CHAPITRE IV
SoMMÀiRB. — Louis XIV, 14 mai 1648. - Le grand Gondé élève de rAcadémie militaire. — Création d'une compagnie de cent gentilshommes de la garde du roi, 4 septembre 1643. — Gk>llége des Quatre-Nations. — Mort de Mazarin, 9 mars 1661; Louis XIV gouyeme. — Louis XIV et l'armée. — Les emplois militaires et la noblesse. — Cadets dans les gardes-du -corps, 1666. — Loutoîs, ministre de la guerre. — Résultats de l'ordonnance pour les enseignes réformés, 1668. —Ordonnance sur les cadets, 1670; gentilshommes à drapeau, 1680. — Compagnie de cadets, premières écoles militaires spéciales, 12 juin 1682 ; projet de création d'une école militaire aux Invalides; publication de l'édit du 12 juin 168^ composition de deux compagnies de cadets; lettre] de Louvoie aux capitaines des compagnies de cadets; création de neuf compa* gnies de cadets; médaille frappée en mémoire de la création des compagnies de cadets; suppression des cadets dans les compagnies colonelles, 29 juillet 1683; mort de Louvoie, 1691; suppression des compagnies de cadets; rétablissement des cadets dans les régiments. — Marquis de Barbesieux, ministre secrétaire d'Étal de la guerre. — Ordre de Saint-Louis. — Les ordres réunis de Saint- Lazare et de Notre-Dame-du-Mont-Carmel; fondations par ces ordres d'institutions d'éducation militaire. — Le collège de la Flèche sous Louis XIV. — École de la noblesse de cour; M. le duc de Saint-Simon et l'avancement des jeunes seigneurs sous Louis XIV ; ordre du tableau.— Écoles d'artillerie sous Louis XIV; cadets d'artillerie. — Mort de Louis XIV. — Génie et instruction militaires sous Louis XIV; les trois périodes gnerrières Louis XIV.
Louis XIV n'avait encore que cinq ans quand il monta sur le trône qu'il devait occuper pendant 72 années. La régence de sa mère, Anne d'Autriche, fut orageuse malgré l'habileté du successeur que s'était donné Richelieu. Mazarin était devenu premier ministre, et, comme nous l'avons dit, Michel Le Tellier, qui se maintint si long-
temps au deuxième rang parce qu'il redoutait les dangers du premier» était le secrétaire d'Ëtat de la guerre.
Nous rechercherons toujours avec soin toutes les créations ou institutions concernant l'éducation et l'instruction militaires^ les conditions de l'entrée au service et les règles de l'avancement, qui en sont les résultats.
Signalons d'abord un des succès de l'académie militaire du cardinal de Richelieu. Louis de Bourbon, duc d'Eoghien, depuis le grana Condé, y avait terminé brilbmment ses études, après les avoir commencées au collège de Bourges, sous les jésuites.
Par un édit du 25 mars 1629, Louis XIII avait cassé h compagnie des 200 gentilshommes de sa garde, qui se trouvait en partie composée de roturiers admis, soit par surprise, soit au moyen de lettres de noblesse obtenues par faveur, soit pour causes politiques dont le cardinal avait seul le secret. Le conseil de régence fit faire alors une enquête sur les droits de chacun et réserver les places pour la jeune noblesse seule se consacrant au métier des armes et cherchant à faire son noviciat militaire sous les yeux du souverain. Le 4 septembre i643, il parut une ordonnance portant création d'une compagnie de 100 gentilshommes de la garde du roi.
Les considérants de cette ordonnance renferment en germe la pensée qui régla, à l'intérieur, la politique de Louis XrV : s'entourer de sa noblesse, la connaître et la dominer.
Le 19 mai 1645, le duc d'Enghien, l'élève de l'académie militaire, gagnait sur l'armée espagnole la bataille de Rocroi et écrasait cette vieille infanterie qui commence
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maintenant à se relever et à retrouver ses titres de gloire. Le 19 novembre, le maréchal de Guébriant, Félëvedela Flèche, succombait devant Rothweil, et ses restes étaient accompagnés à Téglise métropoUtaine de Notre-Dame par toutes les cours souveraines. Le plus grand hommage rendu à sa mémoire fut que Turenne seul fut jugé digne de le remplacer.
Avant de mourir, le cardinal de Mazarin créa le collège des Quatre-Nations, destiné à élever gratuitement soixante enfants nobles ou bourgeois .jdes quatre provinces réunies I à la France par les traités deWestphalie et des Pyrénées : l'Artois, le Roussillon, l'Alsace et le district de Pignerol; il légua sa bibliothèque à ce collège, laissa 2 millions de livres pour le fonder et voulut que les jeunes gens qu'on devait y élever n'y apprissent pas seulement le latin, mais qu'on les formât à toutes les sciences qui pourraient en faire des hommes utiles à l'État; qu'on leur apprit les langues et qu'on leur fît faire tous les exercices de corps, comme de monter à cheval, danser, faire des armes et tout ce qui peut développer le physique. C'était encore mettre à exécution une partie des conseils de Lanoue. Mais l'Université fit supprimer tous les exercices de corps, ne conserva qu'un maitre de mathématiques, et cette fondation devint un simple collège humanitaire. (Pâris-Duverney. Mémoire manuscrit.)
