LIVRE TROISlJtMB
Le résultat prouva qu'il ne fallait plus qu'encourager et que tous les éléments de succès existaient dans cette maison, qui semblait n*ètre qu'une charge depuis longues années et n'exister que parce que son vieux nom la sauvegardait d'une suppression à laquelle aucun minlstt^ Hb voulait attacher son nom. Le maréchal Randon déddà qu'une prime d'honneur serait accordée à l'élëve du Prytanée qui aurait vaincu ses concurrents de Paris en prenant sur eux la première place, et que des témoignages de satisfaction seraient donnés aux quatre qui auraient obtenu le numéro 2.
Les punitions diminuèrent d'une manière notable, et ce résultat était surtout la conséquence d'un accord parfait entre la direction militaire et la direction des études.
On reconnut bientôt, et les élèves purent heureusement s'en convaincre, que les études littéraires et humanitaires sérieuses favorisaient les admissions à Saint-Gyr au lieu d'y porter obstacle.
Ce n'était pas, au reste, la première fois que la maison de La Flèche était affiliée â l'Université.
Nous avons dit, en effet, dans notre premièfe période (livre II, chap. vi, page 240), que par lettres-^patentes du 8 août 1 779, le collège de La Flèche, placé par Louis XVI sous la direction des pères de la doctrine chrétienne, fut affilié à l'académie d'Angers. Toutes les études furent réputées académiques comme si elles avaient été faites dans les collèges de l'Université.
A quatre-vingt-trois ans de distance, ce rapprochement est frappant et n'a pas besoin de commentaires.
Ces améliorations dont le bienfait apparut si vite comme
la semence en bon terrain, trouvèrent grioe devant h critique. Mais quelques craintes se manifeslèreot. Le Prytanée ne perdra-t-il pas son caractère militaire? Li fermeté des deux chefs, M. le général Lefebvre et M. la colonel Lecomte, et le tact parfait de M. GoanméjoiilB représentant TUniversité, répondaient pour le préaail, disait--on. Mais qui pouvait répondre de Tavenir, oa assurer qu'on ne verrait plus renaître ce déaaooonl intérieur^ fruit d'un insuccès dont aucun ne voulait assumer sur lui la responsabilité et dont il fallait, comne nous Tavous dit bien des fois, rechercher les causes daoi la constitution elle-même de la maison et dod cfaei In fonctionnaires divers.
Par suite de conventions faites entre les deux immatrei pour le personnel enseignant, c'est rinstmclion pubfique qui propose, c'est la guerre qui nomme et initUuê. Im professeurs du Prytanée, rentrant dans le mu de la grande famille universitaire, concourent avec tous m membres et peuvent prétendre à un avancement auquel ib devaient renoncer à La Flèche.
De là à une prépondérance complète il n'y a qu'on pas, a-tH)n dit... et peut-être dit-on encore.
Ces craintes, nous le pensons, sont sans fondemaot: Un pas a été fait, c'est vrai, maispour le Prytanée c'élut %m pas en avant. Qu'on en fasse encore un, et lademièie objection contre l'existence de cette maison tombera posr ne plus renaître. N'est-elle pas la grande maison de l'armée, n'est-ce pas l'asile qui attend les plus i donnés de ses enfants, tout bienfait accordé ne ralentitHl pas dans les corps eu rendant plus douce et moins i
la mort du père sur le champ de bataille. DisBéminés dans les collèges de France, ceseufiiDts y seraient écrasëa par rinfluencedu rang social et de la fortune de beaucoup de leurs condisciples, privés du lien prindpal qui les rattache au gouvernement dans cet établissement, véritable typedu systtenne ^litaire où les fils du général, du sio^ple officier, du pauvre et du riche, du noble et du roturier sont l'objet des mêmes sollidtudes.
Le Prytanée impérial restera donc toujours maisoii d'éducation militaire ; nous espérons même que, ne suffisant pas elle seule à sa destination particulière, elle devieo^ dra le type et le modèle de plusieurs autres. Et, devant la réalisation de cette espérance tombera , nous l'avons dit, la dernière et Tunique objection contre son maintien.
A l'égard des adoptés de FËtat, quelle a donc été la prescription formelle du premier Consul :
c La République leur cissurera des emphis dans la car* rière à laquelle ils auront été destinés. »
Nous la citons, non pas que nous pensions qu'au temps qui court l'exécution en fut possible, mais nous tenons ^ dire qu'à Tépoque la plus sombre de la Révohition française on prononçait moins vite le mot de privilège quand il s'agissait du sort des enfants de l'armée.
