d'arnoes de soulde, qu'il institua à la guise des sôgiieurs d'Italie. I^e dit roy Charles septième tenait à l'heure de son trespas dix-huit cent mille francs en toutes choses sur son royaume, et tenait enuiron dix-sept cent hommes d'armes d'ordonnances pour tous gensd'armes. Et ceux là en bonne justice à la garde des prouinces de sou royaume, qui de longtemps auant sa mort ne cheuauchërent par le royaume, qui estait un grand repos au peuple ; et à l'heure du trespas du roy nostre maislre, il tenait quarante sept cens mille francs ; d'hommes d'armes quelque quatre ou cinq mille gens de pied, tant pour le temps que des mortes-payes, plus de vingt-cinq mille. > Il faudra toujours aux peuples des armées permanentes, et dans sa note sur ce sujet , notre ancien condisciple, le général baron Ambert répond éloquemment à Commines. «Ces armées, dit -il, ces institutions sont onéreuses pour les Etats ; mais il vient un jour dans la vie des Dations où tous les trésors de la terre ne valent pas une
armée : c'est le jour fatal où l'on se dit : Être ou ne pas être. »
Ce premier camp d'instruction, formé en 4480, fut levé en 1485; les Suisses, que Louis XI n^avait engagés que pour exercer ses troupes, furent congédiés en 1482. Ils furent donc, à leur grand honneur, les premiers maîtres en fait de guerre de notre infanterie française. Ces fiers enfants des montagnes, dont le corps dès l'enfance était rompu à la fatigue , avaient conquis leur indépendance quand l'Autriche avait voulu les opprimer. Ils s'étaient rendus célèbres en Europe par leurs victoires remportées sur les armées aguerries de Charles-le-Téméraire. Maîtres du camp de leur ennemi, ils dédaignèrent les étoffes brillantes, l'or et les pierreries ; ils ne gardèrent que les armes : vainqueurs' de la cavalerie, ils restèrent fantassins. Leur esprit d'ordre, leurs vertus guerrières, leur dévouement à leurs chefs issus de nobles et antiques races tranchaient singulièrement avec les habitudes et les mœurs des autres troupes mercenaires ; prenant une leçon de chaque succès, ils furent appelés à en donner à leur tour et à prouver que l'infanterie devait être dans les armées non l'appendice, mais le noyau principal. Au xix*" siècle, nous les avons vus encore dans nos rangs , toujours habiles manœuvriers, toujours soumis à un code miUtaire terrible et toujours républicains, défendre jusqu'à la mort le palais des rois de France.
Louis XI avait envoyé au camp du Pont-de-l'Arche 1 ,500 hommes d'armes de ses compagnies c pour descendre à pied, quand il en serait besoin. » Ce prince, qui ne faisait rien sans calcul ni intention, cherchait à fon-
dre les deux armes et à les mettre au même rang. D'ailleurs, au milieu du combat il arrivait quelquefois que des gens d'armes descendaient de cheval et marchaient avec les archers pour leur donner du courage et les empêcher de fuir, c car entre les Bourguignons, dit Commines, € lors estoyent les plus honorés ceux qui descendoyent c avec les archiers et toujours si en mettait une grande « quantité de gens de bien ; afin que le peuple en fut plus c asseuré et combatist mieux. >
Ou reconnaissait qu'il valait mieux que les archers ne fussent pas montés, c et aussi telle opinion tiennent les € Anglais, qui sont la fleur des archiers du monde. »
Cependant, quand en 1475 le roi Edouard d'Angleterre vint en France pour se joindre au duc de Bourgogne contre Louis XI, il était à la tête de 1,500 hommes d'armes bien équipés et bien accompagnés, n'ayant aucuns pages, et 14,000 t archiers portât arcs et fles- € ches, dit Ck)mmines, et tous à cheval. > Il est probable, cependant, que ces archers si habiles à lancer leurs flèches combattaient à pied.
Cet historien nous apprend aussi que, dès cette époque, au moins dans l'armée bourguignonne, les lances d'ordonnance étaient divisées par petites fractions.