Le cardinal de Mazarin mourut dans la nuit du 8 au 9 mars 1661, après avoir recommandé au jeune roi Le Tellier, Lionne, Fouquet, qu'il ne pouvait désavouer, et enfin Colbert. Pour son successeur comme premier ministre, il laissa à Louis XIV Louis XIV lui-même, qui
prit d'une main f^rme les rênes de TËtat et ne les quitta que lorsque, cinquante-quatre ans plus tard, cette main fut glacée par la mort, c J'ai résolu, dit Louis XIV au diancelier et à ses collègues, d'être à l'avenir mon premier ministre*. • Vous m'aiderez de vos conseils quand je vous les demanderai .Je vous prie et vous ordonne. Monsieur le chancelier, de ne rien sceller que par mes ordres. . . et vous, mes secrétaires d'État^ et vous. Monsieur le surintendant des finances, je vous ordonne de ne rien signer sans mon commandement. > ^
Charles Vn créa l'armée permanente, Louis XIV et son ministre de la guerre, Louvois, successeur de son père €0 4662, l'ont définitivement constituée. 11 ne leur a pas été donné de compléter leur œuvre ; mais ils ont établi des bases auxquelles il a fallu toujours revenir quand on s'en était éloigné. Le principe resta. Toutes les grandes charges militaires, entre lesquelles se divisait le pouvoir, étant successivement ou supprimées ou démembrées, ce pouvoir, sous la direction suprême du roi, fut remis aux mains du ministre. La féodalité existait encore sur certains points et dans certaines circonstances plutôt par les formes que par le fait ; avec les obligations et les chaînes de fer de la discipline militaire à laquelle Louvois chercha à soumettre les plus grands seigneurs, ces formes disparurent.
Louis XIV voulut que la plus haute noblesse se formât sous ses yeux au métier militaire. Le gentilhomme devait sorvir ; à lui principalement alors il appartenait de tenir une épée, et, quoique celte idée eût encore toute sa force et que Louis XIV en fût imbu plus que tout autre, il mit
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néanmoins quelquefois le mérite au-desshs de la naissance. Nul ne devait quitter le service, ou sa disgrâce était certaine.
Enfin, d'après l'organisation fixe de l'armée, on peut dire que le système féodal, déjà ébranlé par les mesures de Charles VII et la rude pression de Louis XI, reçut le coup de grâce de la main de Louis XIY, qui concentra en lui toute la puissance.
Les emplois militaires revenaient de droit à la noblesse. Ce droit était raisonnablement fondé sur ce qu'elle avait bien peu de moyens de se placer, c J'ai vu dans ma jeunesse, dit Duclos, le bas emploi de la finance être la récompense de laquais... Il reste en Bretagne, ajoute-t-il, un cruel monument du mépris qu'on a eu pour les finances. La plus vile fonction de la société ne prive pas un gentilhomme de l'entrée aux États ; au lieu que le plus superbe financier en est exclu, qt ne rentre dans les droits de sa naissance, s'il en a, qu'en abjurant son état. » Quand, à propos du service militaire, nous disons que c'était un droit, nous nous exprimerions mieux en qualifiant ce droit d'obligation.
Jusqu'en 1789, la plupart des privilèges, et surtout celui dont nous parlons, n'étaient pas des abus, mais bien les anciennes institutions peu à peu modifiées, altérées, affaiblies par l'effet du temps et des mœurs nouvelles. Devant notre siècle qui, lui, marche à pas de géant, ces mêmes privilèges ont eu le tort de ne pas disparaître assez vite et de se trouver en désaccord avec d'ardentes et souvent très-justes aspirations. D'ailleurs, à côté du privil^ était l'obligation absolue de donner sa vie au besoin. Et
rappelons que, sous Louis XHI» la noblesse demandait de pouvoir, sans déroger, se livrer au commerce, et que, d'un autre côté, le tiers-état exigeait pour lui seul la réserve de cette faculté. Chacun de ces deux états jouissait donc d'un privilège.
En fin de compte, quel était le plus profitable ?
< Eo outre, dit Augustin Thierry, la noblesse, afin de s'ouvrir à elle*méme les sources de richesse où la bourgeoisie seule puisait, demande à pouvoir faire le grand trafic sans dér(^er. C'était dans les idées une sorte de progrès, mais le tiers-état, par esprit de monopole, réclame contre cette requête ; il veut que le commerce reste interdit aux gentilshommes et le soit formellement à tous les privilégiés. Ainsi, on opposait un privilège à un privilège, et, au lieu de la liberté d'une part et de l'autre, on voulait la compensation pour chacun.» (États généraux de 1614.)
