CHAPITRE
Sommaire. — InconvénienU de l'éducation militaire dans les régiments; opinion du capitaine Lanoue; première idée de création d'écoles militaires par Lanoue. — Mort d'Henri III. — Henri IV.
— Instruction de la jeunesse. — La Flèche, bien patrimonial d'Henri IV; tradition sur la naissance du roi; projet d'Henri IV de rappeler les jésuites et de leur donner la Flèche; éditde fondation^ 1607; prospérité du collège de la Flèche; élèves gentilshommes * boursiers; dons du roi au collège de la Flèche; opposition de Sully. —Cadets-gentilshommes dans l'armée et la maison du roi. — Création de régiments d'infanterie. — Projets d'Henri IV et de Sully pour l'instruction militaire. — Mort d*Henri IV; translation du cœur d'Henri IV à la Flèche. — Louis XIII. — Visite de Louis XIII au collège de la Flèche; le maréchal de Guébrianty Descaries. — Les compagnies d'ordonnance et les cheyan -légers.
— Plaintes des seigneurs aux États de 1627 ; pauvreté de la noblesse.
— Richelieu et l'armée ; instruction et avancement des soldats; discipline; école militaire; académie militaire pour les soldats d'infanterie.— Ministres de la guerre; création d'un ministre secrétaire d'Etat de la guerre, 1«' janvier 1589. — Cadets sous Louis XIII.
— Ecole militaire pour la noblesse, 1635. — Succès de l'école de la Flèche; translation à la Flèche du cœur de Marie de Médidi.
— Mort de Louis XIII, 14 mai 1648.
Nous avons dû nous occuper sommairement des diverses transformations de Tarmée française, surtout depuis le règne de Charles Vil, pour y rechercher tout ce qui pouvait avoir rapport à l'éducation militaire et entrer en matière d'une manière moins aride.
Nous arrivons à la fin de ce siècle si fécond en événements de tout genre et pendant lequel ont grondé tant de tempêtes. Elles n'étaient pas encore tout à fait calmées que le capitaine Lanoue, le Bayard de cette époque, se
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préoccupait encore de l'éducation des jeunes gentilshommes, destinés par le fait de leur naissance au métier des trmes. Quelles leçons pouvaient-ils, en effet, recevoir dans les régiments? Ceux qui étaient attachés à titre de préférence aux gardes -françaises n'avaient-ils pas été témoins et peut-être acteurs dans les massacres de la Saint-Barthélémy? c Les 1,200 arquebusiers du régiment des gardes-irançaises , dit Henri Martin, furent distribués en partie le long de la rivière, en partie dans les mes et autour du logis de l'amiral, déjà gardé par 50 hcMnoied de ce corps que le roi avait envoyés dans une lutre intention. >
Mais écoutons Lanoue, dans la parole duquel amis et euiemis avaient toujours foi. Il r^rette que beaucoup de pères, ne sachant où placer leurs enfants, quand leurs premières études sont terminées, se voient obligés de les envoyer dans les pays étrangers, où la plupart ne prennent que de mauvaises habitudes, lorsqu'ils n'y meurent pas. Il pense que les maisons des princes et les compagnies de gendarmerie ne sont plus de bonnes écoles comme autrefois pour les jeunes gentilshommes, c A € présent pour ce qu'en ces lieux-là, ils n'y rencontret c vue nourriture si exquise comme aucuns le désirec raient. »
Il proposait au roi d'établir en quelques endroits de son royaume, comme Paris, Lyon, Bordeaux et Angers, des maisons destinées à l'éducation de la jeune noblesse ; il préférait, cependant, pour cet usage, les quatre maisons royales très-spacieuses que les rois n'habitaient que rarement: Fontainebleau, les châteaux de Moulins, dePlessis-
les-Tours et de Cognac. Il lui paraissait suffisant d'envoyer à ces académies des enfants de 15 ans, qui auraient commencé leurs études chez leurs parents ou aux uni?er^ sités. Il voulait qu'on leur montrât Téquitation, la voltige, l'usage des armes, la lutte et la nage. Le vieil huguenot ne voulait pas prendre sur lui de conseiller la danse, c Aucuns catholiques y a, qui voudraient qu'on monstrât c aussi aux ieunes gëtilshômes à danser la gaillarde
< entr'eux seulement (encore que la danse soit vaine),
< d'autant qu'elle leur apprend à se bien composer et
< avoir la grâce plus asseurée en public. > Pour la culture de l'esprit , il indiquait la lecture des historiens anciens et modernes ainsi que des meilleurs auteurs sur la morale et sur la guerre, sur les mathématiques, la géographie, la fortification ; il voulait qu'on étudiât quelques langues vulgaires, c J'entends d'en savoir autant qu'on peut en .mettre en usage. > Le brave capitaine prévoyait -il déjà les programmes exagérés? A l'instar d'Aristote, il pensait que l'étude de la peinture et de la musique est un remède contre l'oisiveté.
