‹ Institutions d'éducation militaireChapitre 6 sur 107 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SoniAnE. — Charles VIII. —Ordonnance de 1485 pour la levée des nouveaux francs-archers; emploi des francs-archers. — Cahiers des Etats généraux à Tours, 1484; discussion sur la permanence des armées; préjugés contre cette permanence. — Guerre d'Italie; défense du territoire; Gardes-du- corps du roi; composition de l'armée d'Italie ; résultats de la guerre d'Italie au point de vue de l'instruction de l'armée; retraite de Charles VIII; bataille de Fornoue, 6 juillet 1495. — Progrès de l'infanterie gasconne. — Mort de Charles VIII, 7 avril 1498. — Louis XIL — Compagnies d'infanterie; Bayard et de Molard, premiers fantassins de France; rictoire des Suisses à Novarre, 1513; Bayard, capitaine de gens de pied. — François I«'. — Marignan; gens de pied vainqueurs des Suisses; bataille de Pavie, 1545; Pescaire et ses arquebusiers.— Réorganisation de la cavalerie, lî février 1534. — Légions de François I", 24 juillet 1534. — Henri II, 1547. — Réorganisation des légions. — Écoles des jeunes gentilshommes comme anspessades dans l'infanterie ; décadence des légions. — Gardes de Louis XII et de François V^. — Cavalerie légère. — Camp du maréchal de Brissac, école pour l'officier et le soldat. — François II, Charles IX. — Formation des premiers régiments, 1560 et 1568; cadets-gentilshommes aux gardes françaises; cadets-gentils* hommes dans les régiments. — Opinion du capitaine Lanoue,i587; le régiment de Piémont la meilleure école militaire; conseils de I^noue aux pères de famille; erreur de ceux qui pensent que le courage suffit à ceux qui font profession des armes.

Charles Mil, âgé de \ 5 ans, succède à son père en 1483. Pendant sa minorité, Anne de France, dame de Beaujeu, assistée d'un conseil, gouverna la France ainsi que Tavait ordonné Louis XI. L'attention se portait toujours sur la composition d'une bonne infanterie : par le recrutement des aventuriers, on reconnaissait ne pas avoir encore atteint le but. Une ordonnance de 148S vint prescrire

une levée de francs-archers dans la proportion d'un homme par cinquante feux < de la moyenne échelle > et choisi par les habitants eux-mêmes.

Ainsi cette mesure n'était pas oppressive. On cherchait à se rapprocher le plus possible de l'engagement volontaire sans en avoir les inconvénients. < Attendu, dit l'ordonnance, qu'il serait nécessaire, avec les gens de guerre de nos ordonnances^ qui sont tous à cheval, avoir, mettre sus et entretenir quelque nombre de gens de guerre à pied, tel que serai ad visé ; attendu que gens de cheval ne peuvent aisément faire grand exploit sans gens de pied ; sur ce, ordonnons de prendre un homme par cinquante feux. »

Peut-être aussi prévoyait -on des expéditions lointaines, qui entraîneraient loin de la France les principales forces armées. Il était alors prudent qu'on se formât une réserve. Cette milice fut peu employée, puisque le père Daniel prétend qu'elle ne fut pas levée. En tous cas, elle n'est pas sortie du territoire. D'après Molinet, Edgar Boutaric indique que 400 archers périrent au siège de Nantes^ que le roi, en 1487, dans sa guerre contre le duc de Bretagne, avait été obligé de lever après avoir pris plusieurs autres villes.

Les cahiers des États généraux, rassemblés à Tours en 1484, nous démontrent combien peu étaient appréciés les efforts des deux derniers rois pour le perfectionnement des institutions militaires et de l'instruction des troupes. D'un côté, la noblesse demande à ne plus être convoquée pour le service militaire qu'au cas où le pays serait en périls et elle ajoute : < Si on croit absolument qu'on ne

puisse se passer d'un corps de troupes toujours existant, il faut le réduire à l'effectif de Charles VU. » Comment b noblesse ne comprenait-elle pas qu'une armée permaneote, bien oi^nisée, rendait inutile la convocation du ban et de Tarriëre-ban.

D'un autre côté, le chapitre du tiers-état, ou, comme OD disait, du commun, entre dans de grands détails sur l'épuisement du royaume. Il contient surtout des plaintes amères sur les désordres des gens de guerre stipendiés pour défendre le peuple et non pour le piller. Un des représratants les plus recommandables du clergé, Jean Haaselin, officiai de l'archevêché de Rouen et rédacteur du journal des États de 1484, fut chargé par eux de parler à l'assemblée générale où devaient assister le chancelier et les princes, c Je passe maintenant, dit-il, à

ce qui regarde les troupes. On a réglé cette dépense sur le pied de 2,700 lances et de 6 ou 7,000 hommes d'infanterie, et l'on n'a pas manqué d'y ajouter les frais du camp royal. Les Etats m'ont chargé de faire sur cet objet les représentations suivantes. La France, quand elle n'aurait aucunes troupes mercenaires, ne pourrait jamais être regardée comme un État sans défense. Elle porte dans son sein une noblesse brave et aguerrie, obligée, par son institution et par la nature de ses possessions, de voler à la défense de la patrie ; elle compte plusieurs princes du sang, sages, expérimentés, qui sont les chefs naturels de la noblesse. Enfin, elle nourrit un peuple immense et naturellement belliqueux, qui se fait un plaisir et un devoir de verser son sang pour son roi. Pendant bien des siècles, elle s'est contentée de ses défenseurs naturels ; et, loin

