‹ Institutions d'Hippocrate, ou, Exposé philosophique des principes traditionnels de la médecineChapitre 52 sur 84 · HUITIÈME ET NEUVIEME TABLEAU · texte numérisé non relu

HUITIÈME ET NEUVIEME TABLEAU

Ilyilropiftie , Icucoitlilcgmuaie et ana«arque.

L'hyclropisie provient souvent de ce que, dans les chaleurs de l'été, pendant de longs voyages, on aura rencontré des eaux de pluie stagnantes dont on aura bu abondamment. Si donc les chairs s'en abreuvent et les retiennent, et qu'on ne les rende par aucune voie, elles excitent de la chaleur dans le ventre et dans tout le corps.

On ne s'apercevra pas du mal tandis que l'on continuera de marcher; mais lorsqu'on s'arrêtera et que le soleil sera froid, on sentira beaucoup de douleurs. A mesure que le mal augmentera, on maigrira considérablement. Si le dégoût s'y joint, la maigreur sera plus grande; c'est encore pire si l'on est réduit à ne pouvoir manger ; on perd toutes ses forces, on tombe dans une anasarque générale. — En maigrissant, on prend une chaleur livide, le ventre grossit, la soif est extrême; les viscères sont desséchés par la chaleur. On passe ensuite à un état de faim jusqu'à manger la première chose que l'on trouve , on boit de même. Les douleurs s'apaisent, et si l'enflure s'affaisse en quelque endroit, la peau en est livide. On observe sur le corps beaucoup de veines noires; le malade devient inquiet, il s'afflige de tout,

comme un citant; le ventre se remplit d'eau, il est transparent.

Dans cet état, il faut donner les feuilles du garou ou le suc d'hippophée, ou les grains deGnide. Voici comment on administre ces purgatifs : les feuilles de garou au sixième jour, le suc d'hippophée au huitième, les grains de Gnide au dixième. Il faut insister sur ces remèdes jusqu'à ce que les eaux soient vidées; dans l'intervalle, on laisse manger librement des aliments.

Vous donnerez aussi de fréquents lavements avec des feuilles de garou, trois onces de miel et deux onces et demie de coction de blette pour un lavement. Le lendemain, le malade prendra environ cinq livres de lait d anesse cuit, dans lequel on met du miel ou du sel. En suivant ce traitement, on recouvre la santé assez promptement, dans trois mois ou dans six ; si au contraire on néglige le mal, on est bientôt mort.

Vous pourrez employer le lavement suivant contre toutes les hydropisies : Ayez une livre quatre onces de vin blanc, cinq onces de miel, autant d'huile, dix drachmes de pitre et de baume d'Égypte; mèlez-y dix onces de suc de feuilles de concombre sauvage pilées, et mettez le tout à bouillir pour un lavement.

licucophlcgmasie.

Lprsque la pituite s'amasse depuis longtemps, elle donne une couleur blanche, et la maladie qui en résulte s'appelle leucophlegmasie. En voici les symptômes:

On se sent pesant, on est pâle, d'une manière tout

auto qu'à l'ordinaire; le corps deviènl enflé, et l'enflure est blanche. On voit dans le jour une partie qui esl mieux qu'une autre, et ensuite pire; tantôt celle-ci esl moins enflée, et puis c'est l'autre. On a des rougeurs aux joues, de la sécheresse dans la bouche, une soif continuelle; en mangeant, on se sent étouffer, il semble quel* quefois qu'on va mourir sur-le-champ.

Cette maladie vient souvent aussi de la pituite qui se jette dans les chairs pour n'avoir pas été purgée après qu'elle s'est accumulée dans les grandes maladies. Elle fait paraître les chairs blanches sans être cependant ellemême plus blanche qu'a l'ordinaire.

Si le ventre se lâche de lui-même, on est bientôt guéri; quand il ne s'établit pas de cours de ventre, il faut purger avec les feuilles de garou ou l'hippophée, ou les grains de Gnide. — Après la purgation, on donne environ une demi-livre de purée de lentilles cuites avec de l'ail; on donne aussi la même quantité de bouillon de bettes non assaisonnées qu'on saupoudre de farine d'orge ; on fait boire du vin rouge âpre et généreux.

Le lendemain, on prescrit la promenade de vingt stades pour le matin. Au retour, le malade mangera un peu de pain bis cuit et de l'ail cuit, buvant du vin pardessus; puis, le malade fera trois stades. Lorsque l'heure de souper sera venue , il mangera comme il a coutume de manger. — A dîner, ses aliments doivent être de préférence des pieds ou de la tête de cochon. Quant aux herbages, il n'usera que de l'ail, il en mangera de cru, de bouilli, de cuit à la braise, et cela beaucoup tous les

jours, en faisant de l'exercice à proportion de ce qu'il prend, même au delà.

Si la maladie est bien soignée à son début, on en guérit,- sinon elle dégénère en anasarque. On tombe dans l'anasarque de la manière que je vais dire.

Uo l'anasarque .

Le corps se remplit d'eau, le malade a de la fièvre, et il ne peut point rester debout ; il faut alors dessécher le ventre, faire manger du pain cuit de deux jours pétri avec la grosse farine; on le fait chauffer. — Quant aux viandes, on use de celles de lièvre, de chiens qui ne soient pas jeunes, de mouton, de cochon, de gros poulets, le tout rôti et chaud; le malade mangera aussi des sèches bouillies dans du vin rouge âpre.

Il usera pour boisson du vin rouge le plus épais, qui ait le plus de corps; si en se conduisant ainsi, la santé revient, cela suffit; sinon, il faut prendre le garou en boisson ou les grains de Guide. On prend le purgatif deux fois par jour jusqu'à ce que l'enflure soit dissipée ; quand elle persiste aux testicules, aux cuisses, aux jambes, on y fait plusieurs mouchetures à la peau avec la lancette ; on recouvrera ainsi la santé.

DIXIÈME TABLEAU, ^a goulte.

La goutte est une maladie qui donne des douleurs cuisantes dans les articulations. Elle vient par paroxysmes,

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tantôt a nu membre, tantôt a l'autre, où elle fait souffrir des maux plus ou moins forts. — Celle maladie est cou rie et qjguë, point mortelle.

11 faut appliquer des rafraîchissements la où sont les douleurs; il faut nettoyer les entrailles des matières qui s'y trouvent, en donnant des lavements et en mettant des suppositoires. — Il faut user, pour boisson et peu nourriture liquide, de ce qui paraîtra convenir le mieux; quand les douleurs sont calmées, on purge par bas; on fait prendre ensuite le petit-lait cuit et le lait d'ànesse.

La goutte aux pieds, appelée podagre, est la plus violente de toutes; elle est aussi la plus longue et la plus rebelle ; elle est l'effet d'un vice de sang.

La maladie est d'autant plus fixe et plus difficile à détruire, qu'elle est établie dans des parties plus petites, et que la violence exercée sur un grand nombre de nerfs et dé parties offensées est plus forte. On combat la podagre par les mêmes moyens que la goutte. — Cette maladie est de longue durée et douloureuse, point mortelle ; quand la douleur se fixe aux doigts, on met le feu uu peu au-dessous de r&rticulation avec du crin.

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