Il s'occupait avec un soin tout particulier du choix qu'il y aurait à faire de quatre gentilshommes de renom qu'on nommerait pour quatre années au commandement de ces académies. Il fixait leurs gages à 2,000 livres. Il témoignait la crainte qu'on ne trouvât pas de suite, surtout loin de Paris, les maîtres nécessaires et proposait d'en faire venir d'Italie en attendant qu'il s'en fût formé, c Mais ces aeat démies, dit-il, n'auraiet esté trois ans en usage qu'elles c auraiêt façoné plus de maistres qu'il n'en faudrait. Car c le Français est prompt pour apprendre les arts et les
c sciences, quand il voit qu'on honore et qu'on entretient c ceux qui les sçavent. > Les chefs t superintendants > auraient pu recevoir les jeunes gentilshommes rîehes en pension» selon leur commodité c qui serait leur bien et le € profit des pères. Somme, la discipline serait telle que ceux c qui auraient commis actes deshonnestes seraièt chasc tiez par répréhensions, peines et hontes, ainsi qu'il a c esté dit, |K>ur les rudesses de leurs erreurs. On doit c seulement peser que hormis les principales festes et les € dimanches, il n'y aurait point de jours exempts d'acc tiens corporelles (exercices). >
Il voulait que les jeunes gens riches amenassent leurs chevaux c dressez ou à dresser. > c Je ne fais nul doute, c ajoute-t-il , que quand un ieune gentilhôme aurait c demouré quatre ou cinq ans en telle escolle, il ne c fust après capable de comparaistre en telle cour de c prince qu'on voudrait... Il ne faudrait que six tels en c vne compagnie de gensdarmes, pour la rendre disposée c à tous les exercices louables ; au lieu que le plus sou- € vent, la plus part employent leurs loisirs en passec temps ridicules ou domageables. . . Il resterait à perc suader à Sa Majesté que sa volonté fust de faire dresser € tels ou meilleurs establissements. A quoy ie m'asseure c qu'elle ne serait point discordante pour la singulière c affection qu'elle porte à sa noblesse, laquelle ayant € tousiours esté prompte de sacrifier sa vie pour son ser- € vice, elle le serait encore beaucoup plus, quand par de c nouveaux bienfaits ses obligations seraient accrues, t Le capitaine prévoyait l'objection, qui se représente en tous les temps, objection que nous avons nous-mêmes à
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combattre. Il estimait que ces quatre établissements ne coûteraient pas plus de 12,000 écus; il manifeste, cependant , la crainte qu'on ne trouve encore ce diiffre trop élevé.
Laissons-le donc répondre et pour lui et pour nous. A deux siècles de distance sa voix n'en aura que plus de force et d'autorité, c Quelque bon ménager du public dira € qu'il vaudrait mieux regarder à acquitter le roy, que le c ietter en nouvelle despence. Je responds que ceci est c l'acquitter d'vne des plus belles dettes à quoy il est c obligé, qui est de rendre sa noblesse ornée de vertu. >
Disons c les enfants de l'armée > et nous n'aurons qu'à rajeunir le style du capitaine Lanoue pour avoir aussi répondu.
Le capitaine Lanoue a donc tracé le plan d'écoles spéciales tel, à peu de détails près, qu'il est maintenant suivi avec tant de succès.
Henri III mourut assassiné le 2 août 1589, à l'âge de 38 ans. Avec lui s'éteignit la branche des Capet-Yalois, qui avait commencé à régner en 1328. Le roi de Navarre, qui lui succéda sous le nom si connu d'Henri IV, était son parent au vingt-deuxième degré et le chef de la branche des Gapet-Bourbons.