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qu'elle se trouvât alors exposée aux injures de ses voi^ns, elle a fait la loi à tous les peuples de l'Europe. Ces armées de mercenaires, dont on nous vante aujourd'hui l'utilité, doivent leur première institution à des tyrans soupçonneux, qui pensaient n'avoir pas d'autre moyen de se déro* ber à la vengeance publique, et qui souvent ont été punis par ceux mêmes à qui ils avaient confié la défense de leur

personne Puisqu'il parait clairement qu'on ne veut

pas renoncer à l'usage malheureusement établi de stipendier une engeance meurtrière et vorace, nous demandons au moins que l'on ne se départe pas de ce qui se prati* quait sous le règne de Charles VII ; c'est-à-dire que roîi ne conserve que 1 ,200 lances et qu'on apporte la plus

grande attention à les tenir sous une exacte discipline

Quant au camp royal établi par Louis XI, c'est une dépense superflue, et nous croyons qu'on doit promptement l'abolir. Nous porterons un semblable jugement sur quan* tité de garnisons, qui se trouvent détaillées dans l'écrit qu'on nous a présenté. »

Nous avons transcrit toute la partie de la harangue de l'orateur des États qui concerne l'armée. On y reconnaît que le public n'apercevait pas encore le résultat auquel le roi, comme ses prédécesseurs, voulait arriver... c Je suppose, répondait le chancelier, pour un moment que le royaume n'eût rien à redouter de la part des étrangers : n'a-t-il rien à craindre des passions déréglées de quelques-uns de ses membres? Qui contiendra les esprits ih^ ^ quiets et ambitieux, si vous ôtez au roi ses troupes? Qi# assurera aux lois leur exécution? qui défendra la veuve et l'orphelin de la violence et de l'oppression? Vous avez

donné de justes éloges à Charles YII, qui le premier institua les compagnies d'ordonnance, comment donc blâme* riei-voas votre roi de les conserver ?••• »

Ces motifs, justes surtout en raison des intentions du roi, D*étaî«iit pas de nature à toucher les États et à les £ûre entrer dans ses vues. Jusqu'alors, l'armée soldée avait pbtôt opprimé la veuve et l'orphelin qu'elle ne les avait prot^és. Chacun, pendant ces délibérations, paraissait avoir toujours sous les yeux les atrocités commises : ces tristes impressions empêchaient les membres des États de juger combien l'établissement du camp royal, dont ils denandûent la levée définitive, était favorable à l'instructioQ de l'armée et surtout au maintien de la discipline. Les soMats ne pouvant s'écarter, soumis à des exercices quotidiens, commandés par un chef renommé et vieilli sous le harnais, ne devaient plus porter ombrage aux populations ; les mœurs des soldats, placés dans différentes garnisons, tendaient à s'adoucir insensiblement. Hs se mêlaient à la vie de tous. C'était la civilisation mibtaire. Et bientôt, comme chez les Anglais, l'armée eut été complètement nationale. Tout cela ne fut pas compris, ou si cela le fut, il faut croire que les avantages qu'on avait pu apercevoir se trouvaient contre-balancés par la crainte de donner, par une armée permanente, trop de pouvoir à la royauté pour augmenter les tailles. Toute création humaine renferme un vice quelconque ; mais le vice ne doit jamais arrêter dans la voie de l'amélioration. Les États de 1484 accordèrent donc au roi c par manière de don et octroi, et non autrement, et sans qu'on puisse l'appeler taille^ mais don et octroi, telle et semblable

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somme, qui, du temps de Charles YII, était levée sur tout le royaume, et ce, pour deux ans tant seulement et non plus. •• > Ils y ajoutèrent 500,000 livres, une fois payées, pour don de joyeux avènement.

Ces dispositions étaient de nature à empêcher toute institution permanente et à établir une espèce de provisoire fatal au progrès. Aussi c lorsque, après deux ans, dit Henri Martin^ arriva l'époque fixée pour la réunion d'une nouvelle assemblée, le conseil royal trouva dans la situation du royaume des prétextes pour ne pas rappeler les Ëtats généraux. »

Dès 1470, l'évêque Bazin écrivait non contre la création de 1445^ mais contre sa permanence en temps de paix. N'a-t-on pas persisté, jusqu'en 1789, dans le main* tien de cette déplorable habitude de réformer de nombreux officiers après la guerre ; ils perdaient loin de leurs corps, souvent eux-mêmes complètement dissous, toutes leurs habitudes militaires, et reparaissaient en novices sous les drapeaux aux premiers bruits de conflagration.

Le roi Charles YIII voulut, en 1494, faire valoir ses droits sur le royaume de Naples, droits fondés sur la cession faite, en 1480, à Louis XI par Charles d'Anjou, que son oncle René avait désigné pour son héritier. C'était une entreprise bien aventureuse ; mais au moins, avant son départ, le roi prit les moyens de garantir la France, privée de ses principaux défenseurs, des attaques de ceux qui voudraient profiter de son absence. Entre autres, il nomma dans chacune des six généralités du royaume Vfa certain nombre de commissaires , qui devaient y choisir vingt barons , quarante chevaliers et six cents gentils-

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boromes, formant un total de 660. Ils devaient être armés dans leurs maisons et être toujours prêts à marcher à Tennemi, avec leurs serviteurs et leurs domestiques. Il ordonna, en outre, que^ dans chaque bonne ville du royaume^ il serait fait un choix d'un certain nombre d'arbalétriers, archers, oouleuvriniers et piquiers, tous bien armés, pour empêcher le désordre et marcher au besoin sous les ordres des barons, chevaliers et gentilshommes. C'était une véritable armée de réserve.