La nécessité de l'admission des élèves de Tige de huit à neuf ans avait élé comprise par LouisXVI et ses ministres. Les lettres-patentes du 20 février 1772, portant règlement pour le collège de La Flèche, décident que les enfants y seront admis dès l'âge de huit à neuf ans. € L'expérience < ayant d'ailleursapprisquelesenfantsdedixàonzeansne c sont pas plus avancés quand ib arrivent que ceux de huit
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€ à neuf ans, et que, moinsaouples et uhhiib dodleB^ikdonc nent, en général» plus de peine à leurs instituteurs et Aot c moins de progrès... » (P période, Ghap. iv, page 907).
Un des plus grands embarras qu'éprouTeot les effidm de l'armée, et surtout ceux qui sont retirés an fond dsi campagnes, est de pourvoir convenablement à la pnnûèn éducation de leurs petits enfimts qui, pour la plupail, m sont trouvés dans la vie de garnison en contact j avec des gens mal élevés et ont acqiûs, dans leur , un peu nomade, une aisance rarement de bon ald. Suivent, en outre, ces enfants ont passé , avant d'arrmr au Prytanée, par cinq ou six institutions dUTérentes flt n'en ont conservé que les mauvais souvenirs.
Quel avantage pour ceux-ci, quel repos d'eaprtt et de cœur pour leurs pères neressortiradent pas de h finmiatioB au Prytanée impérial à^un quatrième bataillond^e sept, huit et neuf ans au plus, qui, placés sous h i lance d'hommes choisis pour cette paternelle deviendraient successivement la p^inière des traisaiiini! Aucun enfant n'entrerait alors au troisième batailloa qu'il n'ait été soumis à cette épreuve décisive.
Ainsi disparaîtraient les graves inconvénieDla d'an recrutement vis-à-vis duquel les mesures les plus sMm et les plus sages restent impuissantes.
Ainsi encore se trouverait dffînitivement vunoa ail esprit d'insubordination si longtemps persiaiaat » pv cette raison qu'arrivant ensemble , les élèves mapdJMit ensemble pendant toute la durée de leur année i sans que cette agrégation reçoive, ccMQQuaoe dans ks collées, aucun élément nouveau propre àladûaondn et
à la modifier. L'influence des meneurs peut donc s'établir avec plus de solidité et acquérir, avec le temps, une influence redoutable.
Gnquante années d'expérience et d'observations motivées par le plus ratier dévouement, nous permettent d'affirmer que, dans Fexécutbn d'une pareille mesure, se trouveraient le plus grand élément de succès et la garantie la plus certaine pour toutes nos femilles militaires.
L'empereur Napoléon avait décidé que les services militaires des élèves du Prytanée compteraient à partir du jour de leur admission au premier bataillon (1). Nous appuyant sur ce précédent, nous avions présenté, en 1 854, au ministre de la guerre un mémoire dans lequel nous demandions que tout élève, entrant au 1*^ bataillon et déclarant, avec l'autorisation de ses parents, quil se destine au métier militaire, pût prendre un engagement. Nous allions peut-être trop loin en demandant alors qu'au cas de non-admission à Saint-Cyr il fut envoyé dans un régiment, suivant la valeur de ses notes pendant son séjour à I^ Flèche, en qualité de sergent, de caporal ou de simple soldat.
Cette dernière proposition ne pourrait plus cadrer avec celles que nous avons à faire. Mais rien ne s'opposerait à l'engagement facultatif dont nous venons de parler ; il servirait de palliatif à Téchec et donnerait beaucoup de valeur aux deux ou trois dernières années de travail, puisqu'elles compteraient et pour la retraite et pour l'avancement futur.
(1) Décret organique du Si août 1805 (IS fractidor an XHI.)
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L'Empereur Napoléon cherchait, comme Henri IV (1)» à attirer à La Flèche les enfants ridies dont les habitudei et l'éducation première pouvaient favorablement réagir w celles des fils d'officiers sans fortune qu'il y envoyait. Aii» le ministre delà guerre s'exprimait en ces termes dans an rapport du 13 novembre 1809 : c Pendant longtemplm c élives du Prytanée militaire ont seuls joui de la faoesr € d*être placés dans les régimenis en qualité de caporaua> c fourriers, lorsqu'ils ne passaient pas à Samt-CyrjS^.