Henri IV partageait l'opinion de son vieux compagnon de guerre, et, avec toute son expérience de prince-soldat, il sentit le besoin de doter son armée d'officiers instruits. Il était bien convaincu que le jeune gentilhomme , dont l'intelligence avait été d'abord bien développée par l'étude des lettres, était plus apte à commander que tout autre; d'ailleurs, il voyait arriver le moment où la force corpo-
rdle ne suffirait plus pour vaincre ; il savait déjà par expérience que^ pour bien diriger une armée, il fallait être plutôt général» duœ, que chevalier combattant pour son compte au milieu de la bataille, ou plutôt en avant comme il Tavait fait si souvent lui-même.
Son grand-përe, Charles de Bourbon, devenu chef de sa maison par la mort du fameux connétable, avait épousé Françoise d*Alençon. Cette princesse avait bâti un château à la Flèche , appelé Neuf pour le distinguer du vieux maiHHr des comtes d'Anjou, élevé par Jean de la Flèche au XI* siècle. Devenue une seconde fois veuve, elle s'y retira et y mourut le 20 septembre 1550. Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret héritèrent de cette seigneurie à la mort de leur mère, et vinrent habiter son château, en février 1552* Comme ils ne retournèrent à Pau qu*au mois de mai 1553 , et qu'Henri 1Y naquit cette même année, le 13 décembre, il est de tradition qu'il fut conçu à la Flèche, et la prédilection qu'Antoine et Jeanne avaient pour un pavillou bâti sur un des côtés du parc, et dont remplacement est encore appelé le fort Henri, désigne plus particulièrement ce bâtiment, qui n'existe plus. Au reste, l'affection toute particulière, qu'en plusieurs occasions il témoigna à regard de la Flèche, est bien connue.
Dès l'année 1601 , le roi écrivait au cardinal d'Ossat, son ambassadeur à Rome : t J'ai proposé au cardinal Aldobrandini l'union d'un certain prieuré, assis auprès de ma maison de la Flèche, à un collège que je désire fonder audit lieu, auquel je fais état de loger les jésuites, comme les estimant plus propres et capables que les autres pour instruire la jeunesse. »
Henri, qui n'était pas prince à s'arrêter à des (erreurs imaginaires, rappela les jésuites malgré les vives remontrances de Sully et l'opposition du parlement de Paris, qui, ne pouvant ébranler la conviction du roi, ni sa volonté, enregistra les lettres-patentes publiées à Rouen en 1603. En effet, le roi avait bien jugé ces maîtres dans renseignement , dont à cette heure les écoles si réputées sont incessamment envahies par cette brillante jeunesse qui a enfin senti qu'en servant l'État elle ajouterait un fleuron de plus à sa couronne. Les lettres-patentes pour le rappel des jésuites et le don de la maison de la Flèche contiennent des conditions dictées par un grand esprit d'ordre et de prudence, et fixent les rapports que les pères devront avoir avec les autorités ecclésiastiques et civiles.
L'édit de fondation ne fut rendu par Henri lY qu'au mois de mai 1607. Avant de donner à cette institution un caractère plus marqué, il avait voulu juger des premiers résultats; l'expérience de trois années avait suffi. Le succès avait dépassé toutes les espérances. Cet édit établit une fondation stable : Henri lY y décide que son cœur et celui de la reine seront, après leur décès, remis aux jésuites et placés dans l'église du collège.
Barthélémy Roger, bénédictin de Saint-Nicolas d'Angers, dit, dans son manuscrit édité par la Revue d'Anjou (mars et avril 1853) : « Le sieur de la Yarenne-Fouquet c prit grand soin de cet édifice (le château neuf) par f l'ordre du roy et l'a rendu un des plus beaux bastiments c de l'Europe, tant dans l'église que dans le vieil et le <f nouveau collège. »
L'école de la Flèche, création d'Henri lY, existe encore.