Le rm de France, sur le champ de bataille, n'était plus en réalité que le premier de ses chevaliers ; il importait alors qu'au fort de la mêlée il fût dignement accompagné, sans être positivement couvert par ses compagnons de guerre. En quittant la France, Charles VIIT créa une compagnie de gardes-du-corps, tous nobles et ne devant plus être écoliers. On ne pouvait donner ce poste d'honneur qu'à < des gens expérimentés, comme le dit le maréchal de Fleuranges, et hommes qui ont servi en bandes, porteurs d'enseignes, guidons et vaillants hommes. > Suivant b consigne , ils devaient se tenir autour du roi pendant b bataille; s'il combattait à pied, ils devaient se tenir à b hauteur du pommeau de son épée ; s'il était à cheval, ils 06 se tenaient pas plus en arrière que la pointe de son pied. Ce sont eux qui reçurent, dit-on, le nom de gentilsbooimes à carbin, sous le règne de Charles IX, parce qu'ils étaient armés d'une hache de la forme d'un bec de fiKicon (beccum fulconis).

Il n'y avait pas de meilleure école pour les jeunes nobles qui pouvaient se faire admettre dans ce corps d'élite.

Charles VIII partit pour l'Italie accompagné d'une ma-

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gnifique armée. Le récit de Paul Jove, dans Thistoire de son temps, de 1494 à 1547, la fait, pour ainsi dire, passer sous nos yeux (1).

Le roi fut reçu à Florence le 1 7 novembre 1 494 ; il entra

(1) « Trois iours après^ le roy Charles entra dedans Rommé, par la porte del Popolo^ ayant fait mettre en armes ses gens, tant de pied que de cheual, chacun en son ordre à part; en telle sorte que; devant lai ; estaient allez premiers; par rangs, qui s'estendaient bienloing; set Suisses et Allemans, marchans de pas compassez au son de leurs tambours, en certaine grauité militaire, et en ordre incroyable, à b«n« nières déployées. Ils estoient tous habillez de vestemens bigarres et courts, et tels qu'ils faisaient apparoir quel estait chacun de leurs membres. Les plus courageux d'entre eux se faisaient veoir par dessiu 1m autres, à force plumails, éleuez par dessus leurs chapeaux et bonnets. Leurs armes estaient de courtes épéos, et de hastes de fraisne de dix piez de long, ferrées d*un fer estroit, par le bout du deuant, mais presque la quarte partie d'entre eux estait embastonnée de grandes haches: au haut desquelles s'auanccoit une longue poincte quarrée : et s'aidoient à deux mains; d'estoc et de taille; de tels bastons; qu'ils nommaient hallebardes, en leur langue, et; en chacun millier de tous les piétons susdicts; y avait vne centainede ces scoupetiers,qui; par petits cannons; tirent des boulets de plomb contre leur ennemi. En général» tous ces guerriers là; s'en allans au combat, par rangs fort serrez en va monceau; foot si peu de compte d'auoir la teste ou le corps armé, que mesme les chefs, capitaines, et ceoteniers, et ceux qui ont accoiis* tumé de tenir les premiers rangs de leur bataillon, et de combattre à la première poincte de l'armée, n'y sont veus couuerts que de secrette et décreuice seulement. Ceux-là estoient suyuis de cinq mille Gascons, presque tous gens de traict:qui usoient d*arbriers, montez d'arcs de fer : les bandant en vn moment, et s'en aidant fort expertement à la desserre. Lequel genre d'hommes, se monstroit fort difforme et laid à veoir; tant en son équipage, qu'en sa taille et comport de corps au prix des Suisses; qui les surpassoient beaucoup en accoustrement de teste et d'armes resplendissantes, et en grandeur naturelle fournie de mesme. Sur les derniers pas de gens de pié marchaient les gens de cheval; leuez sur l'entière noblesse de toute la France; en longue suite de compagnies et de troupes ; estans tous accoustrez et parez de sayons de drap de soye, d'armets empanachez, et de chaisnes d'or. 11 y auoit deux mille cinq cents hommes armez de toutes pièces, et deux fois autant à la légère. Les premiers vsoient d'vne fort grosse lancé cannelée, d'vne puissante épée, et d'vne masse de fer : comme noz caualiers ont accoustumé. Leurs cheuaux; excellens en puissance et grandeur; se monstroient plus terribles, parce qu'ils auaient les crins coupez et les oreilles aussi; comme il semble aux François que cela soit de bonne grâce; mais de tant les faisoit il moins bon veoir que ; pour la plus part; ils auaient

eo vainqueur à Rome le 31 décembre, et le 21 février 1495 à Naples.

Nous ne pouvons faire mention de tous les détails de cette campagne; nous sortirions de notre sujet, si nous ne

liute de ces bardes; faictes de cuir bouilli; desquelles les nostres ont appris d'Tser. Cbacuo; de ceux, qui estoient armez de toutes pièces; aaoit trois cbeuaux^ vu page d'armes^ et encore deux valets^ quMls appeloyent costoyeurs de secours. Ceux de légères armures^ portoient ▼n grand arc de bois ; à la mode des Anglais; pour décocher des plus grandes flèches; se contentans d'yne brigandine et d'vne salade. Aucuns d'eux portent des iauclines de barde ; par lesquelles ils ont accoustamé de transpercer, iusques à terre ; poussant de la poincte ; ceux des caseiiiiSy que les armez de toutes pièces ont abbatus aux batailles. Tons ceux-ci anoient sayons bordez et orfauerisez à paillettes d'arint; là où les propres armoiries des capitaines estoient pourtraittes; par somptueux ouurage; estans telles pourtraictures bordées de liurees d^eevx capitaines; afin que; par telles marques; la hardiesse ou couardise de chacune compagnie fust recongnue en bataille. A l'entour du roj estoient quatre cens archers à chenal : entre lesquels y en avait cent de la nation d^Escoce; tous fort vaillans et loyaux. Mais deux cents gentilshommes François; éleus de vaillance et de noblesse éprouvée; cheuauchoient devant luy sur des plus beaux chevaux; à la manière des armez de toutes pièces; fort apparaissans par Tor et par les draps de soye d'entour eux : et; quand il marcboit à pié; marchoient semblablement comme luy, en très bel équipage, Tenuironnant de plus près que les archers, et portant ; sur leurs épaules; des masses

