CINQUIÈME TABLEAU
Tumeurs des amygdales et angines.
Quand les amygdales sont tuméfiées, il se fait sur la
zo° PREMIERS TABLEAUX
mâchoire, do chaque côté, une enflure qu'on reconnaît en ce qu'on trouve une dureté en v touchant, et toute la luette s'engorge d'humeurs.
Dans cet état, on introduit le doigt pour repousser les amygdales ; on porte sur la luette de la poudre de fleur d'airain dont on l'oint à sec. On fait gargariser avec une infusion de plantes aromatiques et détersives faite au soleil. On applique extérieurement à l'endroit de lu tumeur un cataplasme tiède fait avec la farine, le vin et l'huile. Lorsque vous reconnaîtrez, en y touchant, que le dépôt est mûr, percez-le en dedans d'un coup de petit scalpel.
Si la tumeur est sous la langue, celle-ci est enflée; on y trouve de la dureté en tâtant par-dessus, le malade ne peut avaler la salive. Dans ce cas, on applique des éponges imbibées d'eau chaude, des cataplasmes de farine cuits dans le vin et l'huile; on fait avec une décoction de figues des gargarismes après lesquels on ne se lave pas la bouche; lorsque la tumeur est venue à suppuration, on l'ouvre. Quelquefois elle perce d'ellemême, ou elle se dissipe sans s'ouvrir.
De l'angine.
La base de la langue et la fosse de l'arrière-bouche s'enflamment; on ne peut avaler ni la salive, ni rien autre, ni aucun liquide. Si l'on s'efforce déboire, on rend le liquide par le nez.
Dans cet état, on aura une mixture faite avec la menthe
DES MALADIES. "io'J
verte, Tache, l'origan, le nitre et les grenades rouges, le tout pilé ensemble et incorporé avec le miel, pour en oindre la base de la langue et les parties enflammées.
On lait de plus bouillir des figues dans l'eau, y ajoutant quelques morceaux de grenade pour employer cette décoction en gargaiïsmes, quand le malade peut se gargariser, sinon on en fait laver la bouche. La boisson sera de l'eau blanchie avec de la farine.
Extérieurement, on applique sur le cou et sur les glandes un cataplasme fait avec la farine, le vin et l'huile suffisamment cuits; on met aussi du pain chaud sur ces parties, car il se fait ordinairement du pus dans l' arrière-bouche.
Si l'abcès perce de lui-même, le malade est sauvé ; s'il ne perce pas, il faut tâter avec le doigt pour reconnaître son degré de maturité. On l'ouvre alors, s'il y a lieu, avec la pointe d'une lancette, qu'on tient du bout des doigts. On guérit ordinairement de cette affection ; elle est en général peu dangereuse.
SIXIÈME TABLEAU De l'csquînancie, ou érysipclc do In gorge.
La maladie qu'on nomme esquinancie suffoque le malade ; elle paraît avoir son siège dans le gosier. On ne peut avaler ni la salive, ui rien autre ; les yeux sont tous les deux affectés ; ils sortent de la tète comme ceux d'un homme qu'on étrangle : on a le regard fixe, on ne peut tournei les yeux. Le malade s'agite, il semble qu'il va se
jeter hors du lit; le visage et le cou sont fort rouges, ainsi que le gosier. En y examinant, on n'y voit souvent aucune trace ou cause de mal. Cependant la vue et l'ouïe du malade s'affaiblissent ; la suffocation lui fait perdre la raison ; on ne sait plus ce qu'il dit ou ce qu'il veut, ni s'il entend. Dans cette cruelle situation, il reste la bouche béante ; il meurt ainsi le cinquième jour ou le septième.
Quand quelques-uns de ces symptômes manquent, la maladie est moins dangereuse ; on la nomme fausse esquinancie. Il y en a de deux espèces principales :
Premier espèce. — On est pris de fièvre avec frisson ; on éprouve une vive douleur à la tète ; les glandes salivaires et le gosier sont fortement enflammés ; on ne peut avaler sa salive. On rend beaucoup de glaires; on parle avec difficulté.
Dans ce cas, il faut saigner, mais surtout sous la mamelle ; car cette maladie est accompagnée d'un souffle fort chaud venant du poumon. On doit aussi vider par le bas au moyen d'un purgatif ou de lavements. On fait respirer la vapeur d'une décoction d'hysope de calicie, celle de l'asphalte, qu'on fait humer par des tubes ; on la fait aussi recevoir par le nez, pour mettre la pituite dehors. On saigne aussi du bras à l'occasion, quand les forces du malade le permettent ; il faut interdire le vin, nourrir avec de la tisane crémée. Lorsque la maladie sera calmée, et qu'on pourra permettre au malade de prendre des aliments, on purgera avec l'élatérium pour empêcher de tomber dans quelque autre maladie.