La Flèche! nom qui se mêle à tous nos souvenirs, nom qui, dans toutes les circonstances de notre vie, nous sert de mot d'ordre, nom par lequel maréchaux de France, généraux, officiers de tout grade, prélats, magistrats, propriétaires, agriculteurs ou industriels se reconnaissent, lorsque le temps a imprimé sur leurs figures le caractère trop prononcé de Tâge. La Flèche, qui a fourni à l'État tant de défenseurs; La Flèche, qui doit vivre impérissable, comme la mémoire de ce grand roi dont elle était le patriiDoine ! Devons-nous faire ici la description de cette magnifique maison , la seule peut-être parfaitement appropriée à sa destination dès le début, admirablement située dans une vallée fertile et vivifiée par la plus douce tempefature. La nomenclature de cours et d'édifices plait peu aux indifférents ; pour les anciens élèves, elle est inutile.
Le roi ne fondait pas encore une école militaire purement spéciale, comme le demandait Lanoue; mais, au moins, il avait décidé sa noblesse à participer aux bienfaits d'une éducation libérale, et à préluder ainsi aux études militaires qui en deviendraient le complément.
Les lettres annuelles des pères jésuites {Littera annua soc. Jesu.) montrent que dès 1604 le nombre des élèves approchait de 1 ,200, parmi lesquels des jeunes gens de la plus haute noblesse et plusieurs envoyés par le roi ; qu'en 1605 ce nombre était complet, et qu'en 1606 trente-trois pères étaient employés à l'instruction.
< Le roi très-chrétien , disent-elles, s'il voit des seigneurs de sa cour dans l'intention (Tenvoyer leurs fils à quelque école pour y être instruits dans les lettres , leur parle sur le champ du collège de la Flèche ; en sorte que de
toute la France il y a un cours ici. > Nous trouvons, dans ces mêmes lettres, qu'en 1607 le collège était devenli le plus important de l'Europe et que 500 élèves étaient de la première noblesse du royaume, fils de ducs, marquis et comtes, quelques-uns mêmes déjà nommés à TépisQopat ou à des abbayes. I^e cœur d'Henri-le-Grand ne pouvait donc pas être mieux entouré.
En 1610^ année de sa mort , tout prospérait à \k Flèclie et le nombre des élèves dépassait 1,200.
Le roi s'était réservé la nomination de vingt-quatre jeunes gentilshommes que les jésuites devaient instruire gratuitement. On n'est pas fixé d'une manière bien certaine sur le mode d'enseignement militaire que recevaient à la Flèche les jeunes nobles qui se destinaient au métier des armes, ni sur l'époque où ces exercices commencèrent. M. Jules Glère (1), auteur d'un ouvrage sur l'école de la Flèche, pense, d'après un renseignement verbal, qu'un vieux bas-officier fut attaché à cette maison sous Louis XIII, en qualité d'instructeur.
Malgré ces succès et l'opinion hautement manifestée par le roi , le duc de Sully se montrait peu favorable aux jésuites. C'est avec regret qu'il inscrit dans ses Mémoires (1606) que les jésuites recevaient effectivement de grandes marques de protection de la part de Sa Majesté.
En plusieurs dons, ayant chacun leur destination, le roi leur donna 300,000 livres en 1609 ; il donna l'ordre qu'on leur comptât 100,000 fr. pour la construction de la chapelle, où son cœur devait être déposé: Sully trouva moyen
(i) Histoire de Técole de la Flèche, par Jules CU&re (1858. La Flèohe Eug. Jourdain, imprimeur).
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d'éluder cet ordre, malgré nouvel avis du roi. Cette chapelle ne fut terminée qu'en 1631 aux frais du Trésor pubfic, sous la direction de M. Fouray, intendant des b&timents de Louis XIII ; il en fut de même pour l'achèvemeut des autres bâtiments.
La jeune noblesse continuait à faire son noviciat militaire soit dans la maison du roi, soit dans les régiments qui se formaient successivement. Comme sous Charles IX et Henri lU, on retrouve dans les corps beaucoup de cadets. Ds se plaçaient aussi , mais comme emploi de faveur, dans la compagnie des 210 gentilshommes instituée pour la garde du Dauphin, et dans les chevau- légers (1); on aigeait d'eux une noblesse centenaire. Cette compagnie recevait aussi des surnuméraires remplaçants.
Dans les anciens annuaires , nous lisons que les régiments de Picardie, Champagne, Navarre et Piémont prenaient rang de 15S8, celui des gardes-françaises de 1565. Sous le règne d'Henri IV, des compagnies de gens de pied furent réunies en régiments, en 1584, au titre de Bourbonnois; en 1595 deux autres aux titres de Béarn et de Soissonnais, et en 1596 un quatrième au titre de Dauphiné. Puis viennent, en 1604, les régiments d'Eu et d'Aquitaine, 1606 Auvergne, 1609 Flandre, et 1610 Guyenne, Aunis et Artois.