de fer semblables à de grandes haches Mais beaucoup plus de mer-

veille; et de pœur; apportèrent; à chacun; plus de trente six pièces d'artillerie, chariables; qui; à force de chenaux; estoient menées en iocroyable vitesse, par bon et mauuais chemins. Les plus grosses d'icelles; ayant huict piez de longueur, et six mille livres de fonte, en pesanteur; s'appeloient cannons : qui poussoient; dehors; un boulet de fer du calibre de la teste d'vn homme, par une gueule ouuerte d'autant. Apres les cannons estoient les couieurines, de la moitié plus grandes : mais de plus estroicte canne et de moindre boulet. Puis les faucons les suy noient, partant certaine proportion plus grands ou plos petits, que les moindres pièces iettoient des boulets aussi gros qa'nie pomme d'orange.Toutes ces pièces, y estans enchâssées entre deux grosies plaques ; à force de bandes et crampons de fer; et ; par ce moyen ; sQspendues par leurs tourillons, s'aioustaient au milieu de l'aisseuil, pour mirer la portée du coup. Les moindres pièces estoient portées sur deux roués, et les plus grosses sur quatre; les dernières desquelles se poanoient oster et remettre pour haster leurs cours ou pour l'arrester, ei estoient les maistres et charretiers d'icelles tant experts à les faire nsiement rouller, que les chenaux, qui les menoient ; estans incités

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nous contentions pas d'en constater les résultats au point de vue de l'éducation et de l'instruction militaire. La paix doit être le temps de l'étude incessante, la guerre» celui de Tapplication. Cette guerre d'Italie, nulle dans ses résultats, a servi au moins à juger des nouvelles institutions ; on y a fait la première application de systèmes nouveaux d'attaque et de défense, d'administration militaire, de transports de matériel ; elle a enfin été la première école pratique d'une nombreuse armée en campagne loin de la France. < Une armée, dit encore le général Âmbert, n'est pas une réunion d'hommes, de chevaux, de canons et de fusils ; toutes ces choses sont des éléments constitutifs et rien de plus. Les armées permanentes ont une tête, un corps, un cœur, une âme; elles pensent, elles agissent; un fluide mystérieux circule en elles, une idée les fait vivre, les soutient, les exalte ; enfin elles ont leur moral, qui vaut le fer des armes et en décuple la force. •• Mais cette force décuplée se décuple encore quand l'armée permanente a quitté le sol de la patrie ; pour tous ses composants, depuis le premier jusqu'au dernier, l'armée, c'est alors la patrie elle-même. Il faut nécessairement que tous les liens de la discipline se resserrent. En pays ennemi,

de la verge et de la bouche ; égaloient le cours de cheuauchenn sans bagage : pourueu qu'ils fusssent eu chemin plain et plat.

{Traduit en français par Denis Sauvage ; Paris, 2 vol. in-folio.)

Nous n'avons trouvé aucun écrit qui pût nous donner une idée plus positive de la composition de l'armée française que cette description de son entrée à Rome par Paul Jove, qui, né en 1483, a pu la voir à l'Age de onze ans, et en recueillir les détails de ses contemporains.

Suisses, Allemands, piquiers, arquebusiers, arbalétriers, hommes d'armes à leur suite, archers d'ordonnance, archers de la garde, les cent 'gentilshommes du roi, l'artillerie, tout y est dépeint avec une exactitude où se retrouve la pensée de la supériorité de cette armée sur celles des puissances italiennes.

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TimioD, c'est le salut; c'est presque déjà la victoire. Et Tuoion se résume tout entière dans robéissance la plus absolae.»

n fallait à notre année française, si jeune encore par 800 institution, cette première et grande leçon. L'entreprise, il est vrai, était presque folle ; mais, comme le dit Ommiines, c Dieu, notre Créateur, nous avait guidés en ce pranier voyage. >

Trois mois avaient suffi pour cette conquête plus facile a £iire qu'à garder.

Il fallut revenir et Charles YIII, après avoir laissé à ses lieutenants 800 lances françaises, 2,500 Suisses, la meilleure, partie de Tinfanterie française et 800 lances italiennes, partit de Naples avec 10,000 combattants. Cétait un commencement de retraite, et ce fut alors que chefs et soldats eurent à redoubler de vigilance, de fermeté et de courage. < Et je le crois du premier point, disait à ce sujet Commines, que véritablement ce sont les plus rudes gens (les Français) à rencontrer qui soient en tout le monde, j'entends les gens de cheval ; mais, à la retraite d'une entreprise, toutes gens du monde ont moins de cœur qu'au partir de leurs maisons. »

L'armée française vainquit néanmoins à Fornoue les Italiens, bien supérieurs en nombre. Les Suisses avaient transporté toute l'artillerie au travers des montagnes. Le roi n'oublia pas cet éminent service, qu'ils avaient voulu rendre pour expier noblement une faute contre la discipline. Sous les ordres de La Trémouille, des compagnies de pionniers précédaient les Suisses, cassant les édats de rochers, comblant les ravins, et, pour montrer

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Texemple, La Trémouille portait lui-même deux boulets de canon.