Revenons aux cadets dans les corps. Louis XIY admit des cadets dans ses quatre compagnies de gardes-ducorps. On lit, en effet, dans le Mémoire pour la discipline des gardes-du-corps du 30 décembre 1666 : c Que les cadets, qui servent sans paie, fassent le service aussi régulièrement que ceux qui la reçoivent, et lorsqu'ils manqueront, qu'ils soient punis, tous, ainsi que ceux qui sont couchés sur le rôle desdits comptes... > Quelques-uns de ces cadets recevaient 30 livres par mois.
François-Michel Le Tellier, marquis de Louvois, obtint, en 1654, la survivance de secrétaire d'État de la guerre ; il fut associé h tous les travaux avec la signature dès 1662, et nommé en pied en 1666. Voulant, avec la
puissance, en posséder les marques, il exigea le premier qu'on donnât aux ministres le titre de Monseigneur. Nous suivrons tous ses actes concernant spécialement notre sujet.
En 1668, après le traité de paix d'Aix-la-Chapelle, le grand nombre d'officiers réformés qu'on devait replacer au fur et à mesure des vacances, devenait un grave embarras qui se renouvelait après chaque guerre. Pour y pourvoir et surtout éviter que les jeunes gentilshommes perdissent, pendant ce temps de repos, le fruit de leur premier noviciat, le roi ordonna, en date du 16 janvier 1668, que les enseignes qui ne voudraient pas perdre leur rang pour monter aux charges, serviraient comme mousquetaires dans les compagnies colonelles où ils avaient servi, ou dans celles des régiments où ils avaient été incorporés depuis leur réforme pour y attendre des vacances. On peut juger, par ce détail, de l'arrêt qu'apportait à l'avancement cette variation dans la composition des cadres de l'armée, variation qui motivait nécessairement h suppression des places de cadets et s'opposait à la création d'institutions d'éducation militaire produisant annuellement des sujets qu*on ne pouvait pas employer.
Le trop grand nombre de ces jeunes gentilshommes, placés comme cadets dans les corps où ils n'étaient ni officiers ni soldats^ présentait des inconvénients souvent graves et ne donnait que des résultats à peu près négatifs. Aussi, par son ordonnance de 1670, le roi ne permit plus que deux cadets au plus, âgés de 18 ans, dans chaque compagnie d'infanterie, mais ils furent conservés dans les gardes; car, en 1674, on en comptait près de 50.
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On en trouve encore en 1676, mais en moins grand nombre, et quelques-uns avec le titre de gardes ordinaires, qaoiqu*étant exempts de garde et de guet : en 1678, ils étaient supprimés. Il n'en fut replacé dans les gardes que sous la Régence.
On appelait gentilshommes à drapeau de jeunes officiers samuméraires de haute naissance, placés sans solde dans chacune des compagnies des gardes-françaises. Us portaient Thabit d'officier et étaient destinés, après ce noviciat, à remplir les places vacantes dans le régiment. En 1680, Louis XIY en créa quatre.
Richelieu avait formé une académie militaire dont il sentait la nécessité ; mais l'existence de cette institution avait été trop éphémère pour qu'on doive la compter au nombre de celles qui servirent de modèle à d'autres plus durables. En 1671, on vit sortir de ses fondements l'hôtel des Invalides, œuvre de rarchitecte Libéral Bruant. L'hôtel ne fut terminé qu'en 1674, et l'église trente ans après, par Mansard.Louvois voyait le moment où les maîtres dans l'art de la guerre disparaîtraient de la scène, soit par la mort naturelle, soit par celle du champ de bataille. Ils avaient formé quelques généraux à leur école. Le meilleur moyen de conserver les bonnes traditions était de les faire connaître à la jeunesse militaire et de lui donner ensuite la facilité de les appliquer.
Ce ministre, dont les talents comme administrateur et non comme capitaine avaient principalement la guerre pour objet, songea un instant à joindre à la création d'un asile pour les soldats invalides une école militaire pour les gentilshommes. On n'a aucune connnaissance des détails
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de ce projet, qui fut reconnu inexécutable. C'était» en effet, mettre la vie trop près du tombeau, c'était rapprocher Tâge des belles et nobles illusions de celui des infirmités et des souffrances. L'hôtel des Invalides n'est-il pas le champ de bataille après le combat?
Louvois conçut alors le projet de réunir les cadets eo plusieurs corps au lieu de les disséminer dans tous les régiments. Le 12 juin 1682, les intendants reçurent Tordre de publier dans tout le royaume l'édit portant création de deux compagnies de cadets-gentilshommes devant être placées l'une à Tournay et l'autre à Metz.