Henri lY s'occupa beaucoup plus du bien-être du soldat que de nouvelles créations militaires ; il cherchait à organiser ce qui existait et avait survécu aux guerres civiles. < Quant à l'armée, dit Henri Martin, si la valeur guerrière
(1) U s'agit ici des cheTaa-légera de la garde.
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avait brillé dans nos luttes civiles, l'art de la guerre y avait déchu. Tout le inonde était soldat, mais il n'j avait guère de vrais soldats Henri IV et Sully résolurent de relever Tart militaire par les armes savantes, et d'armejr la France d'une manière formidable.. • Tout fut fait pour former des officiers instruits et pour élever des ingénieurs français au niveau de la vieille renommée des Italiens et du renom nouveau des Hollandais. » Errard, de Bar-le-Duc, ingénieur distingué, seconda fructueusement les efforts du roi et de son ministre, il couvrit les frontières de fortifications.
Henri IV avait ordonné à Sully de lui faire construire un grand bureau garni de tiroirs ou casiers pour y former un cabinet complet de politique, de finance et d'états militaires. Pour celte dernière partie , le roi devait y trouver au besoin, sous sa main, non-seulement tous les comptes et les états pour connaître immédiatement la situation présente de l'armée, mais aussi les ordonnances, papiers, ouvrages de tactique, plans, cartes géographie* ques et hydrographiques soit de la France, soit des autres parties du monde.
C'était une véritable encyclopédie militaire. y Ces mêmes cartes en grand devaient être placées dans la grande galerie du Louvre : < Sur quoi, dit Sully, l'idée nous vint encore, à Sa Majesté et à moi, de destiner une grande salle basse à faire un magasin de modèles et originaux de tout ce qu'il y a de plus curieux en machines concernant la guerre, les arts, les métiers et toutes sortes d'exercices nobles, libéraux et mécaniques, afin que tous ceux qui aspirent à la perfection puissent venir sans peine
8*iDstniire à cette école muette ; l'appartement bas aurait servi à mettre les pièces les plus lourdes; un inventaire exact des unes et des autres eût été une des pièces du eibioet dont je parle. »
La mort d'Henri IV l'empêcha de mettre à exécution tous ces projets, qui ne furent qu'ébauchés. Mais l'idée a porté ses fruits; de là ces établissements qui ont honoré les règnes suivants. Ce prince formait le plan d'un nouvel ordre de chevalerie , avec celui d'une académie , d'un «Uége et d'un hôpital royal destinés à la seule noblesse; U voulait surtout que ces institutions nouvelles ne fussent à diarge ni au peuple ni aux finances.
Dput encore, en 1608, fonder l'ordre militaire d'Hospitaliers, appelés chevaliers de Notre-Dame-du-Mont-Garmel, qui plus tard fut réuni à celui bien plus ancien de SaïQt-Lâzare de Jérusalem. Nous faisons mention particulière de cette création et de cette réunion des deux ordres, parce que leur histoire lient à celle des écoles militaires de Louis XV et de Louis XVI.
\ l'exemple de Louis XI, il pensait à former un camp ou corps permanent de 6,000 hommes d'infanterie, de 1,000 chevaux et de 6 pièces d'artillerie ; même établissement correspondant pour la marine.
Ce prince reconnaissait, comme on le reconnaît si bien Cûcore, tous les avantages de ces réunions pour l'inslruclioQ des membres de son armée, qui tous auraient passé successivement par cette école. Ce projet ne fut repris que sous Louis XIV. Il avait déjà établi à sa cour même uue ^démie où, sous ses yeux et d'après ses préceptes, la jeuoe noblesse se formait à tous les exercices du corps et
apprenait même la musique sous des maîtres spéciaux. (Legrain, décades, page 428. — Ed. Boutaric)..