Dans l'ordre des gens de guerre que Charles-le-Téméraire amena devant Arras, il se trouvait 1,200 lances d'ordonnance, accompagnées chacune de trois archers, et dans chaque compagnie il y avait < dix hommes d'armes
«dauantage, dit Commines, sans le lieutenant Les
c nobles de ce pays très bien en point; car ils étaient bien € payez et conduits par notables chevaliers et escuyers. >
Ceux-ci faisaient évidemment partie de ramère-ban. Mais nous apercevons déjà des divisions moindres/des grades et une hiérarchie de commandement bien favorable pour accélérer l'amélioration de la discipline, et surtout l'instruction de l'armée.
Louis XI est le premier roi qui ait eu une artillerie considérable. Il Bt fondre douze canons auxquels il donna le nom des douze pairs du royaume ; il établit des fabriques de poudre et de nombreux ateliers. L'emploi de ces nouveaux engins de destruction vint ajouter de nouvelles règles à la tactique militaire, nous l'avons dit. Les chefs et les officiers durent les étudier, et même contribuer à les établir successivement par les épreuves qu'ils étaient appelés à en faire. Par ses lettres, on voit que le roi s'occupait lui-même des plus simples détails. «Je vous prie, € écrit-il aux gouverneurs du Roussillon et d'Anjou, que « j'aye demain deux grosses bombardes, et les chevrettes < garnies, ainsy qu'il faut, et tous les patays à potence
« qui sont prêts, et aussi les chats et les marteaux Je
« vous prie que vous m'envoyiez incontinent deux grosses « bombardes et deux grosses couleuvrines, et aussi deux € hommes que vous et le maître de l'artillerie vous m'en- « verrez pour en tirer, et Girault avec ses deux grosses € couleuvrines et ses deux grosses serpentines, garnies de € leurs boulets et de leur poudre. Donné à Ghalonne, le € vingt-quatrième jour de juin. >
Il fortifiait ses places avec le plus grand soin. On avait dû compliquer les moyens de défense depuis l'invention des armes à feu. Les ingénieurs vinrent d'Italie. Le roi écrivait au mois d'août 1472 au chancelier : « J'ai or-
c donné que monsieur le gouverneur de Roussillon et le c sénéchal de Beaucaire seront à Ancenis pour faire la
f meilleure garde qu'ils pourront et pour eux loger
c doivent faire fortifier ledit lieu d'Âncenis, et pour ce c faire a été avisé qu'il était besoin pour ladite fortiBcac tion qu'on lui fît délivrer jusqu'à mille sept cents c livres. >
Il voulait que ses troupes fussent exactement payées pour être mieux servi et mettre fin aux mutineries que causaient souvent les retards dans la solde. Il écrit à Bouret, sieur du Plessis, son secrétaire, en qui il avait mtanl de confiance qu'il lui était possible d'en accorder : € Monsieur du Plessis, vous sçavez comme je vous charc geai, dès Tours, de faire incontinent partir le clerc du « trésorier des guerres avec l'argent que j'avais ordonné € pour les gens d'armes à mon frère M. le connétable ; € toutes voyes, il m'a écrit qu'il n'a nulles nouvelles dudit c clerc, ni de l'argent, dont je ne suis pas content de la € diligence qui y a élé faite ; et pour ce, envoyez inconc tinent après pour le faire Imter, et ne vous excusez pas, c disant que vous l'aurez dit au trésorier des guerres ; € car, se faute y a, je m'en prendrai à vous. Car par votre « faute et celle dudit trésorier, vous me pouvez faire un 1 grand dommage, que vous ne me sçauriez réparer. A € Notre-Dame de Selle, 3 juin. >
Avec son caractère soupçonneux , Louis XI devait augmenter sa garde. « Premier, nous dit son historien, € n'y entrait guères de gens de dans le Plessis du parc € qui estait le lieu où il se tenait, exceptez gens et domes- € tiques. Et les archiers, dont il avait quatre cens qui en
36 INSTITUTIONS d'ÉDUCATION MILITAIIIE
« bon nombre faisoyent tous les jours le guet, et se pourc menoyent par la place et gardoyent la porte, i
Louis XI, en 1474, créa deux nouvelles compagnies de gardes-du-corps, qui prirent la dénomination de l'* et ^ compagnies françaises. Elles furent formées des archers attachés aux deux compagnies de 100 gentilshommes, qui, avec les deux compagnies écossaises, composaient la cavalerie de la garde.