Remarquons que dans cette fameuse journée diaque soldat resta à son rang; tous criaient: c Souvenez-vous de Guinegate !» et ne firent quartier à aucun ennemi. Tous furent admirables, ainsi que leurs chefs et le nn, qui, trop jeune et trop léger pour être habile , toujours brave néanmoins, put être appelé comme son grand-père, Charles -le -Bien -Servi. Dans cette campagne on put apprécier, par le mal qu'ils firent à l'armée, les services que rendaient à l'armée italienne les Estradiots, espèce de cavalerie légère qui fatiguait continuellement notre arrièregarde. Les Vénitiens la levaient en Albanie et en Morée. Plus tard, nous en verrons dans l'armée française.

L'armée, abandonnée à Naples à ses propres forces, finit par succomber : une partie des lansquenets, non payés de leur solde, désertèrent à l'ennemi. Mais les Suisses, fidèles à leur serment, partagèrent le sort de leurs alliés.

Un mot de Commines nous indique que l'infanterie française laissait encore bien à désirer; les troupes mercenaires formaient encore le vrai corps de bataille, mais il y avait certainement une amélioration à laquelle -cette guerre avait dû contribuer. Peut-être donna-t-elle aux populations guerrières le goût des entreprises lointaines, souvent peu profitables aux intérêts du pays; mais nous n'avons à considérer cette guerre qu'au point de vue du progrès de l'art militaire, et celui que nous avons à signaler principalement est relatif à une portion de l'in&nterie française composée de Gascons. Ces hommes, que Paul Jove jugea très-inférieurs aux Suisses, se formèrent

à leur école et apprirent d'eux à se disposer pour le combat en gros bataillons qu'ils opposaient à Tennemi comme des murs impénétrables. Ce fut notre première infanterie un peu organisée.

Charles VIII établit, en 1496, une compagnie de cent Suisses, dont Louis deMentoue fut le premier colonel. Ce prince mourut au château d'Amboise, le 7 avril 1498. c Chartes YIU, dit Commines, ne fut jamais que petit homme et peu entendu ; mais il était si bon qu'il n'est point possible devoir meilleure créature. »

Louis, duc d'Orléans, lui sucera sous le nom de Louis XII. Ce prince, qui avait suivi son prédécesseur pendant la guerre d'Italie, avait pu reconnaître que, si le service des auxiliaires Suisses était souvent l'appoint de la victoire, ces redoutables soldats commençaient à devenir mutins, indisciplinables; en outre, les exigences des cantons s'élevaient en proportion de la haute réputation de cette milice.

Son premier soin fut donc de chercher à créer une bonne et solide infanterie. Les aventuriers ne combattaient bien que par Tespoir du pillage; toute ville prise d'assaut était saccagée et traitée de la manière la plus barbare. Il fallait donc moraliser le soldat, et, pour y parvenir, décider des gentilshommes de renom à prendre le commandement de chacune de ces bandes ou compagnies, avec d'autres officiers sous leurs ordres. Le roi, en donnant à Bayard, le type de toutes les grandes vertus militaires, la oompaguie de 30 hommes d'armes du brave Chastelard, qui venait de mourir, lui ordonna d'en laisser la direction à Pierre Pont, son lieutenant, et de se mettre à la tête de

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I9OOO fantassins, pour les maintenir et les former par ses leçons. Bayard n'en voulut que 500, dont il fit un choix tout particulier. < Et diim contra Venetos Galli € aciem pararent in Ponte Bellovicino Delpliinatùs page, c Castellarius mortem obiit, et ejus equitatu Bayardum c Ludo viens donavit : eumque quingentis peditibus in c hoc hello veneto prefecit et PetrusPontius equitatu vices € Bayardi gerebat. » (Rivallii, folio 532). La réputation du bon chevalier lui amena plus d'hommes qu'il ne lui en fallait. Chacun, dans sa province surtout, voulait venir se ranger sous sa bannière. Des gentilshommes y arrivaient des premiers. Nous voyons, en 1510, Soffrey Allemande Molard, cousin de Bayard, venir joindre l'armée en Italie avec 2,000 gens de pied dauphinois. Cette bande fut la première troupe ou corps national payé et entretenu sous les drapeaux en qualité d'infanterie en paix comme en guerre, c Duo peditum millia sub Molardo assidua stipendia à € Ludovico capiebant et in stationibus continuo arant. » Bayard, n'étant encore que lieutenant de la compagnie d'hommes d'armes, faisait soutenir les gens de pied de Molard au siège de Brescia par ses nobles cavaliers. < Ma compagnie, disait-il, est faite pour servir le roi à pied comme à cheval. »

Nobles ou roturiers, cavaliers ou fantassins, tous se for* maient donc d'une manière plus sérieuse et plus assidue que jamais, ainsi que le dit Augustin Thierry, à cette grande école des armées régulières, où s'apprennent avec le patriotisme, l'esprit d'ordre, la discipline et le respect pour d'autres mérites que ceux de la naissance et du rang.

Le chevalier sans peur et sans reproche fut donc le

premier fantassin de France, comme plus tard Gorret de la Tour-d'Anvergne en fut le premier grenadier. A côté de lai vient se placer son cousin de Molard.

En 1510, le temps limité pour l'alliance avec les Suisses albit expirer. Ils demandèrent 80,000 fr. de pension au Ken de 60,000 et d'autres subsides plus élevés que d'habitude. Au refus du roi, ils se mirent, pour se venger, au service de la république de Venise. Ils ne pouvaient agir seuls. Conduits par d'excellents officiers, ils manquaient de généraux pour les diriger dans une grande entreprise.

En 1513, 12,000 Suisses, sans cavalerie et sans canons^ après avoir, près de Novarre, écrasé les lansquenets allemands, leurs étemels rivaux, mirent en pleine déroute toute Tannée française. La gendarmerie elle-même ne put être arrêtée dans sa fuite par la Trémouille et Trivulce. La journée de Guinegate^ dite des Ëperons, vint prouver une fois de plus l'urgence de la création d'une bonne infanterie française.