Heuri lY avait, par un édit d'avril 1604, commeaeéaa faubourg Saint -Marceau, rue de rOurcine,un établiaie* ment pour les oiBciers et soldats invalides exposés autrefois à mourir de faim, suivant encore en cela l'exemple de Louis XI, qui plaçait ses gens d'armes mutilés danslei garnisons avec le quart de leur solde, ce qu'on appdiit la petite paie. Un arrêt du conseil d'Etat, de novembR 1611 , ordonna la suppression de cette institution, qâ^ reprise plus tard par Louis XIII, tomba encore, faute de revenus fixes et suffisants.
En 1606, un édit vint assurer Texistence des pauvres gentilshommes et des gens de guerre : suivant an principe admis à toutes lesépoques, les veuves et lesorphelins de soldats morts ou tués à l'ennemi devaient être aussi soutenus ; le roi les exempta de toutes les charges publiques.
Entouré de généraux intrépides, Henri lY allaitée mettre à la tête d'une magnifique armée pour l'exécutioii du fameux projet dont parle l'histoire, quand le 14 mai 1610 il fut tué dans sa voiture par Ravaillac, qui déclara n'avoir point de complices et persista, au milieu des plus atroces tourments, dans ses opiniâtres dénégations.
Les jésuites réclamèrent le cœur du roi pour le placer dans leur église de la Flèche, ainsi qu'il l'avait ordonné par son édit de 1607. Ce grand cœur fut renfermé dans un cœur d'argent c et pour ce, dit le père Mathieu , que l'intention de Sa Majesté vivante avait été de le faire reposer à la Flèche et d'en laisser la garde au collège des jésuites après son trépas, ils se mirent lors en devoir de recou-
vrer et conserver cette précieuse pièce d'un si cruel naufrage. »
H. le duc deMonlbazon et H. le marquis de la Varenne, aceomptgnés du père Armand, provincial, du père Gotton, iDdea confesseur du roi, et de vingt autres pères, présidèraot à la translaUon, à la Flèche, du cœur du roi, sur le I duquel se portèrent toutes les populations gémis- I. Parmi les élèves du collège qui vinrent les pres'agenouiller devant cette précieuse relique, on «■iptait MM. de Rohan-Rochefort, fils du duc de MontbnoQ, Louis delà Valette, fils du duc d'Epemon, devenu pbs tard archevêque de Toulouse, et Arthur d'Ëspinay, di b maison de Saint-Luc.
Fendant la minorité de Louis XIII, qui n'avait que neuf ans à la mort de son père, il y eut d'abord un temps d*arrêt; le mouvement et la vie devaient revenir plus tard, et Sully, qui survécut trente années à son maître, put voir, avec regret peut-être, une partie des œuvres ébauchées ou projetées par son roi et par lui, exécutées et terminées par le célèbre cardinal de Richelieu.
Le roi, à Tâge de douze ans, fut conduit par la reine régente au collège de la Flèche pour qu'il accomplit un pieux pèlerinage et assistât un moment aux jeux de cette brillante jeunesse destinée à l'accompagner sur les champs de bataille. On pouvait déjà y remarquer un jeune enfant qui devint maréchal de France et un des plus grands hommes de guerre du xvn* siècle. Né en 1602, au château du Plessis-Budes, en Bretagne, Jean-Baptiste de Guébriant fut remis de bonne heure entre les mains des jésuites, qui, sans éteindre sa vocation militaire, en firent un
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négociateur habile et un orateur éloquent. Chacun de ses grades fut la récompense d'une action d*éclat ; il avait atteint le dernier échelon, quand, à quarante-deux ans, il reçut en Souabe, au siège de Rothweil, une blessure mortelle.
Le nom de Jean-Baptiste Budes, comte de Guébriant, maréchal de France, commence donc cette glorieuse liste d'enfants de la Flèche à laquelle chaque année et chaque guerre viennent ajouter de nouvelles inscriptions. Auprès de lui s'élevait un autre enfant, de race tourangelle, entré à la Flèche en 1604. A d'autres titres, celui-là devait être illustre : c'était René Descartes. La Flèche peut le revendiquer pour un de ses enfants militaires : car il se voua d'abord à la carrière des armes, et servit jusqu'en 16S0 comme volontaire sous Maurice de Nassau et le duc de Bavière.
