THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE, OU PRINCIPES GÉNÉRAUX DE L'ART DE GUÉRIR
Rappel tics principes rondamcntnttx.
La nature suffit aux rires pour toute chose et leur tient lieu de tout. La nature est médicatriee, c'est elle
qui guérit les malades. Natura morborum medicatrix Elle 1rs guérit : tantôt par le repos, par l'abstinence^ par le sommeil; tantôt par Exercice, par un surcroît de nourriture] ou d'activité ; tantôt enfin par une agitation calculée, par des mouvements partiels ou généraux, en un mot, par des soulèvements. {Des réactions.)
La nature a recours aussi à des expulsions, à des évacuations, à des substitutions de maladie, c'est-à-dire à d'autres maladies.
La médecine est l'art d'imiter les procédés curatifs de la nature. Ars curandi quâ curât sua s ponte natura.
Est enim maxime secundwn naturam ipsa medicina. (De flatibus.)
La médecine est l'interprète et le ministre de la nature. Interpres et minister naturœ, quidquam natura facit sponte, id medicus facit arte.
Commentaires, déductions et préceptes, dogmes, instituts.
La thérapeutique est l'art qui a pour objet le traitement des malades. Hœc ars ubi morbum percepit curationem inslituendam censet ; id unum spectans ne terneritate magis quam concilio et ut facilitate potius quam vi curationem adhibere videatur. (Hipp.)
Medicinœ leges naturœ legibus debent esse consenlaneœ et felix medicatio cui adjutrix natura succurrit, irrita vero quœ répugnante natura tentatur.
Il vaut mieux ne pas traiter les maladies occultes : ceux que l'on cherche à guérir de ces maladies succom-
bent promptement ; ceux, au contraire, qu'on s'abstient I de guérir vivent beaucoup plus longtemps.
Morbos occultos habentes meliusest non curare : curati enim cité pereunt, non curati verô longius tempas.
On guérit les maladies en agissant sur les organes et par les organes. L'expérience nous apprend que les maladies guérissent non-seulement par les contraires, mais quelquefois aussi parles semblables.
Quicumque morbi ex repletione fiant carat evacuatio, et quicumque ex evacuatione repletio et aliorum contrarietas; sed etiam morbi lus ipsis curantur a quibus etiam nascuntur.
Donc, les mêmes choses qui ont causé le mal le guérissent quelquefois : ainsi, on voit guérir la difficulté d'uriner par la même chose qui l'a causée ; la toux est aussi comme la clysurie, causée et guérie par les mêmes choses.
La fièvre d'inflammation est excitée par l'inflammation, et elle se guérit tantôt par l'inflammation, tantôt parles contraires. L'eau chaude prise abondamment en boisson rétablit la santé. — La fièvre se dissipe quelquefois en usant de ce qui pourrait donner une inflammation .
Quand on prend une purgation ou un émétiqne, l'effet peut en être arrêté par des irritants et augmenté par des calmants.- — En faisant boire beaucoup d'eau à quelqu'un qui vomit, on lui faitsouvent rendre avec l'eau, par le vomissement, ce qui le causait ; on guérit alors le vomissement en faisant vomir. Dans un autre cas, on le
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guérit en le calmant, en faisant passer par bas ce qui excitait à vomir. On recouvre ainsi la santé pour le môme cas de deux manières contraires. (Gardeil, t. Ier, p. 275.)
S'il en était toujours de môme pour tout le reste, on aurait du moins cette règle, qu'il faut toujours soigner, ou par des contraires, ou par des semblables, quel que soit le mal et d'où qu'il vienne ; mais il n'en est pas ainsi, la cause est en la faiblesse du corps qui meta ceci une infinité de différences. (Gardeil, t. Ier, p. 27G.)
Dans les cas douteux, on se détermine par le bien ou par le mal que le malade ressent ajuvantibus et lœdenlibus. C'est une loi générale. (Gardeil, t. III, p. lkk.)
Le médecin doit, pour guérir les maladies, mettre en œuvre la raison, la mémoire, les sens et toutes les puissances dont il dispose. C'est surtout dans les efforts de la nature qu'il doit chercher la manière dont il aura à se conduire.
La nature n'a qu'un petit nombre d'occasions opportunes, celui qui les connaît les attend. Il distingue les symptômes essentiels des symptômes accidentels, qui ne tiennent point à l 'occasion ; il cherche la cause de la maladie, il étudie les symptômes de la cause, et il évalue autant que possible les forces du malade.
Quiconque connaît la cause d'une maladie est capable d'y apporter remède, car la médecine est une science toute naturelle : la cause enlevée, l'effet cesse. Sublala causa, lollitur effectus.
La médecine consiste à ajouter el à retrancher; il
faut retrancher le nuisible et le superflu ; il faut ajouter ce qui manque. On sera le meilleur médecin quand on saura se bien acquitter de ces deux fonctions, et mauvais médecin si l'on s'en acquitte mal.
Tout ce qui opère un changement dans l'état actuel de l'homme peut être regardé comme un remède ; les plus forts bouleversent. On pourrait donc bouleverser le corps avec des remèdes ; d'autre part, on peut y produire des changements salutaires avec des aliments.
Les changements sont un bien dans l'état de maladie ; s'il ne se faisait pas de changements, le mal augmenterait.
On ne doit pas, dans des maux médiocres, donner des remèdes forts, de crainte d'affaiblir pour un petit mal. — Il faut réserver les grands remèdes pour les grands maux; employez-les petits pour les médiocres.
On ne doit pas dénaturer les remèdes, mais les administrer avec leurs vertus naturelles. Il faut employer les plus forts vis-à-vis les hommes robustes; et ceux qui de leur nature sont moins forts vis-à-vis des gens d'une faible constitution.
Les maladies doivent être évacuées par les organes les plus voisins des parties affectées; c'est là qu'elles trouvent leurs issues naturelles.
Ce que les remèdes ne peuvent guérir, le fer les guérit; ce que le fer ne peut guérir, le feu le guérit; mais ce que le feu ne guérit pas est incurable!
Il n'y a point de principes manifestes de guérison qu'on puisse, à proprement parler, appeler 'principes universels
pour tous les cas auxquels notre art s'applique. Nous commençons quelquefois par des paroles qui donuenl du courage, delà consolation, qui même font seules la guérison; quelquefois, au contraire, nous commençons le traitement, et nous le terminons par des actions ; mais les secours du médecin ne sont pas ce qui seul guérit les maladies: elles se terminent souvent d'elles-mêmes par les propres forces de la nature et sans le secours de l'art.
Il faut souvent changer la manière de vivre ; il est clair que celle qu'on suivait était mauvaise en tout, en partie ou en quelque chose.
Il faut, pour connaître cequi doit être changé, regarder au tempérament du malade, à son âge, à sa constitution, à la nature de sa maladie et aussi à la nature de la saison régnante. On établit ensuite le traitement, soit en supprimant, soit en ajoutant quelque chose, soit en réglant la marche de la nature.
L'estomac est pour les animaux ce que la terre est pour les arbres; il en provient nourriture, chaleur et froid. Chaleur quand il est plein; froid quand il est vide. Comme la terre bien fumée est chaude l'hiver, le ventre l'est aussi dans cette saison. Les arbres ont l'écorce sèche et mince ; mais si l'intérieur est chaud et charnu, ils sont sains, vivaces, point sujets à se pourrir.... Il en est de même des animaux. — Méditez profondément ces vérités d'observation.