Signalons ici les noms des Montgeron, des Yandenesse, des Montcavray, des Roussillon, des Duras, qui, après Bayard et de Molard, commandèrent les premières cornpagnies d'infanterie, et surent apprendre à leurs soldats à marcher dans le sentier si étroit de l'honneur militaire. Sous de pareils chefs, les gens de pied ne furent plus c ces méchants garnements échappés à la justice. » Sous les ordres de l'habile ingénieur Pedro Navarro, ils exécutèrent tous les travaux nécessaires pour l'armée de François P' aa travers des Alpeâ, puis, à Marignan, commandés par leur jeune et brave roi, ils vainquirent enfin les Suisses dans cette bataille de géants, où la gendarmerie lava dans des

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flots de sang son honneur entaché par les déroutes de Novarre et de Guinegate. Les Suisses s'y montrèrent, comme d'habitude, de terribles adversaires avec lesquels il serait toujours prudent de compter. François I*, qumque leur vainqueur, chercha néanmoins à s'en rapprodier» et, en 1516, fut signé entre les cantons suisses et le roi de France ce traité de Fribourg auquel ou a donné le nom de paix perpétuelle.

£n 1522, la diète helvétique accorda à François l'aune levée de 16,000 hommes; on y joignit 24,000 archers, c Le roi et son conseil se décidaient, avec quelque héâtation, à recourir à une milice nationale dans des propoi^ tions limitées. >

Le combat de la Bicoque et la prise de Gènes décidèrent de la perte des possessions françaises en Italie.

En 1524, nous retrouvons Bayard sauvant l'armée en retraite; mais il fut blessé à mort d'un coup d'arquebuse, lui qui ne pouvait souffrir les armes à feu. c C'est un grand crève-cœur, disait-il, qu'un homme vaillant soit tué par un vil et abject friquenelle. >

C'est ici que nous devons transcrire ces lignes d'Henri Martin (vol. YIII, page 53) :

c Cette magnanime génération des Bayard, des La Trémouille, des La Palisse, des Louis d'Àrs finit la dievalerie; mais la chevalerie ne pouvait mieux finir. L'antique idéal des romans n'avait jamais été approché de si près par la réalité qu'au moment de s'éteindre. Le patriotisme et la discipline avaient régularisé, sans l'étouffer, l'esprit chevaleresque; l'organisation de la gendarmerie nationale avait eu l'influence la plus salutaire sur le

caractère de la noblesse française; les pillards féodaux, les diani|Hons effrénés des guerres civiles, s'étaient changés en loyaux soldats dévoués au drapeau de la patrie... »

A la bataille de Pavie, Pescaire dut sa victoire au soin qaH eut d'entremêler à ses cavaliers 2,000 arquebusiers beaques. Il rendit ainsi inutiles les héroïques efforts de la gendarmerie française, qui, après la fuite des Suisses et du duc d'Alencon, remplit magnifiquement son devoir. Le plus noble sang coula sur ce champ de bataille aux pieds du roi de France, qui ne rendit son épée qu'après afoîr combattu comme un simple soldat. Diesbach, chef des Suisses et issu de cette antique race qu'on* retrouve toujours ferme et fière dans tous les combats, ne voulut pas survivre à la retraite si inaccoutumée des siens.

On cherchait à réorganiser la cavalerie tout en organisant l'infanterie. Chaque compagnie de 100 lances n'eut plus que 150 archers à sa suite au lieu de 200. Vingt-cinq hommes d'armes durent, en raison de leur force corporelle, porter des armures plus solides ; leurs chevaux euxmêmes furent bardés de fer. Ces précautions, suffisantes peut-être contre les simples armes à feu, ne l'étaient plus eo face de l'artillerie.

Instruit par sa propre expérience, et reconnaissant tout le danger de dépendre, pour la défense de ses États, du plus ou moins de bonne volonté de son armée; convaincu, comme ses prédécesseurs, de l'insuffisance de la gendarmerie pour remporter une victoire, François P' voulut instituer sur des bases toutes nouvelles un corps perma- Doit d'infanterie divisé en légions, elles-mêmes subdivisées. Par son ordonnance du 14 juillet 1554, il arrêta

86 msTiTimoNS d'éducation militàirb

qu'il serait créé sept légions d'infanterie , chacune de 6,000 hommes, tous tirés de la même proviuce. Elles devaient former ensemble 42,000 hommes de pied, tant arquebusiers et piquiers que hallebardiers.

Les soldats légionnaires étaient exempts de la tùlk. Dans chaque légion, il y avait six capitaines dont le premier portait le titre de colonel; sous chaque capitaine deux lieutenants, deux enseignes, dix centeniers, quarante diefs d'escouade, six sergents de bataille, quatre tambours et deux fifres.

Les places de capitaines de légion étaient à la nomination du roi, qui leur laissa le droit de nommer à tous les autres emplois. A la suite de chaque légion fut placé un prévôt avec quatre sergents sous ses ordres pour maintenir la discipline et punir les délinquants.

Telles furent les bases de cette nouvelle organisation, bases assez bien combinées pour être restées en usage, sauf les modifications naturellement produites par les circonstances.

Toute action d'éclat était récompensée par le don d'un anneau d'or, conférant le droit au soldat qui l'avait obtenu de parvenir successivement à tous les grades jusqu'à celui de lieutenant : ce dernier grade donnait la noblesse. Cette récompense était une réminiscence de l'ordre équestre des Romains, comme cette création en était une de leurs anciennes légions.