Cette pièce dit c les gentilshommes. > Une lettre de Louvois nous apprend que les intendants avaient, cependant. Tordre de recevo'u* des jeunes gens de toutes classes appartenant à des familles honnêtes. Le nombre des postulants dépassa 4,000. Toutes les classes s'y trouvèrent représentées ; et c'était implicitement l'intention de Louvois. Voulait-il exciter l'émulation de la jeune noblesse, et offrir bien réellement aux jeunes gens du tiers ayant le goût militaire le moyen de servir le roi dans une carrière dont leur naissance les éloignait? C'est bien probable. D'un autre côté, cet essai, d'une importance capitale pour le présent comme pour l'avenir, était peut-être un peu prématuré ; et il est permis de penser que ce mélange a contribué à la suppression de cette institution, qui n'a pas pu survivre longtemps à son créateur.
Louvois s'aperçut bientôt que ses intentions avaient été outre-passées, et il chercha à y remédier, c Les intendants, mandait Louvois aux capitaines, ont reçu dans la levée qu'ils ont faite pour les compagnies des cadets de toutes
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sortes de gens, en sorte qu'il y en a d'une naissance trèsbasse ; sur quoi Sa Majesté m'a commandé de vous faire savoir que, sans témoigner que ce soit par son ordre, et comme û c'était pour satisfaire à votre propre curiosité, vous fasûez un état des cadets dont votre compagnie est composée, séparé par provinces, où vous mettrez ce que vous pourrez apprendre par leurs camarades de la naissance de chacun. Le roi ne voudra pas qu'on ôte ceux qui ne seront pas d'une naissance trop basse ; mais s'il y en avait dont l'origine fut trop obscure, il est sans doute que Sa Majesté les ferait licencier. > (Camille Rousset. Histoire de Louvois, Archives de la guerre.)
Louvois paraissait beaucoup moins craindre la marque de roture que les mauvais principes puisés dans les basfonds de la société et incompatibles avec l'insigne honneur de devenir officier du roi.
Ce premier essai parait avoir réussi ; car le nombre de ces écoles fut porté à neuf; elles étaient établies à Tournai, Cambrai, Valenciennes, Cbarlemont, Longwy, Metz, Strasboui^, Brisach et Besançon, et commandées par un capitaine, un lieutenant et deux sous-lieutenants. Le capitaine de chacune était toujours le commandant de la place 00 elle était cantonnée. Il recevait , à cet efTet , une commission de capitaine provisoire avec 1,800 fr. d'appointements. Ces cadets étaient habillés par le roi et recevaient une solde de iO sols par jour. Â chaque compagnie étaient attachés deux maitres-d'armes et des maîtres de dessin, de musique, d'allemand et de danse. On les dressait à tous les exercices militaires. Le lieutenant remplissait les fonctions du lieutenant-colonel dans les régiments :
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les SOUS - lieutenants dirigeaient les manœuvres. Le règlement fut fait par M. de Monteaut, commandant la compagnie de Besançon. Le roi de Pologne, le prince d'Orange et Télecteur de Brandebourg s'en servirent pour établir dans leurs Ëtats des compagnies sur le même pied, et à l'étranger cette institution existait dans toute sa vigueur, quand depuis longtemps déjà elle était supprimée en France, c Tous ces régiments, dit le père Daniel, tendaient à accoutumer les cadets à la fatigue, à vivre de peu et à l'obéissance militaire. Les exercices y étaient réglés pour le temps. On n'y avait pas oublié ceux du chrétien et tout ce qui pouvait contribuer à la politesse et au savoir-vivre ; de sorte qu'il ne tenait qu'à ces jeunes gens d'apprendre tout ce qui peut former un beau cavalier, un bon officier, un honnête homme , et même un chrétien dans la profession des armes. »
Rapprochons ces lignes de celles qu'avait écrites Lanoue, et empressons-nous de dire que Louvois, s'il avait été secondé, aurait rendu par cette création un immense service à l'armée. Pour en consacrer le souvenir, une médaille avait été frappée. Elle représentait une troupe de jeunes hommes avec un officier, qui leur met l'épée à la main ; pour légende c Militiœ tirocinium; > dans l'exergue « Nobiles educati munificent, princ. 1682. >
En 1684, l'effectif de chacune de ces compagnies était de 475 cadets donnant un total de 4,275, dont l'entretien coûtait à l'État près d'un million de livres. Le roi, étant venu à Besançon en 1683, passa la revue de la compagnie de cette place, la fit manœuvrer et en parut trèscontent.