< Depuis deux ans Votre Majesté a étendu cette bnm c aux élèves des lycées. Ceux du Prytanée ont anosn c perdu un autre avantage; ils ont pour ooDCorremsi « rÉcole militaire les jeunes gens admis dans les lyete c comme élèves du gouvernement au quart ou à demi-penc sion ; il en est résulté que le nombre des penaJonnaiw
« a considérablement diminué au Prytanée Cepen-
c dant le Prytanée est un établissement réservé pour iei c fils d'qfficiers ou pour des enfants se destinant an mfr c vice. L'instruction que les élèves y reçoivent i c rement dirigée vers ce but. et, sous ce rapport» il
< une préférence sur les lycées. Pour engager les fiunillei c à y envoyer leurs enfants, j'ai cru devoir i
(1) « Le Roi trds-chrétien, disent les Lettres amuutiêi dM| « s'il voit des seigneurs de sa cour dans l'intention d'envojw 1 « dausquelqu'école pour y être instraitda&s letletim» lenrptiliivli « champ da collage de La Flèche ; en sorte que de toute lannet fl !• <f cours ici. » ( Première pAnode. Uvre i^ Chap, m, lpi0i H^
(S) L^époqoe, objecte-t-on avec raison, expliquait cm aT«iitifM«|MS besoins. Que sait-on,cependantySiellenese représentaTmpai.Koiiimttons ces documents souslesyeux, non pas pour qu'on adopte UMpnriBi mesure, mais pour qu'on se la rappelle en temps Touln etquelaa entais du Prytanée sachent bien que leur titre seul les oblige à être Un^mi* prêts et par les facultés et par le cœnrmu pramisr appel da la Miifc
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c une notice que j'ai adressée à louft les préfets sur les a écoles militaires, que les élèves du Pr^taoéf^ smt gra« < tuits, soit pensionnaires, seraient admis à Técole de « Saint-Gyr comme élèves du gouvernemrat, et que ceux c qui préféreraient servir dans la cavalerie n^ paieraimit c que 1,500 francs au lieu de 2,400. »
TellesétaientlesconstantespréoccupationsderËmpereur Napoléon et de son ministre au sujet du Prytanée impérial..
Cette maisou se défend donc par son passé, par ses résultats restés jusqu'à présent dans Tombre ; elle se défend par son présent sauvc^rdant si bien son avenir (1). Dans
(1) Le Prytanée militaire a fait admettre, en 1866^ 19 élèves à l'école de Saint-Gjr et 5 à Técole Polytechnique.
Nous avons déjà prouvé que, par suite de son concours particulier récole militaire préparatoire de la Restauration avait proportionnellement fourni un plus grand nombre d'officiers généraux que les autres institutions civiles. 11 était bien important de prouverque, même privée de ses avantages, elle avait conservé sa supériorité, due à la vocation cultivée par la préparation. Les chifiTres qui suivent, prouvent surabondamment ce fait. Depuis le concours de 1831, les élèves de La Flèche ont été soumis aux mêmes exigences que leurs rivaux et ont subi la loi commune L'officier général sorti le plus récemment de Saint-Gyr est il. Brincourt, de l'admission de 1841. Or, de 1831 à 1841, La Flèche a envoyé à Saint-Cyr 241 de ses élèves, dont 12 sont officiers généraux, cW/ 1 sur 20. Les autres inslituUons ont fourni pendant la même période 1,519 élèves sur lesquels 47 généraux ou 1 sur 32. Ces moyennes ne viennent-elles pas dominer la question ? N'apportent-elles pas à la cause que nous plaidons un irrésistible argument?
De 1814 à 1866^ rinstitution préparatoire militaire a élevé 4,286 élèves ( 4,032 à La Flèche et 254 non reversés de la petite école de 1818 à 1820) : elle en a envoyé à Saint*Cyr 1,667, 46 à l'école Polytechnique et 12 à la marine : total 1,724, dont 84 généraux d'état-major, d'infanterie et de cavalerie, ou intendants généraux et intendants, un général de division du génie, un intendant militaire ancien capitaine d'artillerie et un amiral ; 87 élèves sont donc parvenus au généralat depuis 1818.
Les quatre emplois militaires qui, à Paris engagent le plus la responsabilité personnelle, sont confiés à cette heure à quatre élèvet de La Flèche : le général Soumain, commandant la première subdivision de la Seine et la place de Paris ; \ê colonel Lourde, mijor de place ; le général de Courêon, chef de l'état- major général, et le colonel Letêêliêr^Blan^ chard, colonel de Ui garde de Paris.
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le dernier exposé de la situation de FEoipire, nom lison : < Administré avec une sage et bienveillante aoUiâtnde, c cet établissement répond parfaitement au bot de soo c institution ; il possède un corps ensetgoant choiâ aiee € soin et pourvu, pour la plus grande partie, de tita « universitaires. > (1867.)