Deuxième espèce. — On est pris de fièvre avec difficulté d'avaler la salive, avec crachement de glaires, et bruit dans le pharynx. En examinant le fond de la bouche, après avoir baissé la langue, vous trouvez que la luette n'est pas grossie, qu'elle est molle; tous les entours sont enduits d'une salive gluante que le malade peut arracher pour cracher. Il ne peut pas non plus rester couché ; dès qu'il s'étend, il étouffe.
Dans cet état , il faut commencer tar appliquer une ventouse au cou, puis raser la tête et mettre une autre ventouse près des oreilles, de chaque côté ; on fait ensuite recevoir la vapeur de vinaigre dans lequel on a ne mis du nitre, de l'origan et des graines de cresson. On procède ainsi qu'il suit :
Après avoir pulvérisé le tout , on le mêle avec une partie égale d'eau et de vinaigre ; on met le mélange dans un pot qu'on recouvre, en y plaçant un tuyau de roseau pour laisser échapper la fumée. On place le pot sur des charbons allumés, de manière que la fumée ne puisse sortir lorsqu'il bout; quand elle s'élève, le malade la reçoit dans la bouche, qu'il tient ouverte, prenant garde de ne point se brûler le gosier.
On applique antérieurement des éponges imbibées d'eau chaude, qu'on place sur les glandes maxillaires et aux autres salivaires ; on gargarise avec une infusion d'origan, de sarriette, d'ache, de menthe et d'un peu de nitre clans l'hydromel aiguisé avec un peu de vinaigre; on écrase légèrement les feuilles des plantes susdites avant de les mettre en infusion. Le nitre s'y dis-
sont facilement; l'iDfusiotJ doit être employée tiède.
Quand la salive reste adhérente, on a une branche de myrte raclée et polie, dont on recourbe le bout; où y attache un peu de laine, et l'on s'en sert pour détacher les glaires avec précaution. Si le ventre est serré, un prescrit un suppositoire , ou bien on donne des lavements ; on emploie la tisane crémée pour nourriture et l'eau pour boisson.
Quand il se fait une tumeur extérieure, et que la poitrine se tuméfie dans le haut, avec rougeur et inflammation, il y a beaucoup d'espoir de guérison. Mais lorsque le gosier et la tumeur de la poitrine, en se dégageant, envoient la maladie vers le poumon, on sent bientôt une douleur de côté avec fièvre. Si l'on survit, on tombe dans une suppuration interne vers le cinquième jour, à moins qu'il ne vienne promptement une forte toux accompagnée de crachats qui purgent la poitrine, auquel cas on recouvre la santé.
Durant qu'on sent de la douleur à la poitrine, il faut fomenter le côté et pratiquer tout ce qu'on fait dans les péripneumonies. Lorsqu'on a passé les cinq jours, que la fièvre s'apaise, que la toux persiste, on doit vivre pendant les premiers jours d'aliments liquides ; quand on en vient aux solides, on les prend doux et atténuants.
Si la toux n'y est plus, et si vous avez lieu de croire qu'il se fait une suppuration interne, vous ferez manger après souper beaucoup d'ail cru, au moment du coucher, et vous ferez boire du vin par-dessus. Cette mé-
thoile fera crever l'abcès, sinon on fera le lendemain des fomentations chaudes ; quand l'abcès aura crevé, vous traiterez comme dans les empyèmes.
Aphorisme* relatifs il l'csquinancle.
L'esquinancie dans laquelle on ne voit rien de changé au cou ni au gosier, qui suffoque en empêchant fortement la respiration, tue le même jour ou le troisième.
Toutes les fois qu'il y a de la rougeur au gosier, au cou et à la poitrine, il en réchappe plusieurs, pourvu que les rougeurs ne reviennent pas après avoir disparu.
Mais si les rougeurs disparaissent, et que la tumeur ne se porte pas au dehors, et qu'il n'y ait pas de pus rendu par la voie des crachats, sans douleur aux jours critiques, cet état est mortel. On est en sûreté quand la rougeur et l'abcès se portent promptementà l'extérieur.
Que l'érysipèle de la gorge se porte du -dedans au dehors, c'est utile ; du dehors au dedans, c'est mortel. Il passe au dedans quand les rougeurs disparaissent ; on sent alors un poids à la poitrine, et la respiration devient difficile.
Lorsque l'esquinancie se jette sur le poumon, on court un grand danger le septième jour ; si l'on en réchappe, il se forme ordinairement un empyème, qui n'est précédé d'aucun crachat pituiteux.
Dans l'esquinancie, rendre des crachats presque secs et en petite quantité, c'est mauvais.
Ne pas cracher bientôt des matières cuites dans l'esquinancie, c'est funeste.
Dans l'esquinancie, les douleurs de tète très-vives, sans causes et avec fièvre, et de môme les douleurs aux jambes, sans causes et avec fièvre, sont funestes.
Dans l'esquinancie, la douleur de l'hypochondre, sans crise, avec faiblesse et assoupissement, tue sans qu'on s'y attende, quoiqu'on paraisse aller beaucoup mieux.