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€ Le 22 janvier 1684, dît Dangeau» on arriva à Yalentiennes : le roi fit le tour de la place, vit toutes les nou«velles fortifications, et trouva vers Tendroit qu'on nomme la Gtadelle une compagnie de gentilshommes commandée par M. de Franu, et leur fît faire Texercice. >
Ces compagnies, formées seulement depuis 1682, purent fournir en 1683, pour la guerre d'Espagne, près de 2,000 jeunes gens qui reçurent des brevets temporaires de sous-lieutenants et de cornettes. Les vides furent bientôt remplis, puisque la compagnie de Cambrai, qui avait fourni 300 officiers, avait bientôt après un effectif de 400 cadets sous les armes. Il est certain que Louvois s'attachait à cette œuvre qu'il considérait comme éminemment utile. Il ne négligeait aucune occasion de la faire valoir et ressortir ; car il détacha 300 cadets pour servir au siège de Luxembourg avec ordre du roi de donner à cette compagnie le même rang qu'au corps des mousquetaires. Us réclamèrent avec instance l'honneur de monter les premiers à l'assaut, mais les grenadiers ne voulurent pas leur céder le pas. A leur suite, ils combattirent bravement et attirèrent l'attention de l'armée.
Le roi rendit une ordonnance le 29 janvier 1683, supprimant les cadets dans les compagnies colonelles des régiments, préférant les entretenir dans les mêmes rangs que les autres, dont le placement successif se trouvait facilité par l'ordonnance du 20 février 1684, rétablissant dans les soixante-quinze régiments commandés pour entrer en campagne les emplois de sous - lieutenants et ceux de cornettes dans les compagnies de cavalerie et de dragons.
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Quoiqu'on 1685 de graves désordres se fussent produits dans la compagnie de Gharlemont, où un élève (ut tué par un de ses camarades; que par suite deux cadets eussent été fusillés» puis la compagnie licenciée et dispersée dans les huit autres ; que, deux mois après» les mêmes désordres se fussent renouvelés à Besançon et que ces deux révoltes eussent très-défavorablement impressionné le roi à Tégard de l'institution; cependant Si Majesté voulut bien» en 1687» rétablir les places de souslieutenants» qui» suivant l'habitude» avaient été supprimées à la paix et donner ces emplois à 900 de ces jeunes cadets. 11 est donc certain que Louvois protégea sa création» et qu'après une expérience de quelques années il l'eût perfectionnée et en eût fait une pépinière d'excellents officiers. Mais le vice principal était dans la composition première dont l'épuration n'avait pas été suffisante. Nul n'aurait dû être admis sans qu'au préalable toutes les informations eussent été prises non - seulement sur la moralité du postulant» mais aussi sur celle de sa famille et qu'on se fût surtout assuré que sa première éducation avait été faite par des maîtres estimés et dans des institutions connues ; il aurait fallu aussi que le ministre fut seul juge de l'admission toujours faite par l'intendant de la province sous l'empire d'influences locales. Il semble aussi que les classes étaient encore trop séparées d'halntudes et de mœurs pour réunir ces jeunes gens dans un même rang et qu'il eût fallu établir au même titre des compagnies composées seulement de gentilshommes et d'autres de roturiers» en donnant» néanmoins» à tous les mêmes avantages à égalité de mérite.
Louvois mourut subitement le 16 juillet 1691. Dès ce moment, nous voyons la décadence de l'institution des compagnies de cadets faire chaque jour de nouveaux progrès. Le 1^ août 1694, le roi faisait incorporer les cadets de la compagnie de Brisach dans celle de Strasbourg, une grande partie ayant été placée dans l'armée. En 1696, même ordonnance pour la compagnie de Strasbourg, qui fut réformée. Les cadets qui désiraient être replacés, devaient se mettre à la disposition du roi. Déjà on commençait à ne plus admettre les cadets gratuitement ; ils devaient payer 150 fr. de pension et aller chercher leurs lettres à la cour. Elles furent définitivement supprimées dans le courant de cette même année 1696.
Le père Daniel donne pour cause principale de cette suppression la nécessité de faire des économies en raison de la guerre. Nous la trouvons plutôt dans les vices que nous avons signalés. L'opinion du maréchal de Yauban vient corroborer la nôtre : trop sévèrement peut-être, il disait : c Ce sont tous gens pour la plupart sans naissance, d'un mérite inconnu, qui n'ont rien vu, rien médité, qui ne savent au plus que l'escrime, danser, quereller, et qui ont, d'ailleurs, une très-mauvaise éducation. > (C. Rousset. Histoire de Louvois.)
Il fallut donc en revenir encore aux errements fautifs et insuffisants du passé et rétablir dans les régiments un cadet par com|>agnie. Nous n'insisterons pas sur les inconvénients déjà discutés de cette mesure.
M. de Barbesieux, second fils de Louvois, et qui avait la survivance, remplaça son père dans ses fonctions. Ce jeune ministre n'avait que 23 ans ; il était vif, hardi et
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plein de présomption. < Louis aimait les ministres jeunes, dit Henri Martin, parce qu'il croyait les former. Il prétendait tout créer autour de lui, les hommes comme les choses. »
LouisXIV créa, en 1 693, Tordre célèbre de Saint-Louis, qui ne fut accordé qu'au mérite militaire. Nous mentionnons cet ordre parce que plus tard il devint un titre pour l'admission dans le corps de la noblesse et aux écoles militaires.