Le problème cherché pour fiiire concorder son i et ses droits, qui sont ceux de toute rarmée, avec i état social, a été résolu par Son Excellence le maréeU Randon dans tous ses points principaux. Elle vivra doee ainsi que cet esprit de confraternité et de Bofidaritéqol, depuis plus d'un siècle, unit les uns aux autres les enfin* qu'on appellera longtemps encore les enfants de Bntium (1). Elle vivra pour servir de type à pluneurs aotm et voir sortir de son tronc vigoureux des rameaux qn. ï leur tour, fructifieront au profit de notre grande et bdb France. Nous avons manifesté ce vœu dans le courut de ce chapitre et dit que devant sa réalisation tomberait h dernière objection contre Texistence de notre musoftmère.
c Elle donne, en effet, dit-on, tout œ^ ^dle fmâ a rendre ; mais elle ne suffit pas à sa destination et ralm « toujours ainsi à l'état de superfétation. Pourquoi k e conserver, si tous les ayants-droit par \m wrncm M k c mort sur le champ de bataille de leurs përea ne peo- € vent y être admis pas plus que tauu les jeunes ]
(1) On a plusieurs fois exprimé le Tœn qa'U sa tion de secours entre les anciens Fléohois à l'instar dt cettw qoi wkt sent les élèves de plosieurs institutions eéMbrei. €m Ton i Méth nièrement renouvelé par un de nos plus J«iiiMS gAa4rnz. ruhwttl être exaucé !
< ayant la vocatioD militaire ? Pourquoi ce privilège» cette « exception pour quelques-uns seulement, ne comptaol
< au moment de l'épreuve que pour un diœième dans le c contingent de Saint-Cyr? Pour ce faible résultat» qui c néanmoins doit compter pour un succès marquant^ les c collèges impériaux, les maisons préparatoires ne suffic raient-ils pas? »
Examinons cette question du pmnt de vue le plus élevé» sans parti pris, avec indifférence même... si cestpos^ sible, quand il s'agit du salut de la maison de I^ Flèche*
Posons d'abord ce principe vital qu'un des derniers chapitres de ce livre dcût mettre en pleine lumière : La préparation dès V enfance au métier militaire doit être rétablie.
Ce principe, depuis longtemps écarté, n'a jamais été discuté et ne pouvait pas l'être. Il est donc d'une vérité fondamentale, ainsi que l'ont reconnu les gouvernements étrangers, ainsi que nous le reconnaissions nous-mêmes.
Nous le posons donc.
M. le maréchal Randon a confié, sous l'autorité unique du général commandant, la direction des études du Prytanée impérial à un inspecteur de l'Université, assisté d'un intelligent surveillant général sous-directeur. La position élevée de ce fonctionnaire dans la hiérarchie lui donne une autorité suffisante et prépondérante sur les questions les plus graves. Ije succès a suivi de près. Le problème est donc résolu, nous l'avons dit, quant à la constitution complexe et si délicate de cette maison, qui malgré des efforts surhumains ne pourrait suffire à sa destination. On ne peut exiger qu'une prépondérance
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marquée sur les autres établissemento : et i tooi b points de vue elle Ta obtenue.
La France possède donc à cette heure une école préparatoire militaire dans les meilleures conditions.
Que reste-il donc à faire?
On a le droit de nous demander une réponse pféôse; car le devoir de tout citoyen est d'entrer bravement dm la discussion quand les incidents de son existence Toot mis à même de voir, d^entendre et de coonailn. Et d'ailleurs, comme le disait naguère un illustre savant (i): c La discussion n'est-elle pas le moyen lé^^tima deeoac naître le vrai, soit qu'un esprit aventureux, soospié-
< texte de devancer le temps, ébranle des vérités d^ a acquises, soit qu'un esprit engourdi résiste au 4 d'une vérité nouvelle? »
Toute proposition a ses inconvénients ; noos i loin de prétendre que celle-ci ne doive souleveri objection sérieuse, mais nous apercevons dans s» cution des avantages et surtout une opportunité qui OM semblent dominer victorieusement.
Qu'on veuille bien le remarquer encore : noos ne changeons ni ne bouleversons : c Toutes les grandes mut-
< talions, dit Montaigne, esbranlent VÉtat et le diso^ e donnent. >
Nous ne faisons qu'étendre le système, que demander la culture du champ tout entier et la complète difihiîoo du foyer de lumière déjà acquis à l'Etat, et cela mm M^ pense bien appréciable dans un pays comme la Freme.
(1) M. Ghevreul, préaident de la Société impériale et centrale d'agriculture de France : séance solennelle de cette Soeiété.