Les plaintes de la noblesse aux Etats de 1614 avaient fait juger du sentiment de rivalité qui animait les gendarmes d'ordonnance, tous gentilshommes, contre les nouveaux corps de cavalerie légère, très-indifféremment coni«posés et dont l'emploi fréquent et très-utile amoindrissait leur importance. Elle demandait donc qu'on licenciât les chevau- légers, cavalerie roturière, et que les compagnies d'ordonnance, suivant leur institution, ne fussent composées ou que de gentilshommes ou que d'andens soldats parvenus aux grades par des faits de guerre. Les gendarmes, représentant l'ancienne chevalerie de France, auraient voulu combattre seuls à cheval et revendiquaient tous leurs anciens droits. L'assemblée des notables, en 1 &il, d'accord avec Richelieu, avait arrêté le mode de paiement
des troupes fixées sur le pied de paix au nombre de 8,000 hommes pour la maison du roi [gardes-françaises et gardes-suisses^ la compagnie des ^Wi gentilshommes, les archers Français et Ecossais, les garde-du-coiys et lesCent- Suisses), de 18,000 hommes d'infanterie et de 2,000 chefaux. Loin d'acquiescer au vœu de la noblesse, le card'mal-minîstre n'avait conservé que trois compagnies de gendarmes d'ordonnance et formé trente-deux compagnies de cfaevau-légers et six de carabins, qui devaient former le noyau de nos régiments de cavalerie. Â cette même iflKinblée, les seigneurs représentèrent qu'il fallait porter n prompt remède à la pauvreté de la noblesse, à son peu d'iastructîon, qui en était la conséquence, à son oisiveté Biolivée par sa position qui lui interdisait les moyens de tfavail les plus productifs et pour ainsi dire toute occupation autre que celle des armes, bien peu fructueuse et de plus en plus difticile à aborder pour elle, ajoutant qu'il lui fallait au moins le quart des places dans les régiments et les corps de cavalerie, un collège militaire par province pour l'instruction de ses enfants, la liberté de s'adonner au commerce sans déroger, et enfin un ordre militaire sous le titre de Saint-Louis, dont les chevaleries et commanderies seraient prises sur les bénéfices vacants. Pourquoi la noblesse était-elle généralement pauvre? Lanoue et Louvois n'admettent pas qu'elle se soit appauvrie au service du roi. c La pauvreté de la noblesse, dit c Lanoue, n'est pas tant procédée des guerres qui ont esté € quasi-continuelles depuis 30 et 5 ans, que des erreurs € qu'elle a cômis en la dispensation de ses biens. — La c guerre, ajoutait-il, y est bien pour quelque chose, mais
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c cette pauvreté a d'autres sources surtout depuis les c r^ues de François I*' et de Henri II. >
Malgré toutes les préoccupations qui Tassaillaient, Richelieu organisait des régiments. En 1640, la campagne s'ouvrit avec 100 régiments d'infanterie (la plupart decréflh tion momentanée) et plus de 100 cornettes de cavaliers formant 150,000 fantassins et 30,000 cavaliers.
L'édit de 1029 vint augmenter la solde. Richeliea veut qu'on s'occupe de l'éducation et de l'instruction du soldat» c afin que le soldat par des services puisse mont^ aux charges et offices des compagnies de d^ré en degré jusqu'à celle de capitaine et plus s'il s'en rend digne.» C'était ouvrir la porte toute grande au mérite, de quelque point obscur qu'il surgit. Cette noble pensée n'avait pas encore été exprimée d'une manière aussi claire. Le cardinal de Richelieu donnait ainsi satisfaction aux demandes du tiers-état. Dans les assemblées précédentes, ce corps avait hardiment fait entendre les tintements d'une cloche qui, cent soixante ans plus tard, devait résonner dans le monde entier.
Ce cardinal chevauchait souvent au milieu de ses troupes. De son camp de la Rochelle, trouvé dans le désordre , il avait fait un couvent bien réglé (testament de Richelieu); il regardait l'esprit de discipline comme la base de tout État militaire. Aussi, contre l'insubordination, contre la désertion et tous les écarts des gens de guerre, il fit décréter par le roi la mort pour les soldats, pour les officiers les galères, et s'ils étaient gentilshommes la dégradation de noblesse et la note d'infamie.