Henri IV avait réuni l'ordre de Notre-Dame-du-Mont- Carmel à celui de Saint-Lazare. LouisXIV avait confirmé tous leurs privilèges. En 1673, le traité d'Aix-la-Chapelle réduisit les chevaliers à l'inaction.
Ils voulurent, pendant la paix, servir encore plus efficacement le pays en établissant des écoles pour former à tous les exercices du corps et de l'esprit, surtout en ce qui concernait la marine de guerre, les jeunes gentilshommes sans fortune. Le roi favorisa ces louables intentions et donna pouvoir, par lettres-patentes du 31 octobre 1699, au chevalier de Bossac et autres chevaliers de Saint- Lazare^ ses associés, de fonder des académies de marine militaire dans différents lieux du royaume, avec autorisation de pouvoir faire le commerce de mer sans déroger. Déjà, en 1671, les revenus de quelques commanderies du Grand-Prieuré avaient été affectés à l'entretien d'une école militaire et de marine à Montpellier, en faveur des enfants des chevaliers et de la noblesse du Languedoc. Une autre académie plus importante fut, en 1677, fondée à Paris, rue Saint-Claude, au Marais. Cette académie militaire avait un directeur principal, trois gouverneurs et
UD trésorier ; les plus habiles professeurs y enseignaient les sciences et les belles-lettres.
De cette école, qui prit une autre forme sous le magistère du marquis de Dangeau, sortit, entre autres^ le maréchal de G)nflans-Brienne^ vice-amiral du Levant. Duclos parle d'une institution créée rue de Charonne, près du boulevard de Bon-Secours, par ce grand maître; il y avait réuni douze jeunes gentilshommes de la meilleure noblesse du royaume, qu'il fit en même temps chevaliers des ordres du Mont-Carmel et de Saint-Lazare. Dans le programme des études, on n'avait pas oublié la science du blason, c Chacun, dit gaiement Duclos, l'eût inventée dans cette c maison, si elle ne l'eût été... »
Pour exciter l'émulation des jeunes chevaliers, le marquis de Dangeau permit l'admission d'enfants payant pension. Duclos fut lui-même du nombre de ces écoliers.
Cette maison ne dura que 10 ans. Après la mort du fondateur, en 1720, le mauvais état des finances ne permit pas de la conserver (1).
Sous le règne de Louis XIV, tout devait concourir à la prospérité du collège de la Flèche ; aussi nous en voyons sortir Daniel-François Voysin, né en 1634 à Paris, depuis chancelier de France et secrétaire d'État de la guerre ; puis le prince Eugène de Savoie-Carignan, né à Paris d'Eugène Maurice comte de Soissons et d'Olympe Mancini, nièce de Mazarin. Il ne tint qu'à Louis XIV d'employer pour son service leséminentes qualités militaires de
(1) Notice sur les ordres réunis de Notre -Dame-du-Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, par M. de Montzey.(/Voni7ettr de l'Armée^ SI août et il septembre 1865.)
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ce prince; sur son refus, Tempereur d'Autriche en profita au détriment de la France.
Quelle était alors la carrière qu'avaient à parcourir les jeunes seigneurs à la fin de leurs études humanitaires, et après avoir reçu dans les académies d'équitation et dans les salles d'armes les premiers errements des exercices de corps que devait posséder tout homme né dans une classe élevée? M. le duc de Saint-Simon va nous le dire.
Louis XIY les assujétit tous, sans autre exception que les seuls princes du sang, à débuter par être cadets dans ses gardes-du-corps et à faire le même service des simples gardes au dedans, au dehors, hiver et été à Tarmée. c II changea depuis, dit le duc, cette école en celle des mousquetaires ; on s'y ploiait par force à être confondu avec toutes sortes de gens, i» Nous avons vu, en effet, qu'en 1678 les cadets avaient été supprimés dans les gardes-du-corps.
Suivons donc le noble duc dans sa courte carrière militaire. En 1691, le duc de Saint-Simon, né en 1675, faisait sa philosophie et apprenait à monter à cheval à l'académie de Rochefort. La plupart des jeunes seigneurs de son âge avaient accompagné le roi au siège de Mons.
Malgré l'opposition de sa mère, il décida son père à lui permettre d'entrer au service.
Louis XIV admit le jeune cadet dans la compagnie de mousquetaires de M. de Maupertuis, le 1'' décembre 1692. Au mois de mars 1693, M. de Saint-Pouang lui proposa une compagnie dans Royal-Roussillon cavalerie. Le roi l'autorisa à accepter en lui donnant en même temps les gouvernements de Blaye et de Senlis, que la mort de son père laissait vacants.
Cette même année, le roi mit les cent compagnies de carabiniers dans un seul corps divisé en cinq brigades. M. du Rosel, brigadier et colonel du régiment du prince Paul, tué à Nerwinden, prévint M. de Saint-Simon qu'il aurait son régiment à vendre et l'engagea à faire des démarches pour l'obtenir, lui demandant pour droit d'avis 26,000 livres au lieu de 22,500 prix fixé.