Louis XI mourut au Plessis-les-Tours le 30 avril 1483, âgé de 60 ans, après avoir écrasé sous sa main de fer les derniers vestiges de la féodalité. Il laissait à son fils une armée plus nombreuse que celle dont il avait hérité de son père; car, sur le pied de guerre, il avait à sa disposition 64,000 hommes, tant cavalerie qu'infanterie, sans compter les Suisses et une puissante artillerie. Mais il s'occupa surtout de l'instruction de son infanterie, et nous avons à placer sous son règne la première institution créée dans ce but, le camp du Pont-de-l'Arche. Nous n'avons aucune indication sur les exercices qu'on y exécutait ni sur les leçons qui y étaient journellement données aux troupes soldées, mais nous restons convaincu que, dès ce moment, tous ceux qui tenaient à réussir et à avancer, travaillaient activement et cherchaient à résoudre tous les problèmes maintenant si bien connus de l'art de mettre en mouvement, sans désordre et sous le commandement de quelques chefs, ces masses nombreuses qui ne marchaient auparavant que d'instinct.
£t cependant on n'était qu'au début, et bien en retard : à vrai dire, nous n'avions pas encore d'infanterie. Car remarquons qu'Edouard lY venait au secours
da duc de Bourgogne, en 1475, avec une magnifique armée entièrement anglaise, et que les Allemands, les Italiens et les Suisses fournissaient des soldats à la France sans jamais lui en emprunter.
Nous voyons, au contraire, Louis XI et plus tard Charles VIII en former le noyau, comme infanterie, le plus solide de leurs armées ; les 10,000 aventuriers tenus pendant quatre années au camp du Pont-de-F Arche n'égalaient pas encore en discipline et en tenue les Suisses, leurs instructeurs, et Brantôme les appelait < gens de sac et c de corde, méchants garnements échappés à la justice, i» Dans le dénombrement de Tarmée de Charles Vfll, on les comptait au nombre de « XXIV millia peditum dife- « rentium arcus manuales et militibus Fraiicigenis, qui € lairones et vulgariler arcigeri nuncupantur. > El alors, comme maintenant, ne pouvait-on pas faire avec des Français la meilleure infanterie du monde entier?
Pourquoi seuls avions-nous besoin de troupes mercenaires ?
Ce fait devait éveiller l'attention des écrivains.
Edgar Boutaric répond ainsi : € On peut dire que si jusqu'alors (époque de la retraite des Suisses) il n'y avait pas eu d'infanterie^ c'est que les rois l'avaient voulu ainsi ; on avait craint de voir le peuple, dans lequel l'infanterie pouvait seule se recruter, s'émanciper par les armes. >
« Les prédécesseurs de Charles VIII, dit aussi Guichardin, redoutant l'impétuosité du peuple et instruits par les révoltes passées, s'appliquèrent à le désarmer et à l'éloigner des exercices militaires. >
Reportons-nous par la pensée à cette époque de tran-
38 INSTITUTIONS d'ÉDUGATION MILITAIRE
sition^ et, à ces très-justes explications, ajoutoos que Charles VU et Louis XI se sont avancés dans cette voie de civilisation et dé perfectionnement , toujours ouverte devant nous, aussi loin qu'il leur a été permis de le faire.
Au régime féodal, ils en substituaient un autre ; leurs institutions étaient des semences qu'il appartenait au temps seul de faire germer d'une manière plus complète. En attendant, Charles VIII va mettre en pratique, dans son expédition aventureuse, la théorie militaire de Louis XI.