Si François F eût eu un ministre comme Louvois, ou si, comme Frédéric-le-Grand, deux siècles plus tard, il eût possédé cet esprit de suite dans l'exécution d'une œuvre et cette inflexibilité de caractère qui en assurent la

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réussite, h France eût été définitivement dotée d'une année à pied bien organisée et d'un cadre d'officiers, où se fût trouvé enfin bien déterminé et bien échelonné, pour Tavancement, le rang de chacun. L'ordre, l'esprit de discipline, l'espoir d'acquérir le grade supérieur et surtout cette noblesse si ambitionnée, devaient rendre obligatoire l'étude de l'art militaire, et, dans un temps donné, motiver la création de ces maisons militaires d'éducation, où les jeunes gens, élevés en soldats, puisent maintenant toutes les connaissances nécessaires pour le commandement, et qiû, seules, donnent à une armée la perpétuité de force, de jeunesse et d'esprit guerrier.

Mab le temps n'était pas encore venu. Et, d'ailleurs, on maintint ces levées d'aventuriers comme moins dispendieuses; et cet usage empêcha la nouvelle création de prendre toute l'importance à laquelle elle pouvait prétendre.

Ces légions, plus ou moins employées de 1534 à 1552, furent réorganisées, en 1552, par Henri II, qui avait succédé à son père le 31 mars 1547. Chaque légion se composa de quinze enseignes commandées chacune par un capitaine, excepté deux qui l'étaient spécialement par le colonel. Chaque enseigne se composait de 400 hommes au lieu de 1,000.

Tous ces essais, infructueux pour le moment, devaient bientôt porter leurs fruits. De là les régiments.

Si les gentilshommes de renom ne dédaignaient plus de commander des compagnies d'infanterie, les jeunes nobles, de leur côté, ne craignirent pas de s'y engager comme simples soldats. L'usage vint de leur réserver douze places

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d'anspessadeà 50 livres de solde par mois, et quatre paies royales à 40 livres. Les lieutenants du roi nommaieDt seuls à ces places privilégiées. Ce furent les premiers cadets dans rinfanterie, comme les archers furent les pre» miers dans la cavalerie, c J'ai fait ma première campagne, écrit Montluc, dans la compagnie de gendarmes du maréchal de Foix en qualité d'archer , ce qu'on estimait beaucoup dans ce temps-là ; car il se trouvait beaucoup de seigneurs qui étaient aux compagnies et deux ou trois dans une place d'archer... Depuis, tout s'est abâtardi. ••>

Enfin, soit opposition sourde de la noblesse, soit par faute de Temploi judicieux et ferme de la taille appelée des 50,000 hommes, dont il ne ressortait aucun avantage apparent, on en arriva à négliger cette institution, dont le principe était et est resté si viable, c Sur 65,000 &ntassins, dit Henri Martin, que comptaient les deux armées du Luxembourg et du Roussillon, il n'y avait guère que 20,000 Français, tant des légions que de vieilles bandes. » On retrouve encore en 1585 la compagnie du Dauphiné.

Sous Louis XII et François I*', les gardes-du-corps et la maison militaire du roi se composaient de 200 gentilshommes à corbin, 25 archers écossais, appelés plus tard gardes de la Manche, 400 archers français^ ime compagnie de garde écossaise et trois compagnies de gardesfrançaises.

C'étaient, pour les jeunes seigneurs, les meilleures écoles militaires.

Avant Louis XII, et surtout dans l'armée de ce prince, la cavalerie légère ne se composait que de valets et de gens

de toute espëce que commandait un capitaine assez ferme et aases redouté pour se charger d'une pareille mission. Mus peu à peu, sous Henri II, il se forma des compagnies de cavalerie légère indépendantes des compagnies d'ordomiance. Les guerres dltalie avaient démontré Futilité de ces troupes soit pour harceler Tennemi, soit pour le poursuivre après la victoire.

Sous Henri H, il y eut peu de changements effectués dans l'organisation de l'armée. Nous signalerons cependant un édit du 9 février 1548 sur le ban et Tarrièreban; un second édit, du 12 novembre 1549, pour l'augmentation de la solde des troupes, en raison de l'avilissement des métaux précieux, et un troisième, de 1552, pour llnstitution de vingt capitaines de charroi de TartiUerie.

Dans la guerre qui eut lieu en 1552-53, le camp du maréchal de Brissac devint une véritable école pour l'officier et le soldat : il sut y exercer ses troupes, les maintenir dans la discipline la plus exacte, et surtout les faire vivre en pays ennemi sans pressurer les populations.

François U, qui succéda à son père tué dans un tournoi par Montgomery, ne régna que dix-sept mois. Nous passons donc rapidement au règne de Charles IX, si troublé par les guerres civiles comme celui de Henri III, son successeur. Tous les écrivains sont d'accord au sujet de la décadence de l'armée à cette époque. Tous les liens de la discipline se rompent pendant la guerre civile. Le seul moyen pour les resserrer eût été, comme le conseilla Duplessis-Momay, d'aller guerroyer à l'étranger.

Les derniers Valois allaient bientôt disparaître. Rien de

60 INSTITUTIONS d'ÉDUGATION MILITAIRE

spécial encore sous ce règne pour tout ce qui concerne Téducation militaire. D*après Tavis du duc de Guise, on forma trois corps auxquels, pour la première fois, on pot donner le nom de régiments. Les états militaires de France donnent rang aux premiers régiments à partir de 1562. Cependant, ils ne furent bien définitivement formés qu'en 1568 : et ils le furent en assez grand nombre, mais seuls ; ceux de Picardie, de Champagne et de Piémont étaient permanents comme le régiment des gardes - françaises. Picardie, Champagne, Piémont et Navarre furent appelés plus tard les Quatre-Vieux.