Louis XrV donna ce régiment à M . le duc de Saint- Simon, qui, né en janvier 1775, était mousquetaire à 15 ans, capitaine et colonel à 18. Cet avancement était parfaitement ordinaire, puisqu'il ne parait pas avoir suffi à l'impatience du jeune colonel. En 1702, cinq mestres de camp, ses cadets, ayant été nommés brigadiers, il donnait sa démission, n'ayant alors que 27 ans. Louis XIV ne le lui pardonna pas.
Toute question d'avancement implique celle de l'éducation militaire ; celle-ci tient à celle-là d'une manière absolue, ou du moins devrait toujours y tenir. Quel était donc cet ordre du tableau établi par Louvois, qui s'en servait pour mieux être le maître? Saint-Simon prétend qu'il n'avait pour but que d'écraser le mérite quand il viendrait lui forcer la main ou l'offusquerait trop.
Cependant il avoue que le temps de la faveur était passé. Ne fallait-il pas d'ailleurs mettre une digue puissante à l'impatience de ces jeunes seigneurs qui, colonels à 18 ans par le droit de leur naissance et de leurs richesses, se trouvaient en retard quand ils n'étaient pas officiersgénéraux à 27. Que croire des effets produits par l'application de cette règle et de la peinturequ'en fait le satyrique duc? Ijb travail était-il devenu alors inutile pour donner
droit à Ta vancement? Louis XIV et son ministre auraientils donné le commandement des armées à des ignorants par l'unique raison qu'ils étaient les premiers sur le tableau? On se refuse à le croire.
c L'ignorance chez nous était telle, dit Saint-Simon, que le maréchal de camp venu de l'infanterie n'avait pas la première notion de l'assiette ni de la disposition d'un fourrage; que celui venu de la cavalerie ne savait ce que c'était qu'une tranchée, ni rien qui eût rapport à une attaque de place ni à une défense. >
Les jeunes colonels avaient bien le temps de travailler! ils savaient se battre, mais cela ne suiBt pas quand de la capacité du chef dépendent la vie des hommes et l'honneur du pays.
Le roi fut obligé, en 1714, de taxer les régiments d'infanterie, qui étaient montés à des prix excessifs. Tout le mal était là ; l'ordre du tableau en était le palliatif, parcequ'au moins il obligeait les jeunes colonels à vieillir un peu à la tête de leurs régiments.
Si l'ordre du tableau occasionna quelques inconvénients, il combattit néanmoins de grands abus. La démission de M. le duc de Saint-Simon, qui obtint pour son neveu, encore au collège, le régiment de Sourches, prouve que le roi, quand bon lui semblait, choisissait sur ce tableau suivant sa convenance ou celle de son service.
Ainsi, sous Louis XIY, les nobles de province et les
jeunes gens appartenant à de bonnes familles roturières
faisaient leur éducation militaire dans les compagnies de
cadets, ou, après leur suppression, dans les régiments ; les
! nobles de cour commençaient leur carrière dans les garde»-
dii-<x>q>6, et après dans les mousquetaires. Les premiers arrivaient au grade de capitaine et obtenaient la croix de Saînt-Louis ; à moins de cas exceptionnels, ils ne pouvaient pas porter leurs prétentions plus haut que les emplois de major ou de lieutenant-colonel. Les seconds achetaient une compagnie après leur noviciat d'un an, puis un régiment, et attendaient plus ou moins patiemment leur tour pour parvenir au grade de brigadier, qui ne se vendait ni ne s'achetait. Mais Finstruction militaire du premier âge manquait toujours. La pensée de Lanoue restait inexécutée, l^uvoisy avait songé; ses compagnies de cadets l'auraient conduit certainement à perfectionner sa création.
Le ministre de la guerre Ghamillart^ et son successeur Voysin, toujours préoccupés des guerres qui assombrirent la fin du règne de Louis XIY, ne paraissent pas avoir porté leur attention sur l'éducation préparatoire et spéciale des jeunes gens se destinant à la carrière des armes.
Pendant les guerres de religion, Tartillerie fut très- Dégligée. Mais Sully, devenu grand-maître sous Henri IV, s'en occupa activement, et, à la mort du roi, l'artillerie française était formidable. En 1621, on trouve un commissaire d'artillerie avec le titre de colonel de pionniers. Le régimwt de l'artillerie fut formé en 1671, sous le ministère de Louvois. Les soldats furent armés de fusils, d'une épée et d'une baïonnette. Il se composait de quatre compagnies, dont les officiers furent tirés du régiment du roi. On y ajouta, en 1672, vingt-deux compagnies, qui, avec les quatre premières, formèrent le régiment de fusiliers. En 1695, on y ajouta un bataillon. Ce corps prit alors le nom de régiment royal d'artillerie.