Puis enfin, il provoqua la même année une ordonnance du roi établissant sous le nom d'Académie royale des exer-
dces de guerre un institut spécial, où c tous mestres de € camp et capitaines de gens de pied pourront envoyer leurs € soldats nouvellement levés, afin d'y être instruits au mac tûement des armes et tout ce qui dépend desdits exer- € âoes sans qu'ils soient obligés de rien payer. »
C'était l'annexe de cette académie royale militaire que^ d'après les conseils de Richelieu, Louis XIII établit à Paris, rue Vieille-du-Temple. Le cardinal y affecta sur ses propres biens un fonds de 22,000 livres de revenu pour l'entretien de vingt jeunes gentilshommes, dont la nomination était réservée à lui et à celui de ses successeurs qui serait héritier de son nom et de ses armes.
c N'y seront nommés autres que gentilshommes en c l'âge de 14 à 15 ans, bien proportionnés, vigoureux c et propres à la profession à laquelle ils sont appelés, c Pendant les deux années qu'ils y demeureront, outre c les exercices ordinaires de l'académie, comme de mon- € ter à cheval, faire des armes, les mathématiques, forc tifications et autres , ils seront encore particulièrement c instruits es- principes de physique, métaphysique, c logique et langage français et pleinement en la morale, 1 puis de la carte géographique, de l'histoire universelle « des peuples, leurs transmigrations, changements des (grands empires, vie des grands personnages, estât « des principautés modernes, surtout au long l'histoire € romaine et française. Après les deux ans expirés, c seront tenus lesdits gentilshommes servir le roy austres « deux années dans les régiments de ses gardes ou sur c ses vaisseaux, ou autrement suivant ses commande- « ments. » (Mercure français, tome XXI, page 278.)
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C'était donc la première école militaire créée en France. Ses bases peu solides, son peu de durée Tont fait passer inaperçue.
Après le souverain» les ministres de la guerre tiennent dans leurs mains le sort des enfants de l'armée. Nous devons mentionner leurs noms et fixer l'époque de la création de cette grande charge de TËtat. Sous le règne deHenri m, quatre secrétaires d'État furent créés, en 1588, par ordonnance du 15 septembre ; Tun d'eux, Louis de Révpl, fut spécialement désigné pour la guerre le 1"^ janvier 1589. Jusqu'au règne de Louis XIV, ses successeurs furent Nicolas deNeufville deVilleroi ; Pierre Brulart, marquisde Puysieux ; Armand du Plessis de Richelieu, évèque de Luçon ; le marquis de Puysieux pour la deuxième fois ; Charles Le Beauclerc, seigneur d'Achères; Abel Servien, marquis de Sablé ; François Sublet des Noyers, baron de Dangu, et Michel Le Tellier.
Ce dernier, père de Louvois et son précepteur en affaires, était actif, capable, très au courant de tout ce qui concernait le militaire par ses anciennes fonctions d'intendant général de l'armée en Piémont ou le cardinal de Mazarin l'avait connu, et, de plus, très-souple et très-adroit.
Comme sous Henri IV» la jeune noblesse privilégiée se plaçait dans la maison du roi ; tous les autres corps recevaient de nombreux cadets. Ces corps, soit d'infanterie, soit de cavalerie, avaient été formés par bataillons ou par escadrons vers 1635.
A la Flèche, les jésuites poursuivaient leurs succès. En 1626, ils comptaient dans leur collège 299 pensionnaires et 1,800 externes.
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Les plus grandes familles de France leur confiaient toujours leurs enfants, qui venaient s'y mêler avec des jeunes gens de toute classe. Descartes nous dit le résultat de ce mélange en parlant de l'éducation reçue à la Flèche, c Ily a quantité de jeunes gens de tous les quartiers de la France ; ils y font un certain mélange d'humeur par la conversation les uns des autres, qui leur apprend presque la même chose que s'ils voyageaient; enfin, l'égalité que les jésuites mettent entr'eux, en ne traitant guère d'autre manière ceux qui sont les plus distingués que ceux qui le sont le moins, est une invention extrêmement bonne. »
Marie de Médicis étant morte à Cologne, le 3 juillet 1643, âgée de 68 ans, son cœur, suivant une des dispositions de son testament, fut apporté à la Flèche parle père Hairat et d'autres jésuites de la maison professe de Paris, pour être placé à côté de celui d'Henri lY.
Son fils, Louis XIII, la suivit de près et mourut le 14 mai, jour de l'Ascension, à l'âge de 41 ans.
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