Pour la première fois, nous trouvons dans le riment des gardes-françaises des jeunes gentilshommes y faisant leur noviciat sous le nom de cadets. Brantôme, en faisant réloge de ce régiment, dit : c 11 n'y avait guère de soldat qui ne méritât d'être capitaine, jusqu'aux jeunes cadets, qui eussent combattu jusqu'au dernier soupir. »

Le père Daniel pense que les régiments, sous les petitsfils de François P% ne furent que la transformation des légions créées par ce prince. Sans partager son opinion, nous ferons observer cependant que, pour l'infanterie, François I^ a rendu à la France le même service que CharlesVn, quand il institua les compagnies d'ordonnance. Si cette création de légions divisées et subdivisées, ne faisant cependant qu'un seul corps, obéissant à un seul chef nommé par le roi, nommant et commandant tous les autres, n'a pas eu une complète réussite, néanmoins, nous le répétons, le principe fut admis, et le premier pas fait dans la voie qu'on a depuis suivie plus ou moins rapidement sans temps d'arrêt.

UYEE PREMIER 61

Le capitaine Lâooue nous apprend, dans ses Discours politiques (p. 119), qu'on envoyait un grand nombre de jeooes gentilshommes dans les régiments en qualité de cadets. H écrivait , en 1587, sur la fin du règne de Henri BQ.que cet usage présentait de graves inconvé- DÎenls. c Quant à ceux, dit-il^ qu'on envoyé aux régimes c d'infimterie, ils sont en assez bon nôbre et à quinze et c seize et dix-sept ans^ ils y vont. Par le passé, on les c mettait archers ës-compagnies d'ordonnance, estant vn € peu plus aagez, et alors il n'y avait que noblesse es dites € compagnies et les capitaines estoyent délégués d'y faire c entretenir bon ordre. Gomme aussi es-bande d'infantec riedePiedmont où les règles estoyent excellentes ; grand c nombre y allait... »

Cette bande d'infanterie de Piémont, devenue un des quatre régiments vieux, avait eu pour noyau dix enseignes, dont, avec le titre de colonel, le comte de Brissac, fils du maréchal et instruit à son école, avait reçu le commandement. Nous avons déjà dit que le camp du maréchal de Brissac avait été la meilleure école pour les troupes (lu roi.

c Au contraire, continue Lanoue, à ceste heure que la

< discipline est renuersée mesmement entre les gens de

< pied, c'est une périlleuse institution pour les jeunes; c car n'ayant le plus souvêt pour maistres que gens desc bauchés, les mauvais exemples avec le temps les entraic nent à dissolution, et au lieu de se façonner, ils les défac tonnent du tout. Et que sert-il d'apprendre à tirer une

< barquebouzade, sçavoir que c'est de gardes, sentinelles

< et escarmouches et montrer vue brave contenance de

62 mSTlTUTIONS d'ÉDUGATION MIUTAIRB

c soldat, si de Tautre costé en contrepoids on s'adonne à c plusieurs vices. >

Lânoue conseille, en pareille occurrence, aux pères de famille, de ne pas envoyer leurs enfants au hasard dans les premières compagnies venues et de tâcher de s'entendre avec leurs voisins pour faire partir ensemble ces jeunes novices, c Gomme compagnons jurez avec défense de c s'entrabandonner. » Il leur recommande de hien dioisir les capitaines, qui doivent être, en fait de guerre, les maîtres de leurs fils.

Le capitaine Lanoue^ dit Bras-de-Fer, tué au siège de Lamballe, en 1591 , se préoccupait vivement de rinstniotion et surtout de Téducation de la jeune noblesse.

 lui revient l'honneur d'avoir, le premier, parlé de l'institution d'une école militaire.

Il est bon d'écouter quelquefois les voix du passé, et au moment d'entrer plus avant dans le sujet que nous n'avons fait encore qu'effleurer et préparer dans ces deux premiers chapitres, terminons celui-ci par quelques lignes empruntées à ce vieux compagnon d'armes d'Henri lY.

< C'est chose certaine, dit-il, que pour bien manier les c armes , il convient auoir beaucoup de hardiesse et de € générosité. Aussi à ceux qui en ont esté pourueus, en c est revenu beaucoup de louage, et cela fait que pluc sieurs ont tant admiré cette profession. Mais enfin pour c trop l'exalter, on est tobé en cest erreur de faire peu c de cas de l'exercice des autres vertus. Il est notoire c que du temps de nos grads pères, quâd un gêtilhomme c s'adonnait à l'estude de la langue grecque et latine, ses c compagnons disaiêt qu'il en fallait faire vn clerc. Mesme

LITRE mEMlER 63

€ ce proTerbe courait que Tbôme de guerre ne deuait

€ Mavmr sinon escrire son nom, corne si les sciences eus-

c sent esté un empescbement, qui l'eussent rendu nioins

« valeureux. Je cuide qu'ils auoient opinion que quand

€ quelqu'vn se monstroit sans peur, adroit aux armes et

€ prompt à se ressentir» que cela lui suffirait pour luy

€ acquérir richesse et grandeur; et ordinairement l'vn et

c l'autre se donnaiët à ceux qu'on remarquait estre tels.

€ Je ne veux pas refetter ces choses, qui ont, je ne sais,

c quel beau lustre. Si diray-ie pourtant que n'estât bien

c accompagnez (ainsi que j'ay dit par cy devant) d'au-

c très bonnes qualitez, elles ne sont pas tant louables

c qu'on pèserait... Si on combat, ajoute Lanoue^ une fois

c par mois, c'est tout. Et tous les autres jours on peut

c fa'u*e briller les autres perfections venant du travail

c acquis et de la science. Ce n'est pas peu d'estre estimé

< soldat, mais c'est beaucoup plus quand la prud'homie

€ y est adiointe. »

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