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Le corps de bombardiers ne se composait que de deux compagnies en 1624. On en comptait seize en 1686.
Dans la compagnie colonelle étaient placés quarante cadets, et dans la seconde dix. En 1706, vingt-six compagnies formaient le régiment de fusiliers-bombardiers, qui faisait le service des mortiers et pièces de siège.
Le corps des mineurs comptait une compagnie en 1679, et deux en 1695. Il y avait une troisième compagnie appelée franche et une quatrième seulement en campagne. Une compagnie de canonniers des côtes de l'Océan fut levée en 1702.
En 1679, on forma des écoles pour l'instruction des jeunes cadets ou officiers d'artillerie.
Le premier établissement fut fait à Douai, puis transporté à Metz, de là à Strasbourg, Il y avait été attaché vingt-six officiers pointeurs et autan^ de commissaires. Ces écoles furent établies ensuite d'une manière fixe à Douai, à Strasbourg et en Italie, puis dans les lieux où les régiments tenaient garnison. Monseigneur le duc du Maine, grand-maitre de l'artillerie, fit porter à 24,000 livres le fonds de 9,000 fr. affecté à ces écoles. ! Le grand-maitre chargea M. Pierre Suriny de Saintj Rémi, lieutenant de l'artillerie de France, de faire pour les élèves de l'artillerie un règlement, qu'on trouve inextenso dans les Mémoires de cet officier (1**^ vol. p. 140).
Louis XrV mourut le l""' septembre 1715. c Ce n'est pas un homme, c'est un monde qui finit, dit H. Martin... Louis XIV est et restera le roi, le type royal pour les nations étrangères comme pour la France. Tout ce que la monarchie, après avoir ramené sous un même joug les
éléments divergents du inonde multiple du moyen âge, a pu produire dans la plénitude de sa puissance, elle l'a produit avec Louis-le -Grand. »
En mourant, Louis XIY laissait à son successeur une nombreuse armée, dont l'organisation changea peu jusqu'au moment de la Révolution française.
Rappelons-ici les paroles du grand capitaine du xix* siècle, paroles prononcées alors qu'il était à Sainte- Hélène.
Il ne permettait pas qu'on parlât du hasard; la victoire était toujours pour lui le fruit du génie allié à l'instruction, qui ne peut le faire naître , mais qui le fait arriver à son complet épanouissement: < Il n'est pas, disait-il, de grandes actions suivies qui soient l'œuvre du hasard et de la fortune ; elles dérivent toujours de la combinaison et du génie. Rarement on voit échouer les grands hommes dans leurs entreprises les plus hardies et les plus périlleuses. Regardez Alexandre, Ânnibal, César, le grand Gustave et autres, ils réussissent toujours: est-ce parce qu'ils ont (lu bonheur qu'ils deviennent ainsi des grands hommes? Non ; mais parce qu'étant de grands hommes, ils ont su maîtriser leur bonheur. Quand on veut étudier les ressorts de leurs succès, on est tout étonné de voir qu'ils avaient tout fait pour l'obtenir. >
Condé etTurenne furent les étoiles brillantes du règne de Louis XIV. Aucune éducation ne fut plus suivie et plus soignée que celle de Condé. < Et cependant, dit Napoléon, diez lui la science semblait avoir été un instinct, la nature l'ayant produit tout savant; Turenne, au contraire, s'était formé avec peine et à force d'instruction. »
106 INSTITUTIONS d'ÉDUGATION lULlTAIRE
Tous les deux étaient nés avec du génie et tous les deux ont travaillé ; le développement plus ou moins prompt chez Tun ou chez l'autre tenait à la nature du tempérament. Il est à remarquer que Turenne n'a pas formé d'élèves et que Condé en a laissé de très-distingués... c Pur effet du hasard^ dit encore Napoléon, la semence doit rencontrer son terrain. » Timide au début, Turenne était devenu de plus en plus audacieux avecTâge et l'expérience; Condé, au contraire, tout bouillant de fougue et d'entrain, s'était modéré à mesure qu'il avançait dans son illustre carrière. Napoléon préférait Vendôme à Gatinat, qu'il ne trouvait pas à la hauteur de sa réputation, d'après sa correspondance avec Louvois. Ce jugement parait un peu sévère: Catinat sera toujours mis au nombre des meilleurs généraux de Louis XIY.
On divise les guerres de Louis XIV en trois périodes. La première, Turenne et Condé, de la bataille de Rocroi au premier traité d'Âix-la-Chapelle ; art méthodique et savant. La seconde, Luxembourg, fin du xvii^ siècle, grandes masses, grands abus; cependant Luxembourg conserve les traditions de Turenne (marcher comme on est campé, ou comme on veut camper ou comme on veut combattre). La troisième, guerre de succession, finit en 1713, au traité d'Utrecht; plus d'audace dans les conceptions stratégiques, mais exagération dans les armées, imperfection des moyens, impéritie des généraux.